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Full text of "Messager des sciences historiques, ou, Archives des arts et de la bibliographie de Belgique"

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DES SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



ARCHIVES 
DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 



LISTE DES COLLABORATEURS. 



MM. P. Bergmans, D"" en philosophie et lettres, à Gand. 

Bon j_ B. Béthune-de Villers, à Gand. 

P. Glaeys, avocat à Gand. 

Emile de Borchgrave, ministre de Belgique, à Constantinople. 

Chanoine de Haerne, membre de la Chambre des Représentants, 
à Bruxelles. 

Le P. H, Delehaye, a Louvain. 

C*^ DE Marsy, à Gompiègne. 

J. Th. de Raadt, secrétaire et membre fondateur de la Société 
d'archéologie, à Bruxelles. 

Fr. De Potter, homme de lettres, à Gand. 

L. de Villers, conservateur des Archives de l'Etat, à Mens. 

Alph. de Vlaminck, archéologue, à Bruges. 

A. Du Bois, avocat et conseiller communal à Gand. 

J. Felsenhart, docteur en philosophie et lettres, à Bruxelles. 

AcH. Gallet-Miry, à Gand. 

P. Génard, archiviste de la ville d'Anvers. 

M. Heins, avocat à Gand. 

H. Helbig, bibliographe, à Liège. 

H. Hymans, conservateur à la Bibliothèque royale, à Bruxelles. 

Baron Kervyn de Lettenhove, membre de l'Académie de Bel- 
gique, à Bruxelles. 

Le chanoine J. B. Lavaut, secret, et archiv. de l'Evêché, à Gand. 

F. Nève, professeur à l'Université de Louvain. 

J. J. E. Proost, docteur en sciences pol. et adm., à Bruxelles. 

Gh. Rahlenbeek, à Bruxelles. 

Van Bastelaer, président de la Société archéolog. de Gharleroi, 
à Bruxelles. 

R. Van den Berg'he, attaché à la Bibliothèque, à Gand. 

V. Vandêrhaeghen, archiviste de la ville, à Gand. 

Edw. Van Even, archiviste de la ville de Louvain. 

Van Spilbeeck, Di" à Soleilmont, Gilly. 

A. Verhaegen, ingénieur honoraire, archéologue, à Gand 

P. VoiTURON, avocat et conseiller communal, à Gand. 



MESSAGER 



DES 



SCIENCES HISTORIQUES 



ou 



DES ARTS ET DE LA BIBLIOGRAPHIE 

DE BELGIQUE 

Recueil publié par MM. le Comte de Limburg-Stirum, Sénateur, 
Docteur en droit, etc.; Ferdinand Vanderhaeghen, Bibliothécaire 
de l'Université, etc.; Baron Béthune, archéologue. 

Emile Varenbergh, Conseiller provincial. Membre de la Commission 
de statistique, etc.. Secrétaire du Comité, à Gand. 



ANNÉE 1889 



GAND 

IMPRIMERIE ET LITHOGR. EUG. VANDERHAEGHEN 

rue des Cbanips, 62 

1889. 



— 1 — 



LES ARMOIRIES 



DES 



REGISTRES SCABINAUX DE GAND, 



-V>tA^X(î>>»- 



Les splendides armoiries des chefs-échevins 
(voorschepen) qui ornent les couvertures de nos 
registres scabinaux avaient été couvertes, à la 
fin du siècle dernier, d'une épaisse couche de 
couleur grise à l'huile. Les archivistes Parmentier 
et van Lokeren expliquent ainsi ce fait dans leur 
notice sur le dépôt de Gand, qui parut en 1835 : 

« En 1794 les révolutionnaires avaient pénétré 
« dans l'intérieur de l'hôtel-de-ville ; leur premier 
« soin fut de précipiter dans la rue le buste de 
« Philippe II, exécuté par Duquesnoj. Ils exi- 
« gèrent de Tinspecteur des travaux de la ville 
« la remise des archives : il s'y opposa au péril 
« de sa vie. Revenus avec une nouvelle fureur, un 
« de ces forcenés laissa échapper le motif de leur 
« acharnement : ils voulaient détruire les ar- 
ec chives, parce que les registres des échevins des 
« parchons portaient sur la couverte les armes du 



— 2 — 

« soiweram et celles du premier échevin!... \ On 
« parvint à les calmer en les effaçant. » 

MM''* Parmentier et van Lokeren tenaient vrai- 
semblablement ces renseignements des contem- 
porains de la révolution française. Les procès- 
verbaux, en effet, ne contiennent pas trace d'une 
résolution du Magistrat ordonnant d'effacer les 
armoiries. Une décision expresse de l'autorité 
était d'ailleurs inutile en cette matière, la des- 
truction de ces emblèmes étant de tous points 
conforme au vœu des lois du temps. 

Dès 1790 la République ordonne la suppression 
des armoiries et de tous les insignes de la noblesse 
et de la royauté, et aussitôt les monuments 
publics et privés sont de toute part l'objet de 
mutilations violentes , 

Le 12 mars 1792, rapporte W de Laborde, on 
brûla à la place Vendôme, à Paris, en présence des 
représentants de la nation, une volumineuse col- 
lection de documents originaux provenant des plus 
grandes familles historiques de la France. Un décret 
du 19 juin de la même année enjoignit aux commis- 
saires de département d'imiter un si bel exemple " : 

« Art. V. Tous les titres généalogiques qui se 
« trouveront dans un dépôt public, quel qu'il soit, 
« seront brûlés. 

« Art. 2. Les directoires de chaque dépar- 
« tement seront chargés de l'exécution du présent 



* Il est à remarquer qu'aucune couverture ne porte les armes du 
souverain. Quand il y a deux armoiries, l'une est du premier, l'autre 
du deuxième échevin. Quelques registres portent, par exception, les 
blasons des chefs-échevius de deux années différentes. 

* Les Archives de la France, Paris, Reuouard, 1867, p. 22. 



— 3 — 

« décret et chargeront des commissaires de sé- 
« parer ces papiers inutiles des titres de propriétés 
« qui pourraient être confondus avec eux dans 
« quelques-uns de ces dépôts. » 

On trouve le reflet des influences que subissaient 
alors les esprits dans une curieuse instruction 
adressée par le ministre Garât, le 27 février 1792, à 
Ropra, Tarchiviste de Lille qui après avoir, pendant 
plusieurs jours, assisté au pillage du dépôt confié 
à ses soins, par deux agents du pouvoir central, 
avait perdu patience et expulsé les profanateurs. 

« Je ne vois, dans les papiers de l'ancienne 
« chambre des comptes de Lille, rien à conserver 
« que ce qui peut étabhr les créances de la nation 
« envers les comptables, et cette vérification ne 
« me paraît pas exiger des recherches ni longues 
« ni pénibles. Tous les j)apiers anciens et d'écri- 
« ture gothique ne doivent là, comme ailleurs, 
« être que des titres de féodalité, d'assujétis- 
« sèment du faible au fort et des règlements 
« politiques heurtant presque toujours la raison, 
(( l'humanité et la justice. Je pense qu'il vaut 
« mieux substituer à ces ridicules paperasses la 
« déclaration des droits de l'homme, c'est le 
« meilleur titre qu'on puisse avoir '... w 

* Nous renvoyons à l'ouvrage de M"" de Laborde pour la courageuse 
protestation de Ropra, qui refuse de « prendre aucune part à cette 
opération qui n'est comparable qu'à l'incendie de la bibliothèque 
d'Alexandrie... » 

Mais tous les archivistes du temps n'étaient pas des Ropra. Un 
certain Belbèze est nommé archiviste de l'Arriège sur le vu de son 
certificat de civisme (j[ui, après avoir été affiché pendant trois jours 
à la porte de la commune, a prouvé que ce citoyen a m,ontré dans 
toutes circonstances les sentiments dhm vrai républicain. — Comme 
la dépêche de nomination de ce personnage se trouvait écrite sur le 



— 4 — 

(c L'inspecteur des travaux de la ville ', » dont 
parle la notice de MM. Parmentier et Van Lokeren, 
courait gros jeu en s'opposant à Texécution d'un 
décret ayant force de loi, et à cette époque où la 
volonté des commissaires de la République primait 
tant ^, il y avait quelque mérite à protester, au 
nom du sens commun et de l'intérêt public, contre 
la dévastation conseillée et ordonnée d'en haut. 

Nos archives étaient néanmoins dans le plus 
complet abandon. Dès avant que les décrets de 
proscripteurs de la Convention fussent intervenus, 
le dépôt de Gand avait eu beaucoup à souffrir, vers 
la fin du XVIIP siècle, de Tinsouciance des admi- 
nistrations publiques. « Alors les chartes se sont 
vendues presque publiquement, w dit l'opuscule 
cité. On conçoit que les registres ornés de pein- 
tures aient eu beaucoup à souffrir de l'état d'incurie 

papier habituellement employé au ministère de l'intérieur, « on 
s'empressa, dit M. de Laborde (p. 334), de lui écrire sur un autre 
papier décoré des attributs républicains, et il consent à exercer ces 
fonctions en se conformant religieusement à tous les arrêtés de des- 
truction et de brûlement qui venaient de Paris » . Cet étrange conser- 
vateur présidait encore en 1796 aux archives de son département. 
Un certificat de civisme pouvait, toutefois, à une époque où tant 
de purs se rencontraient « prêts à épurer les plus purs » , selon une 
expression célèbre, ne pas paraître un titre entraînant de droit la 
nomination d'un paléographe. L'auteur cité a découvert que dans 
la Dordogne le citoyen Prunis fut nommé archiviste parce qu'il a 
ramassé dans les archives du département soixante mille titres 
féodaux, monuments de notre ancien esclavage, dont les flammes 
ont fait justice. — (Extrait des registres du département de la Dor- 
dogne et de la séance du deuxième jour des sans-culotides de l'an 
second de l'ère républicaine). 

• C'était, croyons-nous, Louis 't Kint. 

* Voici à ce propos quelques dates précises empruntées au 
Schepenenboek : 

Entrée des troupes françaises en cette ville, 12 novembre 1792; 
départ, 29 mars 1793; retour, 4 juillet 1793. 



— 



dont les archivistes Parmentier et van Lokeren ne 
sont pas seuls à porter témoignage. Aussi consta- 
tons-nous qu'un grand nombre d armoiries scabi- 
nales avaient été gravement mutilées avant de subir 
le traitement barbare * qui marque une transaction 
entre les révolutionnaires et les édiles de 1794. 

Sous la double et parfois triple couche de pein- 
ture grise qui les cachait, les armoiries des échevins 
ne pouvaient plus offusquer personne; elles n'inspi- 
raient guère non plus d intérêt. On les avait même 
complètement oublié, semble-t-il, quand il y a 
une quarantaine d'années, Félix De Vigne, qui 
travaillait alors à son ouvrage sur les corporations 
gantoises, entreprit de les dégager du voile qui 
les couvrait. Le consciencieux artiste^archéologue 
fut moins heureux ici qu'à Tancienne grande- 
boucherie : il ne trouva pas un procédé satisfaisant 
pour enlever la couche supérieure de peinture 
sans altérer les écussons. 

Divers grattages tentés depuis lors n'eurent 
d'autre résultat que de faire sauter la couleur par 
place et de mettre le parchemin à nu. 



' Traitement utile néanmoins, comme on put le voir de nouveau 
en 1798. — Lors de la fête du 20 frimaire an VII (10 déc. 1798), le 
commissaire de la République fit mettre le feu par la main du bour- 
l'eau à un bûcher sur lequel on avait placé les insignes du pouvoir 
royal, de la féodalité et de la chevalerie, ainsi que deux drapeaux 
dont l'un portait le mot intolérance. « Cette fête, dit Goetghebuer, 
manqua d'avoir ses victimes. Le hasard ayant fait découvrir au corps 
de garde de la rue Haut-port [de pandoere loacht) la double aigle 
impériale, le peuple dans son ivresse la fit traîner par le s'' Sangers, 
ancien inspecteur des travaux de la ville, et le s"" Maleys, charpentier, 
vers le marché du Vendi-edi où on les jeta avec les armes de l'Autriche 
sur le bûcher ardent. C'est par des amis de l'ordre et de l'humanité 
qu'ils furent sauvés des mains des barbares. » (Atl. topog., note nw.) 



— 6 — 

Parmi les essais de nettoyage heureux faits 
dans ces dernières années, on peut signaler ceux 
de M'' Duquesne, relieur, et de M'" Roegiers, anti- 
quaire, qui opérèrent chacun par un moyen diffé- 
rent; mais un procédé expéditif et économique 
restait à trouver, car le nombre des registres sur- 
peints était d'environ 280. 

Le problème a été résolu, dans le courant de 
Tannée dernière, par M. Ernest Lacquet, membre 
de la Commission du musée d'archéologie. Son 
procédé consiste à enduire la couverture d'une 
mixture composée de potasse, d'eau, et de chaux 
vive. Lavée ensuite à grande eau, l'ancienne pein- 
ture reparait instantanément ; un bain de vinaigre 
préserve les couleurs de toute altération subsé- 
quente. Toutefois les peintures sortant de cette 
opération couvertes d'une espèce de nuage gris, et 
d'autre part le plus grand nombre laissant voir des 
traces de détériorations déjà anciennes, il a été né- 
cessaire de les restaurer et de les retoucher çà et là. 

A la demande de la Commission des archives, 
M'' Hermann van Duyse, conservateur du musée 
d'archéologie, a bien voulu se charger de ce der- 
nier travail qui exigeait des soins tout spéciaux 
et une grande sûreté de main, la généralité des 
dessins étant modelés à l'aide de hachures consti- 
tuant un travail analogue à celui exécuté par les 
graveurs sur bois. 

Les retouches de M"" van Duyse sont faites à 
l'aide de couleurs à l'eau, fixées par une encaus- 
tique ou vernis mat. Le résultat obtenu est excel- 
lent, les émaux ont repris tout leur éclat, et 
l'œuvre de l'artiste est complètement sauvegardée, 



— 7 — 

puisqu'on peut, en tout ou partie, faire disparaître 
les restaurations en lavant le vernis avec de 
l'alcool. Le procédé présente tout au moins à cet 
égard d'indiscutables avantages et mériterait d'être 
employé pour la généralité des restaurations effec- 
tuées à des tableaux anciens. 

Dans la notice susdite, MM''** Parmentier et van 
Lokeren commettent une erreur quand ils ajoutent : 
« Quatre de ces couvertures sont conservées in- 
tactes : elles sont de 1469, 1505, 1506 et 1507. » — 
La vérité est qu'an nombre considérable d'armoi- 
ries avait échappé au zèle conservateur du Magis- 
trat, savoir 125 de la Keure (1468 à 1643) et 6 des 
Parchons (1468, 1469, 1505, 1506, 1507 et 1523). 
Seulement ces blasons avaient été, antérieurement 
à la révolution, reliés à l'intérieur des registres, 
quand on réunit plusieurs années en un volume *. 

Le nombre total des armoiries coloriées s'élève 
à 378, en omettant celles dont l'oblitération est 
presque, complète ; on en compte 410 avec ces der- 
nières. Les plus anciennes datent de 1468. Avant 
cette époque on trouve, à partir de 1397, çà et là 
sur les couvertures des registres de la Keure, de 
simples petits écus dessinés à la plume ^ 

* Le secrétaire van Alstein fit relier en 1775 les registres de la 
Keure. C'est à la même époque que quelques blasons furent outra- 
geusement rognés. 

2 L'usage dépeindre des armoiries surles couvertures des registres 
communaux était plus ancien en Italie. Les reg. des trésoriers de 
Sienne portent des blasons dès le XIII» siècle. Chaque camerlingue 
était obligé de faire peindre, lors de son entrée en fonction, une 
pareille couverture. (Note de M'' le c*^ de Limburg Stirum.) 

Il se peut qu'à Gand aussi certaines armoiries aient été peintes 



— 8 — 

Tous ces blasons, qui sont de format in-folio, 
présentent un réel intérêt historique; exécutés 
aux frais de la commune, conformément à une 
ancienne habitude, « naer costumen », ce sont en 
quelque sorte des documents officiels. 

Les comptes du XV*' siècle ne nous donnent 
aucun renseignement à cet égard. Il est possible 
que des armoiries de cette époque soient dues au 
célèbre Hugo van der Goes, qui peignit pour la 
ville de nombreux écussons aux armes du pape, 
de 1468 à 1472. M'' De Busscher observe à ce 
propos avec raison « qu'il y a une foule d'exemples 
de besognes de peu d'importance confiées à des 
artistes de réputation ». 

Au siècle suivant le miniaturiste Liévin van der 
Schelden fut chargé par le Magistrat * de peindre 
sur les registres les armes de Josse Borluut (1580), 
de François van Provin (1581), de Jacques van 
der Haeghen (1582), de Jan van Hembyse (1583), 
chefs-échevins de la Keure, et de François Triest, 
premier échevin des Parchons (1583). — On sait 
que le même van der Schelden est l'auteur du 
Wapenhouck des échevins, pensionnaires, notables 
et doyens de corporations, exécuté pour le compte 
de la ville en 1579, et qu'on conserve actuellement 
à la bibliothèque de l'Université. 

On pourrait, non sans vraisemblance, attribuer 

aux frais des échevins eux-mêmes, car le poste relatif aux blasons 
scabinaux ne se rencontre que rarement dans les comptes de la ville 
avant le XV!!!"" siècle. 

' Voir les divers textes dans De Busscher, Recherches sur les 
peintres et sculpteurs à Gand aux XVP-XVIII« siècles, p. 62. 

M. De Busscher ajoute, à tort, que cela devint dès lors un usage 
annuel. Nous avons vu ({we l'usage existait depuis plus d'un siècle. 



plusieurs écussons à d'autres peintres héraldiques 
employés par la ville en ce siècle. Il est presque 
certain qu'il s'y trouve des œuvres du « stedescil- 
dere » Arend van Winnendaele ' qui mourut en 1592. 
La collection des « stedewerken » contient 
quelques pièces inédites relatives aux armoiries 
du XVIIP siècle. De 1713 à 1742 on y rencontre 
le nom de Gaspard- Antoine van der Haghen, 
maître-peintre ^ Celui-ci peignit 5 écussons en 
1713, trois en 1722, autant en 1734 et en 1735 et 
deux en 1742. Le prix était d'une livre de gros de 
change pour chaque pièce jusqu'en 1722; en 1734 
le prix fut porté à 3 patacons (1 liv. 3 esc). 
A Gaspard van der Haghen succéda, à partir 
de 1744, Emmanuel van Reysschoot, Fauteur 
des panneaux représentant les douze apôtres, qui 



» La bibliothèque de l'Université possède des dessins originaux de 
ce peintre. 

^ Believe myne éd. heeren Schepenen van der Keure deser stadt 
van Ghendt te verleenen ordonnantie van betaelynglie an Jaspaert 
Anthonne van der Haeghe, meester scliilder van style, van de somme 
van vyf ponden grooten wisselgelt, voor het schilderen van vyf 
registers van staeten van goede, vercavelynghen, acten ende con- 
tracten ghepasseert voor myn éd. heeren schepenen van Ghedeele. 
Actum desen xxi«" februare 1713. — J. R. D, Bisscop. 

Schepenen van der Keure der stadt Ghendt ordonneren J"" Ph. Ignace 
vanHoobrouck,heere van Reyage, trésorier, te betaelen aen Jaspaert 
Anthone van der Haeghe, meester schilder, de somme van vyf pont 
groote wisselgelt, maeckende in courant vyf pont sesthien schell. 
en aclit grooten, ende dat over het schilderen van vyf registers 
voor myn edele heeren van schepenen van Ghedeele, hier vooren 
breeder ghespecificeert, welcke somme sal passeren in rekeninghe 
mits dese ende acquit. Actum in het collegie, desen ix* maerte 1713. 
— H. A. DE Cabillau. — A. Tkiest d'Aughem. 

Ontfaen den inhaut deser. Actum desen 11 maerte 1713. 

J. A. VAN DER Haghen. 

Les autres pièces sont conçues dans les mêmes termes. 



— 10 — 

surmontent les arcades de l'ancienne église de 
Baudeloo. Emmanuel van Reysschoot étant mort 
en 1772, les échevins chargèrent l'année suivante 
son fils Pierre-Norbert, le célèbre dessinateur, 
d'orner d'armoiries deux registres des Parclions. 
Les derniers blasons (1774 à 1783) furent peints 
par Jean de Meere. 

Depuis 1734 ce travail était prévu dans la 
comptabilité au cliax)itre « touchant la livrance 
« des bois, lumière, flambeaux, papiers et autres 
« choses pour le service de la ville. — Art. 146. 
« Sera fourni aux quatre secrétaires, au dépens 
« de la ville, le parchemin nécessaire, et pavé ce 
« qui dépend de la reliure des registres et pein- 
(( ture cVarmoiries ^ » . 

Plusieurs de ces armoiries sont de véritables 
œuvres d'art; d'autres, sans avoir la même valeur, 
sont curieuses pour les tendances artistiques 
qu'elles révèlent. A ce point de vue il est instructif 
de comparer entre eux deux blasons exécutés 
à des époques différentes. Le cygne du cimier de 

' Believe myne edele heeren sehepenen van der Keure der stadt 
Ghendt te verleenen ordonnantie van betaelinghe aen Emmanuel 
van Reysschoot op den heere trésorier deser stadt, van de somme 
van t\Yee ponden sesthien sch. gr. courant, ter causen van op den 
22 en de volgliende daeghen van de maent sept. 1744, in de greffie 
van myn edele heeren sehepenen van Ghedeele, geschildert t'hebben 
de -wapenen van den heere voorschepenen op twee registers ten 
advenante van drye patacons ideren register à l'ordinaire ghelyck 
wylent Gaspard van der Haeghen van over veele jaeren telckens 
gheproffiteert heeft. 

Sehepenen van der Keure, etc. Actum den 28 sept. 1744. 

LlCIÎTERVELDE, C. VAN VaERNEWYCK, A. PoTTELSBERGHE. 

Ontfaen den inhaut deser, Emmanuel van Reysschoot. 
* Règlement pour la ville, G nov. 1734. 



— 11 — 

La Kethule de 1523 n'a pas encore la grâce et le 
mouvement qu'on lui trouve sur le blason de 1570 ; 
les belles figures d'homme et de femme qui tiennent 
Técu de Baenst en 1537, deviennent des person- 
nages plus vulgaires en 1551 et en 1558. Certains 
tenants des Rym au XVIIP siècle sont de véri- 
tables magots. Chez les de Gruutere on trouve 
en 1544 une petite tête digne des meilleurs 
maîtres du temps ; le même cimier diffère considé- 
rablement dans des blasons plus récents. On peut 
faire une observation analogue à propos du « jeune 
homme issant de carnation donnant dans un 
Imchet, » dont sont timbrées les armes de Blaser e : 
le type de 1623 a un caractère artistique qui ne 
se retrouve pas dans d'autres armoiries de la même 
maison. Curieux aussi à rapprocher diverses aigles 
éplojées ; des griffons et autres figures chimé- 
riques; des tours et châteaux crénelés: les sup- 
ports de divers Triest ■■ lévriers d'argent colletés 
de gueules bordé et bouclé d'or ; les heaumes des 
Lichtervelde et ceux de divers autres timbres ; 
les lambrequins de la plupart des armoiries, dont 
les uns ont quelque chose d'étriqué, tandis que 
les autres déroulent avec ampleur leurs replis 
chatoyants à dextre et à senestre du casque. 

Parmi les lions et les léopards, les uns sont 
conformes aux traditions héraldiques; d'autres, 
notamment quelques-uns du XYIIP siècle, semblent 
empruntés aux naïves enseignes des auberges. Le 
lion de la famille de Lu en 1506 rappelle celui de 
l'étendard des Gantois qui se trouve au musée 
de notre ville : pas de corps, tout griffés, gueule 
énorme. V. Vander Haeghex. 



— 12 — 



ARMES DES CHEFS-ÉCHEVINS DE LA KEURE '• 



1468 Her Roeland van Weder- 
grate. 

1469 Mer ^ Jan van Vaerne- 
wycx, ruddere, heere van 
Exaerde. 

1470 Her Roeland van Weder- 
grate. 

1491 Her Daneel Ser Sanders. 

1499 Her Joos Triest. 

1500 HerClaeysvandenMoure^ 

1501 Her Joos Beth. 

1502 Her Philips deGruutere*. 
1519 Her Roelant de Baenst. 
1523 Her Jan van den Kethulle, 

heere van Volckeghem. 



1524 



1525 
1526 

1528 

1529 
1530 
1531 



1532 



Mer Jan van Zaemslacht, 

ruddere, heere van In 

Lokeren. 

Her Roeland de Baenst. 

Mer Philips de Gruutere, 

ruddere . 

Mer Jan van Saeraslacht, 

ruddere. 

Dher '' Adriaen Bette. 

Dher' Roelant de Baenst. 

Dher Phihps van den 

Kethulle, heer van der 

Haverie. 

Mer Jan van Zaemslacht 

ruddere. 



' Ces armoiries se trouvent sur les anciennes couvertures des Jaer- 
registers , qui ne vont pas au-delà de l'année 1679. — Avant 1468, on 
trouve, ainsi que nous l'avons dit, des écussons dessinés à la plume : 



her Stevin van Liekerke 

(reg. des comptes). 

Her Loenis van den Moure 

(reg. des comptes). 

lier Willem Uten Hove. 

her Victor van der Sickelen. 

her Robrechts van Eecke 

(2*^ échevin). 

her Boudin sGruters. 

her Jan Ser Simoens. 

her Boudin sGruters. 



1397 her Pieter Sher {sic) Si- 1408 
moens. 

1401 her Jacob van de Putte. 1412 

1402 her Arent Everwyn (2e 
échevinV 1414 
her Matheus Damman (une 1416 
tour, sans écu). 

1403 her Pieter Ser Simoens. 
herJanEver\vyn(2eéchev.). 1418 

14U4 her Ghelnoet Damman (une i 1419 

tour). 1423 

1406 her Jacops van den Houck. 

herJanEverwyn(2'^échev.). 

2 L'appellation Mer ou Mher était réservée aux chevaliers et aux 
gens titrés : « Den edelen ende weerde heere mer »... 

3 Avec le cri : Gand, Gand. 

♦ Avec le cimier à deux têtes. Le timbre des autres de Gruutere 
n'est surmonté que d'une tête. Un procès avait surgi entre deux 
branches de la famille au sujet de ce cimier. 1380. (Note de M»" le 
C'e de Limburg-Stirum) . 

5 Les armoiries de ces deux registres ont été interverties. 



— 13 — 



1534 Dher Ghyselbrecht de 


1555 


Gruutere. 




1535 Dher Adriaen Bette. 


1556 


1536 Dher Phihps van den 




KethuUe. 


1557 


1537 Dher Gillis de Baenst. 


1558 


1538 Dher Ghyselbrecht de 




Gruutere. 


1559 


1540 J' Charles de Gruutere, 


1560 


heere vau Exaerde ^. 




1541 J'' Claeys Triest, heere 


1561 


van Auweghem. 




1542 J' Charles Uuten Hove, 


1562 


heere van Marckem. 


1563 


1543 Dher Gillis de Baenst. 


1564 


1544 Mer Ghiselbrecht de 




Gruutere, ruddere, heere 


1565 


van Loovelde. 


1566 


1545 Dher Willem van Hem- 


1567 


biese. 


1568 


1546 Dher J'' Claeys Triest. 


1569 


1547 Mer Antonis de Baenst, 


1570 


ruddere. 


1571 


1548 J"- Charles Uuten Hove. 


1572 


1549 Mer Jan de Vos, ruddere. 


1573 


1550 Mer Nicolas Triest. 


1574 


1551 Mer Antheunis de Baenst, 


1575 


ruddere, heere van Ax- 


1576 


poele, etc. 




1552 Mer Charles de Gruutere, 


1577 


ruddere. 




1553 Mer Jan de Vos, ruddere. 


1578 


1554 Mer Nicolaes Triest, rud- 


1579 


dere. 





Dher meestere Joos Giys- 

perre. 

Mer Charles de Gruutere, 

ruddere. 

Mer Jan de Vos, ruddere. 

Mer Nicolaes Triest, rud. 

dere. 

Dher j"" Adriaen Triest. 

Mer Charles van Yde- 

ghem, heere van Wiese. 

J"" Jan Daniman, heere 

van Oomberghen. 

Mer Jan de Vos, ruddere. 

Mer Nie. Triest, ruddere. 

J'^Willem van de Kethulle, 

heere van Assche. 

J'' Jan Damman. 

Id. 

Id. 
Mer Nie. Triest, ruddere. 

Id. 
J'' Willem van de Kethulle. 
J"" Jan Damman. 
J' Willem van de Kethulle. 

Id. 
J'" Jan Damman. 

Id. 
J'' Jacques Bette, heere 
van AngherelHs. 
J'' Philips de Gruutere, 
heere van Axpoele. 
J'' Jan van Hembyze. 
J"" Charles Uuten Hove, 
heere van Hooghewaele *. 



' Nous n'indiquons qu'une fois la seigneurie pour un même nom. 
Quand il y en a plusieurs, la première seule est relevée. 

* Le collège renouvelé irrégulièrement cette même année avait 
pour premier échevin J' Jan van Hembyze. 



— 14 



1580 Mer Joos Borluut, rud- 


1609 Mer Antheunis Triest. 


dere, heere van Boucle. 


1610 J-- Rob. HeUin. 


1581 Ji- Frauç. vau Provyn, 


1611 Mer Anth. Triest. 


heere van Lauenburcli. 


1613 J-- Rob. HelUn. 


1582 Jf Jacques van der Hae- 


1615 J'" Xiclaes Triest. 


ghen, heere vau Gothem. 


1616 Id. 


1583 J-" Jan van Hembyze. 


1617 MerAnth.Triest,ruddere. 


1581 P Jan Beth. 


1618 Mer Philips van Steelant, 


1585 Id. 


ruddere, heere van Has- 


1586 J'' Gheeraert de Blasere. 


selt. 


1587 Id. 


1619 J"" Jan van Havere, heere 


1588 Id. 


van Walle. 


1589 J'- Jan Beth. 


1620 Mer Nicolaes Triest, rud- 


1590 J'' Gheeraert de Blasere. 


dere. 


1591 Id. 


1621 J^ Philips van Seclin, 


1592 Id. 


heere van Herpelghem. 


1593 J' Antheuiiis Triest, heere 


1622 J-- Guillaume de Blasere. 


van Ruddersvoorde. 


heere van Hellebuis. 


1594 J'' Philips Triest, heere 


1623 Mer Xiclais Triest, rud- 


van Auweghem. 


dere. 


1595 Id. 


1624 Mer Joos Triest, rud- 


1596 J-- Antheunis Triest. 


dere, heere van Rudders- 


1597 Id. 


voorde. 


1598 J-- Jan Beth. 


1625 Mer Guil. de Blasere, rud- 


1599 Id. 


dere. 


1600 Mer Philips Triest, rud- 


1626 Mer Nie. Triest. 


dere. 


1627 Mer Jan-Bap. de Rodoan, 


1601 Id. 


1628 Mer Guil. de Blasere. 


1602 Mer Ghj-selbrecht Corte- 


1629 Mher Xic. Triest. 


wyle, ruddere. 


1630 Mher Guil. de Blasere, 


1603 Mer Antheunis Triest, 


rud. 


ruddere. 


1631 Mer Louis de Blasei*e, 


1604 Id. 


ruddere, heere van Bou- 


1605 J' Robert Hellin, heere 


cha ute. 


van Wassenhove. 


1632 Mer Guil. de Blasere, 


1606 Mer Antheunis Triest, 


rud. 


ruddere. 


1633 Id. 


1607 J^ Robert Hellin. 


1634 Mher Joos Triest, rud. 


1608 J'' Jan-Bapt. van Rodoan, 


1636 Mher Guil. de Blasere, 


heere van Biese. 


rud. 



— 15 — 



1637 MherGuil.deBlasere,rucl. 

1638 J^ Philips Wyts, heere 
van Schothoucke. 

1639 MherGuil.deBlasere,rud. 

1640 Id. 



1641 Mher Joos Triest, rudd. 

1642 Id. 

1644 ' J>- Charles Rym, heere 
van Eellem. 

1645 Mer Joos Triest. 



ARMES DES CHEFS-ÉCHEVINS DES PARCHONS ^ 



1468 Her Boudin Rym. 

1469 Her Ruflaerts van der 
Couderburch. 

1505 Her Claeys Triest. 

1506 Her Anthonis de Lu, 
ruddere. 

1507 Her Joos van Zaemslach. 
1523 Dher Ghyselbrecht de 

Gruutere. 
1531 Dher Wauter van Eed- 

velde. 
1549 Dher meestere Joos van 

Grysperre. 
1560 Dher Joos van Brakele. 
1567 J"" Jan Hembyze. 

1588 J-^ Philips Triest, heere 
van Auweghem. 

1589 J"^ Jacques van Zielebeke, 
aliùs Tacoen. 

1590 J-- Ph. Triest \ 

1592 Id. 

1593 Id. 



1594 J'' Ghyselbrecht Corwille. 
1597 J'" Fi'auç. Rym, heere van 

Hundelghem ''. 

J" Franc. Norman, heere 

van S'-Aldegonde(2®éche- 

vin). 
1599 J'- Philips Triest, heere 

van Auweghen. 

J'' Jan de Vos (2« éche- 

viu). 
1606 J'- Robert Hellin, heere 

van Wassenhove. 
1609 J"^ Philips van Seclyn, 

heere van Erpelghem. 
1611 J'" Jan de Vos, P mher 

Jans. 

1616 Mher Joos Triest, rud- 
dere. 

1617 J-^ Jan de Vos, f mher 
Jans. 

Mher Jan de Blazen, rud- 
dere van Jhei'usalem ♦. 



* Louis de Blasere fut premier échevin de la Keure en cette année. 
Les armoiries de Ch. Rym doivent être placées à l'année 1648. 

^ Ces armoiries se trouvent sur les couvertures des registres aux 
états de biens et des reg. d'actes et contrats. Il résulte de là qu'on 
trouve souvent plusieurs exemplaires du même blason pour une 
année. 

3 Deux exemplaires du blason. 

* Deuxième échevin, à la place de Adrien Triest, qui s'était 
excusé. 



— 16 — 



1619 J-- Loys de Blasere. 


1654 Mher Charles Allegambe, 


1520 Mher Jau-Bapt. de Ro- 


ruddere. 


doan, heere van Bieze. 


1655 Mher Jan Borluut, rud., 


1621 J'" Jan de Vos. 


heere van Assenburch, 


1624 J'' Philips van Seclyn. 


1656 Id. 


1629 Mher PhiHps Lanchals, 


1657 Mher Emm. Ballet, rudd.. 


i'uddere,heerevan Olseue. 


heere van Leeuwenburch. 


1632 Mher Loys de Blasere. 


1660 Mher Guillaume Massyn, 


1633 J'^ Philips Wyts,heere van 


ruddere, heere van Gos- 


Schothoucke. 


segné. 


1635 Mher Loys de Blasere, 


1661 Id. 


ruddere, heere van Yde- 


1662 Mher Denys van Vaer- 


walle. 


neAvyck, ruddere, heere 


1636 Mher Jau-Bapt. de Ro- 


van Lembeque. 


doan, ruddere. 


1663 Id. 


1637 Id. 


1664 Mher Charles Allegambe, 


1639 IMher Anthone, baron van 


rud. '. 


Pottelsberghe, heer van 


1665 j\Iher Emmanuel Ballet, 


Bolauci. 


rud., heere van Leeuwen- 


1642 jMlier Charles Allegambe, 


burch '. 


ruddere, heere van Basin- 


1666 Id. '. 


ghien. 


1667 Mher Guil. de Massyn, 


1643 Mher Charles de HeUyn, 


ruddere. 


ruddere, heere van Was- 


1668 Id. 3. 


senhove. 


1669 Id. ■. 


1647 Mher Gillis van Meere, 


1670 Mher Pieter délia Faille, 


ruddere, heere van Aspre 


ruddere, heere van Eec- 


ende Synghem. 


loo '. 


1649 Mher Jacques Borluut, 


1671 Id. 


ruddere , heere van 


1672 Id.^ 


Schoonberghe. 


1678 2 J'' Loys Triest, heere 


1650 Mher Jacques de Norman, 


van Meerelbeke ''. 


ruddere, heere van Oxe- 


1673 Id. 


laere. 


1674 Id. 3. 


1652 Mher Niclaes Ser San- 


1674 ' J' Franc. Alex. Triest, 


ders, ruddere. 


heere van Yroylant. 



' Deux exemplaires. 

* Le collège fut renouvelé 2 fois eu cette année. 

^ Trois exemplaires. 



— 17 



1675 J"" Charles Maes, heere 
van Noortvelt '. 

1675 ■' J"^ Franc. Alex. Triest. 

1676 J'' Louys Triest '. 

1676 ■' J'" Charles Maes. 

1677 J'' Louys Triest '. 

1678 Id. '. 

1679 Mher Jerom Borluut, 
ruddei'e, heere van Bou- 
cle '. 

1680 J"" Philips Wauters, heere 
van Vinderhaute '. 

1681 Id. 

1681 2 Mher Pieter délia Faille, 
ruddere '. 

1682 JMher George de Brade, 
ruddere, heere van Wil- 
lecom '. 

1683 Mher Pieter délia Faille, 
rud. '. 

1684 Id. 

1685 J" Anthone Allegambe '. 

1686 Mher Pieter délia Faille, 
rud. '. 

1687 J'- Ant. Allegambe. 

1688 Id. 

1689 Mher Anthone, baron de 
Pottelsberghe, heere van 
Bolanchy. 

1691 Id.*. 

1692 J"^ Ant. AUegambe '. 

169-4 Mher Maximihaeu An- 
thone Rym, rud., heere 
van Rammelaere '. 

1695 Id.i. 



1696 J"" Emmanuel de Gruu- 
tere, heere van Avyn '. 

1697 J'- Phil. Franc. Ser San- 
ders, heere van de Woes- 
tyne '. 

1698 J'" Jan Vanden Kerckhove, 
heere van Vaulx '. 

1699 Mher Anthone, baron van 
Pottelsberghe '. 

1700 Id. '. 

1701 Id. 

1702 J'" Em. de Gruutere, heere 
van Anvaiug '. 

1703 Id. 

1704 Id. 

1705 Id. 

1706 J^- Ant. Allegambe '. 

1707 J'- Phil.-Franc. Ser San- 
ders, dict de Luna, heere 
van de Woestyne ^. 

1708 J-- Phil. Borluut, heere 
van Hooghstraete '. 

1709 J' Phil.-Fr. Ser Sanders \ 

1710 Id '. 

1711 Mher Max. Ant. Rym ». 

1712 Id. \ 

1713 Mher Ant., baron de Pot- 
telsberghe. 

1714 Id. ^ 

1715 Id. '. 

1716 Id. '. 

1717 Id. '. 

1718 Id. 

1719 Id. '. 

1720 Id. ^ 



» Deux exemplaires. 

* Le collège lut renouvelé deux fois cette année. 

^ Trois exemplaires. 



18 — 



1721 Mher Hubert Franc., 
burggrave Nieuwlandt 
ende van Pottelsberghe, 
heere van ter Meerschen '• 

1723 Mher Franç.-Jan-Bapt. 
de Gras, baron de Noc- 
keren *. 

1724 Id. 

1725 Mher Ant., baron van 
Pottelsberghe '. 
J"" Theod. Triest, heere 
van Meirelbeke '. 

Id.'. 

Id. 

Id. i. 

Id.'. 
J'" GilHs-Franc. de Lich- 
tervelde, heere van Vry- 
lande ». 
1735 J"- Theod. Triest '. 

Id.'. 

Id. 
J'' Alexander-Augustyn 
van den Meerschen, heere 
van Bareldonck '. 
1741 Id. '. 

1743 Id. \ 

1744 Id. '. 



1727 

1729 
1730 
1731 
1733 
1734 



1737 
1739 
1740 



1746 J'' Alexander - Augustyn 
van den Meerschen, heere 
van Bareldonck '. 

1747 Id. •. 

1748 Id. '. 

1749 J'-Jan-Franç.della Faille ^ 
heere van de twee steden 
ende ambachte van Asse- 
nede ende Eecloo '. 

1751 Id. 

1752 Mher Franç.-Albert ba- 
ron délia Faille ende van 
Huysse '. 

1754 J"" Gruislain George Balde, 
heere van Cattenaye '. 
Id. i. 
Id.'. 
Id. '. 

1759 J' Cornelis-Franç. Sande- 
lin'. 

1760 Id. '. 

1761 à 1782 Mher Charles Jo- 
seph, grave van Lichtei'- 
velde, heere van Laethem^. 

1783 J'' Louis Emmanuel van 
Rokolfing, heere van Na- 
zareth '. 



1755 
1756 
1758 



* Deux exemplaires, 

* Deuxième échevin. 

3 De 1761 à 1782 il y a 42 fois les armoiries de Lichtervelde. 

* C'est le deuxième échevin. — Deux exempl. du blason. 



19 



KISTOII^E 



DE LA 



Gilde souveraine et chevalière des Escrimeurs 

DITE 

CHEF-CONFRÉRIE DE SAINT-MICHEL ' 

A GAND. 



'-*&^>4o-' 



XIII. 

MAITRES D'ARMES. 

ÉPOQUE ANTÉRIEURE A LA FONDATION DE LA 
CONFRÉRIE DE SAINT -MICHEL. 

Il est certain que l'escrime dut être en honneur 
et largement pratiquée dans les confréries mili- 
taires de la ville de Gand, longtemps avant 
l'érection de la chef-confrérie de Saint-Michel 
en 1613. Mais la vérité est que nous possédons 
peu ou point de renseignements sur la façon dont 

» Suite. Voir Messager des Sciences histor., 4e liy. 1888, p. 373. 



— 20 — 

les confrères des Gildes s'exerçaient au maniement 
de répée dont nous les voyons armés dans toutes 
les miniatures, fresques, pierres tombales, etc., 
à partir des temps les plus reculés. 

La conformation des armes représentées, soit 
dans les peintures de la Leugemeete, soit sur des 
pierres tombales telles que celle de Ascheric Van 
der Couderborgh ou sur la dalle tumulaire de 
Wenemaer (Musée d'archéologie de la ville de 
Gand), aussi bien que sur les sceaux, nous donne 
lieu de croire que les armes blanches assez courtes, 
massives et employées de taille beaucoup plus que 
d'estoc, étaient au moyen-âge d'un maniement 
très simple. Les bouchers, les fendeurs de bois 
[houthrekers)^ se servaient de leur glaive avec 
une habileté suffisante, qu'augmentait encore la 
vigueur développée chez eux par leurs occupa- 
tions quotidiennes. 

Tout le monde sait qu'il ne faut pas une grande 
habitude des armes pour permettre à un homme 
vigoureux et intrépide de se couvrir et de me- 
nacer sérieusement l'adversaire lorsqu'il s'agit du 
sabre, qui est en définitive le type de l'arme de 
taille exclusivement en usage jusque vers la fin du 
XVL siècle. 

Notre opinion est donc que la création d'une 
école d'escrime à'I'épée correspond à l'apparition 
de l'épée d'estoc, qui exigeait chez le combattant 
la connaissance de certaines règles théoriques 
jointe à une longue pratique. De là l'apparition 
des académies du noble jeu de l'épée, où des 
maîtres ès-arts enseignaient les règles de l'escrime 



— 21 — 

aux gentilshommes qui faisaient profession des 
armes et aux bourgeois qui, eux aussi, avaient 
l'ambition de porter la rapière et de la dégainer 
à l'occasion om hun stuck' te staene. 

Pour nous résumer, l'escrime du moyen- âge 
conserve un caractère démocratique qui la met 
à la portée de chacun, la Renaissance en fait 
un exercice aristocratique dont seuls les initiés 
peuvent pénétrer les arcanes. C'est ce qui explique 
comment, à notre avis, il se fait que dès les pre- 
mières années il n'y eut pas d'écoles d'escrime 
régulières à Gand ni dans la généralité des villes 
flamandes, où les corporations d'archers et d'arba- 
létriers abondaient autrefois. 



Avant la fondation de la confrérie de Saint- 
Michel, il existait déjà à Gand une école d'escrime 
dirigée par un maître d'armes qui recevait de 
temps en temps des subsides de la ville. 

Les StacUrekenmgen de 1596-1597 nous font 
connaître qu'un subside de deux livres de gros 
fut octroyé au maître d'armes Pierre de Reepere. 
Nous y lisons : « Betaelt Pieter de Reepere, scherm- 
» meestere binnen dese stede, de so^mne van ii lib. 
» grooten hem toegheleyt ende ghejont mit hof- 
» schede, regard nemende up den goeden dienst by 
)) hem int faict van sijnder offîtie den tyt van vier 
» jaer ghedaen. >•> 

Dans les comptes de 1608-1609 figure le paie- 
ment d'un subside de vingt escalins, alloué à Joos 
Van Wynsberghe, qui tenait à Gand une école 



— 22 — 

d'escrime. Il y est dit : « Betaelt M^ Joos Van 
)> Wynsherghe, scheriiuneestere deser stede, de 
» somme van xx sch. gr. hem toegheleyt in 
•>■> Meye 1608 thidpen de oncosten by hem ghesup- 
» porteert int hauden van de schermschole tôt 
)) instruciie vande insetenen der selve stede ende 
)) andere int constich handelen ende spelen metten 
» gheiceere. » 

Le mot gheioeere désigne ici, comme son éty- 
mologie l'indique, les armes défensives en général. 

Nous pourrions faire encore d'autres citations 
du même genre; celles-ci suffisent à établir que 
dès le XVP siècle il existait déjà à Gand une école 
officielle d'escrime, encouragée et subsidiée par 
les échevins. 

Voici comment les choses se passaient autrefois 
à Gand pour l'octroi du titre de professeur d'es- 
crime ou maître d'armes, vryen schermmeester . 

Celui qui désirait obtenir le diplôme de Scherm.- 
meester, s'adressait d'abord à des maîtres d'armes 
assermentés afin que ceux-ci le soumissent aux 
épreuves nécessaires pour juger de ses connais- 
sances et de son habileté dans l'art de l'escrime 
avec la dague, l'épée, le glaive à deux mains 
(slachsweert)^ le poignard et toutes les autres 
armes en usage à cette époque. Si le récipien- 
daire sortait triomphant de ces différents assauts 
avec les maîtres d'armes, ceux-ci se présentaient 
devant les échevins auxquels ils faisaient rapport 
sur l'épreuve subie par le postulant. 

Toutes les formalités de l'examen remplies, les 



— 23 — 

échevins proclamaient le récipiendaire Meester van 
de edele ende rudderhjcke conste van den sweerde, et 
recevaient son serment. Un diplôme, scellé du 
sceau de la ville de Gand, lui était ensuite délivré. 
Nous avons vu le texte de deux de ces diplômes, 
l'un de 1547, transcrit dans le registre K. K. 
folio 286, et l'autre de 1565, transcrit dans le 
registre 0. 0. folio 234. L'un et l'autre de ces 
répertoires font partie de la collection, connue 
aux archives communales sous le nom de zeven en 
veertig 7^egisters. 

Il ne sera pas hors de propos de dire ici que le 
slach- ou slagzioeerd, grand espadon ou épée à 
deux mains, fut beaucoup en vigueur dans nos 
régions depuis le commencement du XV^ jusqu'à 
la fin du XYP siècle. Les milices bourgeoises fla- 
mandes étaient en partie armées de ces immenses 
glaives dont le maniement exigeait autant d'adresse 
que de vigueur. 

Abraham De Bruyn, le graveur anversois qui 
nous a laissé de si intéressants documents sur le 
costume civil et militaire de ses contemporains, 
a dans son travail : Habitus variarum gentium, 
paru en 1581, représenté les schermers ou espa- 
donneurs de la confrérie des escrimeurs anversois. 
Des hommes, armés d'espadons à lame flam- 
boyante, vlammende sweirden, se tenaient surtout 
à portée du drapeau en vue de le défendre. 

Le Worstelknnsthoek de R. de Hooghe, et le 
livre d'escrime publié par Meyer en Allemagne, 
renseigneront complètement les amateurs du « jeu 



— 24 — 

de l'épée » sur la façon dont nos pères se servaient 
de l'espadon ou glaive à deux mains. Quelques 
spécimens de slachsiveirden, datant vraisemblable- 
ment du XVIP siècle, sont encore conservés dans 
une panoplie ornant la salle d'armes de la confrérie 
de Saint-Michel. 

L'escrime au poignard ou à la dague était le 
plus souvent combiné avec le jeu de la rapière. 
D'où le nom de main gauche, donné parfois à la 
dague que tout fantassin ou cavalier portait au 
côté droit pendant le XVI'' et le XVIP siècle. La 
dague toutefois avait un mode d'escrime sj)écial, 
sur lequel les écrivains et les dessinateurs anciens 
nous ont légué de nombreux documents. 



Nous donnons ci-dessous le texte d'un de ces 
diplômes du XVP siècle, dont nous avons parlé 
tantôt. C'est celui déhvré le 19 septembre 1547 
à un certain Adrien Van Hecke, bourgeois de 
Gand : 

« Allen den ghonen die dese présente lettren sullen sien 
» ofte hooren lesen scepenen ende raedt vander stede van 
» Ghendt saluit, doen te loetene ende certi/îeren voor 
» warachtich dut hedent date deser voor ons commen ende 
» ghecompareert zfjn in persoone meester Gillis Guerryn, 
» Guillaume Turcqiies, Arnoidt Vander Meere, meesters 
» vander edele ende rudderlycke conste vander sioeerde 
» ende Phili'ps de Grave Prévost van Brugghe vander 
» zelver conste, metgaders Eloy de Wêer ende Lievin vander 
» Heyden de welcke hy huerlieder eeden, dies hoghelic 
» ghestaeft ende ghemaent zoot behoort, verclaert ende 



— 25 - 

» geaffirmeert hebben dat zij upden achtiensten in septembre 
» xv*' zeven ende veertich binnen dezer stede ondersocht 
» hadden eenen Adriaen Van Hecke poorter ende inwo- 
» nende der zelver dezer stede van Ghendt ende jeghens 
» den selven Adriaen elc zonderlinghe corps a corps, deen 
» voren ende dandere naer ghevochten meiten langhen 
» siceerde haeste daeghe glaive buecMeere ende andere 
» instrumenteyi ter voornomder conste dienende ende 
» behoirende. Daerinne hy Adriaen hem zo heerlic ende 
» ivel geciueten heeft als dat zy den zelven Adriaen naer 
» dat hy openhaerlic prisen npghestelt hadde ende ten 
» ansiene ende jeghens elcken ghevochten ghedeffendeert 
» ende bescheermt Meester vander voorseide ridderlycke 
» conste g hem aect ende ghepasseert hebben als weerdich nut 
» souffisant ende tcel ideyne onime aile persoonen, gheeste- 
» licke ende weerlicke edele endé onedele ende aile deghone 
» diet an hem versoucken de voorseyde conste te moghen 
» leeren die te exercerene alomme icaer dat zy ende daertoe 
» loapene te moghen toighene ende zulc als hy hem daer- 
» mede hehelpen teille, ende voorts dat hy Adriaen de 
» voornoemde meesters ghedaen ende ghecontenteert heeft 
» van al dies hy sciddich es ende behoirt te doene omme 
» meester van de voorseider conste te loezene, van icelcken 
» verclaerse dezelve Adriaen an ons verzocht thebben onse 
» opene lettren die hem ghegheven ende gheconsenteert 
» waren, te ivetene deze présente. In orcondscepen der 
» icaerheden hebben %oy deze présente letteren ghedaen 
» zeghelen metten zeghelen van zaken der voorseider stede 
» van Ghendt den xix'' iti september xv" zeven en veertich. » 

Le second diplôme est du 20 décembre 1565. 
Il a été délivré à un certain Jacques Daucliy. Il 
subit l'épreuve contre les schermmeestei^s Jan 
Lenaert, gheseyt Cappeau, Gillis Kerryn (Guerryn) 



— 26 - 

et Eloy de Weer. Ces deux derniers figurent égale- 
ment dans le diplôme de 15-47. Les deux éclievins 
de la Keiire, Jan Tayaert et Wulfaert Van Hecke, 
assistaient à l'examen. 

Le texte de ces diplômes nous montre qu'avant 
d'être admis à enseigner l'escrime, le récipiendaire 
devait au préalable faire preuve de connaissances 
sérieuses dans l'art du maniement des armes. Pas 
moins de six professeurs d'escrime assermentés 
firent successivement des assauts avec Van Hecke 
en se servant de l'épée à deux mains, de la lance, 
de la dague, du glaive, du bouclier, et de toutes 
les armes offensives et défensives, employées à 
cette époque dans Tescrime. Les professeurs qui 
avaient subi avec succès une pareille épreuve, 
étaient réputés — et avec raison — des maîtres 
d'armes de première force, en état de se mesurer 
avec tout champion qui se présenterait et capables 
d'enseigner avec fruit le noble art de l'escrime. 



§ 2. 



ÉPOQUE POSTÉRIEURE A LA FONDATION DE LA 
CHEF-CONFRÉRIE DE SAINT-MICHEL. 

XVIP siècle et XYIII^ siècle. 

Après 1613, c'est-à-dire depuis la fondation de 
la chef-confrérie des escrimeurs de Saint-Michel, 
les examens pour Tobtention du diplôme de maître 
d'armes eurent lieu au local de la Gilde, en pré- 



— 27 — 

sence du Serment et cVune députation des échevins 
de la Keure. Tout se i3assait comme nous l'avons 
vu plus haut. Les professeurs d'escrime, qui 
avaient présidé à l'examen, se présentaient à 
riiôtel de ville devant les échevins réunis et dé- 
claraient que le récipiendaire avait fait preuve 
d'adresse et d'habileté dans les assauts d'armes 
auxquels ils s'étaient livrés avec lui, et qu'il 
méritait par conséquent d'être proclamé vryen 
schermmeester . 

Le procès-verbal de ces examens était transcrit 
au registre des délibérations de la' Gilde et le nou- 
veau maître d'armes en recevait, sous forme de 
diplôme, une copie revêtue du sceau de la ville et 
de celui de la confrérie. 

La chef-confrérie de Saint-Michel jouissait d'une 
telle réputation que les escrimeurs étrangers bri- 
guaient l'honneur d'obtenir un diplôme délivré 
par elle. Nous avons trouvé plusieurs exemples 
de ces octrois dans le Resolutiehoeck de la Gilde. 

Nous citerons notamment celui d'un certain 
Jean-Baptiste Fréchier, bourgeois de Bruges, qui 
s'adressa au Serment de la confrérie gantoise 
pour obtenir le diplôme de maître d'armes, het 
vrye meesterschap in de waepenen . 

Le procès-verbal de l'examen de Jean-Baptiste 
Fréchier, daté du 22 décembre 1750, porte en 
tête la formule sacramentelle, écrite en grands 
caractères : 

Allen den ghonnen die dese présente Lette- 

REN SULLEN SIEN OFTE HOOREN LESEN, SaLUT. 



— 28 — 

Vient d'abord le préambule, relatant la de- 
mande faite par J.-B. Fréchier et la mention des 
certificats dont il était porteur. Le procès-verbal 
constate ensuite, dans les termes suivants, que le 
récipiendaire, s'étant tiré d'une manière brillante 
des différents assauts, livrés au maître d'armes 
de la confrérie et à d autres amateurs présents 
à la séance, est proclamé vryen scherimneester et 
autorisé à enseigner, à chacun et en tous lieux, 
l'art de l'escrime. L'autorité communale était 
représenté par les échevins Jacques Rodriguez de 
Vora y Vega et Pierre Masseau, et par le premier 
secrétaire François Diericx : 

« Voor ons is gccompareert cVheer Jacohus Bourgois, 
» capitefjn van eene compagnie horgherlycke rcachten deser 
» voorseyde stadt ende onse vryen schermmeestere beneffens 
» menigviddighe soo edele als notabele persoonen ende Lief- 
» hehbers der voorseyde loaepenconste om te sien experimen- 
» teren ende oordeelen de ervaerentheyt van den voorseyden 
» jan baptiste Fréchier den xcelcken aldaer ooch gecom- 
» pareert syndejeghens onsen schermmeestere heeft ghedaen 
» syn exercitien end^ bethoont syne conste in het schermen 
» alsoockjeghens aile deghonne die hunjeghens hem hebben 
» gepresenteert met aile soorten van tcaepenen naementlyck 
» met het siceerdt, rappiere ende poinjaert, in al het loelcke 
» den meergemelden Jan baptiste Fréchier V onsen appay- 
» sèment e ende van de voornoemde edele heeren commis- 
» sarissen hem. soo loffelyck heeft gequeten ende naer oicde 
» usantie overluyt publiecquelyck geropen synde of er ten 
» laste van den vooryioemden Fréchier aengaende syne 
» religie exercitie ofte ervaerentheyt iemant iets tciste te 
» segghen ende niemayit hem presenterende heeft den voorn. 



— 29 — 

» onsen schermmeestere m onse handen onder eedt verclaert 
» dat hy den meergemelden J. b. Frechier, ffeioeest synde 
» geduerende den tyt van beth dan tioee jaeren synen 
» provost de salle ende van goet comportement vindt ende 
» haudt voor meester souffisant ende capabel in het handelen 
» der voorschreven icaepenen om an aile mannen ende 
» liefhebbers de selve edele comte te leeren ende ondericijsen, 
» soo ist dat loy Conninck, heuverdeken, Deken^ proviseerders 
» ende ouderlynghen den voornoemden Jan baptiste Fréchier 
» geiceest synde in den franschen dienst ende ghesien syn 
» co7igé absolut gedateert den 6 maerte 1749 onderteehent 
» Marsan, voor soo veele ons angaet hebben geadmitteert 
» soo loy hem admitteren by desen hem ghevende voile 
» macht als vrijen schermmeestere om hem voor sulcx te 
» presenteren ende de voorschrevene conste van schermen 
» te leeren ende ondertcysen in aile andere steden ende 
» plaetsen an aile deghonne die het selve van hem sidlen 
» versoucken met het hauden van publiecke ende opene 
» schole naer ghebruyck ende usantie vande voorseyde 
» conste midtsgaders costumen ende privilegien van de 
» plaetsen, in hennisse der loaerheyt hebben loy deze onse 
» acte doen uitgeven onder den segel van het gilde ende 
» signature van onsen greffier desen 22 december 1750. » 

Copie de ce procès-verbal fut ensuite présentée 
aux éclievins, qui la firent sceller du sceau de la 
ville et signer par le premier secrétaire François 
Diericx. Après quoi cette pièce fut remise à Jean- 
Baptiste Fréchier, pour lui servir de diplôme de 
vryen scherinmeestere in de conste der ivaepenen. 

On voit combien ces épreuves étaient sérieuses. 
Aussi le professeur d'escrime, qui parvenait à 
obtenir un diplôme de capacité délivré dans des 



— 30 — 

conditions pareilles, était-il assuré de voir les 
élèves et les amateurs accourir à sa salle d'armes. 



Chaque fois qu'un de ces examens avait lieu 
au local de Saint-Michel, il était suivi — est-il 
nécessaire de le dire? — d'un banquet offert au 
nouveau maître d'armes, aux autorités et aux 
confrères ou amateurs étrangers qui avaient 
accompagné le récipiendaire. Nous trouvons dans 
le livre des comptes de 1750 la mention des frais 
de la réception des confrères de Bruges et des 
frais du souper qui suivit la proclamation de Jean 
Baptiste Fréchier comme vryen schermmeester . 

Nous y lisons : 

« Item betaelt aen S'' Jan Van Paemele, hofmeester, 
» voor de hecostynghe van avont'mael, koetshuere etc. op 
» den 22 decemher 1750 dayh van het doen van de preuve 
» van den schermmeestere van Brugghe per quittantie de 
» somme van lib. 18-10-8. 

» Item betaelt aen den Greffier over het ghelaeghe hy hem, 
» betaelt int haelen der confreers van Brugghe de som van 

lib. 1-9-9 •. » 

On peut constater, par ce qui précède, que la 
réception des confrères brugeois coûta à la Gilde 
de Gand plus de vingt livres de gros. L'année 
suivante, les frais de la réception d'un maître 
d'armes d'Ypres s'élevèrent à la somme de près 

'' Nous devons faire observer que le mot by, employé ci-dessus 
{by hem betaelt), est pris ordinairement dans le sens de door, par. 
il a la même signification que le mot by en anglais. 



— 31 — 

de treize livres de gros. En deux années donc, la 
confrérie dépensa de ce chef trente-deux livres de 
gros, soit environ 350 francs de notre monnaie! 
Nous l'avons dit, en commençant cette étude : la 
confrérie vivait largement et ne regardait pas à la 
dépense. C'est ce qui explique les difficultés finan- 
cières contre lesquelles elle eut si souvent à lutter 
et dont elle ne parvenait à se tirer qu'en recourant 
aux emprunts et en faisant un appel à la généro- 
sité de ses membres. 

Citons encore le compte de ce que coûta la 
réception d'un maître d'armes en 1721. On con- 
somma aux frais de la Gilde pour une valeur de 
plus de sept livres de vin et on but un demi- 
tonneau de bière. Quant aux mets, les convives 
se contentèrent de saucisses de Boulogne, de pain, 
de fromage et de biscuits. La simplicité du menu 
n'empêcha pas la soirée d'avoir été des plus gaies 
et des plus animées à en juger par le nombre 
de verres et de bouteilles cassés, ghebrockene 
boutaillen ende glaesen, portées au compte de la 
confrérie. 

Les droits et les obligations du maître d'armes 
étaient fixés par les statuts et règlements de la 
confrérie. Tous les articles du règlement du 
19 avril 1616, inspirés par les sentiments les plus 
chevaleresques, exigent qu'une loyauté parfaite 
préside à tout ce qui concerne l'exercice des armes. 
Citons-en deux exemples : 

« 30. — Item den Meester van desen Guide wordt oock 
B verboden te leeren eenighe omcettelyck mauslachtighe 



— 32 — 

» roffihaenen ofte infaeme persoonen, op peyne van daer 
» van ghecorrigeert te loorden hy de Proviseerders van den 
» Guide naer hevint vande saecke. 

» 39. — Voorts aile de ghone die comen binnen dese Saele 
» ofte Gidde, ende tcillen leeren de conste der schermers, 
» zijn gehouden te doen verclaers van Eede aenden Meester 
» dat sy de selve conste niet en icillen leeren cm daer-mede 
» jeûnant te krincken aen lyf nochte goet, nemaer om daer- 
» raede te beicaeren haerlieden eyghen lyf uyt noodt. » 

Il était donc défendu au schermmeester d'en- 
seigner son art à des gens dont la conduite et la 
moralité laissaient à désirer. Cet article 30 visait 
les leçons particulières, données par le maître 
à des personnes n'appartenant pas à la Gilde de 
Saint-Michel. D'un autre côté, d"après l'article 39, 
les membres de la confrérie, qui se présentaient 
pour apprendre l'escrime, devaient s'engager sous 
serment à se servir de leurs armes, non pour 
attenter à la personne ou. aux biens d'autrui, 
mais seulement pour se défendre eux-mêmes en 
cas d'aggression. 

Les appointements du maître d'armes étaient, 
à l'origine, de cinq livres de gros payés par la 
confrérie. Outre les cachets qu'il recevait des 
confrères auxquels il donnait des leçons particu- 
lières, le maître jouissait encore d'autres avantages. 
Le règlement de 1616 portait par exemple que le 
confrère nouvellement admis devait payer, lors 
de sa prestation de serment, dix sous au maître 
d'armes. 

En sa qualité d'arbitre es art d'escrime, le 
maître était chargé , dans les assauts et dans les 



— 33 — 

concours, de veiller à ce que tout se passât selon 
les règles et conformément aux statuts et règle- 
ments de la Gilde. 

Les gages du schermmeeste?' furent successive- 
ment augmentés et portés finalement, en 1791, à la 
somme annuelle de douze livres de gros, sous la 
condition d'enseigner Tescrime à huit jeunes con- 
frères, qui lui paieront chacun deux couronnes 
impériales. Résolution du 11 décembre 1791 : 

« op conditie inde ses teinter m aenden lessen te geven 

» aen acht jonge heeren confrcders d.e ivelcke door den Eedt 
» zullen loorden geavigneert, dit boven de tioee keysers- 
» kroonen te betaelen door ieder dezer jongelingen. t> 



Le maître d'armes habitait le plus souvent le 
local moyennant une légère redevance annuelle. 
Cette résidence procurait en outre certains petits 
profits qui n'étaient pas à dédaigner. Nous avons 
trouvé aux archives communales (diversche re- 
kwesten, série 114, n" 11) une requête du 21 
novembre 1683 par laquelle le maître d'armes 
Louis Hoentjens demande aux échevins de pou- 
voir livrer le bois de chauffage, employé dans la 
salle d'audience des Vinders et des Hcdlieeren qui 
siégeaient au local de la confrérie de Saint-Michel. 
Les échevins lui accordèrent sa demande et lui 
octroyèrent une somme de dix livres de gros par 
an pour laquelle, du 1' octobre au V mai suivant, 
il devait à chaque réunion des Vinders et des 
Halheeren leur fournir cinq bûches de bois à 
brûler, \:yf' hauten op ieder vergaderynghe. 

3 



— 34 — 

La perception d'un de ces bénéfices donna lieu 
en 1772 à un conflit entre le maître d'armes Broutyn 
et le doyen-trésorier de la Gilde. Pendant la foire 
de la mi-carême, lorsque le nombre des échoppes 
était trop considérable pour que toutes pussent 
trouver place dans les salles de l'hôtel de ville, on 
en admettait également un certain nombre dans 
le local de la confrérie de Saint-Michel. Les forains 
payaient, pour cette occupation, une redevance 
que touchait le doyen-trésorier. Le maître d'armes 
Broutyn, favorisé de la concession de logement 
visée plus haut, trouva que cet état de choses, 
illégal selon lui, avait duré assez longtemps et 
s'avisa d'y mettre fin en percevant lui-même et 
à son profit les sommes payées par les propriétaires 
des échoppes. 

Il adressa donc une requête aux échevins, expo- 
sant que le doyen de la confrérie n'avait ni droit 
ni qualité, daerioe geene de minste recht ofte titel en 
heeft, pour recevoir les redevances payées par les 
forains. Les échevins appointèrent la requête et 
décidèrent, le 18 mars 1772, que dorénavant ces 
redevances seraient payées au maître d'armes. 
Celui-ci était chargé de veiller à ce qu'aucune 
dégradation ne fut commise au local pendant la 
durée de la foire ; il devait également le faire 
mettre en ordre après le départ des forains. Le 
local entier était, dans ces circonstances, occupé 
par les échoppes car la requête (diversche y^ekioesten, 
série 114, n" 20) porte : « de respectieve saelen van 
» de voorseyde schermschole ende de groote camers 
« van diere gheduerende de halfvasten foiren. » 



— 35 - 

En traitant au chapitre II du local de l'ancienne 
Lakenhalle, occupée gratuitement depuis 1613 par 
la confrérie de Saint-Michel, nous avons dit que 
la ville de Gand, ne tirant aucun revenu de ce bâti- 
ment, ne se prêtait guère à y faire des travaux 
de réparation et d'entretien. Ce manque d'empres- 
sement de la part de la ville à se mettre en frais 
pour compte de la Gilde, donnait parfois lieu à de 
curieux incidents. En voici un qui vaut la peine 
d'être mentionné. 

Le plancher de la grande salle d'armes était, 
vers le milieu du siècle dernier, en si mauvais état 
que les confrères qui voulaient faire de l'escrime, 
aussi bien que les personnes qui venaient prendre 
des leçons du maître d'armes Jacques Bourgois, 
n'osaient j)lus s'y aventurer. Celui-ci adressa donc 
une requête aux échevins, dans laquelle il exposait 
que la salle d'armes de Saint-Michel était déserte 
et que les confrères, de même que les bourgeois 
et les nobles, de crainte de passer au travers 
du plancher, ne fréquentaient plus le local et 
s'adressaient à des soldats ou à des maîtres 
d'armes de la garnison pour apprendre l'escrime : 

« Soo de confreers als andere borghers ende edellieden 
» dezer stadt in plaetse van de saele te frequenteren hy 
» soldaeten ende schermmeesters van het garnisoen de 
» voorseyde conste leeren op pretext dat den solder ofte 
» plancken dusdanigh periculeus syn dat men saude vreesen 
» van ongemaecken... » 

Le 3 mars 1755, sur le rapport du directeur 
des travaux de la ville, den ont/angher van de 
wercken, les échevins décidèrent de faire placer 



— se- 



uil plancher neuf dans la grande salle de la 
confrérie. Désormais les confrères purent se livrer 
à de vigoureux appels de pied sans risquer de 
descendre inopinément à l'étage inférieur. 



THÉORIE DE L'ESCRIME. — AUTEURS. 

Une décision du Serment, prise le 21 sep- 
tembre 1680 et transcrite au Resolutieboech, nous 
fournit de jii'écieux renseignements sur la lon- 
gueur du fleuret, employé par les escrimeurs de 
la confrérie de Saint-Michel de Gand. Cette déci- 
sion, signifiée au maître d'armes, porte : 

« Ten voorseyde daeghe is gheresolveert ende gheor- 

» donneert aen Meester Jooris Vanden Bossche scherm- 

» meester van dese guide datter niemant en sal vermoghen 

» te spelen tsy om ordinaire als extraordinaire 'prysen van 

» dese guide, ten sy met een floret van de lynghde van veer- 

» tich duymen daerinne begrepen den appel met den bouton ; 

» ist by die dat aile de floretle tsy dese guide competerende 

» ofte ande guldebroeders excederende dese lynghde sullen 

» tôt op veertich duymen ghecort worden. » 

La longueur du fleuret devait donc, d'après 
la résolution de 1680, être de quarante pouces, 
depuis le bouton jusqu'à l'extrémité du pommeau, 
ce qui équivaut à un mètre onze centimètres. Les 
fleurets mesurant plus de quarante pouces, seront 
raccourcis. 



- 37 - 

L'épée de ville, en usage dans les Pays-Bas 
vers la fin du XVU- siècle, mesurait à peu près la 
longueur imposée aux fleurets d'assaut employés 
depuis 1680 dans la confrérie gantoise. Le rôle 
de répée chevaleresque avait pris fin depuis que 
larme à feu s'était perfectionnée et avait été 
rendue maniable comme arme d'hast par Tadjonc- 
tion de la baïonnette. Les corps à corps étaient 
devenus rares par suite d'une complète révolution 
dans la tactique militaire, ébauchée au cours de 
la guerre de trente ans. L'épée était pour le soldat 
de profession non plus tant l'arme par excellence ; 
c'était plutôt un insigne professionnel, et pour 
l'ofiicier l'emblème du commandement. 

Plusieurs traités de technologie militaire, parus 
à la fin du XVIP siècle ou dans les premières 
années du XVIIP, donnent la conformation exacte 
de l'épée servant d'arme réglementaire aussi bien 
aux Pays-Bas qu'en Allemagne et en France. La 
longueur moyenne donnée à cette épée ne dépasse 
pas un mètre. 

En fixant la longueur du fleuret à quarante 
pouces ou un mètre onze centimètres, les membres 
du Sermenj: gantois ont pris modèle, croyons- 
nous, sur l'épée, dite colichemarde, dont l'usage 
dans les duels s'introduisit à la fin du XVIP siècle. 
Cette épée avait une longueur moyenne de un 
mètre quinze centimètres. C'est donc, à propre- 
ment parler, l'arme du duelliste qui a servi de 
type à l'épée d'escrime adoptée par la confrérie 
(ie Saint-Michel. 



- 38 — 

Sans vouloir entrer dans de longues digressions 
sur les pratiques anciennes de Tescrinie belge, 
nous croyons cependant qu'il sera intéressant de 
donner quelques renseignements concernant les 
traditions qui régissaient les salles d'armes au 
XVn^ siècle. 

Le traité d'escrime, publié à Anvers par Gérard 
Thibault, mérite d'être considéré comme un mo- 
dèle des travaux de ce genre. Il est intitulé : 
« Académie de VEspée de Girard Thibault d Anvers 
» oii se démontrent par Reigles mathématiques sur- 
» le fondement dhm cercle mystérieux la Théorie 
» et Pratique des vrais et jusqiî'à présent incognus 
)) secrets du maniement des armes à Pied et à 
» Cheval. 1628. » Cet ouvrage de grand format 
in-folio est dédié : « aux trés-augustes, trés-haults, 
» trés-puissants, trés-illustres Empereurs, Roys, 
» Princes, Ducs, Comtes et Touts aultres seigneurs 
» et nobles Fauteurs et Amateurs de la trés-noble 
» Science. » 

D'admirables planches, gravées par Schelte 
A. Bolswert, servent à commenter le texte de 
cette publication de luxe. Voici en quels termes 
baroques l'auteur expose sa théorie sur le cercle 
magique, qu'il appelle la clef de l'exercice : 

« Le cercle c'est le fondement de la science des armes, 
» c'est celui/ qui nous discouvre touts les dangers gui se 
» peuvent présenter par tout le discours d'une bataillle, 
» guide de nos mouvements, adresse des intentions, asseu- 
» rance des pas, duquel aussy tout le reste des clêmon- 
» strations suivantes procède et duquel on se sert parmy 
» les périlleuses vagues de cet exercice, comme les matelots 



- 30 — 

» de la boussole et d'une bonne carte marine pour éviter les 
» escueils et bancs de mer et enfin parvenir en repos au 
» port qu'ils se proposent. Toute bonne et sure defence 
» prend d'icy son origine en sorte quà bon droit peut il 
» (le cercle) être appelé la clef de Vexercice. Car ainsi qu'une 
» clef a trois offices savoir ouvrir, fermer et garder, aussy 
» est-ce cette figure dont l'usage nous ouvre la manière 
» daisaillir et de défendre ferme la porte cmx intentions 
» et entreprises du contraire et nous munit encore d'un 
» solide rempart contre tous ses mouvements desordonnez 
» en quoy elle accom'plit l'office et Veffet de nous contre- 
» garder ainsy que la pratique en fera Vépreuve. » 

L'auteur continue à garder ce ton aussi long- 
temps qu'il manie la plume et son style nous donne 
une idée de la complication de ses feintes et de 
ses dégagements. C'est à l'aide de la « philosophie 
microscome, » du « très parfait no7nbre de dix, » 
des « instances diamétrales, » de la « mensuration 
humaine » et surtout de la « parfaite conveiiance 
du cercle » que Maitre Thibault enseigne l'art de 
tenir une épée et de s'en servir. Son ouvrage, 
outre les dédicaces et les emblèmes, renferme 
quarante-deux planches doubles, représentant plus 
de six cents figures ou couples d'escrimeurs. Tous 
ces escrimeurs se meuvent au milieu d'un enche- 
vêtrement de cercles, de lignes et de figures 
géométriques d'une complication extraordinaire. 

Tous les maniements de Tépée et tous les mouve- 
ments du corps doivent, suivant le maître anver- 
sois, se faire d'après des règles fixes et selon des 
formules géométriques et mathématiques. Cette 
théorie, d'ailleurs, était celle qu'enseignaient tous 
les professeurs d'escrime de cette époque. 



— 40 - 

L'histoire ne nous a pas appris comment se 
tiraient d'affaire, sur le terrain ou dans la salle 
d'armes , les escrimeurs novices qui n'avaient 
d'autre « boussole et carte marine » pour parer en 
tierce et en quarte, que les discours de Messire 
Thibault. Quant aux praticiens de Tépée, nous 
croyons qu'ils laissaient les doctes préceptes et 
les règles mathématiques, invoqués par le maître 
d'armes anversois et ses collègues, dormir dans les 
bibliothèques et se contentaient d'appliquer des 
règles beaucoup plus simples et surtout plus 
efficaces. 

C est au pied du mur, dit le proverbe, qu'on 
reconnaît le maçon et l'on a vu des théoriciens du 
fleuret, très habiles aussi longtemps que leurs 
adversaires se trouvent maintenus dans les lisières 
de ces règles traditionnelles, se faire battre par des 
escrimeurs novices. Admirons une fois de plus la 
sagesse pratique de nos pères, les membres du 
Serment de Saint-Michel qui, ayant un diplôme 
de maître d'armes à conférer, n'obligeaient pas le 
récipiendaire à passer un examen, oral ou écrit, 
sur la théorie de l'escrime mais l'invitaient à se 
mettre en garde contre les meilleures lames de la 
locaUté. 



§ 4. 

XIX« SIÈCLE. 



On voit, par ce qui précède, que le rôle, rempli 
autrefois par le scliermmeester dans la confrérie de 
Saint-Michel, n'était pas sans avoir quelque im- 



— 41 — 

portance. Il devait être porteur d'un diplôme qu'on 
n'obtenait qu'après avoir fait preuve d'adresse et 
d'habileté dans des assauts d'armes, exécutés avec 
des maîtres assermentés et en présence des auto- 
rités communales et des membres de la Gilde. 
Aujourd'hui il n'en est plus de même. Les lois et 
les mœurs ont modifié cet état de choses, demeuré 
toutefois en vigueur dans les régiments où l'obten- 
tion du grade de prévôt d'armes est soumis à une 
sorte d'examen pratique préliminaire. La profes- 
sion de maître d'armes, en ce qui concerne la 
clientèle civile, est ouverte à tout le monde; nul 
diplôme, nulle attestation de capacité ne sont 
exigés de celui qui s'établit pour enseigner l'art de 
l'escrime. 

Dégagée de réglementation, la profession de 
maître d'armes n'a cependant pas périclité. De 
nouvelles écoles se sont fondées et chacun sait 
combien est redevenu vivant l'exercice de l'épée, 
illustré depuis le commencement de ce siècle par 
les Grisier, les Escher, les Martignac, les Kiemann 
et tant d'autres qui ont fait souche d'habiles et 
vigoureux tireurs. Ce Grisier et un autre maître 
d'armes de ce temps , nommé Bertrand , don- 
nèrent un grand assaut au théâtre de Gand le 
2 novembre 1818. 

La Gilde de Saint-Michel a eu, dans le courant 
du XIX^ siècle, d'excellents prévôts et maîtres 
d'armes, aussi adroits à manier l'épée et aussi 
capables d'enseigner l'escrime que les meilleurs 
vrye Meesters van de edele ende rudderlycke conste 
van den siveerden d'autrefois. Ils formèrent des 



- 42 — 

élèves dont quelques-uns devinrent des tireurs de 
premier ordre. Parmi ceux-ci nous devons, dans 
les premières années de ce siècle, citer les con- 
frères Busso et Bigot. 

A leur retour du concours de Courtrai, où au 
mois d'août 1811 ils avaient remporté les princi- 
paux prix, le conseil municipal les invita à assister 
au grand-théâtre à une représentation donnée en 
leur honneur. Les deux vainqueurs étaient assis 
dans une loge ornée de drapeaux et décorée aux 
couleurs de la confrérie de Saint-Michel. 



Un personnage qui eut son heure de célébrité à 
Gand, l'ancien capitaine Albert DeBast plus connu 
sous le nom de Bertje Bast, fut maître d'armes de 
la confrérie de Saint-Michel depuis 1829 jusqu'en 
1833. Il est Fauteur d'un ouvrage sur Tescrime, 
qui parut en 1836 à La Haye sous le titre de : 
Manuel cl Escrime par le capitaine de Bast, ancien 
processeur de toute arme et gyranasiarque à la Société 
royale et chevalière de Saint-Michel à Gand. 

De Bast fit partie de l'expédition qui, sous le 
commandement d'Ernest Grégoire, arriva à Gand le 
2 février 1831 pour y proclamer le prince d'Orange 
roi de Belgique. Grégoire, avec quelques-uns de 
ses officiers, entrèrent au gouvernement provin- 
cial où ils eurent une conférence avec le gouver- 
neur le baron de Lamberts de Cortenbach. Les 
trois cents volontaires, qui composaient toute 
l'expédition, se tenaient dans les rues avoisinantes . 

Pendant les pourparlers chez le gouverneur les 
pompiers, avec deux pièces de canon, prirent 



- 43 — 

position dans la rue du Gouvernement où ils furent 
bientôt rejoints par un détachement de chasseurs 
à pied que le général Duvivier avait rassemblé à 
la hâte sur la place d'Armes. Les pompiers, après 
avoir tiré deux coups de canon chargés à mitraille, 
ouvrirent un feu de mousqueterie sur les volon- 
taires de Grégoire qui perdirent douze hommes 
et eurent plusieurs blessés parmi lesquels le capi- 
taine De Bast. Cette fusillade mit fin en une fois 
à ce prétendu mouvement auquel le parti oran- 
giste de Gand resta complètement étranger. 

Bertje Bast' quittsi la ville de Gand en 1833 et se 
retira à la Haye où il ou\Tit une salle d'armes. 



Dans le livre, intitulé Register der namen en 
toenamen, nous voyons figurer comme maîtres 
d'armes de la confrérie Albert Broutyn, père et 
fils. Le premier resta en fonctions, assisté d'un 
ou de deux prévôts, jusqu'en 1818. Nous avons vu 
au chapitre XII que Broutyn père, reçu membre 
la confrérie en 1758, y remplissait les fonctions 
de professeur d'escrime depuis 1762. Son fils, qui 
portait également le nom d'Albert, lui succéda en 
cette qualité. 

Albert Broutyn, fils, fut remplacé en 1828 par 
le célèbre capitaine Albert De Bast dont nous 
venons de parler à l'instant. De Bast quitta le 
pays en 1833 et eut pour successeur, comme 
maître d'armes de la confrérie de Saint-Michel, 
Pierre Geeraert. En 1840 nous trouvons cette 
place remplie par Antoine Delecroix. 



— 44 — 

De 1840 à 1853 les leçons d'escrime furent 
données par le prévôt de salle François Dardel et 
par des maîtres d'armes des régiments en gar- 
nison à Gand. De 1853 à 1870 la confrérie eut 
comme professeurs d'escrime Pierre De Raedt et 
Paul Coddron, ainsi que des prévôts de l'armée. 
Depuis 1870, les fonctions de maître d'armes de 
Saint-^Iicliel sont remplies par M. Isidore Goet- 
maeckers, une des meilleures lames que comptent 
actuellement les salles d'armes belges. Ajoutons 
enfin que des leçons d'escrime ont souvent été 
données dans la salle d'armes de la Gilde par des 
célébrités contemporaines, parmi lesquelles il nous 
suffira de citer les professeurs N. Selderslagh, de 
Bruxelles, et Robert, aîné, de Paris. 

La Gilde ne s'est pas contentée de compter parmi 
ses membres des tireurs de premier ordre, capa- 
bles d'enseigner aux nouveaux confrères les prin- 
cipes de l'art de l'escrime. Elle a encore tenu 
à avoir constamment un maître d'armes chargé de 
former des élèves, de faire respecter les règles et 
les traditions du maniement de Fépée et de veiller 
à tout ce qui concerne la bonne organisation de la 
salle d'armes. 

C'est ce qui explique le renom que la chef- 
confrérie de Saint-Michel de Gand s'est acquis 
dans le pays et à l'étranger et c'est ce qui explique 
aussi le grand nombre d'excellents tireurs formés 
à son école d'escrime. 

Prosper Claeys. 
(A continuer.) 



— 45 — 



JM VAN MONKHOVEN 

CAPITAINE FLAMAND AU SERVICE DE LA SUÈDE K 



Jan van Monkhoven, qui joua un rôle assez 
important dans les guerres de la Suède sous les 
rois Charles IX et Gustave II Adolphe, est qua- 
lifié tantôt de Flamand, tantôt de Brabançon. Ces 
deux assertions ne se contredisent pas : on peut 
admettre que Monkhoven était Flamand, l'épi- 
thète de Brabançon voulant dire tout simplement 
qu'il était sujet belge du roi d'Espagne. Rien non 
plus ne s'oppose à ce qu'il ait été originaire du 
lieu de Monkhoven, au Franc de Bruges. 

On ignore le nom de ses parents ; mais si l'on 
veut bien se rappeler qu'il mourut en 1614 dans 
la force de l'âge, on voit que sa naissance doit se 
rapporter à l'époque des plus violentes persécu- 
tions, et en conclure que la famille van Monkhoven 
a pu émigrer en Suède pour cause de rehgion, et 
que Jan était, en ce cas, protestant de naissance, 
ce qui était certainement de nature à assurer à la 

* Tiré des sources Scandinaves. 



— 4G — 

famille un excellent accueil dans ce pays de Suède , 
qui avait offert déjà une seconde patrie aux Beurée 
et aux Collart, aux Mornay et aux Lagardie. 

Sous le règne de Charles IX, c est-à-dire dès 
avant le 30 octobre 1611, Monkhoven avait 
atteint le grade de colonel et les fonctions de felt- 
vaguemestre-général. A peine monté sur le trône, 
Gustave-Adolphe le confirma (29 novembre) dans 
ces importantes fonctions, en même temps qu'il 
l'investissait, comme nous allons le voir, d'une 
mission de haute confiance. Monkhoven était 
pauvre et la Cour n'était pas riche, mais il était 
bien en cour. Aussi voit-on le roi lui faire cadeau, 
le 2 novembre, d'une couple de rennes; le 3, il 
donne l'ordre de lui payer, sur son arriéré, la 
somme nécessaù'e pour acheter un vêtement de 
deuil (!); l'existence matérielle lui était difiicile : 
le roi, à la date du 25 novembre, mettait à sa 
disposition un veneur chargé de fournir pour la 
table de Monkhoven et de son épouse (il était 
donc marié) le gibier à poil et à plume dont ils 
pouvaient avoir besoin. Le même jour, on lui 
concédait le domaine de Xora avec les revenus 
de deux paroisses. 

On avait grand besoin de lui et c'est évidem- 
ment pour le compte de l'État que la reine-mère 
lui fit assigner, à la date du 28 novembre, une 
somme de dix mille cinq cents rixdales sur l'ar- 
gent qu'elle avait placé à Lûbeck. Il s'agissait, 
en effet, daller recruter en Hollande et en Ecosse 
des troupes destinées à servir contre le Danemark 
et la Norvège. 



— 47 — 

La Suède avait déjà, antérieurement, donné 
asile à bon nombre d'Écossais, et plusieurs de 
ceux-ci avaient fait une certaine fortune dans 
l'armée suédoise ' . Elle comptait alors dans ses 
rangs de braves soldats comme le général Ruther- 
ford, le colonel Daniel Cobron, les capitaines 
Wauchope et Greig, le lieutenant Learmonth. 
Ce fut un Écossais également, James Spens, qui 
fut adjoint à Mônkhoven pour les levées à faire 
en Ecosse ; le lieutenant-colonel Halkett avait 
mission de les transporter en Hollande, pour les 
j mettre à la disj)osition de Mônkhoven. 

Ce n'est pas ici le lieu de s'étendre sur le sort de 
ces recrues écossaises : il suffira de rappeler que 
le roi Jacques I, étant beau-frère de Christian IV 
de Danemark, vit ces levées d'un fort mauvais 
œil et les défendit, au moins officiellement; mais 
une petite colonne, commandée par Alexandre 
Ramsay, se dirigea directement sur la Norvège, 
où elle fut écharpée par les paysans au combat 
de Kringelen dans le Gudbrandsdal. Cette expédi- 
tion, dite (' de Sinclair, » a donné lieu à toute une 
petite littérature, pour laquelle nous renvoyons 
spécialement au dernier ouvrage de M. F. Michell, 
Eistory ofthe Scottish expédition to Norivay in 1612, 
London & Christiania, 1886. 

Quoi qu'il en soit, Mônkhoven était le chef 
suprême de l'expédition ; c'est à lui qu'incombait 
le devoir d'assurer en Hollande (à Amsterdam) 



> L'élément écossais est encore fortement représenté en Suède 
par des Stuart. des Carnegie, des Dickson, des Bruce, des Hamilton 
et bien d'autres. 



- 48 — 

l'armement des recrues, aussi bien des Hollandais 
et Brabançons (Flamands) levés par lui, que des 
Écossais levés par Spens et amenés par Halkett. 

Muni des remises de la reine-mère, il se mit, 
le 2 décembre 1611, à la tête d'une flottille de 
guerre devant se rendre d'Elfsborg à Amsterdam ; 
il devait emporter une cargaison de cuirs pour les 
vendre en Hollande et en appliquer le produit à 
l'armement de sa troupe. Les traites sur Lubeck 
n'avaient peut-être qu'une valeur relative, étant 
donné le peu de crédit dont jouissait alors la 
couronne de Suède; peut-être les savait-on d'un 
recouvrement difficile, ou bien considérant Lubeck 
comme trop en dehors de la route, n'avait-on 
donné ces traites à Monckhoven que comme pis- 
aller pour le cas où les autres voies et moyens lui 
feraient défaut. Les cuirs, de leur côté, étaient 
sans doute aussi un moyen de détourner les soup- 
çons, en cas de visite. 

On ne sait si les traites furent présentées; on 
ne sait pas non plus ni où ni quand les cuirs 
furent vendus : ce qui est bien certain, c'est que 
Monkhoven arriva à Amsterdam par la voie de 
terre, le Skagerak étant en cette saison fermé 
par les glaces et bloqué par les Danois, ce qui 
empêcha le départ de la flotte. Il manqua bientôt 
d'argent, et les levées se firent avec une grande 
lenteur, le i-etenant ainsi bien au-delà du terme 
prévu, et le forçant à mettre 4000 écus de sa 
poche (l'argent de Lubeck?). Encore laissa- t-il 
des dettes en quittant la Hollande, pour de l'ar- 
gent qu'il avait emprunté (N". D. M., Il, 47, 
Smll. m, 237). 



— 49 — 

Puffendorf, dans son Introduction à l'histoire de 
la Suède (édition Brask, Stockholm, 1688, p. 605), 
dit que les levées effectuées par Gustave-Adolphe en 
Hollande et en Ecosse s'élevaient à 2300 hommes, 
qui furent transportés sur 15 navires d'Ecosse en 
Norvège. Il y a là plus d'une erreur évidente. 

D'abord sur le chiffre. Il comprend peut-être, 
d'après des documents qui ne seraient point par- 
venus jusqu'à nous, le chiffre total des levées, 
y compris les Écossais dont le déjDart fut empêché, 
ou bien encore il y comprend celui des goujats et 
des femmes? 

Si l'on tient compte de ce que trois à quatre 
cents Écossais, partis en cachette sur deux na- 
vires, allèrent aborder à la côte du Eomsdalen, il 
faudrait admettre que Monkhoven garda avec lui 
2000 hommes environ ; presque tous les historiens 
sont d'accord pour constater qu'il arriva en Suède 
avec 800 hommes. En admettant même de grosses 
pertes en route, pertes dont la chronique ne 
fournit pas la trace directe, on est encore loin de 
compte. 

Puffendorf aura été mal informé, ainsi que 
J. C. Berg (Smll, III, 225), quand il parle de 
1400 hommes, ou Yngvar Nielsen (J. A. B. p. 30), 
quand il parle de 800 seulement. Le chiffre le plus 
probable est celui de 1200, indiqué par le même 
auteur (H. T., IV, 109), d'après l'agent suédois 
d'Amsterdam. 

Monkhoven, qui n'avait pas, et pour cause, été 
rallié jjar Halkett, finit par quitter la Hollande, 
se rendant directement, comme les Écossais, à la 

4 



— 50 — 

côte norvégienne, pour éviter les détroits fermés 
par les Danois. 

Le plan commun suivi et par Ramsay et par 
Monkhoven était d'aborder à Throndhjem, pour 
traverser la Norvège dans un endroit où elle n'a 
guère que 100 kilomètres de largeur, pour entrer 
en Suède par la province du Jâmteland. 

Monkhoven réussit là où Ramsay échoua misé- 
rablement. Après cinq semaines de retard causé 
par des vents contraires, il partit le 17 juillet 1612, 
et fit un rapide voyage. 

Il avait avec lui cinq vaisseaux suivant les uns, 
quatre suivant les autres. Un agent suédois rési- 
dant à Amsterdam, indique qu'il avait avec lui 
quatre navires et douze cents hommes (H. T., IV, 
109). Les navires avaient été affrétés par Monk- 
hoven lui-même à Emden et l'un d'eux a pu se 
perdre corps et biens, ce qui expliquerait une 
certaine réduction du corps expéditionnaire. Il se 
dédommagea en enlevant sur la côte de Norvège 
un navire écossais et un autre de Husum ; il aurait 
en outre pris 5 (ou 7) barques pontées et coulé à 
fond un navire de Flensborg (Smll III, 237). 
Deux de ses navires portaient Tun 24 et l'autre 
16 canons. La troupe se composait à l'arrivée en 
Suède de 600 mousquetaires et 200 piquiers. Ce 
sont ces derniers, sans doute, qui touchaient 
double solde, et étaient les seules troupes de 
choix que possédât notre capitaine. 

Arrivés fort rapidement en vue des côtes de 
Norvège, au nord de Statland, dans le Sôndmôre, 
les Flamands firent quelques incursions sur la 



— 51 — 

côte, tuèrent quelques paysans, pillèrent le do- 
maine noble de Giske et incendièrent deux fermes 
à Yalderhoug ; on procéda de même, en remontant 
vers Throndlijem, le long dos côtes du Eomsdal et 
du Nordmôre. 

Le 19 juillet, un dimanche (le sixième après la 
Trinité) Monkhoven fut avec sa flotte en vue de 
Throndhjem , sous Agdenes. La population se 
trouvait à cette heure dans les églises. Le gouver- 
neur, Steen Bilde, homme très âgé et valétudi- 
naire, qui relevait justement d'une longue maladie, 
quitta aussitôt le prône, réunit tout son monde, 
et fit allumer les signaux. Prévoyant, sans doute, 
une attaque, il avait fait enlever du fjord toutes 
les balises. Monkhoven manquant de pilotes, 
s'embossa sur les 9 heures du soir à une portée de 
canon de la ville; Bilde, de son côté, avait fait 
mettre en batterie, sur le rivage et dans quelques 
blockhaus, les neuf canons dont il disposait, six 
en fer et trois en bronze (Fun de ces canons éclata 
pendant le tir). Un feu très vif s'engagea entre les 
batteries de la côte et les quarante canons de Monk- 
hoven; les feux de peloton continuèrent pendant 
la nuit, et le Brabançon, croyant peut-être avoir 
affaire à une ville supérieurement armée, préféra 
ne pas s'attarder à la prendre, mais gagner la 
Suède au plus tôt, ce qui était sans nul doute plus 
conforme à ses instructions. Il ne s'arrêta pas 
davantage devant Throndhjem, mais ayant capturé 
quelques pêcheurs, il se fit piloter par eux jusqu'à 
la côte du Stjordal, au fond du golfe, soit à 20 kilo- 
mètres environ : cette côte nest qu'à 80 kilomètres 



— 52 — 

de la Suède (Jâmteland et Herjedal). Il n'avait plus 
qu'à remonter, par une saison très propice, la 
vallée du Stjôrdal et passer les montagnes de 
Meraker, c'est-à-dire le tracé actuel de la ligne 
du chemin de fer. Le débarquement se fit sans 
encombre, le lundi 20 ; et les navires repartirent. 
Ils avaient pourtant eu à passer des défilés où, 
selon Jens Bjelke, il y avait place à peine pour 
deux navires de front. Narguant un ennemi qui ne 
daignait même pas les inquiéter, ils mirent, en 
signe d'adieu, le feu à une ferme; leur voyage se 
fit, du reste, si rapidement qu'ils étaient déjà 
le 30, de retour à Amsterdam. Steen Bilde, restant 
dans sa capitale qu'il craignait de voir attaquer 
par de nouveaux auxiliaires suédois, cherchait 
cependant à entraver la marche insolente de 
l'ennemi. 

Il envoya à la poursuite de Monkhoven le capi- 
taine Anders Mortensen Oerum avec 250 hommes ; 
celui-ci après avoir ramassé sur sa route un millier 
de paysans environ, fut rallié par le capitaine 
Frédéric Nahemd, venu de Verdalen. Cette troupe 
combinée attaqua Monkhoven au hameau de Kil, 
composé de trois fermes ; mais paysans et soldats, 
se débandant aux premières décharges de mous- 
queterie, laissèrent leurs officiers, avec quatorze 
cavaliers seulement, aux prises avec l'ennemi. 

On parle encore d'un troisième capitaine, Anders 
Torkilsen, arrivé à Birdal avec 120 soldats, qui 
se cachèrent, à l'exception de 2 soldats originaires 
du Jâmteland ; s'étant renforcé d'un certain nombre 
de paysans, il essaya aussi, avec le même succès, 
d'attaquer 1 ennemi à Lexdal. 



— 53 — 

N. S., II, 296, parle bien, en effet, d'un capi- 
taine envoyé de Throndhjeni et de deux autres 
venus des districts avec quinze cents paysans ; 
mais il me semble y avoir confusion, les deux 
capitaines du nom d'Anders n'étant peut-être 
qu'une seule et même personne (Birdal pourrait 
bien de son côté être une fausse leçon pour 
Verdal) . 

• Peu importe, en somme : Steen Bilde, malgré 
l'honorable résistance qu'il fit dans sa ville, mérita 
peut-être le reproche de pusillanimité qui lui fut 
adressé; mais si les paysans, mal armés et mal pré- 
parés comme ils l'étaient, ne firent même pas un 
semblant de résistance, au moins firent-ils tout le 
mal possible à leurs adversaires en leur refusant 
les vivres les plus indispensables et leur fermant 
leurs portes. 

Monkhoven fit donc preuve de sagesse en se 
hâtant de mettre la Norvège derrière lui ; quoi- 
qu'il n'eût que 80 kilomètres à faire pour arriver 
en territoire ami, il perdit encore quelque monde; 
un certain nombre de ses soldats périrent de 
fatigue et d'inanition, après avoir jeté leurs armes 
et leur harnachement qui les accablaient. 

On brûla en chemin quatre fermes de Stjôrdal, 
douze fermes sur la rive sud, et les deux fermes 
de Meraker, après quoi l'on se trouva en Suède, 
vers le 23 juillet avec 800 hommes, leur femmes 
et leurs valets (!). 

Monkhoven s'il fut plus sage, fut donc aussi 
beaucoup plus heureux que le malheureux Sinclair 
(expédition Ramsay) qui finit d'une façon si tra- 
gique le 26 août de la même année. 



— 54 — 

Arrivé en Suède, Monklioven ne joua plus, 
comme de juste, qu'un rôle assez secondaire. 
Cependant, on le voit contribuer à débloquer la 
ville de Stockholm qui se trouvait alors menacée 
par mer (voir Julien Pelé dans Slange, trad. 
Schlegel, II, 550). Il figura aussi au siège de 
Calmar, où seul de tous les officiers étrangers, il 
ne reçut aucune blessure ; la malveillance fit dire 
qu'il dépassait tous les autres en prudence et savait 
mieux combattre à distance que de près. Sa pru- 
dence n'était pas un défaut, et quant à sa valeur, 
elle avait ses preuves, et l'envie ne pouvait mordre 
sur lui. 

La paix de Knârôd conclue le 29 novembre 
entre la Suède et le Danemark mit fin, au moins 
provisoirement, aux entreprises pour lesquelles 
on avait soudoyé les mercenaires de Monklioven. 
Ainsi qu'il advient si souvent de ce genre de 
troupes, on eût bientôt assez d elles, et l'on fut 
fort heureux de se débarrasser de ces « grandes 
compagnies » en les envoj^ant guerroyer en Russie. 

On retrouve là, dès 1613 (G. A. H., I, 175-178), 
Rutherford et Monklioven ; au rapport de Weibull 
(hist. de Suède) Daniel Cobron s'y trouvait aussi, 
ainsi que de la Ville et les deux La Chajwlle père et 
fils, venus avec leurs vaillantes troupes françaises 
se mettre pour leur propre compte au service de la 
Suède. Rutherford était là avec ses Ecossais, Monk- 
hoven avec ses recrues des Pays-Bas, Cobron avec 
des volontaires de tous les pays. 

Le 14 juillet 1614, Cobron et Monkhoven réunis 
enlevèrent d'assaut les redoutes de Bronitsi, ils 



55 - 



mirent en fuite 8000 hommes ; 400 qui résistaient 
furent passés au fil de l'épée. 

De là, les deux compagnons d'armes furent 
appelés au siège de Gdof, ville épiscopale de 
ringrie, à l'est du lac Peipus, sur la route de 
Pskov à Narva. 

Monkhoven y fut tué par un boulet, ce qui 
n'empêcha pas la ville de capituler le 10 sep- 
tembre 1614. 

Monkhoven avait donc pris une part active aux 
glorieux faits d'armes qui amenèrent le czar 
Michel à signer la paix de Stolbova, désastreuse 
pour la Russie. Son nom se rattache ainsi aux 
pages les plus honorables de l'histoire de la Suède ; 
peut-être, en fouillant bien les archives de ce pays, 
trouverait-on un plus grand nombre de documents 
relatifs à ce vaillant aventurier, à sa femme et 
à ses enfants. L'auteur de la présente note croirait 
avoir rendu un service à l'histoire, s'il avait contri- 
bué à remettre en lumière une figure assez intéres- 
sante, et qui mériterait aussi quelques recherches 
de la part des historiens ses compatriotes. 

Si Monkhoven eût vécu, on l'eut probablement 
vu, comme Cobron, passer après la paix de Stol- 
bova au service de la Russie. Peut-être aussi 
eut-il fait souche de bonne noblesse, en son pays 
d'adoption, comme tant d'autres venus des Pays- 
Bas; les Hollandais étaient bien vus en Suède. 
En 1615 on voit, par exemple, un autre capitaine, 
natif de Brielle, entrer à titre régulier au service 
de Gustave-Adolphe; c'était Pie ter Moens, descen- 
dant des rois de France par sa mère Susanna van 



— 56 — 

Blois van Treslong, et ancêtre d'un érudit Anglais, 
M. W. J. C. Moens. 

Les rapports personnels entre la Suède et les 
Pays-Bas pourraient fournir l'étoffe de plus d'une 
étude intéressante. 

Ch. Delgobe, 

Ingénieur à Christiania. 
Janvier 1889. 



Les sources principales sont : 

Smll. Samlinger til det norske Folks Sprog og Historié. 
(Collection J. C. Berg, III, 221, 225, 237, 242, 247, 249.) 

N. S. Norske Samlinger, par C. C. Lange, I, 362, 369, 372; 
II, 294, 300, 307, 309. 

H. T. Historisk Tidskrift, IV, 209, par Yngvar Nielsen. 

J. A. B. Jens Aagesen Bjelke, 40-44, 313, par le même. 

G. A. H. Cronholm, Histoire de Gustave- Adolphe, I, 175- 
178. 

N. D. M. N^e danske Magazin, II, 47. 

WiDEKlNDl. Gustafll Adolphs Historia (Stockholm 1691, 
1,35,77, 110,230,250. 

Hallenberg. Svearikes historia under konung G. A. II, 
480-81, m, 213. 

Slange. Christian den IV^"^ Historié (trad. Scblegel). 

PuFFENDORF. Introd. à Vhistoire de Suède (édit. Brask, 
Stockh. 1688, in-8'5). 

F. Michèle. The Scottish expédition to Norioay in 1612 
(Lonclon & Christiania 1886), et les pièces y annexées. 

M, Weibull. Le fascicule consacré par lui à Gustave- 
Adolphe au tome IV de : Sveriges Historia fràn ôldsta tid 
till vàra dagar (histoire de Suède illustrée), Stockh. I-VI, 
1877-1881, in-80, par 0. Montelius, H. Hildebrand, 0. Alin, 
M. Weibull, M. Hôjer, E. Carlsen, R. Tengberg, S. J. Boe- 
thius, og T. Save. 



— 57 — 



LES 

ARCHIDUCS ALBERT ET ISABELLE 



ET LA 



Relique du saint Clou vénérée à Soleilmont 



PRÉCÉDÉS d'un aperçu HISTORIQUE SUR LA MÊME RELIQUE 



Depuis plusieurs siècles l'abbaye de Soleilmont, 
de Tordre de Cîteaux, possède un fragment consi- 
dérable d'un des clous de la Passion. Une inscrip- 
tion latine * du XV^ siècle porte que l'empereur 
Henri de Luxembourg * fit présent de ce trésor 



• Hsec est pars claviculi cum qua dominus noster Jésus Christus 
fuit affixus patibulo crucis quam Dominus Henricus Caesar Ronia- 
norum Imperator, Dux Luxemburgensis dédit Domino Theodorico 
Comiti Rupefoi'tensi et Domino de Walcuria et dédit ex gratia ulte- 
rius cuidam homini devoto nomine Salomoni Andreae pro eo quod 
Salomon dédit Domino Theodorico praedicto multas reliquias et 
diversas quas impetravit in locis sanctis, anno 1335. 

» Henri VII, élu le 27 novembre 1308, -{- août 1318. 



— 58 ~ 

au seigneur Théodoric \ comte de Rochefort, 
chevalier de Walcourt. Celui-ci le donna ensuite 
à un dévot personnage nommé Salomon André, 
dont il avait reçu quantité de reliques rap- 
portées des Saints-Lieux. Cette inscription s'ap- 
plique à un clou donné en entier à la ville de 
Cologne, mais, hâtons-nous de le dire, ce pré- 
cieux objet avait été divisé plus tard et réparti 
entre le chapitre du Capitole ^ et le monastère 
de Soleilmont. 

La partie destinée à ce couvent, comme nous 
l'apprend Gramaye, fut offerte à l'abbesse Oda 
par son frère Jean de Virsel, doyen du chapitre 
capitolin. 

Avec la foi de cette époque et la dévotion 
qu'on avait alors aux reliques, le saint Clou 
attira bientôt à Soleilmont un grand nombre 
de pèlerins. Des grâces furent obtenues, des 
guérisons s'opérèrent. La piété envers la pré- 
cieuse relique s'en accrut, et les foules accou- 
rurent plus nombreuses. Outre la guérison de 
l'illustre comte de Berlaimont, un rapport digne 
de foi en constate trois autres obtenues en 1617, 
1618, 1628. 

En 1617, l'archiduchesse Isabelle, désirant 
enrichir son oratoire de la relique du saint Clou, 
en fit la demande aux dames de Soleilmont. Les 
négociations entreprises dans ce but forment 

' Thierry III, fils de Thierry et d'Yolende de Beloeil, épousa 
Gertrude de Blankenheim. 

' Sainte-Marie du Capitole, monastère bénédictin, fondé par 
sainte Plecti'ude, vers 700. 



— 50 — 

l'objet de notre publication. Elles eurent pour 
résultat le partage de la relique entre le monas- 
tère cistercien et la chapelle de la cour. 

L'empressement des fidèles, loin de diminuer, 
ne fit que s'accroître. 

En 1624, dame Jacqueline Colnets, abbesse, 
voulant satisfaire les pieux désirs des pèlerins, 
fit graver une image du saint Clou ^ A cette 
époque on aimait et on vénérait les images. Les 
pèlerins ne manquaient pas de se procurer la 
nouvelle représentation, toujours comme gage de 
leur visite à Soleilmont, bien des fois comme 
souvenir des grâces obtenues. 

En 1652, les religieuses bernardines deman- 
dèrent à l'official de l'évêque de Xamur l'autori- 
sation d'ériger une confrérie en l'iionneur du 
saint Clou. Elles fondaient leur supplique sur le 
concours des pèlerins, leur dévotion à la passion 
de Notre Seigneur, le désir d'augmenter la piété 
des fidèles et d'étendre au loin la confiance dans 
la sainte relique. L'autorité diocésaine accorda 
volontiers la grâce sollicitée, à condition que la 
dite confrérie, érigée canoniquement, eût ses 



1 Fille de Jean C'olnet et de Marguerite Feri, mourut le 
29 janvier 1639, avec 88 ans d'âge, 70 de profession et 36 de 
gouvernement. 

' Au milieu de la gravure on voit, entouré de rayons, le fragment 
du saint Clou. Deux séraphins agenouillés, vêtus et ailés, soutiennent 
la relique. De part et d'autre, près de chaque ange, une tige de lis 
portant une fleur au sommet sort de tei-re. L'inscription suivante se 
lit au bas de l'image : La vraye forme de la pointe du Cloux de nre 
Seigneur, qui est au monastère de Soleilmont. D. L C. Abaize : 1624. 
— 88 mill. de h. sur 50 mill. de lai'g. 



— 60 — 

règles approuvées. La même année, le pape 
Innocent X s'estimait heureux d'apprendre que 
le peuple se portait en foule au lieu où l'on véné- 
rait le saint Clou. Dans le but d'accroître la 
dévotion envers l'église de Soleilmont et le 
saint Clou, et pour augmenter l'empressement 
que l'on mettait à s'enrôler dans la confrérie, le 
Souverain Pontife enrichit d'indulgences et de 
privilèges nombreux les membres de cette pieuse 
association. 

La dévotion au saint Clou ne sest pas ralentie. 
Au XVIP siècle, un acte du temps fait mention 
d'un anniversaire fondé pour les membres défunts 
de la confrérie. Les fêtes et les autres cérémonies 
en l'honneur du saint Clou, ainsi que les indul- 
gences accordées à la confrérie, étaient annoncées 
au public par des afl&ches ou placards. Un exem- 
plaire imprimé à Namur, chez Jean Godefrin, 
imprimeur juré, 1654, et conservé aux archives 
du monastère, résume brièvement les avantages 
de cette institution. A la procession, fixée au 
dernier dimanche d'août, l'af&uence était telle 
qu'on tenait une foire ou marché dans l'enclos 
même de la ferme de l'abbaye. Cette coutume 
s'est maintenue jusqu'à la révolution française. 

A leur rentrée dans leur saint asile, en 1802, 
les religieuses de Soleilmont s'empressèrent de 
rétablir le culte dû à la précieuse relique. Toute- 
fois elles renoncèrent aux cérémonies extérieures 
et à la procession, de peur d'introduire chez elles 
certains abus contraires à la vie monastique. 

Actuellement le saint Clou est exposé dans 



— 61 — 

un reliquaire d'un beau travail qui remonte au 
XIIP siècle, il revêt la forme d'un ostensoir '. 

Est-il le même que celui dont il est fait men- 
tion dans le rapport adressé à l'archiduc par 
Gramaye? Nous ne le pensons pas? Le reliquaire 
primitif était un reposoir en argent semblable 
aux ostensoirs dans lesquels on expose le Saint- 
Sacrement. A. Raissius, auteur du XVIP siècle, 
dans son Trésor des reliques de la Belgique, assure 



' Ce reliquaire repose sur un pied octogone, en argent doré, avec 
plate bande à nervures qui s'évasent, il vient aboutir au nœud formé 
d'ogives géminées, contraposées et munies de boutons losanges au 
nombre de six. Une courte tige hexagonale sort du nœud, et, 
s'épanouissant en feuillages, supporte la boîte circulaire en ivoire 
qui contient la relique. Deux rangs d'ornements ciselés entourent le 
cristal abritant le saint Clou. Le rang extérieur bordé départ et 
d'autre par une courroie porte des Heurs alternant avec des branches 
feuillées. Le rang intérieur est orné de six ovales entourés d'ara- 
besques. Le cercle latéral de la boîte est borné de 21 arcatures où 
se déroulent les différents épisodes de la légende de sainte Catherine 
d'Alexandrie. Ces arcatures d'une largeur inégale, en plein cintre, 
sont portées sur des modillons et surmontées de fleurons. Dans les 
cintres se trouvent inscrits des arceaux trilobés. Les redents des 
trilobés, simples pour tous les autres, sont tieuronnés dans la 
deuxième, la troisième et la dix huitième arcature. L'espace compris 
sous la première arcature est rempli par une maçonnerie en briques, 
couverte d'un toit, à laquelle vient s'adosser un siège à dossier élevé 
que la sainte semble avoir quitté pour s'agenouiller devant le prie- 
Dieu placé près d'elle. Une maçonnerie analogue, présentant une 
porte sur la jjartie antérieure et terminée par une tourelle à toit 
aigu et à deux rangs de fenêtres, prend la moitié du 16" et du 
17^ arc, et représenterait la prison dans laquelle la sainte est 
enfermée. Une rosace de grandes dimensions sous la dernière arcade 
termine la série des figures. L'idole offerte aux adorations de la 
sainte est montée sur un piédestal oiué de niches. Voici les scènes 
représentées sur le cercle en ivoire : 1" sainte Catherine en prière ; 
2° la sainte pressée d'adorer les idoles ; 3 ' sa dispute avec les philo- 
sophes ; 4:0 elle est flagellée ; 5° épreuve du feu ; 6° elle est mise en 
prison; 7" supplice de la roue; 8" décollation. 



— 62 — 

que la parcelle du saint Clou était incrustée dans 
une croix d'argent ' . 

La sainte relique, nous l'avons dit, n'est plus 
l'objet de démonstrations publiques, de cérémo- 
nies solennelles, cependant elle continue à attirer 
un grand nombre de pèlerins qui viennent isolé- 
ment la vénérer et solliciter des guérisons et 
autres faveurs. 

On sait que les dévotions les plus légitimes, et 
en particulier les pèlerinages, occasionnent quel- 
quefois des abus et des pratiques superstitieuses, 
mais il ne vient à l'idée d'aucun homme sensé 
d'attribuer à la publicité du culte ou à l'enseigne- 
ment de l'Église ces résultats qui proviennent de 
l'ignorance, de la faiblesse humaine ou des pas- 
sions. La dévotion au saint Clou fût-elle en butte 
à ces sortes de contrefaçons, que nous ne ver- 
rions dans les pratiques superstitieuses qu'un 
hommage involontaire ou mal compris à l'effi- 
cacité de la relique, mais peut-être la coutume 
que nous allons mentionner, bien que nous nous 
abstenions de l'encourager, a-t-elle un tout autre 
caractère. 

Certains pèlerins, avant de vénérer la relique, 
ont coutume de s'arrêter sur une colline voisine 
de l'abbaye, où se trouvent deux tilleuls sécu- 
laires, et d'enfoncer un clou dans le tronc de ces 
arbres; ils espèrent par cet acte obtenir plus 
promptement la grâce qu'ils viennent demander. 

Nous nous permettons d'émettre ici une opinion 

' A. Raissius. Hierogazo;phylacinm Belgicum Duaci, 1628 in 8°. 



— 68 — 

que nous soumettons à qui de droit. Le saint Clou, 
après avoir percé la main du divin Sauveur, 
pénétra dans l'arbre de la croix et y resta attaché. 
Serait-ce en mémoire de ce fait que s'est conservée 
la pratique dont nous jDarlons ? Ne peut-on pas pré- 
sumer que le plus grand nombre des pèlerins qui 
s'y adonnent, ont la pensée de laisser après eux une 
sorte à'ejc-voto, un témoignage de leur foi et de 
leur espérance, un souvenir de leur pèlerinage? 
Il n'y aurait alors dans ces clous qu'un symbole 
religieux. Nous le répétons, les religieuses de 
céans et les prêtres des environs croient de leur 
devoir de combattre cette pratique, nous les 
imitons, mais loin de nous la pensée de vouloir 
faire le jeu des incrédules ou des impies. Que le 
fait en question soit entièrement superstitieux 
ou non, il est, à coup sûr, inoffensif, et n'offre 
aucun danger pour les bonnes mœurs ou pour 
la sécurité publique. On ne pourrait toujours 
en dire autant des œuvres par lesquelles se font 
connaître les destructeurs acharnés de toutes 
les superstitions '. 



* Cfr. Notice sur la relique du saint Clou vénérée à l'abbaye de 
Soleilmont. Namur, Douxfils, 1888, vol. in-12«'. 



— 64 — 



APERÇU HISTORIQUE. 



L'arclliduc Albert et Isabelle, son épouse, 
désireux d'enrichir le trésor de leur chapelle du 
saint Clou vénéré à Soleilmont, confièrent au 
protonotaire Gramaye ' la mission de porter l'ex- 
pression de ce pieux sentiment à l'abbesse Jacque- 
line Colnet"-. Ils le chargèrent, en même temps, 
de se rendre auprès de l'évêque de Namur '% dont 
le diocèse comprenait alors le territoire sur lequel 
se trouve Soleilmont. Gramaye devait le prier 
d'user de son influence pour obtenir de labbesse 
un bienveillant accueil à leur demande. 

L'envoyé se rendit d'abord à la ville épiscopale 
jDOur remettre au prélat les lettres des archiducs ; 
mais ne l'ayant pas trouvé dans cette ville, il le 
suivit et le rejoignit à Tabbaye de Saint-Gérard \ 
le 12 août 1617. 



* Jean-Baptiste Gramaye, historiographe des Pays-Bas, né à 
Anvers, f 1635. 

^ Voir la note de l'introduction. 

' Jean Dauvin, né à Namur, f 1629. 

< Saint-Gérard de Brogne, abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, 
à 3 lieues de Namur. 



— 65 — 

Dans ces lettres datées du 31 juillet, les princes 
disaient : « Le protonotaire Graniaye vous expo- 
« sera la charge qu'il a reçue de nous, touchant 
« certain reliquaire de Soleilmont, lequel nous 
« désirons d'avoir en notre pouvoir. Nous vous 
« prions de vouloir y apporter ce qui sera de 
« votre autorité, et delui donner pour l'exécution 
« de cette commission toute adresse et assistance, 
« et nous l'aurons de vous à service agréable. » 

L'évêque, qui s'était montré tout disposé à favo- 
riser la demande de Tarchiduc, partit dès le lende- 
main pour Soleilmont en compagnie de Gramaye. 
A leur arrivée, le commissaire royal exposa l'objet 
de sa mission, et présenta les lettres de Son Altesse. 
On y lisait : « Comme nous croyons que vous ne 
« ferez aucune difficulté de nous faire participer 
« du dit reliquaire, vous pouvez le confier au 
« protonotaire Gramaye et croire que nous ne 
« manquerons pas d'avoir souvenance aux occa- 
c( sions qui se présenteront du bien et avantage 
« de votre maison, « 

D'après les actes du prévôt Gramaye, l'évêque 
de Namur ajouta de vive voix ce qu'il jugea utile 
au succès de la négociation. 

La demande du prince jeta l'abbesse dans une 
grande perplexité. La relique était pour son mo- 
nastère un trésor sans prix. Le priver de ce clou 
teint du sang du Sauveur, lui semblait le priver 
en même temps des grâces et de la protection du 
ciel. D'autre part rester sourde au désir du 
prince, c'était renoncer à ses faveurs, à ses libé- 
ralités , c'était peut-être l'irriter . Dans cette 



- 66 — 

alternative, Jacqueline Colnet montra autant de 
prudence que de tact. Elle exposa longuement 
Testime dans laquelle le monastère tenait son 
trésor, la déception et le mécontement qui ne 
manqueraient pas de se manifester parmi des 
populations habituées à venir en foule vénérer 
Finsigne relique. CeiDendant elle se déclara prête 
à fermer elle-même les yeux sur des motifs aussi 
graves par égard pour le prince et la princesse, 
et à se dessaisir de la relique en leur faveur. Mais 
elle ajouta qu'elle n'était pas la maîtresse, et qu'un 
pareil don exigeait le consentement de la commu- 
nauté et celui du supérieur majeur. Là-dessus, 
elle réunit le chapitre conventuel qui accueillit 
la nouvelle avec douleur. Plusieurs conférences 
furent tenues avec un grand esprit de foi, et bien 
des larmes coulèrent à la pensée de se séparer du 
saint Clou. Il fut toutefois décidé qu'on le remet- 
trait à l'envoyé royal. En même temps les reli- 
gieuses, dont les dépenses excédaient les revenus, 
exprimèrent l'espoir que le prince apprécierait 
le sacrifice et ferait sentir les effets de sa bien- 
veillance au monastère fondé parles anciens comtes 
de Namur. L'abbesse soumit la décision du cha- 
pitre au révérendissime prélat d'Aine, visiteur et 
supérieur immédiat de Soleilmont. L'abbé ap- 
prouva la donation, mais il exprima sagement le 
désir que le prince laissât une partie de la relique au 
monastère tant pour satisfaire la piété des vierges 
du Seigneur, que pour la consolation des pèlerins. 
On procéda alors à l'examen de la relique placée 
sur lautel entre deux cierges allumés, un rapport 



— 67 — 

fut rédigé sur son identité, son culte et sa transla- 
tion. Le saint Clou était gardé dans un reposoir 
d'argent, acheté récemment avec le produit des 
offrandes et semblable aux ostensoirs dans les- 
quels on expose le saint Sacrement. Il fut constaté 
que depuis une époque très reculée, dont on ne 
pouvait déterminer la date, le saint Clou était 
conservé au-dessus du tabernacle, dans un coffret 
muni par-devant d'un treillis en fer doré. Un 
chandelier à branche recourbée, attaché au mur, 
se trouvait en face de la relique. Une inscription 
latine tracée sur le mur indiquait autrefois 
que ce trésor avait été apporté de Cologne à 
Soleilmont; mais depuis quelques années cette 
inscription, effacée en partie par le temps, avait 
complètement disparu sous le badigeon. Des per- 
sonnes dignes de foi ont affirmé, pour lavoir lu 
dans certaines lettres testimoniales, que la relique 
avait été donnée au comte Théodoric de Roche- 
fort, mais selon l'opinion des mêmes témoins ces 
lettres auraient péri dans les derniers troubles. 
Toutefois le souvenir de la donation était con- 
servé sur une tablette. Il faut noter que le 
monastère n'a jamais été détruit, et que jamais, 
ni au XV^ ni au XVI" siècle, depuis le moment 
où elles avaient quitté leur couvent pour fuir les 
horreurs de la guerre jusqu'à l'époque de leur 
retour, les religieuses ne s'étaient dessaisies^ de 
leur précieux trésor. Durant cette période bien 
des faits miraculeux, dont le souvenir et les 
preuves sont venus jusqu'à nous, ont attiré lat- 
tention sur la relique. Un grand nombre de 



— 68 — 

malades ont été guéris de langueurs et surtout de 
la fièvre, en buvant quelques gouttes de l'eau où 
avait été plongé le saint Clou. Nous avons déjà 
nommé l'un de ces malades, le très noble seigneur 
de Berlaimont; son fils donna à ce sujet une 
attestation d'importance capitale; à Cologne, 
disait-il, où l'on garde la partie inférieure du 
Clou sacré, il avait trouvé la preuve écrite qu'une 
portion du saint Clou avait été donnée par le 
doyen de Notre-Dame du Capitole à sa sœur, 
prieure d'un couvent situé sur les confins du 
comté de Namur. Quant à l'authenticité de la 
relique, il n'en pouvait douter, après avoir lui- 
même pris la mesure des deux fragments qui 
réunis reproduisaient exactement le clou très 
authentique de Trêves. 

En même temps que le prévôt Gramaye com- 
muniquait au prince Albert le résultat de sa mis- 
sion, l'abbesse de Soleilmont lui adressait une 
lettre datée du 14 août ; on y lit que « nonobstant 
« le vif regret qu'elle et son couvent peuvent 
« éprouver de se séparer de la précieuse relique 
« conservée céans pendant tant d'années qu'il n'y 
« a mémoire, elle est contente de suivre la volonté 
(( de Son Altesse sérénissime, et déclare qu'icelle 
« relique sera remise dès que le prince ordonnera 
« d'en faire délivrance. » 

Deux jours plus tard, le 16 août, Jean Dauvin, 
évêque de Namur, rédige, de son côté, au monas- 
tère de Brogne, un acte par lequel il déclare que, 
conformément aux lettres de Tarchiduc, il s'est 
transporté à labbaye de Soleilmont, pour prendre 



— 69 — 

les informations nécessaires au sujet du saint 
Clou; il parle de la grande vénération dont ce 
clou est l'objet, il croit à sa parfaite authenticité, 
et volontiers il consent à ce qu'il soit donné au 
prince. 

Le lendemain, 17 août, il adressait à l'archiduc 
un rapport sur son message, heureux de constater 
que « Fabbesse et son couvent, comme pareille- 
ce ment le prélat d'Aine, ont accédé volontaire- 
« ment à la demande des princes, étant prêts 
« à envoyer la relique lorsqu'il plaira à Son Altesse 
« sérénissime. » 

Cette première négociation ne termina point 
l'affaire. 

Le 24 du même mois le secrétaire d'État fait 
savoir à l'évêque de Namur que Son Altesse, 
ayant appris la grande dévotion des religieuses et 
des habitants des environs du monastère à la 
sainte relique, « ne veut pas les en priver et se 
( contentera d'une partie d'icelle que l'abbesse 
pourra envoyer ici par telle personne que bon 
lui semblera, retenant la plus grande partie 
pour la consolation de son couvent et des habi- 
tants des environs. Pour gratifier la dite abbesse 
et les religieuses, en témoignage de leur bonne 
volonté à offrir si libéralement la relique entière 
( Son Altesse leur enverra une partie des osse- 
( ments de sainte Lidwine. » 

Cette lettre démontre que le commissaire royal, 
Gramaye avait de vive voix rendu un compte 
fidèle du résultat de sa visite à Soleilmont, aussi 
bien que de son enquête concernant Torigine et 



— 70 — 

la translation de la relique. En effet, les lettres 
de l'abbesse et de l'évêque ne mentionnent nulle- 
ment la proposition de l'abbé d'Aine ; il n'y est 
pas question pour le couvent de se mettre en 
instances auprès des archiducs, afin de conserver 
une portion de la sainte relique. 

Albert et Isabelle pouvaient-ils se refuser à un 
si louable désir?. . . De son côté, l'évêque de Namur 
adopta avec empressement la demande mitigée à 
laquelle s'étaient arrêtés le prince et la prin- 
cesse. Par l'intermédiaire du secrétaire d'État, 
M. Dellafaille, il communiqua la lettre du 24 août 
à l'abbesse de Soleilmont et ajoute : « Vous 
« pourrez demander l'avis de votre conseil, et s'il 
« est conforme au désir des princes, m 'envoyer 
(( la sainte relique en cette ville par votre père 
« directeur ou votre chapelain. Je tâcherai d'avoir 
« un maître expert pour faire au mieux possible, 
« car je crains fort que vous n'ayez près de vous 
« aucun ouvrier qui ait les instruments voulus, 
« et, étant divisées, les deux pièces vous seront 
« retournées pour en être fait comme vous trou- 
ce verez expédient. » 

Au reçu de cette missive, les dames de Soleil- 
mont s'empressèrent de remettre le trésor à 
l'évêque de Namur. Le père directeur, accom- 
pagné du syndic de la maison, fut chargé de cette 
mission. La division de la relique eut lieu dans 
la chapelle de l'évêché, en présence de plusieurs 
personnes honorables. « L'opération se fit avec 
le plus de révérence qu'il se peut faire » lisons- 
nous dans une lettre adressée par monseigneur 



— 71 — 

Daiivin à son Altesse Sérénissime, le 5 septembre 
1617. La même lettre porte que la parcelle 
destinée au prince a été enfermée dans une boîte 
cachetée du sceau épiscopal. 

Dans un acte ou procès-verbal, dressé le même 
jour, 5 septembre, l'évêque de Namur reproduit 
les détails de la translation et de la division de 
la relique. Nous y voyons que les religieuses de 
Soleilmont, d'accord avec leur digne abbesse, 
ont confié à des hommes profondément religieux, 
pour la transporter au palais épiscopal de Namur 
la partie du saint Clou qu'elles possédaient. C'est 
dans l'oratoire de l'évêque, en présence de 
plusieurs personnes dignes de foi, et au milieu 
des plus vifs sentiments de vénération, que l'in- 
signe relique a été partagée en deux fragments. 
L'un d'eux, nous l'avons vu, fut enchâssé dans 
une boîte garnie de soie rouge et munie du sceau 
épiscopal pour être envoyé aux archiducs. L'autre 
fut rendu aux religieuses, pour la consolation du 
monastère et des populations voisines, après avoir 
été remis dans la même châsse en argent où la 
relique, naguère, en son entier, était exposée 
à la vénération des fidèles. 

Le lendemain, 6 septembre, l'évêque de Namur 
informait la dame abbesse du succès de la réparti- 
tion du saint Clou, dont il lui annonçait le retour, 
avec prière de transmettre au prince Albert la 
partie qui lui était réservée ; il doit, dit-il, y 
ajouter des lettres que les pieux messagers remet- 
tront à l'archiduc en même temps que la relique ; 
mais à cause de certains motifs de convenance, 



— 12 — 

il ne peut accéder à la demande de porter lui- 
même le saint Clou aux nobles destinataires. 

L'abbesse avait permis à l'évêque de garder les 
paillettes qui tomberaient au moment de la 
division, le vénérable prélat ajoute donc qu'il 
remercie la dame de son offre généreuse, sans 
pouvoir en profiter, parce que l'opération a été 
si bien conduite que pas une parcelle ne s'est 
détachée. « Dieu, dit-il, en terminant, a voulu 
<( ainsi prévoir à cette fin qu'il n'en soit rien hors 
« de votre monastère, et quant à moi, je me 
« contenterai fort bien de le visiter chez vous, 
w lorsque l'occasion se présentera. » 

Le même jour l'évêque fait connaître au secré- 
taire d'état la division de la relique. La partie, 
dit-il, destinée aux archiducs est enfermée dans 
la boite que vous remettra le porteur de cette 
lettre, comme j'ai eu Thonneur de l'écrire au 
sérénissime prince. J'ai voulu, continue le prélat, 
en donner avis à votre seigneurie et la prier 
d'indiquer au délégué de la dame abbesse, le 
cérémonial à observer pour offrir l'insigne relique 
à l'archiduc Albert et à l'archiduchesse Isabelle. 
L'évêque engage en même temps le secrétaire 
d'état de vouloir bien recommander à la bien- 
veillance des princes le monastère de Soleilmont, 
« lequel est fort petitement doté. Ce serait 
« assurément œuvre pieuse de le secourir dans 
« ses nécessités. Je remets le tout à la discrétion 
« de votre seigneurie, du reste les porteurs de 
« cette lettre pourront vous en dire davantage . » 

De son côté, l'abbesse a soin d'informer, le 



— 73 — 

12 septembre, le secrétaire d'État de la répar- 
tition du saint Clou et du choix que Ton a fait de 
rhonorable prélat du Jardinet, pour porter au 
Prince le fragment qui lui est réservé. Elle le prie 
de vouloir assister le révérendissime prélat dans 
sa présentation à TArchiduc, et de donner au por- 
teur de la présente lettre, le syndic du monastère, 
les instructions nécessaires. 

Le 14 septembre, madame Jacqueline Colnet 
écrit à l'Archiduchesse qu'une partie du saint 
Clou lui sera remise par Tabbé du Jardinet ; elle 
supplie humblement son Altesse « de lavoir pour 
« agréable, et sa petite communauté de céans 
« pour recommandée, et sur cette assurance, 
« ajoute la digne supéineure, j'accomplirai le 
« reste de mes jours en contentement, priant 
« avec mon couvent continuellement le créateur 
« qu'il donne à Votre Altesse Sérénissime longue 
« et heureuse vie. » 

Le 15 septembre, M. Dellafaille, secrétaire 
d'État, informe le secrétaire du Conseil privé, à 
Tervueren, que le prélat du Jardinet et le syndic 
de labbaye de Soleilmont sont arrivés à Bruxelles, 
avec ordre de présenter à son Altesse la relique 
du saint Clou, et demandent des instructions sur le 
cérémonial, afin de s'acquitter de leur mission à la 
satisfaction du Prince. M. Fritema, secrétaire du 
Conseil privé, répond, le 16 courant, à M. Della- 
faille et le prie, de la part de T Archiduc, de dire 
aux porteurs de la relique de venir à Tervueren, 
et de s'adresser au secrétaire privé, pour obtenir 
audience du Prince et de la Princesse. Le len- 



^ 74 — 

« 

demain, les deux délégués de Soleilmont, munis 
d'une lettre d'introduction de M. Dellafaille, se 
rendent à Tervueren. Le même jour, le secrétaire 
privé informe le secrétaire d'État, à Bruxelles, 
qu'une audience particulière a été accordée au 
très révérend abbé du Jardinet et qu'il lui a servi 
d'interprète auprès de l'Infante. Le soir, l'Archi- 
duc, par l'intermédiaire de M. Fritema, ordonna 
d'écrire au syndic qu'il ne partît pas avant qu'on 
ne lui eût remis la relique destinée à l'abbesse. 
En même temps le ministre donne avis à M. de 
Robiano, que TArcliiducliesse , voulant témoigner 
combien la relique du saint Clou lui a été 
agréable, accorde au monastère de Soleilmont 
une aumône de 600 florins, et ordonne d'écrire 
au receveur trésorier de remettre promptement 
cette somme au syndic qui est de passage à 
Bruxelles ; que si les ressources ne permettent 
pas de satisfaire immédiatement ce désir, le tré- 
sorier assigne la dite somme de 600 florins sur une 
personne qui puisse la payer, à bref délai.. 

L'Archiduc ne voulut pas laisser à d'autres le 
soin de témoigner son contentement ; le 1 7 sep- 
tembre, il adressait à l'abbesse J. Colnet la lettre 
suivante, dont l'original signé de sa main se 
conserve à Soleilmont : « Révérende chère et bien 
(( aimée. Votre lettre du 14 de ce mois nous est 
« bien parvenue, et la relique du saint Cloux 
« mentionnée que vous nous avez fait présent 
« esté délivrée par le prélat du Jardinet, dont 
« nous vous remercions avecque asseurance qu'il 
« nous at esté très agréable, pour la vénération 



10 



a et estime en quoi nous le tenons, mesmes pour 
« le témoignage du plaisir qu'en ce vous nous 
« avez fait, nous vous renvoyons une relique de 
« saincte Ludivine que vous recevrez par votre 
c< syndicque, et entendrez pareillement de lui 
« l'aulmosne que vous avons accordée, pour raison 
« de celle que nous at esté donnée de votre part, 
« et du reste aurons toujours de votre couvent le 
« soing et souvenance que de raison. Et tant, 
« Révérende, chère et bien aimée, Notre Seigneur 
« vous ait en sa sainte garde. 

« De Tervueren, le 17 de septembre 1617. 

« Albekt. » 

Le même jour, Albert accusait réception de la 
sainte relique à l'évêque de Namur. Après lui 
avoir exprimé sa gratitude pour les services quïl 
lui avait rendus à cette occasion, il témoigna le 
désir de recevoir deux pièces authentiques : le 
procès verbal indiquant de quelle manière Soleil- 
mont avait été mis en possession de la précieuse 
relique, puis une déclaration de Tabbesse et des 
religieuses, destinée à constater qu'aucune d'elles 
n'avait eu la main forcée. 

Le syndic, Thomas Desfosset, avait été chargé 
de remettre à dame Jacq. Colnet les reliques de 
sainte Lidwine offertes par llnfante. Avant de 
quitter la résidence royale, il certifia par écrit 
dûment signé que le secrétaire d'État lui avait 
remis, en présence de Pierre Christyn et de 
François Philippe de Granvelle, un petit coffret 
garni d'argent, renfermant une partie des osse- 
ments de sainte Lidwine, don de la princesse 



~ 76 — 

Isabelle au monastère : il s'engageait à son arrivée 
à Soleilmont, à remettre fidèlement à l'abbesse le 
coffret avec son contenu 

La satisfaction des Archiducs se manifesta par 
une augmentation de l'aumône qu'ils avaient pro- 
mise. Par lettre du 18 septembre, M. Fritema 
écrit au trésorier général M. De Robiano, de faire 
bailler au syndic de l'abbaye de Soleilmont une 
somme de mille florins. 

Le 21 septembre, dame J. Colnet prie M. Della- 
faille « de faire entendre au sérénissime Prince 
« et à Isabelle l'Infante, qu'elle est à jamais très 
(f obligée, tant pour la relique de sainte Lidwine 
« que pour l'aumône de mille florins et la hac- 
« quenée dont l'Archiduc a voulu la gratifier... » 
Elle se permet d'ajouter « que si à l'avenir la 
« ténuité de ceste maison peult estre solagée, 
(f elle espère la continuation de vostre faveur. » 

Par un acte du même jour, l'abbesse de Soleil- 
mont reconnaît avoir reçu de Thomas des Fosset, 
son syndic, un coffret garni d'argent, enveloppé 
de soie, contenant une partie des ossements de 
sainte Lidwine; elle déclare qu'on lui a remis 
l'aumône de mille florins. 

(A continuer.) 



77 — 



ARCHIVES GANTOISES 



L'HOTEL DE VILLE DE GAND ACHEVÉ. 

Il est une page dans l'étude de M'' van Duyse ^ 
qui nous attire particulièrement. C'est celle où il 
évoque la vision de l'hôtel de ville achevé confor- 
mément au plan primitif, avec ses immenses 
pignons ajourés, sa haute toiture à multiples ran- 
gées de lucarnes et ses trois étages comprenant, 
du côté de la rue Haut-Port, soixante-quinze 
baies de fenêtres accostées de niches fouillées 
comme des pièces d'orfèvrerie. 



« Dans les pignons ornés de gables cloisonnés s'épanouit, 
« plus libre et plus large, comme ayant rompu les liens 
« qui modèrent son expansion près du sol, une flore mer- 
« veilleuse où l'observateur reconnaît, paraphrasées et 
« commentées pour ainsi dire, toutes les essences de l'her- 
« bier flamand. 



» Suite. — Voir Mess, des Sciences histor., 3^ liv. 1888, p. 338. 
* L'Hôtel de Ville de Gand, esquisse historique par Hermann 
VAN Duyse. Grand, W. Ghesels, 1888. 



— 78 — 

« Les clochetons des tourelles d'angle montent très haut, 
« bagués, aux étages, de galeries ajourées en meneaux 
a délicats. Des colonuettes et des pinacles, reliés par de 
« fines cloisons fenestrées en ogives, s'épaulent, assis sur 
« les rampants gironnés des gables. Des lucarnes, pignons 
« en miniature, alternent avec de petites poivrières en 
« casque (helmveinsterkins) s'étageant jusqu'à la cime en 
« rangs symétriques. Les cheneaux, couverts d'une rampe 
a en granit taillé, se vident par de nombreuses gargouilles 
« aux formes fantastiques. 

« Les cheminées elles-mêmes deviennent aux artistes un 
« thème à élégant décor. Bref, de la base au faîte, les 
« maîtres de l'œuvre et les « maçons » ont entendu que 
« l'édifice fut enveloppé d'une résille de dentelle sculptée 
« aux mailles souples et ondoyantes. 

« La tâche des tailleurs de pierre et des Cleensteekers 
« terminée, ils ont fait appel aux febvres et aux artisans 
« de la plomberie. Sous les mains de ces habiles praticiens, 
« les métaux ductiles se marient au modelé des feuillages 
« de pierre, aux fines moulures qui semblent prendre 
« racine dans la terre et ramper le long des façades, 
« comme les sarments d'une vigne généreuse, pour porter, 
« jusqu'au faîte, la sève du pays natal. 

« Des épis de fer, martelés en volutes, rehaussés de 
« solides dorures, jaillissent aux pointes des lucarnes; des 
« aigrettes forgées en bouquets se posent comme des « mai » 
« joyeux au sommet des clochetons; enfin, chevauchant 
« la mince échine des chevrons couverts d'ardoises lui- 
« santés, se découpant sur les nuées du ciel, une fine crête 
« de plomberie repoussée, déroule en une frise mouvementée 
« les rinceaux et les trèfles empruntés, par les maîtres 
« dévots, à la fierté de quelque saint vénéré, orgueil des 
« processions. » 



— 79 — 

Et maintenant plaçons-nous à l'un des angles. 
— Les rues ont été élargies, la place est devenue 
une plaine. — Contemplons l'ensemble : 

« Que l'on se représente un tel palais de la Commune, 
« dressant sa silhouette sous ces brumes du Nord, qui 
« harmonisent les formes trop arrêtées et leur prêtent, 
« aux heures du crépuscule, un grandissement infini ; que 
« Ton imagine la réalisation d'un tel rêve sous les rayons 
« magiques d'une belle journée d'été, alors que le brasil- 
« lement du soleil exalte l'éclat des dorures, fait saillir les 
« moindres détails des sculptures, anime les statues et tire 
« des vitrages d'éblouissantes clartés ! 

« N'est-il pas vrai que semblable maison des échevins 
« était faite pour tenter l'orgueil de magistrats en qui 
« s'incarnait une cité, traitant avec les rois de puissance 
« à puissance, se mesurant avec eux les armes à la main 
« et ne redoutant rien, ni personne « fors Dieu. » 

« Cité glorieuse, presque sanctifiée par le courage 
« civique, Gand, mieux que nulle autre ville de Flandre, 
« méritait d'achever quelqu'œuvre gigantesque, où les 
« fulgurations dernières de l'art gothique près d'expirer 
« eussent, à jamais, resplendi aux yeux des générations 
« futures. » 

On ne se lasse pas de lire ces passages qui 
répondent si bien au sentiment intime de tous 
ceux qui connaissent quelque peu notre hôtel de 
ville et son histoire ! 

Nous pourrions citer ici encore plusieurs aper- 
çus originaux de l'auteur; signaler quelques 
conjectures heureuses, notamment à propos du 
maître maçon Jean Stassins, l'auteur d'un premier 
projet d'hôtel de ville; faire enfin des réserves 



— 80 



sur quelques points de détail et discuter certaines 
interprétations de textes. Nous préférons laisser 
pour le moment le lecteur sous le charme du beau 

rêve qu'il vient de faire ' , 

VicT. V. H. 



' La question de la reconstruction partielle de notre hôtel de 
ville a donné lieu à d'intéressants débats au sein du conseil com- 
munal, oîi l'on ti'ouve des partisans déterminés des anciens plans 
gothiques, notamment MM" Wagener, Boddaert, De Muynck et 
De Neffe. On lira avec intérêt l'éloquent discours prononcé par ce 
dernier dans la séance du 29 janvier 188f) {Bull, communal, p. 58). 
Les rétroactes de l'afïaire depuis 1879 ont été exposés par M'' le 
bourgmestre Lippens, qui n'a pas été le dernier à manifester son 
admiration pour l'œuvre de Keldermans et de Waeghemaker. 



— 81 — 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MALINES 



KEERBERGEN 



ET 



SES SEia-nSTEXJUS 

PRINCIPALES SOURCES. 

Les Archives des cours féodales de Brabant (B.) et de 
Malines (M.), de l'abbaye de Roosendael (R.), de la com- 
manderie de Pitzenbourg (P.), de la chambre des comptes 
de Brabant (G.), toutes conservées aux Archives Générales 
du Royaume, à Bruxelles; les manuscrits de la Bibliothèque 
Royale (B. R.) et de la collection Goethals (G. G.), en 
faisant partie ; 

Les états civils de plusieurs localités ; 

Un grand nombre d'ouvrages imprimés, entr'autres : 

Oorkonde>i hetreffenâe Hebnond, uitgegeveu door M^ G. G. N. Krom, 

archivaris in Noordbrabant, en Aug. Sassen, archivaris van Helmond. 

(Werken van het Provinciaal Genootschap van Kunsten en "V\'eten- 

schappen in Noordbrabant; 1884 ; K. & S.) 

Oe beau codex diplomattcus nous a été particulièrement utile pour l'histoire 
de Keeibergen des XlVe et XA'^ siècles. 

6 



— 82 — 

MiRAEUS. Opéra diplomatica (0.). 

Jacques le Roy. Notitia Marchionatus Antverpiensis (March.). 

Christophore Butkens. Trophées tant sacrés que profanes du duché 
de Brabant (Tr.). 

Alph. Wauters. Histoire des environs de Bruxelles (E. B.). 

J. F. WiLLEMS. De Brabantsche Yeesten of liijmkronijk van Bra- 
bant, door Jan de Klerk, van Antwerpen. Publication de la Commission 
Royale d'Histoire (B. Y.). 

Le Qte DE Saint-Genois.- Monumens anciens pour servir, etc. (S'-G.). 

En renvoyant à ces sources, nous les indiquerons par les 
abréviations ajoutées ci-dessus entre parenthèse. 

Quant aux autres sources, nous aurons soin de les 
signaler au courant de notre travail. 



« Keerbergen, olim Cliierberge, perantiquum dominium 
est ad Thijlam fluvium situm » (March. p. 370). « Nominis 
Etijmon petendum putant a montibus arenosis, qui ven- 
torum turbini eversi, inundarunt subiectas paludes, quod 
in hodiernum diem testantur cespites, qui in vicinis eri- 
cetis eruuntur sub arenis quibus teguntur. Dominium est 
perantiquum Districtus Hochstratani, situm ad Dijliam 
fluvium » (van Gestel. Historia Archiepiscopatus Mechli- 
niensis, I, p. 102). 

De nos jours, le village de Keerbergen fait 
partie de l'arrondissement de Louvain; il compte 
environ 2500 habitants. 

Un « P. de Kerherga, » chevalier, assista, 
en 1248, à une donation faite en faveur de l'ab- 
baye de Roosendael, par noble homme Guillaume, 
fils de noble homme Guillaume, chevalier, sei- 
gneur d'Assche (R., carton I). Il semble être 
identique à « Petrus de Kereberge, 7niles, » qui 
figure en qualité de témoin dans une charte 
de 1253, par laquelle Béatrice, veuve de Henri 



— 83 — 

Bertliout, seigneur de Gheel, renonce à rusufruit 
des dîmes cédées par son fils Henri à l'abbaye de 
Saint-Bernard (0., I, p. 767). 

Le premier seigneur de Keerbergen que nous 
ayons rencontré, est le puissant dynaste Rodolphe 
qui, de concert avec sa femme Gisla, à défaut d'hé- 
ritiers de leur sang, donna, le 30 novembre 1036, 
Keerbergen avec d'autres biens à l'église de Liège. 
Voici l'acte de donation : 

« Reiuardus Leodiensum pastor indignus : omnibus in 
Christo pax multiplicetur. Vir nobilis Radulphus cum 
coniuge sua Gisla, possessionibus liuius saeculi abun- 
dantes, sed de fructu carnis suae lieredem nullum habentes, 
consilium Evangelicum simul acceperunt, ut lacèrent sibi 
amicos de rébus ti ansitoriis, qui eos in aeterna tabernacula 
recipiant, et serves Cliristi, imo ipsum Cbristum heredem 
suum designarent. Itaque constructa ecclesia in proprio 
territorio, in villa quae vocatur Aiuncort (Incourt), omnes 
suas possessiones eidem contulerunt, ad usum videlicet XII, 
canonicorum. Quod cum nostro consilio perfecissent, vene- 
runt ad nostram civitatem, et illic tradiderunt S. Marie 
et S. Lantberto medietatem ecclesie, et dimidium alodium, 
cum omnibus facultatibus suis, et Brombais quae sunt sitae 
in Comitatu Dungleberc (Dongelberg), et Holtam (Houtain) 
quae est in Comitatu Sceppes (mauvaise lecture pour 
Steppes) et Wolmereis (Wulmersom) cum dimidia ecclesia, 
quae iacet in Comitatu Brunengurt (Brunengerunz ou 
Brugeron, partie du grand pagus, dit la Hesbaie), et Chier- 
berge cum intégra ecclesia in Comitatu Anguers (Anvers), 
et aliam integram ecclesiam de Opprebais. Horum omnium 
traditionem fecerunt ambo, Radulfus et uxor sua Gisla, 
ad altare S. Lantberti, me ipso Rainoldo Episcopo prâe- 



— 84 — 

sente, cum pluribus nostris fidelibus, canonicis et nobilibiis 
laicis, quorum praecipui isti fuerunt : Rotfridus Archi- 
diaconus, Waizo Praepositus, Nitzo Custos, Gerardus Dia- 
conus, Cornes Gilbertus, Cornes }i{eiû.Yic\is, quem super hoc 
facimus Advocatum, Godefridus, Wolvrardus, Gumbertus, 
Bernerus, Griboldus, Gislanus, Fulcuinus, Algisus, Lieze- 
lius, Girardus, Lanzo, Balduinus, Joannes, Helfridus. — 
Actum in urbe Letgia (Liège), pridie kal. Decenibris, anno 
Dominicae incarnationis millesimo tricesimo sexto, ludic- 
tione quarta, anno autem regni Cliuonradi Imp. quarto 
decimo *. 

Le donataire des biens des deux nobles époux, 
l'évêque Régnier (Reinardus, Reginer, etc.), issu 
d'une grande famille allemande, avait été, avant 
son élection au siège épiscopal, prévôt de Bonn. 
Il décéda le 5 décembre 1037 et eut pour succes- 
seur son neveu Nithardus, qui régna jusqu'au 
16 août 1042, jour de sa mort. A ce dernier 
succéda Wason, qui passa de vie à trépas le 
8 juillet 1048. Ce fut Théoduin, appartenant à une 
haute et puissante famille de Bavière et parent de 

* Notitia Ecclesiarion Belgii, Aubevti Mirnei, cap. 85, p. 155. 

Cet acte de donation est de grande importance pour l'histoire du 
pays. Une analyse eût été insuffisante pour en faire connaître la 
portée et une traduction ne saui-ait rendre qu'imparfaitement la 
naïveté charmante dont est imprégnée la relation de l'évêque. Pour 
ces motifs, nous avons cru bien faire de reproduire ce document, 
curieux à plus d'un point de vue. Nous l'avons cru d'autant plus que 
les actes du XI« siècle sont Lien claii'-semés. En outre, l'ouvrage 
ne se trouve généralement que dans les piùncipales bibliothèques et 
dans peu de collections privées. 

« Aicurense cauonicorum XII, coUegium in Gallo-Brabantia, 
quod inde postea Lovanium ad S. Jacobi aedem anno 1456 esttrans- 
latum, iuxta decretum Nicolai V. papae pridem datura, » {Ibidem; 
V03-PZ VAN Gestel, op. cit., I, p. 103). 



— 85 - 

l'empereur, qui recueillit sa succession. Après la 
mort de cet évêque, survenue le 23 juin 1075, 
Godefroid-le-Bossu, duc de Lotharingie, qui jouis- 
sait d'un grand crédit auprès de l'empereur, obtint 
que son parent Henri, fils du comte de Tulle, et qui 
était alors archidiacre à Verdun, fût proposé pour 
le siège épiscopal. Agréé par le clergé, le nouvel 
évêque fit son entrée dans Liège accompagné du 
duc Godefroid. Henri de Verdun, car c'est ainsi 
qu'il est appelé dans les annales de l'histoire, fut, 
d'après les chroniques, un prince de caractère 
doux et paisible. Une institution créée par lui, 
dite « le tribunal de la paix, » lui valut le surnom 
« le Pacifique. » 

En 1079, l'évêque Henri céda au chapitre de 
Saint-Laurent de Liège une partie des biens don- 
nés jadis à révêché par noble homme Rodolphe 
et sa femme Gisla, y compris Keerbergen : 

« » Pro salute aniinae tradidi eidem S. Laurentio 

medietatem Ecclesiae de Aijoncourt, et dimidium allodium, 
et Brombais, quae sitae sunt in Comitatu Donglebert, cum 
omnibus pertinentiis suis, et Holtam quae est in Comitatu 
Steppes, cum appendentiis suis, et Kijrberge cum intégra, 
Ecclesia et omnibus pertinentiis suis in Comitatu Ansguers, 
et aliam Ecclesiam integram de Opprenbais cum quarta 
parte allodii ; ita ut sicut res ipsius Ecclesiae meae dispo- 
sition! erant subditae, sic sub Abbatis S. Laurentii sint 
providentia et dispositione. » 

L'acte de donation est daté : « Leodii VIL Kal. 
Januarii anno ab Incarnatione Dominica MLXXIX. 
Indictione prima, anno Heinrici Romanorum Régis 
XXVL )> (0., m, p. 17.) 



— 86 — 

L'évêque mourut le 2 novembre 1091 et eut 
pour successeur Obert, clianoine de Saint-Lam- 
bert et prévôt de l'église de la Sainte-Croix '. 

Il résulte d'un document de 1147, par lequel le 
pape Eugène III confirma à Tabbaje de Grim- 
berghe ses possessions et ses privilèges, en don- 
nant rénumération des premières, que Adeloia 
venerabilis mdua avait cédé à ce monastère : alo- 
dium in Kerberghe, cum décima et quatuor solidos 
in Wele, et terram que Pkocul cognominata est, et 
dimidium molendinum m Grimherghe (Cartul, de 
Grimb.; la charte a été publiée par A. Wauters, 
dans ses Analectes; Bidl. de la Comm. royale d'hist., 
VII, 330). 

C'est dans le même siècle que nous voyons les 
opulents dynastes de la maison des Berthout éta- 
blis dans la seigneurie de Malines qu'ils tenaient 
en fief des évêques de Liège, dont ils étaient les 
avoués (advocati). Ils ne tardèrent pas à étendre 
leurs domaines au détriment de leurs suzerains, 
avec lesquels ils étaient continuellement en lutte. 
C'est ainsi que, dès le XIIP siècle, Keerbergen se 
trouvait sous la domination de la puissante maison 
des Berthout. 

Walter III Berthout, (c Dei gratia, Princeps 
Christianae religionis devotus, » seigneur et 
avoué de Malines (fils de Walter II et de Béatrice) 
et sa femme Goda, vivant tous les deux encore 

' Voyez Mgr Namèche, Histoire de la Principauté de Liège. 
FouLLON, Historia Leodiensis, etc. 



— si- 
en 1202, eurent trois fils, savoir : Walter IV qui 
devint seigneur et avoué de Malines, Egide et 
Henri, surnonuné de Duiîel, seigneur de Duffel, 
Waelhem et Glieel. Égide ' semble avoir reçu entre 
autres biens les seigneuries de Keerbergen et de 
Berlaer et les avoir tenues en fief de son aîné, chef 
de la famille. Ses descendants possédèrent Keer- 
bergen pendant douze générations. 

En 1211, Égide assigna, de concert avec son 
frère Walter, à Tabbaje de Grimberghe, fondée 
jadis par leurs ancêtres, pour la célébration d'une 
messe hebdomadaire pour eux et leurs parents 
« duas garbas decimae de tota Parochia in Keer- 
berge tam de terra culta quam in perpetuum 
colenda » et d'autres revenus (0., IV, p. 531). 
Il reçut par sa femme, Catherine de Baille ul, 
châtelaine et avouée d'Oudenbourg, fille de Gérard 
et de Virginie, et veuve de Baudouin, chambellan 
de Flandre, la chambellanie de Flandre (chron. et 
cartul. monast. de Dunis^), Il semble avoir pris 
part aux expéditions de son frère aîné en Angle- 
terre, car en 1207, le roi Jean-sans-Terre lui fit 
payer diverses sommes d'argent (Hardy, Rotuli 
litter. patentium in turri Londinensi asservati). 
Par un diplôme de 1216, Walterus Bertoldus et 
frater meus Egidius déclarèrent devant Arnould, 
abbé d'Anvers, et un grand nombre d'autres ecclé- 

» « Vir nobilis, » surnommé « à la Barbe » (metten barde, cum 
barba, barba tus). 

"■' Voyez aussi Bctkens, Preuves et Opéra diplomatica. En 1220, 
Eustache, seigneur de Grammines, fils de Catherine de Bailleul et de 
son premier époux Baudouin, figure comme chambellan de Flandre 
(chron. et cart. mou. de Dunis, p. 509). 



— 88 - 

siastiques et de chevaliers que Mathilde de Calstert 
et ses fils Égide et Walter avaient indemnisé 
l'église de Grimberghe des dommages qu'ils 
avaient causés aux propriétés de celle-ci à Ker- 
herga (Anal, pour serv. à Vhist. ecclés. de la Belg., 
XI, 26). Égide se croisa et assista aux combats 
de Damiette, où il se distingua par sa bravoure. 
Sa femme l'accompagna dans cette entreprise 
périlleuse. Ce fut au siège de Damiette, en 1219, 
que les époux cédèrent à la maison teutonique, 
leur chapellenie et leu}" hôpital d' Oudenburg (P., 
carton III, 2 actes). En 1227, Égide dota l'abbaye 
de Roosendael, qu'il avait fondée, de ses dîmes 
de Berlaer et de Glieel (0., I, p. 744). Plus tard, il 
entra dans la commanderie de Pitzenbourg. Nous 
le rencontrons, en effet, comme ft^ater domus teuto- 
nicorum dans des chartes de 1232, 1235 et 1236. 
A partir de cette époque, il disparaît de l'histoire. 

Une charte de 1226 nous fait connaître les sceaux 
d'Égide et de sa femme. Celui du mari est du type 
équestre, le bouclier et la housse du cheval portant 
les emblèmes héraldiques desBerthout, les trois pals. 

Sur le sceau ogival de Catherine de Bailleul, on 
voit cette dame debout; légende : « S. Katerine 
de Oudenbhorg Z Flad Camarie '. » (P. , carton III.) 

A en croire Butkens, Gilles, seigneur de Ber- 
laer, aurait pris part, en 1229, sous la conduite 
du duc de Brabant, à une expédition contre la 
ville de Staden (dans le diocèse de Brème), qui 



1 Des moules en plâtre de ces deux sceaux sont conservés dans la 
collection sigillographique du Musée royal d'antiquités et d'armures, 
à Bruxelles. 



— 89 — 

s'était soulevée contre son évêque {Annales de la 
Maison de Lijnden, p. 80). Cet auteur dit toutefois 
que Gilles était le frère de ce Walter Berthout, 
qui était également de cette expédition. C'est là 
une erreur évidente. Si ce Gilles ou Égide de 1229 
était le premier du nom, il était l'oncle de Walter 
Berthout V, alors seigneur de Malines; si toutefois 
nous avons affaire à Égide II, ce qui nous paraît 
plus vraisemblable, ce personnage était le cousin 
germain du seigneur de Malines. 

Égide-à-la-Barbe ayant joué un grand rôle dans 
l'histoire du Brabant et de la Flandre, nous nous 
réservons de lui consacrer ailleurs un article spé- 
cial ' , qui dépasserait le cadre imposé à la pré- 
sente notice. 

Outre deux filles, Oda, première abbessede 
Roosendael, et Elisabeth, religieuse du même mo- 
nastère. Égide et Catherine laissèrent trois fils, 
savoir : Égide, Louis et Godefroid. 

Égide II, Tainé, reçut Keerbergen, Berlaer, etc., 
et épousa Helvide de Barbençon, fille d'Égide et 
petite-fille de Nicolas, tous deux seigneurs de 
Barbençon. Cette famille portait : d'argent à trois 
lions de gueules couronnés d'or. Égide, seigneur 
de Barbençon, se servit, en 1232, d'un sceau 
équestre dont G. Demay, dans son bel ouvrage 
intitulé : Inventaire des sceaux de la Flandre, 
donne la description. Cet auteur nous dit que le 

' Cet article paraîtra incessamment dans les Annales de la Société 
d'Archéologie de Bruxelles. 



. -™ 90 - 

bouclier de ce sceau est fruste, mais il ajoute 
entre parenthèse : « un lion (?). » Les Barbençon 
auraient-ils porté primitivement un seul lion dans 
leurs armes? Égide, le beau-père d'Égide II Bert-. 
bout, figure en 1202 en compagnie de son père 
et, seul, en 1211, 1242 et 1244 (A. Wautees, 
Table chronologique des chartes et diplômes impri- 
77iés). En 1232, « mense septembri, sabbato post 
natales b. Virginis, » il promit à Robert de Bé- 
thune, avoué d'Arras, de le rendre indemne du 
chef des 2000 livres de Flandre, pour lesquelles 
celui-ci s'était porté caution vis-à-vis d'Égide 
(Gilles) Bertaut, gendre du seigneur de Barbençon, 
ainsi que d'une donation que lui, Barbençon, avait 
faite à sa fille Helvide de biens dans la ville de 
Donstiennes (Donstevéne) '. En avril 1229, apud 
3Iachlinis, Waltetms Bertholdus (V) et Hen?icus frater 
ipsius et Egidius, fllius domini Egidii Bertholdi, 
donnèrent à l'abbaye de Grimberghe 6 bonniers 
de terre en échange d'un usufruit qu'elle possédait 
dans le Waverwald et lui vendirent 7 autres bon- 
niers contigus aux premiers {Annal, pour servir à 
lliist. ecclés. de la Belg., XI, 35). « Feria III ante 
Purificationem B. Mariae, » 1235, « Egidius Ber- 
tholdus, vir nobilis, » céda à l'abbaye de Roosen- 
dael ses dunes de Leffinghes (-he), Lichtervelde et 
Ardoi (Ardoye) ^, et, par une autre charte du 
même jour, à la maison teutonique de Jérusalem, 
ses dîmes de Wavre (Tr., II, 177). Le lendemain, 
il déclara avoir donné « ob remedium animae 



* Inv. des Arch. de la Chambre des Comptes à Lille. 

* R., carton II. 



- 91 - 

nostrae et animarum patris, matris et praedeces- 
sorum nostroriim, » à l'abbaye de Villers, de 
l'ordre des Citeaux, pour la fondation d'un monas- 
tère du même ordre, ses dîmes de Vremde, Mille- 
gem, Broecliem et Ouden. Il se réserva, toutefois, 
certains droits sur ses vassaux et la haute juri- 
diction de ces villages, ainsi que, sur le nouveau 
couvent, la même juridiction que celle que le duc 
de Brabant exerçait sur Tabbaye de Villers. Cet 
acte fut donné « âpud Berlaer. » Il y est dit que, 
comme témoins de cette libéralité, avaient assisté, 
entr'autres. Égide, père, Walter et Henri Berthout, 
cousins, Catherine, mère, Helvide, femme du 
donateur, et le prêtre Henri de Berlaer*. — Le 
document que nous venons d'analyser est l'acte de 
fondation de la célèbre abbaye de Saint-Bernard. 

En la même année, Égide II transporta à son 
cousin et suzerain Walter Berthout V, « ad opus 
conventus de Valle Rosarum (Roosendael) cister- 
tiensis ordinis, ad pitantiam praefati conventus 
in die anniversarii nostri » toutes ses dîmes en 
Brabant, à l'exception de celles de « Berzela » 
(Beersel; R., carton I). 

Il donna, ensuite, également en 1235, apud 
Vrimede, en aumône à l'abbaye de Grimberghe 
6 bonniers de terres basses, dites muur (moer) 
pour extraire de la tourbe : 6 buneria terre, que 
dicitur « muur, » terra indelicet, que eff'ossa combus- 
tionidicitur idonea,jacentia mter Wechter et Wavere 
(Anal, pour serv. àlliist. eccL, XI, 36). 

* Le Mire, Codex donationum piaruin, p. 323; Ant. Sanderi 
Choragraphia sacra Brabantiae , I, 475. 



— 92 -= 

Il semble avoir résidé de préférence à son 
château de Berlaer, d'où il data plusieurs actes 
importants, et d'après lequel il se nomma presque 
exclusivement, en supprimant son nom patrony- 
mique. C'est ainsi qu'il figure, en 1243, comme 
« Aegidius de Be7'daer, miles » en qualité de témoin 
à une acquisition faite par Godefroid, seigneur 
de Bréda (0., II, p. 857), et, en 1246, « festo 
S. Marci Evangelistae, j) comme « Dominus Aegi- 
dius de Berchlaer, )> au testament dudit seigneur 
de Bréda (0., I, p. 764). 

Il porta les trois pals des Berthout, comme son 
père. D'après une charte de 1235, Butkens repro- 
duit son sceau, type équestre, portant comme le 
contre-scel, l'écusson aux trois pals et la légende : 
« Sigillum Egidii Bertout « (Tr., II, p. 177). 
D'après le môme auteur, les Berthout de Berlaer 
auraient porté le champ à' argent (au lieu d'or, 
comme les seigneurs de Malines), tandis que 
l'Armoriai Général de Rietstap le blasonne d'or. 
Ce grand recueuil héraldique leur donne pour 
cimier : un écusson aux armes de l'écu entre un 
vol-banneret, les plumes mêlées d'or et de gueules. 
— D'après le <( wapenboek » du héraut d'armes 
« Gelre, )> du XW siècle ' , « die hë van Helmunt '^ » 

' B. R., no 15652-6. — Victor Bouton, qui a entrepris la publi- 
cation de ce précieux codex héraldique, place la confection de ce 
manuscrit entre 1334 et 1372, mais, d'après Jean van Malderghem, 
La Bataille de Staveren, p. XI, Gelre florissait encore du temps 
d'Albert de Bavière (1389-1404). 

^ Comme on le verra plus loin, Jean II Berthout, dit de Berlaer, 
petit-fils de Louis I, frère d'Égide II, reçut du duc de Brabant la 
seigneurie de Helmond. 



— 93 — 

portait : à' argent à trois pals de gueules, et pour 
cimier : un vol (non coloré) . — Un autre membre 
de la branche des Berthout de Berlaer et dont il 
sera question plus loin, cimait, au précieux témoi- 
gnage du même roi d'armes, comme les seigneurs 
de Malines et de Duffel, d'un écran échancré, aux 
armes de l'écu garni de plumails. — Quant à nous- 
même, nous n'avons pas eu sous les yeux des 
sceaux des Berthout, dits de Berlaer, avec cimier. 

Égide II paraît être mort sans postérité, vers 
1250. Toujours est-il que son frère Louis, qui était 
encore mineur en 1236, reçut les seigneuries de 
Keerbergen et de Berlaer. Par sa femme Sophie 
de Gavre (fille, à en croire les généalogies, de 
Rksse et de Sophie de Bréda, et portant trois 
lions), il devint également seigneur de Grammines, 
près d'Harlebeke. 

Eu 1244, « Ludovicus Bertout » assista à une 
donation de noble homme Gilbert de Tilborg en 
faveur de l'abbaye de Sainte-Gertrude, àLouvain, 
et à la confirmation de cette libéralité par le duc 
Henri (0., I, p. 761). En septembre 1245, « apud 
Ruslenberg » (Roeselberg) ' , « Lodewicus deBerlar, 
dictus Berthout, )> confirma, en présence de son 
suzerain Walter Berthout VI, de Henri Berthout 
et de « GodefiHdus, f rater noster, » la donation de 
son frère Égide de 1235 en faveur de l'abbaye de 
Saint-Bernard (Miraeus, Codex donationum pia- 



• Près de Louvain, 



— 94 — 

rum, p. 227). En 1248, « Dominns Luclovicus de 
Berlaer » assista, à Walsberglie, comme témoin 
au traité d'alliance entre Tévêque Henri de Liège, 
le duc Henri de Brabant, le comte Othon de 
Gueldre et le comte xVrnould de Looz (B. Y. et 
WoLTEES, Codex diploniaticus lossensis). «. In cras- 
tino Agathae Virginis, » en 1251, « Ludovicus 
dictus Bertholdus, dominus de Berlaer, n fit 
connaître que « Henricus Bertholdus, cognatus 
noster, filius piae memoriae Henrici Bertholdi » 
avait donné, de son aveu et avec le consentement 
du suzerain, « cognati nostri AValteri Bertholdi, 
advocati Mechliniae, » au couvent d'Everbode le 
patronat d'Eijnthout avec des dîmes (Tr. II, p. 177). 
En août 1256, il approuva de nouveau la donation 
de son frère aîné en faveur de Saint-Bernard, en 
prenant dans cet acte le qualificatif de « nobilis 
vir » (0., I, p. 769). Le 19 juillet 1260, <c Ludo- 
vicus dictus Berthout et Sophia eius uxor )) décla- 
rèrent avoir obtenu satisfaction du chapitre de 
Tégiise d'Harlebeke, d'une créance de 1240 livres, 
monnaie de Flandre, du chef des dîmes de Lich- 
tervelde et d'Ardoye (ïr., II, p. 177). En 1262, il 
scella une charte de Hem^i Berthout de la même 
teneur que celle de 1251 {ibid.}. Le 13 mars 1264, 
il fit avec l'évêque de Cambrai un accord concer- 
nant leurs droits respectifs sur la forêt de Wavre 
(0., IH, 415). En 1266, il confirma la donation de 
son frère (germanus) Égide en faveur de l'abbaye 
de Villers, en se nommant « Ludovicus vir nobilis 
dictus Berthout » (0., H, 769; Tr., H, 175). 
L'année suivante, u feria quinta post octavas epy- 



— 05 — 

phanie » (19 janvier 1267, v. st.). « Luclovicus 
dictus Berthaut, dominus de Gramines )> donna 
à l'abbaye de Saint-Bavon à Gand les biens que 
Hugues de Rijn tenait de lui à titre de fief, et ce 
sous condition de lui payer une rente annuelle de 
3 deniers par bonnier. Trois jours avant, Walter 
Berthout (VI), seigneur de Malines, en sa qualité 
de suzerain, avait donné une charte de la même 
teneur (Arch. de Gand; abbaye de Saint-Bavon, 
carton 41 j. L'acte de Louis de cette année est 
muni de son sceau, type équestre, portant pour 
emblèmes héraldiques les trois pals et la légende 
« Ludovicus Berthout » (diamètre 65™™). Le même 
sceau se trouve appendu à la charte de 1264 (voyez 
aussi Demay, op. cit. et Tr., II, p. 177). 

Louis mourut entre 1268 et 1271. En effet, sa 
femme se qualifia de veuve dans une charte de 
cette dernière année (Tr., II, p. 177). Il laissa 
trois fils, savoir : Jean I, Louis II et Rasse, qui 
était chantre de l'église de Notre-Dame à Anvers. 
En cette qualité, il signa, en 1296, un vidimus de 
la charte d'exemption de tonlieux et de péages, 
octroyée, en 1286, à Tabbaye des Dunes par Marie, 
dame de Grimberghe, et son fils Godefroid (chron. 
et cart. monast. de Dunis). 

Les historiens qui affirment que Louis I aurait 
eu un fils aîné du nom de Florent, héritier de 
la seignem^ie de Berlaer, se trompent grossière- 
ment (Mardi., p. 257, 0., I, 751). 

Louis II reçut des biens paternels entr'autres 
la seigneurie de Keerbergen. Il fut armé chevalier 



- 96 — 

par son souverain, le duc Jean P*" de Brabant, le 
jour de la bataille de Woeringen, le 5 juin 1288 : 

Nu hoert wie daer ridder wart. 
Heinric Bebbeken', Gheraert 
Van Ghete, Lodewijc Berthout. .. 

(Rijinkronijk van Jan van Heelu hetreffende den 
Slag van Woeringen, édition Willems.) 

En 1296, « in festo nativitatis B. Joannis Bap- 
tistae, )^ Ludovicus Berthout miles, germanus viri 
nobilis Domini Joannis Berthout, » engagea pour 
six ans, moyennant 300 livres, à la maison teuto- 
nique de Malines, ses dîmes de AVavre-Notre-Dame 
et de Putte, en promettant de fournir Tagréation 
de l'évêque de Cambrai, son suzerain du chef de 
ces dîmes, ainsi que celle de son frère Jean. Outre 
Louis lui-même, ses deux frères Jean et Rasse, 
Florent, seigneur de Berlaer % Jean, seigneur de 
Malines '% et son neveu Jean, « Joannes cognatus 
meus, de Neckerspoele, dictus Bertout, » appen- 
dirent leurs sceaux à cette charte \ 

(( In die B. Jacobi Apostol. , » de la même année, 

» Henri Bebbeken, chevalier (1288, 1303, 1304), était également 
un Berthout ; son sceau porte un écusson aux trois pals et un franc- 
quartier chargé d'une molette; légende : « S. Henri B'taut... sire 
dou Boskiel. » Il est dit avoir été fils de Jacques et avoir épousé la 
fille aînée de Daniel de Bouchout, drossard de Brabant (P., cart.H). 

2 Fils de Walter VI, seigneur de Malines, et de Marie d'Auvergne 
et de Boulogne, et qui, par la mort de son neveu Égide, devint lui- 
même seigneur de Malines. 

3 Fils de Walter VII, seigneur de Malines, et d'Alice de Guines, 
dame de Tourcoing, et qui par la mort de son père devint seigneur 
de Malines sous la tutelle de son oncle Florent. 

* L'original de cet acte se trouve dans le carton II des archives de 
la commanderiedePitzenbourg;voye?0.,IIl,p.614: Tr,, II, p. 177). 



- 97 - 

« Joannes Berthout, miles, et Joannes Berthout 
eius filius , dominus de Neckerspoele » firent 
connaître que « Ludovicus Berthout, miles, » leur 
frère et oncle respectif, avait contracté rengage- 
ment susmentionné. La charte y relative fut scellée 
par le duc Jean I"', Florent Berthout, seigneur de 
Berlaer, Égide Berthout, seigneur de Honebeke « 
(Humbeek), et Henri Berthout, seigneur de Gheel ^ 
(Tr., II, p. 198). En 1299, « Ludovicus Bert haut, 
dictus de Berlaer, dominus de Kerberghe, » fut 
l'un des arbitres entre l'abbesse de Roosendael, et 
Jacques, prêtre de la paroisse de Casterlé, pour 
aplanir leur différend au sujet des dîmes de cette 
dernière localité (R., carton I). « Dominica qua 
cantatur Laetare, » 1302, « Loduicus dictus Ber- 
thout, miles, dominus de Keerberga, » déclara que, 
« Religiosi viri nostri amici, » Walter et Égide 
Berthout avaient donné au couvent de Grimberghe, 
« duas partes Decimarum novalium in villa nostra 
de Keerberga, de omnibus fructibus qui seminantur 
in terris... et de foeno in omni modo sicut cura- 
tus dictae villae etiam partem dictarum Decima- 
rum in eadem villa recipit. » Jean de Berlaer, 
chevalier, et les échevins de Keerbergen scellèrent 
cette charte "^ (0., IV, p. 532). — Louis vivait 
encore en 1303 (Tr. , II, p. 198). Il eut pour femme 
une dame du nom d'Aleijde. En 1309, « sabbato 
post festum purificationis B. Mariae Virginis, » 

* Fils de Walter V, seigneur de Malines, et d'Adeline d'Eugliien. 

* Et de Duffel, fils de Henri II, seigneur desdits lieux, et d'Imaine, 
dame de Maelstede. 

^ Cette donation de Walter et Égide date de 1211 (voyez plus haut). 



— 98 — 

« domina Aleydis, relicta qiiondam domini Ludo- 
vici de Berlaer, militis, » céda, devant les éche- 
vins de Malines , à Marguerite, femme de Guillamne 
van der Biest, trois bonniers de terre arable (P., 
carton II). 

Le sceau de Louis II, « grand comme un escu, « 
porte un écusson aux trois pals, à la bande chargée 
de trois coquilles, brochante sur le tout ; légende : 
« S. Ludovici Berthout, militis, » Plusieurs exem- 
plaires de ce sceau sont appendus à des chartes 
conservées dans le carton II des archives de Pit- 
zenbourg (voyez Tr., II, p. 198). L'armoriai de 
« Gel're » nous fait connaître les couleurs et émaux 
des armes que nous venons de blasonner. Suivant 
cet inapj)réciable codex héraldique, « h~ Gelis 
van Barlai% « flls de Jean I et neveu de Louis II, 
portait : d'argent à trois pals de gueules, à la 
bande (ou plutôt bâton) d'azur, chargée de trois 
coquilles dor et brochante sur le tout; cimier : 
un écran échancré aux armes de Técu, chacune 
des sept pointes garnie d'un plumail de sable. 



Jean I-'" Berthout, l'aîné des fils de Louis P"" et 
de Sophie de Gavre, devint seigneur de Berlaer, de 
Grammines, de Wavre-Xotre-Dame et de Neckers- 
poele. Il donna Xeckerspoele à son fils aîné Jean, 
fort probablement en dot au premier mariage de 
celui-ci, et vendit Berlaer, avant 1287, à son 
13arent Florent Berthout. La seigneurie de Gram- 
mines fut également aliénée par Jean I, vers la fin 
du Xin^ siècle, mais nous ignorons le nom de 



— 99 — 

l'acquéreur. En 1268, « feria quinta post festum 
Sanctissimae Trinitatis, » Jean P'' confirma la 
donation de son oncle Égide en faveur de l'abbaye 
de Saint-Bernard, et ce de concert avec son suze- 
rain, AValter Bertliout YI (March., p. 178). En 
juillet 1276, Jean, seigneur de « Berlare, » scella 
la charte par laquelle Gérard de Jauche (Jauce), 
seigneur de Baudour, déclarait avoir vendu son 
alleu dAymeries à Baudouin d'Avesnes, sire de 
Beaumont (S'-G., I, p. 396). En 1278, il figura 
parmi les feudataires de Walter VI Berthout et de 
sa femme Marie (d'Auvergne) \ En a\T:il 1279, 
Jean Berthout, chevalier, seigneur de Grammines, 
et sa femme Marie (de Mortagne) déclarèrent avoir 
vendu à Fabbaye de Roosendael 16 bonniers de 
terre à Itegem (Ytengheem) '-. Le 30 mai 1281, 
Jean Berthout, seigneur de Grammines, autorisa, 
de Faveu de Walter Berthout VII, fils aîné du 
seigneur de Malines, Walter, fils de Baudouin 
d'Eechoven, à vendre à la maison teutonique de 
Malines ses dîmes de Linth et de Bossche à Contich 
(P., carton II). En la même année, il investit 
l'abbesse de Roosendael des biens de « Staden » 
(bona dicta de Staden), que Jean de Stade et son 
fils Guillaume avaient tenus en fief de lui, mais 
auxquels ils avaient renoncé en sa présence (R., 
carton I). Du temps de Jean P'' Berthout, le duc 
Jean P'' semble avoir eu des velléités de se rendre 
maître de Neckerspoel. Le seigneur de Malines, 



« 0., I, p. 769. 
* R., carton I. 



— 100 — 

alors Walter VII, s'en émut et obtint du prince 
une déclaration (datée de 1287, le vendredi devant 
la nativitei Saint Jehan Baptiste) que ni lui ni ses 
hoirs ne chercheraient jamais à acquérir par achat, 
échange ou autrement, la ville de Neckerspoel de 
monseigneur Jean de Bey^laer, ni de ses hoirs (Arch. 
de l'État à Dusseldorf ; au sujet des chartes des 
Berthout conservées dans ce dépôt, nous ren- 
voyons nos lecteurs au remarquable rapport de 
feu M. Gachard, rapport inséré dans le Bidletin 
de la Coniinission royale d'histoire, IX). En 1288, 
Jean P'' assista, comme tant d'autres membres de 
sa famille, à la fameuse bataille de Woeringen et 
y combattit vaillamment sous la bannière de son 
parent Rasse de Gavre, seigneur de Liedekerke : 

« Ende keere vooi't op die heeren, 

Die de hertoghe gheselde 

Met hem ... 

Dat was her Rase van Liekerke 

... Hem stonden oec daer conlike bi 

Sine vromege sonen, met gewout 

Ende sijn neve lier Jan Berthout, 

Die vore hiet van Berlaer. » 

(Jan van Heelu, op. cit.) 

Par une charte, datée de Londres, le dimanche 
après la fête de SS. Pierre et Paul, 1290, Jean 
Berthout, seigneur de Grammines, approuva avec 
les seigneurs d'Aerschot, de Walhain, de Berlaer 
(Florent Berthout), de Liedekerke et Bréda, de 
Cuijck, de Diest, d'Arnould de Walhain, des sei- 
gneurs de Berghes, de Rotselaer et d'Assche, la 
quittance donnée par le duc Jean P' de Brabant au 



— 101 - 

roi Edouard d'Angleterre, relativement à la dot 
de 50,000 livres tournois, que ce monarque avait 
promise à sa fille Marguerite d'York, fiancée de 
Jean, fils du duc (A. Wauters, I^e duc Jean r'\ etc. , 
p. 67). En la même année, « Jean le Berlm^ » fut 
parmi les feadataires du chevalier Gérard, seigneur 
de Vianden (Vienne), lorsque celui-ci fit savoir 
que son vassal Walter, seigneur d'Engliien, avait 
assigné un douaire à Yolande, fille de Robert, fils 
aînéducomtedeFlandre(S*-G.,I,p. 788). Enl293, 
Jean Berthout, seigneur de Grammines, et son fils 
aîné, Jean, seigneur de Neckerspoel, donnèrent 
aux habitants de Wavre-Notre-Dame tous les che- 
mins et toutes les issues dans ce village, moyen- 
nant une redevance annuelle de 1 denier, monnaie 
de Louvain (Arch. de Malines). — L'année sui- 
vante (« in vigilia nativitatis Domini »), Jean P'" et 
ses fils, Jean, seigneur de Neckerspoel, et Égide 
restituèrent au couvent de Roosendael les dîmes 
de Gheel qu'Égide-à-la-Barbe lui avait cédées en 
1227. Les témoins de cet acte furent : Henri Bert- 
hout, seigneur de Gheel, les deux frères de JeanP'', 
Louis et Rasse, Égide Berthout, « dictus de Lare, » 
chevalier, et Walter Berthout, iidictus de Poederle, » 
frères et fils d'Adelisa de Gheel (0., III, p. 613). 
— En 1295, Jean Berthout ' de Berlaer et son fils 
Jean, seigneur de Neckerspoel, firent un accord 



• Dans V Inventaire des Archives de Malines, Jean Berthout est 
qualifié ici « seigneur de Berlaer, » mais d'après une communication 
qu'a bien voulu nous faire l'aimable archiviste de cette ville, 
M. Victor Hermans, l'original de la charte ne porte pas ce qualificatif 
de seigneur. En eii'et, Florent Berthout possédait Berlaer, dès 1287, 



— 102 — 

avec Florent Bertliout, tuteur de Jean Bertliout, 
seigneur de Malines et suzerain de Neckerspoel, 
pour aplanir des différends qui avaient surgi 
entre les habitants de Xeckerspoel et ceux de 
Malines (Arch. de Malines). — En 1296, le jour de 
la Saint- Jacques, Jean Bertliout, a dictus de Ber- 
laer, » seigneur de Grammines, et son fils aîné 
Jean (II) confirmèrent la donation d'Égide en 
faveur de Tabbaye de Saint-Bernard. Jean Bert- 
liout, seigneur de Malines, son tuteur Florent 
Bertliout, seigneur de Berlaer, Égide, seigneur de 
Honebeke, Henri Berthout seigneur de Duffel, 
et le chevalier Louis Berthout, appendirent leurs 
sceaux à cette charte (Tr., U, p. 178). Par un 
acte de la même année (« in die béate Katarine »), 
les deux Jean, père et fils, donnèrent une nouvelle 
confirmation de la donation précitée '. 
' En 1301, M Jean Berthout, die men heet van 
Berlaer, » scella la charte par laquelle le duc 
Jean II de Brabant donna la Keuve à la ville de 
Malines (B. Y.). Le 12 novembre de la même 
année, il fut témoin aux arrangements pris par le 
duc et Jean Berthout, seigneur de Malines, au 
sujet de leurs droits respectifs sur Malines (ibid.). 
En 1303 « Heer Jan Berthout, gheheten van Berlaer, 



' Outre les témoins de l'acte précédent, le frère de Jean, père, 
Rasse « cantor ecclesiae Beatae Mariae Antwerpiae » scella cette 
charte, qui est conservée à la Bibliothèque Royale. Elle ne porte 
plus que le sceau de Rasse, type ogival, déjà fort endommagé. Sur 
le contre-scel on voit dans une rose à huit feuilles un écusson aux 
trois pals. Un moule du sceau de la face est conservé à la Porte de 
Hal. Ce sceau représente Rasse debout, sous un dais ogival, et porte, 
au-dessous, dans un rond, l'écusson des Berthout (n» 21661). 



10 



.-> 



den ouden, ridder, >^ appendit son sceau à l'accord 
fait entre Florent Berthout, seigneur de Berlaer. 
d'une part, et Tabbaye de Roosendael et la com- 
manderie de Pitzenbourg, d'autre part, concer- 
nant les dîmes de Berlaer (P., carton II). 

Du vivant de son père, Jean P'' brisa les armes 
de sa maison, en chef, à sénestre, d'un écusson 
aux armes de sa mère, de Gavre, armes qui repré- 
sentent trois lions. Telles sont les armes d'un 
sceau de 1268, reproduit par le baron Jacques le 
Roy avec la légende : « S. Joliis. militis filii 
Ludoviti milit. de Beertouds Dni. de Cralniin » 
(Mardi., p. 178). Il est évident que cette légende 
est mal rendue ; à la place de « de Beertouds » il 
faut lire ou : »< dicti Bertout, » ou : « de Berlaer, » 
et « Gramin. » au lieu de « Crabnin. » — Plus tard, 
Jean P' prit un sceau, type équestre, portant les 
trois pals et la légende : « S. Joannis Berthaut, 
milit. Domini de Gramines. » Plusieurs exemplaires 
de ce sceau (de 1281, 1303) se trouvent dans le 
carton II de la commanderie de Pitzenbourg, Un 
moule en plâtre en est conservé dans la collection 
sigillographique du Musée royal d'antiquités et 
d'armures à Bruxelles (voy. aussi Tr., II, p. 175). 

Jean P'' eut deux femmes : 1- Marie de Mortagne, 
fille d'Arnould, chevalier, châtelain de Tournai, 
seigneur de Mortagne, et d'Yolande de Coucy 
(fille de Thomas, chevalier, seigneur de Vervins, 
Fontaines et Landousies, et de Marie de Rhétel «, 



* Du Chesne, dans son Histoire de la tnaison de Guines, l'appelle 
Mahaul de Rhétel, dame de Trie-le-Bardoul et de Charmentré, et la 
dit fille de Hugues, comte de Rhétel, et de Félicité de Broyés, dame 
de Beaufort. 



- 104 — 

dame de Profonde val), et petite-fille d'Evrard-Ra- 
dols, chevalier, prince desTournaisiens, seigneur de 
Mortagne, et de Mahaut d'Enghien, fille d'Engle- 
bert, seigneur d'Enghien, et d'Adeline d'Avesnes. 
— Les armes de la maison de Mortagne sont : 
d'or à la croix de gueules * ; 2" Marie de Zubborch 
(Subborg, Seborg, etc.), qui semble avoir apporté 
à son mari la seigneurie d'Hameiden et qui figure 
comme veuve en 1326, 1329, 1333 et 1342. 

Le jour de la S*-André (30 nov.) 1289, Jehaii 
Biertau, seigneur de Grammines, et son fils aine, 
Jehan de Betlar, déclarèrent avoir reçu de Marie, 
demoiselle de Mortagne et de la châtellenie de 
Tournai, fille de Jehan, seigneur de Mortagne et 
châtelain de Tournai, les 1600 livres Tournois, 
que ledit Jehan, seigneur de Mortagne, avait pro- 
mises au seigneur de Grammines à son mariage 
avec Marie, sœur de Jehan, seigneur de Mortagne, 
Les témoins à cet acte furent : la demoiselle de 
Mortagne, Guillaume de Mortagne, seigneur de 
Rumeis, Jehan de Mortagne, sire Despiere, Helluis 
d'Armentières, avoué de Tournai, des bourgeois 
de Tournai, etc. ^. 



» Le comte Paul du Chastel de la Howabderies, Notices généa- 
logiques tournaisiennes . — Maliaut d'Enghien était sœur d'Adeline, 
qui épousa Walter V Berthout, seigneur de Malines, fils de Walter IV 
et de Sophie de Looz. Dans un manuscrit du XVIP siècle, apparte- 
nant à M. de Bertouch, veneur de la cour de S. M. le Roi de Dane- 
mark, nous trouvons les quartiers de Marie de Mortagne comme suit : 
Mortagne, Enghien,Wavrin, Avesnes; Coucy,Rhétel, Dreux, Broyés. 

2 Archives nationales à Paris, charte J. 528, n° 30. C'est à tort 
que Douët d'Arcq, Collection de sceaux, I, p. 601, qualifie Jehan de 
Mortagne de beau-père de Jehan Biertau. 



— 105 — 

Il eut de ces deux épouses sept enfants * : 

1° Jean II. qui suit; 

2° Louis III, qui suivra après son frère; 

3° Guillaume de Berlaer, chevalier '^ ; 

4" Marie, qui épousa, d'abord, Louis Raduaerd, 
chevalier, seigneur de Meerloo, qui fut, en 1327, 
échevin de Malines '. Un acte scabinal de la même 
ville, de 1349, mentionne : « Domina Maria de 
Berlaer relicta quondam domini Ludovici dicti 
Raduards militis » {Navorscher \ XXXVII, p. 394). 
Nous connaissons à Louis une fille : « Lodovica, 
filia quondam domini Ludovici dicti Raduards, «^ 
citée dans un acte scabinal de Malines, de 1335 
(ibid.). — Marie de Berlaer convola en secondes 
noces avec Jean de Cuyck, chevalier, seigneur de 
Mierop, portant d'or à deux fasces de gueules, 
accompagnées de huit (3,3, 2) merlettes de même . 
Les Raduaerd portaient 6 ou plusieurs étoiles ^ ; 

' D'après Butkens, les quatre premiers enfants seraient du pre- 
mier, les trois autres du second lit. Aug. Sassen (De heeren van Hel- 
mond) ne mentionne que quatre enfants qu'il dit issus du mariage 
de Jean et de Marie de Zubborch, savoir : Louis, Jean, Marie et 
Elisabeth, qui aurait épousé le chevalier Jean de Bonté. 

2 Un Guillaume « vmi Berlaere « figure, le 31 mai 1328, comme 
clerc et drossard de Florent Berthout, seigneur de Malines (Invent, 
analyt. des chartes des comtes de Flandre). 

3 Ludovicus dictus Raduaerd, miles, et Johannes dictus Becke, 
scabini Machlinienses (charte offerte par Aug. Sassen, archiviste 
de Helmond, à laSociété d'Archéol. de Bruxelles, dont il est membre 
correspondant) . 

* De Navorscher, een middel tôt gedachtenioisseling en letterkundig 
verkeer, etc., rédacteur : J. Anspach, à Ek-en-Wiel ; éditeurjusqu'à 
la fin de décembre 1887 : Loman junior, à Amsterdam, depuis Thieme, 
à Nimègue. Revue mensuelle, ayant pour objet l'histoire, l'archéo- 
logie, la numismatique, l'histoire des lettres et des arts, la philologie, 
la généalogie et la science héraldique. 

s Adam Radewaerd, échevin de Malines, en 1312, scelle de six 



— 106 — 

5" Béatrice (f en 1335), femme d'Égide, seignem' 
de Bouchout (t en 1337), fils de Daniel de Crainhem, 
seigneur de Boucliout et de Saventhem, drossard 
de Brabant ; elle eut de son mari : Jean et Elisa- 
beth de Bouchout '; 

6° Nicolas (1326); 

7° Égide, que nous avons déjà rencontré en 1294 
et qui figure encore dans des actes de 1346 et de 
1349. n était déjà mort en 1359. Outre un fils légi- 
time, Jean, nous lui connaissons un bâtard, nommé 
Égide, bourgeois de Bruxelles (1359 et 1362), qui 
figure en 1382 avec sa femme Marie de Hertoghe. 
— Jean de Berlaer précité fut chevalier. On le 
trouve cité dans des chartes de 1346 et 1349. Il eut 
trois fils : 

a) Égide, qui épousa Ermgarde de Zevenborne, 
dame de Haeps. Le 25 juillet 1387, « Domina 
Ermengardis de Sevenbornen, domina de Haeps, 
et Egidius filius quondam Joannis de Berlaer, eius 
maritus et tutor legitimus, promisit dare Leonio, 
filio naturali Domini Joannis, Domini de Bouchout » 
(Tr., II, p. 178). Elle était veuve en 1399 (ibid.) ; 

b) Guillaume de Berlaer, qui eut pour femme 
Aleijde de Roover, fille d'Arnould. En 1399, mes- 
sire Guillaume de Millenberge, seigneur de Zeven- 



(3, 2, 1) étoiles (P., carton IV). Joannes dictus Racluaert, échevin, 
en 1322, porte le même nombre d'étoiles dans ses armes (ib.). Adam 
Raduaerd, échevin, en 1820, charge son écusson de dix (4, 3, 2, 1) 
étoiles (chartes des comtes de Flandre, Arch. Gén. du R., carton 60). 
Gerardus dictus Raduaerds scelle, en 1346, de huit (2, 3, 2, 1) étoiles, 
brisé en chef d'un lambel (R., carton II). 

' Tr., II, p. 269 et Wauters, Histoire des enviro>is de Bruxelles, 
II, p. 281. 



— 107 — 

borne et Cranendonck, délivra au chevalier Daniel 
de Bouchout une quittance au nom de « Joiiff. 
Alijte Sroovers, » fille de feu le chevalier Arnould, 
et de son époux Guillaume de Berlaer (ibid.) ; 

c) Jean de Berlaer, qui donna, le 12 juin 1378, 
à son parent, messire Jean de Berlaer, seigneur 
de Helmond et de Keerbergen, décharge de toutes 
les obligations que celui-ci avait envers lui, en se 
réservant, toutefois, pour lui-même et pour sa 
femme Marguerite, une rente viagère de 12 muids 
de blé (K. et S., n" 32). 

Égide, laîné de ces trois frères, fut père de 
deux fils : Thomas et Jean de Berlaer. Ce dernier 
devint seigneur d'Haeps et partagea, en 1409, cer- 
tains biens, avec Jean, seigneur de Megen (Tr., 
II, p. 178). Des difficultés ayant surgi entre les 
deux parties au sujet de la seigneurie d^Haeps, on 
nomma, le 8 octobre (1409) cinq arbitres (Nijhoff, 
Gedenkwaardigheden uit de Geschiedenis van Gelder- 
land, n, n° 309). Jean de Berlaer décéda avant le 
25 novembre 1417, jour où ^a veuve, Helvige de 
Mierle, transporta ses droits sur Haeps à Renaud, 
duc de Juliers et de Gueldre (ibid., II, n" 368). 
Un Oest de Berlaer, héritier de Jean, avait déjà 
renoncé, en faveur du même prince, à ses droits 
sur cette seigneime, le 23 février de la même 

année (ibid., II, n- 366). 

J. Th. de Raadt. 
(A continuer.) 



108 



ERRATUM 

au sujet de l'article intitulé : « De Voffice du Grand- 
Bailli au XI V^ siècle, à Gand '. » 



Une erreur de lecture s'est glissée dans l'ar- 
ticle que nous avons consacré au grand-bailli dans 
la dernière livraison du Messager. Xous nous en 
sommes aperçus trop tard pour faire les corrections 
sur l'épreuve. ^ 

A la page 473 (7% 8% 14% 15« et W lignes) il 
faut lire berdere et faloerden au lieu de lerdere et. 
salverden. 

Nous devons à l'obligeance d'un ami de pouvoir 
compléter ainsi la description de l'appareil qui 
servait aux exécutions par le feu au XIY'' siècle. 
Berdere signifiant planches, il s'agit de la niche 
adossée au poteau (stake) et dans laquelle on 
enfermait le patient. Quant au mot faloerden^ il 
se rapporte aux flambeaux ou torches au moyen 
desquelles on allumait le bûcher. 



* 



Nous profitons de l'occasion qui se présente pour 

' Voir Mess, des Sciences hist., 4^ liv., 1888, p. 457. 



— 109 — 

publier deux pièces intéressantes que nous avons 
également rencontrées dans les comptes du grand- 
bailli. Ce sont deux inventaires dressés par ordre 
de ce magistrat, par le motif que le comte de 
Flandres avait certains droits à prélever sur les 
objets qui y étaient repris. 

Il s'agit de meubles et immeubles appartenant à 
des paysans du Pays de Waes et du métier de Hulst. 
Ces inventaires serviront à nous donner une idée 
de la fortune des campagnards au XIV^ siècle, 
ainsi que de l'ameublement qui garnissait leurs 
maisonnettes . 

Voici l'inventaire copié dans le compte du sous- 
baillage du Pays de Waes, pour 1374. 



Item 'Willem Scaeffins, bas- 
taert, ghestorven ende achter 
hem bleveii inhauen twee smale 
bedden, iii paer slaeplakene, twee 
beddecleedre, twee ketele, eenen 
aker, twee mottaline potte, een 
panne, een striven, een forchier, 
een cort vrauwen paer cleedre, 
drie hooftcleedre, twee teninen 
scotelen, twee teninen saeusiere, 
twee orcussine, viere zittecus- 
sine, een lijs, twee hoyken, eenen 
froc ende drie ellen wits lakens, 
hier af so behoorde deen heelft 
toe sinen wive; vercocht rayns- 
heëndeel xlib. 



TRADUCTION. 

Item Guillaume Scaeffins, bâ- 
tard, décédé, qui laissa deux 
petits lits, trois paires de draps 
de lit, deux couvertures de lit, 
deux chaudrons, un seau, deux 
pots de métal, une poêle, .... 
un coffre, une robe de parade (?) 
courte pour femme, trois chape- 
rons, deux écuelles en étain, deux 
saucières d'étain, deux oreillers, 
quatre coussins, un coffre-banc, 

deux , un surtout et 

trois aunes de drap blanc. La 
moitié de tout cela revenait à sa 
femme. On vendit la part du 
comte pour x lib. 



La coutume du Pays de Waes accordait donc 
au comte de Flandres la succession des biens des 



— 110 — 

bâtards. Il devait en être de même à Gand, puisque 
la Concession Caroline confirma sur ce point le 
droit du chef de l'État. 

L'autre inventaire est plus long et se rapporte 
à un paysan beaucoup plus riche que le premier. 
Il est copié dans le compte du sous-bailliage du 
métier de Hulst, de la même année 1374. 



Van dat Everdey de Coeman 
ghebannë was als hulpere ënver- 
menegliere van der doot ende 
van der moort van pieter pauwels 
f" jans ende so wie ghebannen 
wert als hulpere ende vermene- 
ghere van der doot ende van der 
moort die verbuert jeghen minen 
heere sijn lijf ende sijn goed. 
Dit syn de catheile die bleven 
achterEverdeye Coemane en sine 
wive. Eerst iii wulline lakene, 
iii bedden, iiii amelaken, ii dwa- 
len, ii beckine, i liandvat,iii mot- 
taie, i panne, i stoep, iiii vieren- 
deele, xiiii scotelen, vi saeusiere, 
xii zittecussine, iiii orcussine, 
ii striven, i lijs, iiii bulïette, 
i faelge, i froc, i pelsse, vii steene 
wuUen, vi steene wullinsgarens, 
een stic lijnwaets van xxv ellen, 
iii kandeleêre, i scale van eere 
marc, i paer langher cleedere, 
i roc, i hoyke; item de tweedeel 
van iii ramen ; item xviii lib. 
par. van mourrenten iiii jaer 
lanc durende ; item alf tliuus daer 
in dat hij woende ende daer an 
hebben sine stief kindre viii lib. 
grs. Aile dese vers, parcheele 



TRADUCTION. 

De ce que Evei'ard de Coeman 
fut banni comme fauteur et com- 
plice de la mort et de l'assassinat 
de Pierre Paul, fils de Jean. 
Or, quand quelqu'un est banni 
comme fauteur et complice 
d'une mort et d'un assassinat, le 
comte lui prend sa vie et ses 
l)iens. 

Voici les cattels qui apparte- 
naient à Éverai'd Coeman et à sa 
femme. D'abord 3 couvertures 
de laine, 3 lits, 4 nappes, 2 tor- 
chons, 2 verres, une cannette à 
main, 3 pots de métal, une poêle, 
1 stoep (poids) 4 quarterons (de 
stoep?), 14 écuelles, 6 saucières, 
12 coussins, 4 oreillers, 2 . . . , 
1 coffre-banc, 4 buffets, 1 mante, 
1 surtout, 1 pelisse, 7 steene 
( mesure de poids ) de laine , 
6 steene de tilde laine, une pièce 
de toile de 25 aunes, 3 chande- 
liers, 1 plateau de un marc (en 
argent ?} , une paire d'habits 
longs, 1 jupon, 1 ... ; item la 
moitié (du produit) de 2 rames ; 
item 18 livres parisis de rentes 
sur des marais pendant 4 ans ; 
item la moitié de la maison 



— 111 — 



sijn gheprijst door Mergr. Wou- 
ters Moencs en de kateliuen van 
Axele als ghezworne prijsterig- 
ghen binnen Hulst ende Jan roe- 
line als temmerman ende Wou- 
ters den Moenc als metser, ende 
aile dese vors. parcheelen heb- 
ben zij ghedreglien te ponde 
ende te penninglien ende elc bi 
sijnen eede; comt de some glieel 
met allen ii<= Ivi lib. par. Hier af 
heeft de vrouwe sijn wijf deen 
heelt ende mijnslieën deel liet 
de baillu der vrouwen over ; den 
prijs comt mynsheên deel. . . 
cxxviii lib. 



qu'il habitait, hypothéquée pour 
8 livres de gros en faveur des 
enfants de son premier lit. Toutes 
ces valeurs ont été évaluées par 
Marguerite, femme de Wouters 
Moenc et par Catherine van 
Axele, en qualité de priseurs- 
jurés à Hulst, ainsi que Jean 
Roelineen qualité de charpentier 
et Wouters den Moenc, en qua- 
lité de maçon. Ils ont expertisé 
ces valeurs au poids et en argent 
après avoir prêté serment. La 
somme en vient à 256 livres pa- 
risis. La femme en a la moitié; 
quant à la moitié de M. le comte 
le bailli la laissa à la femme pour 
le prix de ... . 128 livres. 



Ce dernier texte se passe, pensons -nous, d'ex- 
plication. M. H. 



-^ 112 — 



VARIÉTÉS, 



CHRONIQUE GANTOISE. 



Ordonnance du XVI^ siècle fixant le prix de la 
imain-d'œuvre et du salaire. — Tout ce qui concerne la 
fixation du prix de la main-d'œuvre et des salaires est 
laissé aujourd'hui à la seule appréciation des parties 
intéressées. Particuliers, patrons, ouvriers s'entendent à cet 
égard librement entre eux. 

Il n'en était pas de même autrefois. Bien souvent les 
pouvoirs publics jugeaient utile d'intervenir pour fixer le 
chifl're de ce que le patron et l'ouvrier pouvaient réclamer 
par journée de travail. Nous en avons trouvé un exemple 
très intéressant dans une ordonnance du XVI^ siècle, 
transcrite au Registre G. G. folio 29 des archives com- 
munales. 

L'année 1588 les denrées alimentaires, principalement 
le grain, étaient à très bon compte. Le gouvernement 
trouva que, dans ces circonstances, il convenait de réduire 
le prix de la main-d'œuvre et du salaire à payer aux 
patrons ainsi qu'aux ouvriers et à leurs aides. 

Un premier ]Asica.và, j^^ovisionel placcaet, du 21 avril 1588 
ordonna aux officiers de justice et aux autorités com- 
munales de dresser et d'envoyer à Bruxelles, dans le délai 
d'un mois, un état de ce que gagnaient les patrons, les 
ouvriers, les aides, les domestiques, les aubergistes et les 



— 113 — 

louageurs de chevaux : « Eene lyste ende declaratie van 
» alsulcken taux van salarissen, daghelijcxsche loon ende 
» liuere van aile Amhachts-lieden, Werck-lieden, Dienst- 
» hoden, Herbergiers, Peerde-hueren, ende meer andere 
» saecken, als sy dienaengaende souden raoghen adviseren 
» ende stellen... » ■ . 

Quand tous ces rapports furent parvenus au gouver- 
nement central, celui-ci chargea le Conseil de Flandre de 
les coordonner et de fixer le chiffre des salaires et de la 
main-d'œuvre à un taux uniforme. Ce travail servit de base 
au placard, applicable à la Flandre, qui parut le 2 sep- 
tembre 1 588 sous le titre de : 

« Oedoxnancie, Lyste ende Tauxatee, van myn Heeren 
» vanden Raede in Vlaenderen, hy laste ende autorisatie 
» van Syne Majesteyt, op de daghelijcksche Loonen ende 
» Jaerlijcksche Hueren van meest aile d'Anibachters, 
» Werck-luyden, Dienst-boden, Herberghiers ende andere 
» respectivelijck, soo binnen besloten steden, als buyten ten 
» platte Lande, van den 2 september 1588. » 

Tous ceux qui contrevenaient aux dispositions de ce 
placard, aussi bien les particuliers que les patrons et les 
ouvriers — den gheverende nemer^ celui qui donne et celui 
qui reçoit — encouraient les peines suivantes. Ils devaient 
payer le double de ce qui avait été reçu et donné jusqu'au 
moment où la contravation était constatée. Les juges 
condamnaient en outre les délinquants, comme c'était l'usage 
autrefois, à telles pénalités qu'il leur semblait convenir : 
« ende bovendien arbitrairelijck ghepuniert te icorden. » 

Les échevins de Gand adressèrent leur rapport au gou- 
vernement le 11 juillet 1588. Ils estiment qu'il y a lieu de 
réduire le prix de la main-d'œuvre et des salaires dont le 
cbitïre leur paraît trop élevé. 

8 



— 114 — 
Ce rapport débute par les considérations suivantes : 

« Omme hy clèn heere ende loet deser stede van Ghendt te 
» mdcommen de bevelen van zyne Majesteit an hemlieden 
» ghedaen hy 'placate van sesden van April lestleden ende 
» diens volghende order te stellen up de groote excessive 
» dacheuren ende arbeytsloon die de hantxoeerckers aerhey- 
» de7^s ende ambachtsluyden ende heurlieden knechten 
» daghelycx zyn heerschende sonder regard te nemen op den 
» afslach ende goede coop van graene die God almaehtich 
» helief h'eeft te verleenen. So is van heere ende ivet vseghe 
» voornoemt volghende tvoornoemde last gheordonneert ende 
» ghestatueert ordonneren ende statueren hy manière van 
» provisien tnaervolghende. » 

Vient alors la liste des différents corps de métier avec 
l'indication du salaire que peuvent réclamer le maître, 
l'aide et l'apprenti. Cette liste serait trop longue à publier. 
Il nous suffira de dire que, pour la plupart des métiers, le 
salaire du maître était fixé à treize ou quatorze sous par 
jour, celui de l'aide à huit sous et celui de l'apprenti à 
quatre ou cinq sous. 

Il en était notamment ainsi pour les maçons, les couvreurs 
de tuiles, les couvreurs d'ardoises, les charpentiers, les 
menuisiers, les tailleurs de pierre, les scieurs de long, les 
forgerons, etc. : « Metsers, ticheldeekers, schaliedeckers, 
D temmerluyden, schrynicerchers, steenhouders, zaghers, 
D grove smeden. » 

Prenons, par exemple, les maçons. Voici comment s'ex- 
prime l'ordonnance des échevins de Gand : 

METSERS. 

B De metsere sal hebhen ende winnen sdaeghs xiii stuvers. 

» De metserscnapen ^^'^ id- 

» Deleerjonghensjaer endedachgheleert hebhen iiii id. 



— 115 — 

Les couvreurs d'ardoises, quand ils travaillaient sur les 
tours, recevaient double salaire : up hooge torren midts 
tperyckel. 

Le sou, dont il est ici question, équivalait à neuf centimes 
de notre monnaie. Le salaire du maître ou patron représen- 
tait donc de fr. 1,17 à fr. 1,26; celui de Taide fr. 0,72 et 
celui de l'apprenti fr. 0,36. 

Les ouvriers tailleurs et les ouvriers cliaussetiers rece- 
vaient sept sous par jour, outre ce que les patrons leur 
payaient pour l'ouvrage qu'on nommait den loon van fat- 
soenen van de hleederen ; c'est à dire une certaine somme 
pour la coupe et la façon de chaque vêtement. 

Les ouvriers cordonniers étaient payés à la pièce. Voici 
comment l'ordonnance réglait le taux de leur salaire : 

SCHOEmiAECKERS. 

« De leerjonghers die ghelt icinnen sal sdaeghs icinneyi 

ii stuvers. 

» De knapen sullen voor topmaecken van een paer dohbel 
» schoens hebben . ii stuvers. 

» Voor een paer inckel schoens . eenen braspennynch. 

» Voor een paer niuylen, clickers ofte ghecorchte schoens 

ii stuvers en halfven. 

» Voor een paer leersen vi stuvers. 

» Voor een paer breusekens . . iiii stuvers en halfven. 

» Dies sullen de Meesters heurlieden loerck beter coop 
» gheven. » 

Cette phrase finale : « Les maîtres livreront par là leur 
ouvrage à meilleur compte nous fait supposer que des 
plaintes s'étaient élevées sur la cherté des objets livrés par 
les tailleurs, les chaussetiers et les cordonniers. L'efficacité 
de cette me-ure ne nous est pas démontrée et nous doutons 
fort que la réduction du salaire et de la main-d'œuvre 



— 116 — 

payés à l'ouvrier, ait amené une réduction équivalente dans 
le prix réclamé à l'acheteur par le patron. 



L'ordonnance fixait aussi le salaire que les maîtres bou- 
chers devaient payer à leurs ouvriers, slaghers^ pour chaque 
bête abattue : 

« SLAGHERS. 

» Voor elehen osse, coe^e, stier ende veese voor tslaen ende 

» sauten , xii stuvers. 

» Voor elck vercken v stuvers. 

» Van een schaepe vit groote. 

» Van een calf v groote. 

» Voor elcke gheete ii groote en halfoen. 

L'abattage d'un taureau, d'un bœuf et d'une génisse se 
payaient, comme on voit, à raison de douze sous (fr. 1,08) 
par tête. L'ouvrier boucher, qui tuait une chèvre, n'avait 
droit qu'à deux gros et demi, c'est à dire un sou. 

Voici, à titre de comparaison, le tarif du salaire payé 
aujourd'hui à l'abattoir de Gand : 

Pour les taureaux, les vaches et les bœufs. . . fr. 2,00 

Pour les porcs » 2,00 

Pour les veaux » 1,00 

Pour les moutons » 0,50 

Il nous est impossible — Tétendue de notre notice ne le 
comporte pas — de donner la nomenclature complète de 
toutes les professions et de tous les métiers dont il est 
question dans l'ordonnance des échevins de Gand du 
11 juillet 1588. Nous nous sommes occupés de ce qui nous 
paraissait de nature à intéresser spécialement le lecteur et 
à le mettre à même d'établir une comparaison entre le prix 



— 117 - 

de la main d'œuvre et du salaire au XVI^ siècle et les 
prix payés actuellement. 

Nous donnerons encore, pour terminer, la partie de 
l'ordonnance visant les louageurs de chevaux, les auber- 
gistes et les hôteliers. 

» HUERPEERDEN. 
» Voor elck huerpeert sdaeghs xvi stuvers. 

» HERBERGHIERS EN HOSTELGIERS. 

» De loeerden houdende tafele zullen hebben voor elcke 
» '>naeltyt metten besten inghebrauioen bière voor elcke 
» persoone xii stuvers. 

» Vutghesteken den loyn indien sy begheren 

» Ende voor de maeltyt so wel tsnoens als fsavonts van 
» elcken knecht 7net ghemeen bier daer inné hegrepen 
» t imbyt viii stuvers. 

» Voor den kost van elcken peerde met drye pyctins 
» havere x stuvers. 

» Ende de peysterynghe voor elck peert met een maetken 
» havere vii gr. 

On voit, d'après ce qui précède, que les hôteliers et les 
aubergistes pouvaient compter douze sous (fr. 1,08) par 
repas, bière comprise. Les trois repas d'un domestique se 
payaient huit sous (fr. 0,72). 

Si l'on tient compte de la valeur relative de la monnaie 
au XVIe siècle et à l'époque actuelle, on arrive, nous 
semble-t-il, à la conclusion que les salaires et la main-d'œuvre 
étaient mieux rétribués autrefois qu'ils ne le sont aujour- 
d'hui. Cette conclusion nous parait d'autant plus fondée que 
l'ordonnance, dont nous venons de nous occuper, opérait 
une réduction générale sur les prix que les particuliers 
payaient avant 1588 aux patrons et aux ouvriers. 



— 118 — 

Cette réduction, d'ailleurs, n'aura été que momentanée 
et tout nous permet de croire qu'au bout de fort peu de 
temps on en sera revenu aux anciens prix. 

P. C. 



Bruxelles en 1 842.— Je dois à l'obligeance de M. Raskop, 
préfet des Études à l'Athénée royal de Gand, la communi- 
cation de la relation manuscrite d'un voyage fait en 1842, 
en France, en Suisse, en Lorraine, dans le Luxembourg et 
en Belgique. Cette relation est attribuée à l'éditeur-impri- 
meur tournaisien Variez; en voici un extrait relatif à 
Bruxelles * : 

« Bruxelles (120,000 âmes), capitale de la Belgique; 
située en partie sur une éminence, en partie dans une plaine 
agréable et fertile, — sur la Senne, avec laquelle elle 
communique par un canal. A 23 lieues de Liège, — en 
4 heures V2 par chemin de fer. Hôtel du Commerce (Pas- 
sable). — 3 nuits. 

a Théâtre Royal, — restauré depuis quelq. temps déjà, 
est mieux qu'avant; mais est loin encore d'être convenable 
pour la capitale d'un royaume. On y joue parfois des pièces 
indigne (sic) d'une grande scène, où l'on ne devrait repré- 
senter que de bons ouvrages. 

« Société de la Orande- Harmonie. — Leur nouvelle salle, 
montagne de la Cour, dans la maison même qu'habite 
M. le libraire Langlois, n'a ni façade ni entrée; mais la 
grande salle au l^r, où l'on donne les fêtes, doit surtout 
être fort bien aux lumières, quoique ressemblant peut-être 
trop à une chapelle. 

1 pp. 134-137 du manuscrit. Je conserve scrupuleusement le 
style et l'orthographe (?) de l'auteur. 



— 119 — 

« La galerie du milieu est cintrée, parquetée et spacieuse. 
— Les à côtés, séparés par des colonnes, sont convenables et 
réservés pour les dames dont les sièges en amphithéâtres 
sont plus élevés que la galerie du milieu. — Derrière, un 
couloir, séparé et à jour aussi, facilite la circulation ainsi 
que le service. 

« Sur le même carré, salon de lecture, salle à 2 billards, 
salle de restauration, — et une 4"'^ consacrée à la tabagie 
et la plus grande de toutes au 2'', salle d'assemblée pour 
délibérations et scrutins. 

« UEnfer escaladant le Ciel, grande page d'environ 
40 pieds de haut sur 18 ou 20 de large, exposée dans l'ex- 
église des Augustins. 

« Cette conception extraordinaire laisse beaucoup à 
désirer pour l'exécution. Le dessin manque de correction 
et les couleurs de vivacité. Il règne, dans l'ensemble, une 
confusion telle qu'on a de la peine à en saisir les détails. 
Au milieu de touts les personnages de grandeur colossale, 
on remarque surtout la contraction de la figure d'un des 
démons renversé par l'ange exterminateur, et la pose de son 
corps soutenu par un autre démon placé en bas, tandis que 
lui-même se tient encore d'une main à un rocher, avec une 
crispation nerveuse. 

« Ce tableau n'a pas été épargné par la critique et a été 
loué outre mesure, comme de coutume. 

« Cavalcade de la Société de Notre-Dame au Rouge. 
Le cortège se composait de 5 chars et d'environ 200 cava- 
liers, tous revêtus de costumes du moyen-âge, qui n'avaient 
pas toute la fraîcheur possible, quoique produisant encore 
de l'effet. 

« Sur un char était la Vierge entourée de toute sa cour 
céleste. — Une autre représentait le roi Philippe II et ses 
grands dignitaires. — Un 3'"^ char contenait Fra Diavolo 
et ses compagnons. — Le AP^^, un sujet mythologique. — 



— 120 — 

Le dernier, clans le genre rustique, offrait le tableau popu- 
laire et curieux d'un atelier de cordonniers au XV^ siècle. 
— Il a beaucoup égayé les spectateurs. 

« Beaucoup d'enfans figuraient sur ces 5 chars. 

« Comment se fait-il que dans la capitale même d'un 
peuple aussi religieux, on mêle ainsi le sacré et le profane? 

« Exposition annuelle de tableaux, gravures et statues de 
1 842. — Cette exposition, moins considérable (700 articles) 
que celle de Tannée dernière, est aussi moins importante 
par le mérite des objets qui s'y trouvent. Peu de grandes 
pages; un certain nombre de moyennes, et beaucoup de 
tableaux de chevalets {sic) dont quelques-uns sont char- 
•mans. Les quelques portraits font généralement honneur 
aux exécutans. 

« Par M. Gallait, la Prise d'A ntioche par les Croisés, en 
1098 (n° 230), esquisse de petite dimension, n'est pas digne 
de la réputation de son auteur. — Le portrait dune jeune 
fille (no 231) vaut mieux; la tête surtout; le cou, les épaules, 
la poitrine et l'avant-bras droit s'emmanchent bien, mais 
les autres parties, non compris la robe de velours noir bien 
drapée, et quelques détails de l'habillement laissent à 
désirer. La pose est notamment d'une raideur choquante. 

« Par M. De Biève, wï^q jeune Bayadère à demi-couchée : 
proportions matérielles dans l'ensemble ; détails sans grâce ; 
pose forcée; figure commune; couleurs trop heurtées et trop 
vives. 

« Plusieurs statues et gravures ne manquent pas de 
mérite. 

« Nouveau kioste {sic) à 12 pans, soutenus par autant de 
colonnes, le tout en fonte et placé dans le Parc de Bruxelles, 
poui: y recevoir 2 fois la semaine, le jeudi et le dimanche, 
les musiciens qui y exécutent de l'harmonie pendant 1 heure. 

« Ce kioste est à la fois lourd et grêle, et n'abrite pas 
assez les exécutants. — Il est trop élevé et trop ouvert. Il 



— 121 — 

est vrai que les sons parviennent mieux aux oreilles des 
promeneurs. 

« Chambre des Représentants. — La salle est convenable 
pour son objet, et est disposée comme toutes les autres 
Chambres Législatives des nations constitutionnelles. 

« Bruxelles. — Cette belle capitale continue de s'em- 
bellir dans l'intérieur et ses faubourgs s'agrandissent d'une 
manière étonnante. 

a Les nouveaux quartiers extérieurs se complètent, les 
maisons s'élèvent, les rues se forment, et bientôt les fau- 
bourgs deviendront des villes. 

« Dans plusieurs déjà, ils ont des autorités municipales. 

« La nouvelle station du Nord est entourée de nombreux 
bâtimens; celle du Midi a changé tout à fait l'aspect du 
quartier où elle est établie. 

« Toutefois cependant il reste encore beaucoup à faire, 
et, sans l'argent qui manque au gouvernenient, cette ville 
ne serait pas reconnaissable dans 10 ans. — Il est dommage 
que l'autorité ne puisse suivre l'exemple que lui donne la 
classe bâtissante, qui ne cesse d'élever, extérieurement sur- 
tout, un grand nombre de bâtimens plus ou moins remarq. » 

Malgré la naïveté du style, il y a dans ces notes des ren- 
seignements qui m'ont paru assez intéressants pour en 
justifier la publication. 

Paul Bergmans. 



QuETELET. — La maison où naquit un homme célèbre, ne 
devrait-elle pas porter une plaque commémorative ? Nous 
nous faisons cette question en nous rappelant (ce dont peu 
de Gantois se souviennent) que l'ancien Directeur de l'Ob- 
servatoire de Belgique, L. A. J. Quetelet, auquel on a érigé 
une statue à Bruxelles, était né à Gand, au marché aux 



•_ 122 — 

Grains. Il nous a paru intéressant de reproduire ici son 
acte de naissance tel qu'on le lit au registre de la paroisse 
de saint Nicolas. D'autre part, nous avons trouvé le nom 
du père, dans le Wegtcyzer de 1797 (p. 58), parmi les 
« Mercheyiiers in bijouterien, niemce moden en andere 
goederen. » 

« 1796. A^igesima tertia februarii baptizavi lambertum 
adolphum jacobum filium francisci augustini jacobi henrici 
Quetelet ex ham in picardia et année franciscse van de velde 
ex Wavre conjugum habitantium op de koornmerkt, natum 
ibidem heri medio 8''*^ vespertinse ; Susceperunt lambertus 
joannes van peteghem et anna de block. 

» {Signé :) ]\I. J. de Bast past S. nie et can. S. phar,, 
françois augustin jaque henry Quetelet, Lambert Jean Van 
Petegbem et Anna Deblock. » 

M. L, A. J. Quetelet, est décédé à Bruxelles le 17 février 
1874. Il était grand officier de Tordre de Léopold. 



Caeillon d'Audenarde. — «Cejourdhui, le 19^ juin 1751, 
sont convenus et accordés les bourgueraaîtré et échevins 
de la ville d'Audenarde d'une part, et Jean-Baptiste-Joseph 
Barbieux, fils de François, et François-Bernard-Joseph 
Flincon, fils de Simon, maîtres fondeurs de cloches, de- 
meurant dans la ville de Tournay. 

A scavoir que lesdits maîtres fondeurs s'engagent de 
fondre un nouveau carillon dont toutes les cloches doivent 
être, toutes en elles-mêmes et chacune en particulier, 
sonores, harmonieuses, mélodieuses, consonaiites, solides, 
bonnes, belles et bien conditionées, et de plus toutes en- 
semble respectivement à l'égard les unes des autres bien 
proportionées, d'un juste et agréable accord selon un 



— 123 — 

tempérament du meilleur goût et selon les règles de la 
musique ; 

Qu'ils livreront ce nouveau carillon avec les qualités 
susdites, composé de trente cinq cloches dont la plus 
grosse, qui sera environ ut mi la du ton des orgues, pèsera 
environ quinze cens livres; et dont toutes les cloches 
ensemble pèseront environ six mille li^Tes. 

Ces trente cinq cloches formeront trois diapazons ou 
octaves complètes, exceptés Yut dièze et le mi h mol de la 
plus grosse octave, dans Tordre suivant à scavoir. 

ut^ ré, mi, fa, fa ë, sol, sol fi, la, si b mol, si, ut, ut^, ré, 
mi b mol, mi, fa, fa ^, sol, sol ^, la, si b mol, si, ut, ut '^, ré, 
mi b tnol, mi, fa, fa ||, sol, sol tt, la, si b mol, si, ut. 

Les mêmes entrepreneurs livreront aussi un tambour 
d'horloge de bronze, capable de jouer, pour l'heure, une 
pièce composée de quatre vingt seize mesures de trois tems^ 
qui sont trois noires ou six croches à chaque mesure ; pour 
la demie heure, une pièce de soixante quatre mesures; et 
pour les quarts d'heure et avertissement tous ensemble, 
trente deux m esures. 

Ils livreront de plus un clavier neuf, ajusté au susdit 
tambour, composé de quarante huit touches ; et livreront 
aussi la quantité de deux mille notes neuves ; 

Comme aussi les roues, arbres et lanternes, piliers et 
châssis, battans, marteaux, ressorts, abrégés, bascules et 
toutes les autres machines qui en dépendent; comme il 
sera à leur charge le travail du charpentier et de simple 
féronnier comme les férailles servant à pendre les cloches, 
ainsi que le tout doit être pendu et posé, à leurs fraix. - 

Lesdits entrepreneurs seront obligés de livrer et ajuster 
toutes les susdites pièces et points bien proportionés, au 
point d'exécuter, comme sus dit, les airs dans leur goût, 



— 124 — 

propreté et agrément, avec justesse de mesure, bien distinc- 
tement articulés et sans confusion, comme aussi le nouveau 
carillon tel comme cy dessus exprimé, détaillé et condi- 
tionné, et de ce qui en dépend pour le pendre, pour la 
somme de trois mille cinq c-ns florins argent courant, la 
ferraille du consistant dans l'état présent revenant au 
surplus au profit desdits entrepreneurs, lesquels garantiront 
tous les susdits ouvrages, tant du carillon que ce que 
regarde le tambour, bien et duement exécuté au dire des 
experts e;gens à ce conaissant, pendant l'espace d'un an 
à compter du jour que le tout sera entièrement fini, com- 
plété et ajusté. 

Les payemens de la somme ci-dessus contractée de trois 
mille cinq cens florins, argent courant, se feront pendant 
un au après que les susmentionés ouvrages seront en- 
tièrement finis, complétés et ajustés, en quatre payemens 
égaux à scavoir le premier payement immédiatement après 
l'ouvrage fini et complété, et lors de suite. Lesdits entre- 
preneurs reprendront le vieux carillon, compris la grosse 
cloche, au prix de douze patars et demi la livre, poids 
d'Audenarde, dont l'import servira de payement; 

A condition cependant de ne rien ôter, à moins que le 
nouveau carillon soit en ville, livré à leurs fraix, comme 
aussi le tambour et autres ouvrages. 

Pour éviter l'équivoque du susmentioné article pénul- 
tième, on entend que lesdits entrepreneurs reprendront le 
vieux carillon, compris la grande cloche, poids pour poids, 
en échange du nouveau; et l'excrescence dudit vieux 
carillon servira en ])ayement à douze patars et demi par 
livre, poids d'Audenarde, à compte de la susdite somme 
dont on est convenu. 

En foi de quoi ils ont signé cette; et de la part des 
bourguemaître et échevins, par notre premier conseiller 
pensionaire à notre assemblée, le jour mois et an comme 



— 125 — 

dessus. Etoit signé J. B. Bamvens, J. B. J. Barbieux et 
F. B. J. Flincon. » 

{Traduction du contrat en fxmiand, qui fut remise aux 
entrepreneurs.) 

Archives de Tournai, cartons varia, n'^ 880. 



Dons faits par les éveques belges, a l'occasion de 
LEUR SACRE (XMIP siècle), — Les deux lettres qui suivent 
sont conservées à la bibliothèque de l'Université de Gand, 
parmi une série de pièces relatives aux éveques de Gand. 
La première est une demande de renseignements adressée 
par Wellens, qui venait d'être nommé évêque d'Anvers, à 
De Grave, chanoine de Saint-Bavon à Gand, au sujet des 
présents que les éveques faisaient à l'occasion de leur sacre; 
la seconde est,. en brouillon de la main de De Grave, la 
réponse de celui-ci. Il nous a semblé que ces documents 
qui nous font connaître des usages assez différents de ceux 
de notre temps, méritaient une place ici : 

MONSIELTI, 

Comme il n'y a pas de règleâ pour les présens que l'on 
fait à la consécration des Eveques, et qu'il est bien de suivre 
en cette matière les exemples antérieurs, je vous prie, 
Monsieur, de vous informer quelles sont les personnes 
auxquelles on donne ces présens et en quoi ils consistent. 
Le feu Evêque de Gand ayant été souvent dans le cas 
d'assister aux consécrations, comme par exemple pour 
MM. Caïmo, Van Gameren et Wavrans, je crois, que vous 
pourriez scavoir cela chez MM. Clemens et Maricot. Vous 
me feriez un sensible plaisir si vous pouviez me donner là 
dessus quelques informations détaillées en les prenant 
tellement, qu'il ne paraisse point que je vous en ai écrit, 



— 126 — 

et je me fie en cela à votre industrie naturelle qui m'est 
assez connue. 

J'attendrai donc un petit mot de réponse le plus tôt 
qu'il sera possible, et espérant que vous aurez reçu en son 
tems mes remercîmens pour votre félicitation gracieuse, 

J'ai l'honneur de me dire avec l'estime la plus vraie et 

la plus sincère 

Monsieur 

Votre très humble et très ob* 

serviteur 

J. F. Wellens. 
Louvain 29 mai 1776. 

Le chanoine De Grave à qui cette lettre était adressée, 
répondit en ces termes : 

MONSEIGNEUE, 

Me ressouvenant encore en partie d'un long détail que 
Mgnr notre Evêque m'a fait un jour, des dépenses aux- 
quelles il a été sujet par son Sacre etc., je m'en suis rappelé 
la mémoire autant que possible, et puis j'ai cherché et 
trouvé l'occasion de m'en entretenir avec M. De Meulenare, 
secrétaire du dit seigneur Evêque qui n'a pu souiDçonner le 
motif de notre entretien. Or, par cet entretien j'ai appris 
ce qui suit : 

Le présent fait à l'Archevêque est un groupe de porce- 
laine de Tournai, représentant Jésus-Christ déposé de la 
croix reposant sur les genoux de la Vierge, pièce très belle, 
qui coûta à l'Evêque 400 florins, sans la plinthe et la cloche 
de verre qui couvre le tout et qui coûtèrent cent florins. 
Aux Evêques assistants, il a donné une aiguière d'argent 
d'environ 300 florins. 

L'Archidiacre de Malines a eu une tabatière d'environ 
35 florins. Les Secrétaires de l'Archevêque, chacun une 



tabatière d'un Louis d'or, renfermant un double souverain. 
Et les Secrétaires des Evêques assistants une pareille 
tabatière, sans rien d'autre. 

Les domestiques de l'Archevêque ont eu, non compris 
le double souverain et les deux demis souverains qui 
étaient mis dans les cierges qu'ils offrent, savoir les 
Evêques, à la messe, ont eu, dis-je, plus de quarante cou- 
ronnes : sans compter un double souverain qu'à eu le valet 
de chambre en son particulier. Les valets des Evêques 
assistants, chacun une couronne et demie. Le maître de 
cérémonie de l'Archevêque a reçu pour présent un double 
souverain. 

Voilà ce qui regarde le Sacre. 

Mngr notre Evêque a en outre fait des présents consi- 
dérables aux domestiques du chef président et du Con- 
seiller privés, mais seulement selon la coutume, qui lui a 
été notifiée par son agent à Bruxelles. La première fois 
qu'il fut à Bruxelles après son sacre, il alla faire une visite 
aux Messieurs susdits pour les remercier de nouveau (et cela 
a été très bien pris). 

Alors les domestiques se jetèrent partout à genoux pour 
demander la bénédiction, ce que M^' IMeulenaere interpré- 
tait être une gueuserie, et la dessus Mngr donna chez 
chaque conseiller environ un ducat, et un Louis d'or chez 
Mngr Neny. Je me souviens de lui avoir entendu dire, 
qu'à Vienne on ne devait faire aucun présent. Mais, Mon- 
seigneur, tous ces présents n'étaient pas si précieux il y a 
vingt ans. L'Archevêque n'a eu de l'Evêque d'Ypres (je le 
sais très bien), que cinq à six grandes jattes de porcelaine, 
qui certainement ne valent pas douze doubles souverains. 
Des autres Evêques qu'il a consacrés, les présens étaient 
encore moindres. Ceux que fit Mngr Vandernoot ne pas- 
saient pas la valeur de six doubles souverains pour 
l'Archevêque, et de trois pour les Assistants. Aussi a-t-il 
été beaucoup critiqué à ce sujet. 



— 128 — 

J'ai demandé à M. Clevers si et quels présents il avait 
reçus à l'occasion des sacres où son maître avait assisté, et 
il répondit, que ^Ingr de Castillon lui donna une tabatière 
d'environ deux couronnes, disant en la donnant. Vous savez, 
Monsieur, que je ne suis pas riche, de Mngr Werrebroeck 
il eut encore moins ; 

Je n'ai pas trouvé à propos, Mngr, de faire des per- 
quisitions ultérieures, d'autant que ces sortes de libéralités 
différent beaucoup par rapport à la plus ou moins grande 
aisance des évêques qui les font, et au reste il vaut toujours 
mieux de s'en tenir aux modèles les plus récents. 

J'ai vu plusieurs aiguières que feu Mngr A'andernoot 
avait eues à l'accasion des sacres, mais je ne crois pas 
qu'aucune passât la valeur de 200 florins, étant fort petites 
et minces. 

La joie que je ressentis à la nouvelle de votre élévation 
à l'Episcopat, n'est pas encore ralentie, et je crois qu'elle 
acquerra un accroissement considérable lorsque j'aurai le 
bonheur de vous voir assis dans la chaire pontificale et 
l'honneur de vous assurer de vive voix du profond 

respect etc. 

De Grave. 



— 129 — 



CHRONIQUE 



Curiosités. — Un bibliophile très connu, le baron Double, 
a fait une curieuse découverte. Il a trouvé l'exemplaire de dédicace 
d'un livre offert par Marat à la reine Marie- Antoinette. Ce livre, 
intitulé : Le Feu, est relié en maroquin vert plein, et porte les 
armes de la reine de France, c'est-à-dire les blasons accolés de 
France et d'Autriche. Marat, avant d'être un fougeux révolution- 
naire, s'occupait de sciences, et traite dans ce livre du feu et de la 
lumière. 

Le baron Double qui a hérité de son père, la bibliothèque authen- 
tique de Louis XVL y a ajouté cette rareté. 

— Les anciens tapis flamands ont conservé leur valeur axiistique, 
comme preuve c'est que, lors d'une des dernières vacations, tenue 
à l'hôtel Drouot, par le marchand antiquaire Samson, de Bruxelles, 
ils ont atteint la somme de 25.000 francs. 

Chose remarquable, c'est qu'ils ont été achetés par de riches 
peintres français pour en orner leui's ateliers, qui sont de véritables 
musées. 

— A la vente de la bibliothèque Hopenlown, tenue le 25 février 
dernier, la bible Mazarin a été adjugée 50,000 francs à Quaritch, 
archéologue à Londres. 



-'o'- 



Vente Juste. — Lundi, 25 février a eu lieu dans la salle Bluff', 
la vente d'une collection d'autographes faisant partie de la succes- 
sion de feu Théodore Juste. Il y avait là des lettres de la plupart 
des hommes politiques avec lesquels Juste a été en relation à 
l'occasion de ses ouvrages sur l'histoire nationale contemporaine ; 
des lettres de diplomates belges et étrangers, de hauts fonction- 
naires civils et militaires, de littérateurs, de savants, etc. Le lot le 
plus disputé a été celui qui renfei'mait 85 lettres et plusieurs 



— 130 — 

documents de feu Nothomb, ministre de Belgique à Berlin. Celte 
coiTespondance, d'un puissant intérêt pour les renseignements et 
les aperçus qu'elle contient sur les événements considérables de 
noire temps, a été poussée à la somme de 440 francs, et serait 
montée plus haut, si les deux derniers enchérisseurs, dont Tun était 
un fonctionnaire du gouvernement, ne s'étaient pas entendus pour 
ne plus hausser l'un sur l'autre. La bibliothèque royale, qui était 
représentée à cette vente, avait arrêté ses enchères devant une 
volonté manifeste d'acquisition à tout prix. D'autres lots importants 
lui ont été adjugés, parmi lesquels des lettz'es de Lebeau, Rogier, 
comte Le Hon, prince de Ligne, De Decker, Van Praet, von Stock- 
mar, Lesbroussart, Thonissen, "V^'■arnkœnig, Motley, Achille Jubinal, 
Louis Hymans, pour ne citer que les fardes renfermant des ensem- 
bles de documents autographes ; plus un bon nombre encore de 
pièces détachées, intéressantes à différents titres. 

Une des grandes curiosités de la vente, parmi les livres imprimés, 
était la mention au catalogue d'une Correspondance de Marie- 
Thérèse avec Philippe II, par Gachard. Les lettres de Philippe II 
à Maine-Thérèse n'aj^ant pu être écrites que de l'autre monde, sont 
assurément uniques en leur genre. La bibliothèque du comte de 
Fortsas, dont nous parlions dernièrement, ne contenait rien de 
comparable. Pour cette seule mention, le catalogue de la vente de 
Théodore Juste mérite de passer à la postérité. 

DÉCOUVERTE. — On vient de découvTir à l'acropole d'Athènes 
une inscription qui contient une partie des comptes relatifs à la 
confection d'un des chefs-d'œuvre de Phidias, la grande Minerve en 
ivoire et en or. Les surveillants du travail en cours d'exécution 
constatent qu'ils ont reçu des trésoriers une somme de cent talents 
(environ 500.000 francs), et ils marquent les sommes qu'ils ont 
dépensées pour acheter de l'or et de l'ivoire. Leurs comptes per- 
mettent de reconnaître que le rapport de l'or à l'argent, vers 
l'an 438 avant Jésus-Chrisi!, était de 14 plus une petite fraction, 
c'est-à-dire sensiblement identique à ce qu'il a été en Europe 
jusqu'en ces dei'uiers temps. 

En démolissant une maison auprès de l'Arc d'Athena Archegetis, 
aujourd'hui < Porte du Marché », à Athènes, on a trouvé des 
fragments d'inscriptions, notamment la dédicace faite par Hérode 
Atticus à l'empereur Antonin le Pieux de l'Agoranomion qu'il 



- 131 — 

venait de construire. Cette découverte confirme la théorie d'après 
laquelle cette place servait déjà de marché à l'époque romaine. Un 
autre fragment d'inscription appartenait au socle d'une statue : elle 
porte le nom de l'orateur Lycurgue, fils de Lj'cophron. 

M. Tsoundos a découvert à Mycénes, dans un tombeau, divers 
objets d'ivoii'e entre deux cylindres couverts de cercles d'écaillé en 
relief; d'autres ornements d'ivoire; un buste de femme tenant une 
tige de fleur dans la main gauche ; la partie inférieure du corps 
d'une femme assise, et une petite plaque portant un spliinx en relief. 

. Académie royale de Belgique. — Classe des lettres. — 
Concours pour 1890. — l^e question : « Faire l'histoire des ori- 
gines, des développements et du rôle des officiers fiscaux près les 
conseils de justice, dans les anciens Pays-Bas, depuis le XVe siècle 
jusqu'à la fin du XYIIIe. » 

2™e question : « Apprécier d'une façon critique et scientifique 
l'influence exercée par la littérature française sur les poètes néer- 
landais des XlIIe et XIV^ siècles. > 

3""^ question : « Faire le tableau des institutions civiles et poli- 
tiques de la Belgique pendant la période qui s'étend depuis le 
couronnement de Pépin le Bref jusqu'à la confirmation de l'hérédité 
des fiefs par Hugues Capet, en France, et par Conrad le Salique, 
en Allemagne. » 

4™e question : « On demande une étude sur les mystiques des 
anciens Pays-Bas (y compris la pi-incipauté de Liège), avant la 
réforme religieuse du XVI^ siècle : leur propagande, leurs œuvres, 
leur influence sociale et politique. » 

Les concurrents accorderont une attention toute particulière à 
Jean Ruysbroeck. 

Snie question : « Étude sur les humouristes et les pamphlétaires 
en langue française en Belgique, de 1800 à 1848. > 

e^^ question : « Étudier, au point de vue historique et au point 
de \aie dogmatique, la nature et les eff'ets des traités de garantie, 
et spécialement des traités qui ont pour objet la garantie, par un 
ou plusieurs États, du territoire, de l'indépendance de la neutralité 
d'un autre État. » 

Les médailles d'or seront de mille francs pour les troisième, 



— 132 — 

quatrième et sixième questions ; de huit cents francs pour la pre- 
mière, et de six cents francs pour les deuxième et cinquième. 

Les mémoires devront être écrits lisiblement et pourront être 
rédigés en français, en flamand ou en latin. Ils devront être 
adressés, francs de port, avant le i'^»' février 1890, à M. J. Liagre, 
secrétaire perpétuel, au palais des Académies. 

Prix de Stassart de mille francs à la meilleure notice écrite en 
français, en flamand ou en latin, sur « Lambert Lombard, » peintre 
et architecte à Liège (1506-1566). 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le l^"" février 1892. 

Grand prix de Stassart — Trois mille francs au meilleur 
travail rédigé en français, en flamand ou en latin, en réponse 
à la question suivante : « Faire lliistoire du conseil privé au Pays- 
Bas, à partir de son origine jusqu'en 1794 ; examiner les attributions 
de ce corps, ses prérogatives et sa compétence en matière politique, 
d'administration et de justice. » 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le 1<"' février 1894. 

Prix de Saint-Genois. — Mille francs au meilleur travail, rédigé 
en flamand, en réponse à la question suivante : « Caractériser Fin- 
fluence exercée par la Pléiade française sur les poètes néerlandais 
du XVIe et du XVIIe siècle. » 

Le délai pour la remise des manuscrits expirera le l^r février 1897. 

Prix Teirlinck. — Mille francs au meilleur ouvrage en réponse 
à la question suivante : « Faire l'histoire de la prose néerlandaise 
avant Marnix de Sainte-Aldegonde. » 

Le terme fatal pour la remise des manuscrits, qui peuvent être ré- 
digés en français, en flamand ou en latin, expirera le 1« février 1891. 

Prix Joseph De Keyn. — Enseignement primaire. — La « pre- 
mière période du cinquième concours annuel » sera close le 31 dé- 
cembre 1889. Tout ce qui a rapport à ce concours doit être adressé, 
avant cette date, à M. J. Liagre, secrétaire perpétuel (au palais 
des Académies). 

Prix Gastiau. — La troisième période du prix Adelson Castiau, 
de mille francs, sera close le 31 décembi^e 1889 : « Sur les moyens- 
d'améliorer la condition morale, intellectuelle et physique des 
classes laborieuses et des classes pauvx'es. » 




Juste Lipse. 



ItcpiixliictioM (lu iiortniit jniljlié dunri la HihlitKiiajjliir Lij).sienlw. 



Messager des sciences historiquks de Belgique. 1889. 




Messager des sciences historiques de Belgique, 1889. 



las 



L'AUTOBIOGRAPHIE 



DE 



CTTJSTE LIIPSE. 



INTRODUCTION. 

Juste Lipse nous a livré son autobiographie 
dans la quatre-vingt-septième lettre de VEpisto- 
larum Selectarum Centuria Miscellanea, qui parut 
pour la première fois en 1602'. La lettre est 
datée des calendes d'octobre 1600. C'est l'unique 
base de la biographie de Lipse par Le Mire ou 
Mirseus (1609), et de la partie biographique du 
mémoire du baron de Reiffenberg : De Justi Lipsii 
vita et scriptis (1823). Les deux auteurs ont suivi 
pas à pas le texte de l'épître, en se bornant à le 
mettre à la troisième personne et à intercaler 
quelques détails supplémentaires ou quelques 
réflexions ^ Miraeus en convient d'ailleurs lui- 



» V. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. 327-329. 
« Voir des extraits comparatifs justifiant cette assertion, Biblio- 
graphie Lipsienne, t. 111, pp. 338-343. 

9 



— 134 — 

même, à la fin de son travail : « Habes, mi 
lector, magni LipsI elogium, non tani meis, 
quam ipsius fere verbis concinnatum. Quod ita 
facere visum, non quod verba nobis deessent... 
sed fidei apud omnes augendte... » ; en marge, 
il renvoie fréquemment à l'épitre 87. De Reiffen- 
berg aussi, quoi qu'en disent les auteurs de la 
Bibliographie Lipsienne, a cité la source à laquelle 
il puisait ' . 

Il nous a paru intéressant de rééditer cette 
autobiogra^Dliie, d'après le texte de la première 
édition , en signalant , en note , les variantes 
de l'édition de 1605 ^; il n'y a qu'une de ces 
variantes, comme on le verra, qui soit digne 
d'attention. Nous y avons joint une traduction 
française et des notes tirées principalement de 
la volumineuse correspondance de Juste Lipse. 
C'est dans cette collection, vrai trésor pour les 
biographes, que nous avons tâché de découvrir 
des indications précises pour un travail qui serait 
consacré à Lipse et à ses amis, et dont les 
notes de notre étude nous paraissent fournir le 
canevas. 

Avant de terminer, nous devons dire quelques 
mots de Jean Woverius, à qui Fépître autobiogra- 
phique est adressée. Né à Anvers, le 28 mai 1578, 
Jean Woverius, ou Van den Wouwer, commença 
ses études dans sa ville natale, et alla les pour- 



1 V. le mémoire de Reiffenberg, pp. 7, note 1 ; 13, note 1 ; 
14, note 2; 20, note 1; etc. — Contra, Bibliographie Lipsienne, 
l. III, p. 337. 

* V. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. 374-375. 



— 135 — 

suivre à Louvain, où il vécut dans la maison de 
Juste Lipse, probablement de 1595 à 1599, avec 
François Oranus, Jean-Baptiste Perezius Baro- 
nius, Guillaume et Antoine Richardot, Guillaume 
Scarbergerus, Corneille Anchemant, Baudouin 
Junius, Philippe Kubens et Hubert Audejantius 
ou Oudejans [Cent. III Miscell., ep. 51 ; Cent. I 
ad Belgas, ep. 44). On peut voir, dans la corres- 
pondance de Lipse, les certificats qu'il donna à 
la plupart de ses pensionnaires, à la fin de leur 
séjour chez lui {Cent. lad Belgas., ep. 52; Cent. II 
ad Belgas^ ep. 39, 62, 97; Cent. III ad BelgaSy 
ep. 63); ces certificats ont aussi été reproduits 
partiellement dans les LipsI Flores de Sweertius. 
Voici le testimoniuni que Lipse accorda à Wove- 
rius, en 1600 {Ce7it. III Miscell., ep. 47) : 

TESTIMONIVM. 

Ego, si quidquam bonâ fide, iamnunc testificor, 
hune Jo. Woverium è contubernio et domo meâ 
adolescentem, mihi carum, Modestise, & Musis 
fuisse : quas semper coluit, & vitam ad optima 
praecepta, ingenium ad artes conformauit. Com- 
mendo seriô, bis seriô, quicumque illa amant : 
addam et verecundè, si quis me amat, vt factum 
huic velit. Fuco verborum nemini imponam, nec 
ipse morum : candidus est, bonis benè natus est, 
et siquid ad rem, in re bonâ. Fauete, qui hsec 
legitis, & brève sed fidum elogium censete : quod 
à vobis amplius auferet, si noscetis. Louanii, 
IV. Idus Sextil. oo. lo.XCIX. 

IVSTVS LiPSIVS. 



— 136 — 

Après avoir consacré trois années à parcourir la 
France, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne, Wo vé- 
rins revint dans sa patrie et fut nommé membre 
du Conseil des Pays-Bas. 

Lipse avait la plus grande affection pour son 
ancien élève ; dans sa correspondance, vingt deux 
lettres sont adressées à Woverius {Cent. III 
MiscelL, ep. 44, 47, 51, 87; Cent. IV Miscell., 
ep. 45, 59, 82, 84, 100; Ceyit. V Miscell. (Posthu- 
ma), ep. 84, 86; Cent. I ad Belgas, ep. 41, 44, 47, 
57, 94; Cent. III ad Belgas, ep. 27; Cetit. ad Italos, 
ep. 94, 99; une lettre au sujet de son épitaphe, 
au commencement de la Fama Posthuma ;li\XYXn.^Vi, 
t. II, ep. 759, 760 ; voir aussi ce que Lipse écrivit 
sur l'album de Woverius, Flores, p. 211). Voici 
comment Lipse s'exprime à son sujet, dans une 
lettre à G. Buytewech, à la fin de l'année 1602 : 
« Jo. Woverius valdè mihi amatus juvenis, te 
quaesivit Lugduni nostrae, non repperit : exspecto 
reducem, & is quoque (ne nescias) sedes meas 
insedit. Fructum rettulit, virtuti amicus, vanitati 
extraneus, & qui recta via ad Sapientise sedem 
tendit. Vellem vidisses... » {Cent. IV Miscell. ^ 
ep. 46). 

Lipse le désigna pour son exécuteur testamen- 
taire, concurremment avec Nicolas Oudaert, 
chanoine à Malines, et Guillaume Wargnirius, 
chanoine de l'église Saint Pierre à Louvain 
(Musae Errantes, p. 6). En cette qualité, Wove- 
rius publia les quatrième et cinquième centuries 
miscellanées * ; il soigna aussi la réédition des 

' Bibliographie Lipsienne, t. I. pp. 375-376. 



— 137 — 

œuvres de Sénèque faite en 1614, d'après un 
exemplaire corrigé par Lipse '. Woverius fit 
paraître, dans la Justi LipsI Fama Posthuma, une 
pièce intitulée Assertio Lipsiani Donarl adversvs 
gelastorvm svggillationes, « riposte assez vive 
contre un poète qui avait raillé Lipse d'avoir 
légué sa toge fourrée à Notre-Dame de Hal » ^ 
On cite encore de lui un Euchariston Justo Lipsio, 
publié à Anvers en 1603, mais les auteurs de la 
Bibliographie Lipsienne n'ont pu rencontrer cet 
ouvrage (t. Ill, p. 415). 



' Bibliographie Lipsienne, t. III, p. 65. 
* Bibliographie Lipsienne , t. III, p. 319. 



— 138 — 



EPISTOLA LXXXVII. Hispalim. 

lOANNI WOVERIO S. D. 

EsTNE? amantes ad ineptias etiam labi? In te experior 
(ignofce) mi Woueri : qui fermone nuper, & nunc litteris 
itéras, vt aliquid pangam de vitâ meâ & fcriptis. Cui 
rei autem? aliis? ineptum, aut fuperuacuum efl: : & nihil 
in illâ, quod noffe aliorum interfit. Tibi igitur? atqui in 
contubernio meo fuifti, & hoc paenè eft, vitam meam 
totam noffe. Quid enim in eâ nifi aequale illud & vni- 
forme, quod vidifli? légère, docere, fcribere : & cetera 
tranquillum, & ab acftione remotum effe, Quid ergo 
narrem? non maiorum res geftas, non meas poffum : 
& tenuia in nobis pleraque aut minuta. Tamen quia 
valdè cupis, & ego naturâ obfequens : accipe ea ipfa 
tenuia, & quidem à carceribus, id est, cùm miffus fum in 
hanc vitam. Id fuit, Dei benignitate, Anno oo. Io.xlviii. 
die qui D. Lucas facer efl, xviii *. Kal. Nouembris. 
Nox média me edidit : cùm mater (ita narrantem faepe 
audiui) fuperiori proximâ noéte, vidiffet vigilans & ex- 
fomnis, duos puellos miré candidos, per cubiculum 
inambulantes, mutuum fe complexes. Interpretatio (fi 
tamen vlla) ipfi nobisque incerta. In Ifcano autem fum 

^ XV (date exacte). 



139 — 



A Séville. 

A Jean Woverius, Salut. 

Vraiment? l'amitié descend jusqu'aux enfantillages? 
Tu m'en fournis la preuve, soit dit sans t'offenser, mon 
cher Woverius. Naguère tu me demandais de vive voix, 
et maintenant tu me redemandes par lettre, de composer 
quelque chose sur ma vie et mes écrits. A quoi bon? 
Pour les étrangers? Ce serait ridicule ou superflu; il 
n'y a rien dans ma vie qu'ils puissent avoir intérêt à 
apprendre. Pour toi, alors? Mais tu as vécu dans mon 
intimité, et c'est asse2 pour connaître mon existence 
tout entière. Elle n'offre, en effet, rien que ce cours 
égal et uniforme que tu as vu : lire, professer, écrire; 
pour le reste, vivre tranquille et éloigné des affaires. 
Que pourrais-je donc raconter? Ce ne sont ni les hauts 
faits de mes ancêtres ni les miens : la plupart des 
événements qui me concernent sont vulgaires et peu 
considérables. Cependant, puisque tu le désires vive- 
ment et que je suis naturellement complaisant, voici 
ces petits détails, en remontant au point de départ, 
c'est-à-dire au moment où j'entrai dans la vie. Ce fut, 
par la bonté de Dieu, l'an 1547, le 15 des calendes de 
novembre, jour consacré à saint Luc. Je vins au monde 
au milieu de la nuit. La nuit précédente, ma mère (ainsi 
que je le lui ai souvent entendu conter), étant éveillée 
et ne pouvant dormir, avait vu deux enfants d'une blan- 
cheur éclatante qui se promenaient dans la chambre en 
se tenant embrassés. Nous n'avons pu, ni elle ni moi, 
trouver l'explication de cette vision, si toutefois il en est 



— 140 — 

genitus, municipio aëre, aquis, fitu peramœno : qiiod 
tertio milliari à Bruxellâ, itemque à Louanio abeft. 
Vidifti ipfe me ducente : quid defcribam? & locum 
adeô domumque nunc femirutam, in quâ fum natus. 
Non enim auitâ illâ nostrâ & paternâ, quae incendie 
perierat, paullô pôst inftauranda. Parentes mihi Mgi- 
dius Lipfius & Isabella Petiriuia : ille vnicus paren- 
tibus, hsec vnica : opibus & génère vterque perhoneftis. 
Auus Nicolaus Lipfius, quieti & litteris operatus : pro- 
patruus Martinus Lipfius, vir ob doélrinam Erafmo 
familiaris, & à fuis illiusque fcriptis notus. Vxor 
aui Margareta Eechoutia, ftirpe nobili : & maiores, 
pater, fratres eius, in Principum noftrorum aulis. 
Proauus luftus Lipfius, cui vxor Anna Linckebekia, 
génère nobiliffimo, fed in virili ftirpe iam exftincfto. 
Ea in dotem villam, agros, domum contulit, quae 
in Ifcano : atque ea occafio mei illic nati. Nam pater 
& maiores, domo omnes Bruxellenfes erant : atque 
ibi, aut in viciniâ, opes. Agitatum in facro fonte 
& die meo luftrico, de Lucae nomine imponendo, cauffâ 
à me di(5lâ : fed pater abnuit, & aui paterni mater- 
nique nomen in me renouauit. Parentes Ifcanum aliquot 
annos tenuit, quia & mater in propinquo villam & agros 
vberes habebat, fupra Wavriam : & pater item in 
Ifcano di(fta bona. Ergo & ibi educatus fum : non 
fine duplici periculo, quod praefens vitse meae fuit. 
Puer quadriennis, egreffus domo ad veficulam leuan- 
dam, video niues (média hiems erat) in colliculum 



__ 141 — 

une '. C'est à Isque que je suis né, bourg très agréable 
par son air, par ses eaux, par sa position; il est situé 
à trois milles de Bruxelles et à autant de Louvain. Je 
t'y ai conduit, et tu as vu toi-même — qu'ai-je besoin 
de les décrire? — et la localité et la maison, maintenant 
à demi ruinée, où je suis né ^ Car je n'ai pas reçu le jour 
dans la maison de mes ancêtres, qui avait été détruite 
dans un incendie, et qui devait être rebâtie peu après. 

Mes parents étaient Gilles Lipse et Isabelle Petirivia ^, 
qui étaient, de leur lignée, celui-là le seul garçon, celle-ci 
l'unique fille; tous deux de famille riche et respectable. 

Mon grand-père, Nicolas Lipse "^j se livrait paisible- 
ment à la culture des lettres. Mon grand-oncle, Martin 
Lipse ^, avait été, à cause de ses connaissances, l'ami 
d'Erasme; il est connu par ses écrits et par ceux de ce 
dernier. Ma grand-mère, Marguerite Eechout, était 
d'origine noble; ses ancêtres, son père et ses frères 
vécurent à la cour de nos princes. Mon bisaïeul, Juste 
Lipse, avait épousé Anna van Linckebeeck ^, d'une 
famille très noble, mais déjà éteinte dans les mâles. Elle 
lui apporta en dot la ferme, les champs et la maison 
d'Isque; et c'est ainsi que j'eus l'occasion d'y naître, 
car mon père et mes ancêtres habitaient tous Bruxelles; 
c'est là et dans les environs qu'étaient leurs biens. 

Le jour de mon baptême, au moment de la cérémonie, 
on proposa de me donner le nom de Luc, pour la raison 
indiquée plus haut; mais mon père s'y opposa et renou- 
vela en moi le nom de son grand-père paternel et de 
son grand-père maternel. Mes parents habitèrent Isque 
pendant quelques années, parce que ma mère avait, 
non loin de là, au-dessus de Wavre, une ferme avec 
des champs fertiles, et que mon père possédait à 
Isque les biens que j'ai mentionnés. C'est donc là que 
je fus élevé, non sans courir deux fois un danger où je 
pensai perdre la vie. Étant âgé de quatre ans, j'étais 



— 142 - 

vtrimque, vt via média effet, fcopis aggeftas. Confcendo, 
in faciem cado, fpirandi impos & iam fuffocandus : nifi 
ancilla, quae fupernè verrebat, bono fato me refpexiffet, 
& ereétum feruaffet. Alterum, cùm domus, vt dixi, 
repararetur, per tabulata & machinas fabrorum lufito : 
decido quindecim pedum altitudine, cum fodali meo : 
qui crus fibi frangit, ego caput & fmisflram aurem 
leuiter laedo. Tutela mea, Genius fuit : &, quôd cingulo 
fericeo fufpenfus in perticâ hagfi, donec eo foluto cade- 
rem, fed icTtu moUiore. Annos iam fex natus, Bruxellam 
cum parentibus migro. ibi fludiis litterarum initior : 
facili promptoque ingenio adeô, vt praeceptor me par- 
uulum (memoriâ teneo) genibus impofitum, & fie reci- 
tantem, aliis oflenderet in aemulationem aut exemplum. 
Inter condifcipulos Dionyfius Villerius, tune fuit : ô 
carum mihi exinde nomen. Grammaticalia ftatim haufi, 
& fponte ad linguam Gallicam etiam me dedi : quam. 
è libris fine do(5lore ita didici, vt fcribere poffem, etfî 
loqui & légitimé pronunciare non poffem. Sed hîc 
mihi etiam difcrimen, non nifi à Deo palàm depulfum. 
Cum aequalibus currere & lufitare, feriatis diebus, 
extra vrbem folemus : & euênit, vt circa Sennam 
flumen. Ibi cymbula ripas apphcita, & fune ad arbo- 
rem religata, haud longé fupra frumentariam molam. 
nos intramus, foluimus, & agitamus : videt molitor, 
accurrit, & voce minatur. Mei deferunt, exeunt : psen- 
ultimus ego idem conor, fed pedibus priorum repulfa 
cymba, & à ripa difiunélior, faltum fefellit. Capite 



— 143 — 

sorti de la maison pour satisfaire un besoin naturel; on 
était en plein hiver; je vois de la neige que l'on avait 
balayée de manière à former un monticule de chaque 
côté du chemin ; je veux en escalader un, je tombe sur 
la figure; je ne pouvais plus respirer et j'aurais suffoqué 
si la servante qui balayait un peu plus loin ne m'avait 
heureusement aperçu et ne m'avait sauvé en me rele- 
vant. La seconde fois, pendant qu'on réparait la maison, 
je jouais parmi les échafaudages et les machines des 
ouvriers : je tombe d'une hauteur de quinze pieds ainsi 
que mon compagnon qui se cassa la jambe, tandis que 
je me blessais légèrement à la tête et à l'oreille gauche. 
Mon bon génie me sauva : je demeurai suspendu à une 
perche par ma ceinture de soie jusqu'au moment où elle 
se détacha; je tombai, mais le choc fut amorti. 

A l'âge de six ans, je me rendis avec mes parents 
à Bruxelles. J'y commençai mes études littéraires ^ : 
j'avais l'esprit si ouvert et si éveillé que mon maître 
— je m'en souviens encore — me prenait, tout petit, 
sur ses genoux pour me faire réciter mes leçons, et me 
proposait ainsi pour modèle à l'émulation de mes cama- 
rades. J'eus alors pour condisciple Denis de Villers ^, 
nom qui m'est resté cher depuis ! J'eus bien vite dévoré 
la grammaire et je m'adonnai aussi, de mon propre 
mouvement, à la langue française, que j'appris par mes 
lectures et sans maître 9, au point de pouvoir l'écrire, 
sinon la parler et la prononcer correctement. Je tra- 
versai, en ce temps-là, un péril dont je ne fus sauvé que 
grâce à l'intervention manifeste de Dieu. J'avais cou- 
tume, les jours de congé, de courir et de jouer avec mes 
camarades hors de la ville. Un jour, nous nous diver- 
tissions près de la Senne : il y avait là une barquette 
attachée à la rive et retenue par une corde liée à un 
arbre, non loin d'un moulin : nous entrons dans la 
barque, nous la détachons et nous la mettons en mou- 



— 144 - 

igitur prçceps in flumen labor, puero vno, qui post 
me, diuinitus animato vt pedem mihi prehenderet, 
atque ita fuspenfum teneret. Intereà molitor aduenit, 
attollit femianimem, aquae faturum : & fofpitator vtrique 
noftrûm fuit. Vtrique inquam. nam & cymba prono 
fluxu (abfque illo erat) ad molam ibat, eius vorticibus 
inuoluenda & mergenda. Sed ad vitae meae fpatia 
redeo. Anno decimo Athum Hannoniae ablegor, bonae 
famae fcholam : atque iterum ibi Grammaticalia, prauo 
aeui nostri more. Biênium in iis detineor, mox carmen 
cœpi fcribere : & anno tertio Coloniam Vbiorum porrô, 
ad Patres Societatis mittor. Ij me Rhetoricis, ij Philo- 
fophicis imbuerunt : capere sanè pronum, atque ibi 
& alibi anteà (non per ia(5tantiam dico) femper ducflo- 
rem & principem meae claffis. Sub id tëpus pietas 
pe(rtus meum tangere, & Patribus ipfis veile accen- 
feri : parentes fciuerunt, abduxerunt, & annos iam 
fedecim natum Louanium amandarunt. Ibi litterarum 
& antiquitatis haec ftudia ad fe traxerunt : quorum 
Anno 00. tamen guflum amoremque Coloniae infuderat Gerardus 
Kernpenjis, prœceptor meus m Graecis, acerbi homo 
fati *. Sed Louanij compares mihi comitefque in iifdem 
fludiis Ludouicus Carrio, Franci/cus Martinius, Arnoldus 
Deinius; ductore omnium nostrûm Cornelio Valerio & 



* L'expression acerbi fati peut se rendre de deux manières : qui mourut 
prématurément, ou dont la destinée fut cruelle; l'absence de tout rensei- 
gnement sur la biographie de ce Gérard van Kempen, nous empêche de 
nous prononcer avec certitude ; mais elle nous pousse à croire que ce per- 
sonnage mourut prématurément. 



— 145 — 

vement. Le meunier le voit, accourt et nous fait des 
menaces. Mes compagnons m'abandonnent et sortent 
de la barquette; resté l'avant-dernier, j'essaie d'en faire 
autant ; mais l'élan de mes prédécesseurs avait repoussé 
la barque et l'avait éloignée du bord ; je saute mal, et 
je tombe, la tête la première, dans la rivière. Le seul 
enfant qui restait après moi, par une inspiration du ciel, 
me saisit par le pied et me tient ainsi suspendu. Sur ces 
entrefaites arrive le meunier qui me relève presque ina- 
nimé, ayant bu plus d'eau que je ne voulais, et qui nous 
sauve tous deux. Je dis tous deux, car, sans lui, le 
courant portait l'embarcation vers la roue du moulin 
dont les tourbillons l'auraient enveloppée et submergée. 
Mais je reviens à l'histoire de ma vie. 

A dix ans, je suis envoyé dans le Hainaut, à Ath, dont 
l'école jouissait d'une bonne réputation '°, et j'y recom- 
mence l'étude de la grammaire, selon le détestable 
usage de notre époque ^\ On m'y retient pendant dçux 
années, puis je commence à faire des vers; et, la troi- 
sième année, on m'envoie à Cologne, chez les Jésuites '\ 
Ce furent eux qui m'initièrent à la rhétorique et à la 
philosophie; j'étais porté vers ces études, et là comme 
ailleurs auparavant, je fus toujours, je le dis sans jac- 
tance, à la tête de ma classe. Vers ce temps, la piété 
envahit mon âme, et je désirai même entrer dans les 
rangs des Pères. Mes parents l'apprirent; ils m'éloi- 
gnèrent et me mirent à Louvain. J'avais seize ans. Là, 
l'étude de la littérature et de l'antiquité m'attira; je 
l'avais commencée et l'amour m'en avait été inspiré à 
Cologne, par Gérard van Kempen, mon maître de grec, 
qui mourut prématurément. 

A Louvain, mes camarades et mes compagnons d'étude 
furent Louis Carrion '^, François Martins '^, Arnold 
Deins '^ ; Corneille Valerius '^ était notre chef et comme 
notre coryphée à tous; c'était lui qui avait succédé à 



- 146 - 

quafi chorago. Nam is Petro Nannio, qui primus ho- 
neftum ibi ignem accenderat, fuceffor datus : ftudio 
non impar, ingenio inferior. Acceffêre mox Martimis 
Delrius, Victor Gifelinus, lanus Lernutius, Andréas 
Schottus : intcriores * ifli, & ex affe amici, & vter- 
que ** ille primus, a.r6ïi affecftus, liberi oris. Dum 
autem inibi fum, & luris etiam artem libo, pater mihi 
fato functus est : vir acer, manu promptus; fodalium 
ac conuiuiorum appetens, & qui hâc comitate am- 
plum patrimonium valdè attriuit. Mater curam eius 
reliqui, & noftrûm (mei et fororis dico) fufcepit : 
matrona in fummâ modeftiâ virilis animi & confilij, 
& cui ex illo fexu, œuo, populo, non aliam iudicio 
prseponam. Haec meâ cauffâ Louanium venit, fedem 
tranftulit; atque ibi ex hydrope non diu pôft obiit. 
Annum agebam tum ferè decimum o(ftauum, & publiée 
iam fpecimen aliquod mei dederam declamando in 
Scholis, aut differendo. fed magis magifque Mufa vêtus 
me capere : & eius amore Italiam cogitare. Feci. fed 
libris anteà Variarvm Lectionvm quattuor confcriptis 
Annooo. ^tque editis, quos Antonio Perenotto, Cardinali Gran- 
uellano infcripfi. Primus hic mihi aditus ad famam, 
etiam in illius patroni noftri domum fuit : in quam 
Romae admiffus, biennium circiter egi : cum omni 
benignitate ab eo habitus, & ad ftudia traé^anda non 



* Faute d'impression pour : interiores. 

** Cet emploi d'uterque n'est pas classique; peut-être est-il dû à l'in- 
fluence de la langue maternelle de Lipse. On peut dire, en effet, en néer- 
landais, liij was beide minnend en openliartig. 



lO.LXVII. 



— 147 — 

Pierre Nannius ^^, qui, le premier, avait allumé dans 
l'Université le feu sacré des belles-lettres; il l'égalait 
pour le zèle et l'application, mais il lui était inférieur en 
talent. Puis vinrent s'ajouter à eux Martin Del Rio '**, 
Victor Giselin '5^ Jean Lernutius ^°, André Schott^'; 
ceux-ci plus intimes et amis dans toute la force du 
terme; le premier joignait à une affection étroite une 
franchise à toute épreuve. Pendant que j'étais là, et 
comme je venais d'entamer le droit, mon père mourut " : 
c'était un homme ardent, résolu, aimant la société et la 
bonne chère, et dont l'humeur facile dissipa un riche 
patrimoine. Ma mère prit en main l'administration de ce 
qui restait et se chargea de notre éducation, à ma sœur ^^ 
et à moi : malgré sa grande modestie, c'était une femme 
d'un caractère viril et de bon conseil; et, de toutes les 
personnes de son sexe, de son temps et de son pays, il 
n'en est aucune que je place au-dessus d'elle. Elle vint 
pour moi à Louvain et y transporta son domicile; mais 
elle mourut peu après d'une hydropisie. 

J'avais alors à peu près dix-huit ans et je m'étais déjà 
produit en public, en déclamant ou en disputant dans 
les classes. Mais la Muse antique s'emparait de plus en 
plus de moi, et l'amour qu'elle m'inspirait me portait 
à gagner l'Italie, ce que je fis. Mais, auparavant, j'avais 
écrit et publié mes Variarum Lectioniim libri quattuor ^'*, 
que je dédiai à Antoine Perrenot, cardinal de Granvelle. 
Ce fut mon premier pas vers la renommée, et il me 
donna accès dans la maison de mon protecteur à Rome; 
j'y fus admis et j'y passai environ deux ans. Le cardinal 
me traita avec la plus grande bienveillance; non content 
de me pousser à l'étude, il m'y aidait même. Je tenais 
sa correspondance latine, mais mes loisirs et tout mon 
temps libre étaient consacrés à l'examen des inscriptions, 
des monuments antiques, de tout ce qu'il y avait à voir 
ou à connaître dans la ville et ses environs. Même la 



* vigore 



— 148 — 

incitatus folùm, led adiutus. Eram à Latinis ei epiftolis : 
fed otium & omne liberum tempus dabat * infpecftioni 
lapidum, locorum veterum, & li quid vifendum nofcen- 
dumque in vrbe aut circa effet. Bibliotheca etiam Vati- 
cana mihi per eum & Guilielmum Zirletum Cardinalem 
(aureo asuo dignum) patuit : & in iis ftudiis curisque 
tempus illud fumpli, Innotui Paullo Maniitio, Fuluio 
Vrfino, Latino Latinio, Hieronymo Mercuriali, Antonio 
Mureto : familiarifûmus Plauto Bencio, qui Francifci 
pofleà nomen fancTtius cum fanctiore vitâ affumpfit. 
Petnim Victorium etiam, & Carolum Sigonium, per viam 
vidi : atque ego venerationem illis, ipsi affeélum mihi 
exhibuerunt. Louaniû deinde redij, annû vnum egi, 
in * «J</t// ipsâ adolefcêtiae, 

lucundum cîtm œtas florida ver ageret : 

& egi (fimpliciter apud te dicam) haud vfquequaque 
ad prifci Catonis normam. Liber eram, parentum & tuto- 
rum expers : atque ita choreis, fodalitiis, nugis, ludum 
& libentiam aliquam astati dedi. Sed non diu dedi. 
natura meiior me reduxit, atque ego adeô me fubduxi 
peregrinatiunculâ : quam Viennam Auftriae, & in Cae- 
faris aulam, decreui, fufcepi, perfeci. prius tamen 
& obiter Dolâ Sequanorum luftratâ. Ibi acerrima febris 
me pœniffimè fuftulit : quam contraxeram Oratiun- 
culâ in honore & titulo Gifelini mei di(ftâ à meridie, 

* Il y a évidemment ici une faute d'impression, bien que toutes les 
éditions donnent dabat; la phrase n'est intelligible qu'en écrivant </<jiflw. 



— 149 — 

bibliothèque du Vatican me fut ouverte, grâce à lui et 
au cardinal Guillaume Sirlet ■% homme digne de l'âge 
d'or. C'est à ces études, à ces soins que je consacrai 
cette période de ma vie. Je fis la connaissance de Paul 
Manuce '^, Fulvio Orsini ^\ Latinus Latinius '^ Gérôme 
Mercuriale ^^, Antoine Muret ^°; je devins l'ami intime 
de Plaute Benci ^' qui adopta par la suite, en même 
temps qu'une vie plus sage, le nom plus orthodoxe de 
François. Je rencontrai aussi dans mes promenades 
Pierre Vettori et Charles Sigonius^'; je leur montrai 
du respect, ils me témoignèrent de l'affection. 

Je retournai ensuite à Louvain; j'y passai une année 
dans la fleur de ma jeunesse, 

jfucundum ctim œtas florida ver ageret, 

et je ne l'y passai pas tout-à-fait, je te l'avoûrai fran- 
chement, selon les règles de Caton l'Ancien. Libre, 
n'ayant ni parents ni tuteurs, j'accordai à mon âge 
quelques amusements et quelques plaisirs, fréquentant 
les bals, les réunions joyeuses, m'adonnant aux frivo- 
lités; mais je ne m'y adonnai pas longtemps. Un bon 
naturel me ramena au devoir, et, pour me soustraire 
complètement à cette vie dissipée, je résolus de faire 
un petit voyage à Vienne, en Autriche, et à la cour de 
l'empereur : je l'entrepris et je l'accomplis. Je passai 
cependant d'abord par Dôle, où une fièvre violente 
manqua de m'enlever; je l'avais contractée en pronon- 
çant un discours en l'honneur de la distinction rem- 
portée par mon ami Giselin, discours qui fut suivi d'un 
banquet ^\ Je guéris et j'atteignis Vienne. J'y fis la 
connaissance d'Ogier Busbecq ^■*, Jean Sambuc ^^, Jean 
Crato ^^, Etienne Pighe^"; je leur plus, et ils essayèrent 
de me retenir en cet endroit et de m'y attacher, en 
m'offrant à plusieurs reprises des places avantageuses. 

10 



— 150 — 

& conuiuio mox infecuto. Euafi, Viennam perrexi. 
atque ibi Augerio Bufbequio, loanni Sambiico, loanni 
Cratoni, Stephano Pighio innotui, & placui : atque ij 
retinere me & illigare in ijs locis, non vnâ conditione 
conati. Fruftrà. nam patriam refpeélabam : & animo 
redeundi, per Bohemiam, Mifniam, Thuringiam, & ea 
loca iter inftitui : cùm acerbi nuncij de affli(51:a nouis 
Annooo. bellis noftrâ Belgicâ, patrimonio vi militum attrito, me 

lO.LXXII. ° 

pedem figere in iis locis adegerunt. lenae pauUo plus 
annû manfi, docui, & illa primordia mihi ad Profeffo- 
rium hoc munus fuêre. Sed rébus paullû modo tran- 
quillatis, oculos iterum ad meos & mea flexi, Coloniam 
Vbiorum veni, vxorem duxi; mei magis animi, quàm 
amicorû, impulfu. Sed, vt ille ait, to /.lèv céç tts énéxXcoaav 
*âdijsfa- ^£oi dvToi* : & côcorditer fané viximus, fruétus tamen 
decretnm. matrimomj, id est liberorû, exfortes. Colomae nouem 
mêfes fubftiti : Tacitvm primo correcftum, & Notas 
ad eum dedi : ibidë Antiqvas lectiones côfcripfi. Inde 
in Ifcanum meum migraui, animo deflinato ruri agere, 
& tabernaculum vitse in quiète illâ collocare. Bella 
vetuerunt, Louaniumcompulerunt: atque ibi (hoc tamen 
ex amicorum confilio) iuris ftudiis paullô magis ferio 
Anno me dedi & titulum etiam I<^' publicâ inauguratione 
fumpfi. Epistolicae meae lucem tune viderunt; & fub 
idem * tempus Leges regiae & decemvirales concin- 
natœ, non famas tamen fed auditorum gratiâ; quibus 
publiée interpretatus fum, itemque Liiiij quasdam. Tum 

* Dans l'édition de 1605, idem manque. 



iXXVI 



- 151 - 

Ce fut en vain, car je pensais à ma patrie ^^. Dans 
l'intention d'y retourner, je m'acheminai par la Bo- 
hême, la Misnie, la Thuringe et les pays voisins. 
Mais de tristes messages m'annoncèrent que ma chère 
Belgique était désolée par de nouvelles guerres et que 
mes biens avaient été ravagés par les soldats, ce qui 
me força de m'arrêter en ces lieux. Je demeurai un peu 
plus d'un an à lena, où j'enseignai ^9; ce furent là mes 
débuts dans la carrière professorale. 

Cependant les troubles s'étant légèrement apaisés, 
je tournai de nouveau les yeux vers ma patrie et les 
miens. J'allai à Cologne et je m'y mariai, moins sur le 
conseil de mes amis que de ma propre initiative '*°. 
Mais, comme dit le poète : 

... ro fièv aQ nov ênâxXwCav S^eol uvToi, 

« c'étaient les dieux mêmes qui en avaient décidé 
ainsi », et nous vécûmes en bon accord, mais sans 
recueillir les fruits du mariage, c'est-à-dire sans avoir 
d'enfants. Je m'arrêtai neuf mois à Cologne; je donnai 
ma première recension de Tacite avec des notes sur cet 
auteur"*'; j'y écrivis aussi mes Antiquae Lectiojies '^^ . 
De là je me rendis à Isque, décidé à vivre à la 
campagne ^^ et à planter ma tente dans cette pai- 
sible retraite. Les guerres m'en empêchèrent et me 
forcèrent de rentrer à Louvain. Sur le conseil de mes 
amis, je m'y adonnai plus sérieusement à l'étude du 
droit et j'obtins, dans une épreuve publique, le titre de 
jurisconsulte. Mes Epistolicae '^^ virent alors le jour et 
je compilai, vers ce temps, mes Leges regiae et decem- 
virales ^^, non pour ma réputation, mais pour l'utilité 
de mes élèves devant lesquels je les interprétais ainsi 
que des morceaux de Tite Live. 

Alors s'élevèrent de nouveau de violentes tempêtes 



— 152 — 

acriores procellas iterum & venti, quibus nihil propius 
faétum, quàm vt mergeretur Belgicœ haec nauis. Fluftu, 
cum pluribus, eiefti fumus in Batauiam terram : 
infedimus, fed mente, vt ftationem eam heberemus, 
non portum. Turbae tamen è turbis mutare vetuerunt, 
& tredecim ipfos annos tenuerunt. Cur autem negem? 
homines benignos & bénéfices repperi : fed relinquere 
eos Religio & Fama (acre vtrumque telum) adegerunt. 
Dum inibi fum fcripfi, 

Electorvm LIBROS II. 

Satyram Menippaeam. 

Satvrnalivm LIBRR. II. 

COMMENTARIOS PLENOS in CORN. TaCITVM. 

De Constantia librr. ii. 
De Amphitheatro librr. ii. 
Ad Valerivm Maximvm Notas. 

EpISTOLARVM CENTVRR. II. 

Epistolicam institutionem. 

De recta pronvnciatione lingvae latinae. 

Animadversiones in Senecae tragoedias. 

Animadversiones in Velleivm Patercvlvm. 

Politicorvm librr. VI. 

De vna religione librvm. 

Plufcula, vt vides, & (vt in meis) optima ferè : quid 
mirum? in flore œui & ingenij, in alto otio : nec vale- 
tudo, nili fub extremos annos, titubauit. Tum hepa- 
tarius ifte morbus, & tabès an languor, inuafit ; 



— 153 — 

et des ouragans qui ne furent pas loin de submerger 
le navire de la Belgique. Le flot me jeta, avec beaucoup 
d'autres, en Hollande; je m'y arrêtai, mais je ne voyais 
là qu'un mouillage et non un port ^^. Cependant les 
troubles succédant aux troubles m'empêchèrent de 
partir, et m'y retinrent pendant treize ans ^\ Pourquoi 
le nierais-je, du reste ? Je trouvai là des hommes bons 
et généreux; mais la Religion et l'Opinion publique, 
deux -aiguillons terribles, m'obligèrent à les quitter. 
Durant mon séjour en Hollande, j'écrivis Electorum 
libri II ^^ ; Satyra Menippaea "'5'; Saturnalium libvi II ^° ; 
Commentant pleni in Corn. Tacitum ^^ ; De Constantia 
libri II ^%- De Amphitheatro libri II "; Ad Valerium 
Maximum Notae^"^; Epistolariim Centuriae 11^^; Epis- 
tolica Institutio ^^; De recta pronunciatione linguae la- 
tinae^^; Animadversiones in Senecae tragoedias ^^ ; Ani- 
madversiones in Veïleium Paterciilum ^^ ; Politicoriim 
libri VI ''"; De una religione liber ^\ 

Ouvrages nombreux, comme tu vois, et des meilleurs, 
du moins parmi les miens. Quoi d'étonnant ? J'étais 
dans la fleur de l'âge et du talent; j'avais de grands 
loisirs et ce fut dans les dernières années seulement 
que ma santé devint chanceleante. Alors cette maladie 
de foie dont je souffre encore, ainsi qu'une sorte de 
dépérissement ou de langueur, m'attaqua et, quoiqu'elle 
m'ait laissé quelque relâche, elle ne me quitta jamais 
complètement ^^ 

Je partis pour Liège et Spa, où je passai près de 
deux ans pour rétablir ma santé au moyen de ces eaux 
fameuses. Je revins ensuite à Louvain qui sera, si je ne 
me trompe, ma dernière et immuable demeure ^^. Je 
fus cependant invité plusieurs fois à la quitter, par le 
pape ^\ le roi de France ", la ville de Venise ^^ le duc 
de Toscane ^^, la ville de Bologne ^\ Mais je me décidai 
à y rester, à cause de mon âge avancé et de ma santé 



— 154 - 

& quanquam remilît, bonâ fide nunquam dimifit. Illinc 
digreffi, Leodici aut Spadas biennium propemodùm 
egimus, valetudini per Acidulas illas refouëdae : tum 
Louanium regreffi, vltimam, nifi fallor, & fatalem 
meam fedem. A quâ tamen varié auocati fuimus, à 
Pontifice, Rege Gallise, Venetis, Duce Etruriœ, Bono- 
nienfibus : fed placuit manfio, vt in asuo meo labente, 
& valetudine iam lapsâ. Stipendium mihi modicum : 
fed rex Philippus, faciente Petro Enriquez Comité 
Fontano, auxit, & Hiftoriographi etiam fui titulo 
donauit. Scripfimus autem Louanij, 

De Crvce lier. m. 
De Militia Romana librr. v. 
Poliorcetic/2n, v. 
De Magnitvdine Romana iiii. 
Dissertativncvlam, et Commentarivm in 
Plinii Panegyricvm. 

Hase ocftennio circiter, ad iftum annum oc. loc. qui 
nunc currit. Et pluria ac varia affeé^a nobis aut pro- 
fligata effe, non negamus : fed temporum afpeétu 
quaedam premi, & iudicio differri. En, mi Woueri, 
nostram vitâ & fcripta : die ferio, nô fubpœnitet 
impetraffe? de meipfo tamen aut indole meâ, tria etiâ 
verba. Corpus & faeies non indeeora, vtiq. ante mor- 
bum : os probum, animus vereeundus : ingenium docile 
& capax omniû, excipio Muficam : iudicatio collineans 
& re(5la : memoria non fine prçceptorû miraculo, etiam 



— 155 — 

délabrée. J'avais un traitement modique ^^ mais le 
roi Philippe l'augmenta "°, grâce à Pierre Enriquez, 
comte de Fuentès '^\ et me donna même le titre 
d'historiographe royal "^ J'écrivis à Louvain : De cruce 
lihri III ^^• De Militia Romana lihri V^; Poliorceticôn 
libri V^; De Magnihtdine Romana libri IV ^^ ; Disser- 
tatiuncula et Commentarius in Plinii Panegyricum ". 

J'écrivis cela en huit ans environ,jusqu'àrannéei6oo 
qui court actuellement. J'ai bien d'autres ouvrages 
ébauchés ou entièrement achevés: mais la situation du 
pays m'a forcé d'en conserver quelques uns manuscrits, 
et d'en différer prudemment la publication. 

Voilà, mon cher Woverius, ma vie et mes écrits; 
sérieusement ne te repens-tu point un peu d'en être 
venu à tes fins ? Deux mots encore de moi-même et 
de mon caractère. Mon corps et ma figure n'étaient pas 
sans beauté, du moins avant ma maladie; j'ai l'air 
honnête, les sentiments déhcats; mon inteUigence est 
docile et apte à tout, excepté à la musique ^^; mon juge- 
ment est juste et droit: ma mémoire, dès mon enfance, 
n'était pas sans étonner mes maîtres; bien qu'elle 
s'affaibhsse, elle ne m'a pas encore fait défaut. En 
public, j'ai la parole facile et non sans grâce; dans le 
particulier, elle est plus retenue et moins agréable. J'ai 
de la facilité dans le style et dans l'invention; je ne suis 
pas propre à un travail soutenu et j'ai toujours moins 
dû à l'assiduité qu'à mes dons naturels. Dans ma mise, 
mes gestes, ma conversation, je suis simple > souvent 
des étrangers qui voyaient Lipse, s'enquéraient de lui. 
Pour le reste, j'ai aimé le bien et les hommes de bien, 
j'en ai été aimé; j'ai cultivé la science et plus encore 
la sagesse; j'ai fui les procès, j'ai fui les honneurs. Bon 
chez moi et au-dehors, affable, je suis de ceux qu'on 
peut respecter et non craindre. Cependant j'ai eu des 
calomniateurs et des détracteurs, mais peu nombreux ; 



— 156 — 

in puero : quas nunc, etfi elanguit, non defecit. Elo- 
quëtia nobis prompta, nec fine Venere, in publico : 
priuatim, reftricli magis, & minus amœni. Stili & in- 
uentionum faciles : labori & affiduitati impares; & 
naturas, quàm illis, in omni aetate obftriéliores. In 
cultu, geftu, fermone modici : & exterorum qui Lip- 
fium videbant, faepè requirebant. Quod fupereft, bona 
& bonos amaui, amatus fum : fcientiam, & magis 
fapientiam , colui : lites fugi , honores fugi : domi 
forisque benignus, comis, & quem vereri poffes non 
timere. * Calumniatores tamen aut carptores habui, fed 
paucos : cofipfos patientiâ & filentio mitigaui, aut 
mutaui. In aliéna fcripta & ingénia pronus, & facilior 
laudis quàm veri faepè cenfor. Quid facerem? natura 
erat : abripuit. ** & nunc me, Woueri, tuus quoque 
caler. Defmo. quia, cum Euripide 

2vv(!û)^QoveTv (ïoi ^ovXoi.i, aAA' s ffvvvocfeîv : 

Confipere, non defipere teciim debeo. 

Louanij, Kal. Oélobr. oo. loc. 



* Calomniatores... Euripide, remplacé, dans l'édition de 1605, par 
Sed quoeo? tuus quoque me calor abripit : reprimo, & cum Euripide,,.. 
** Le sens exige une virgule et non un point. 



— 157 — 

ma patience et mon silence les ont adoucis ou ramenés. 
Je suis bienveillant à l'égard du talent et des écrits 
d'autrui, et je suis souvent plus porté à la louange qu'à 
une juste critique. Qu'y faire ? telle est ma nature. Mais 
voilà que ton ardeur, cher Woverius, m'emporte éga- 
lement. Je m'arrête et je dis avec Euripide : 

2vv(T(o(fQOV£Tv aoi ^oido/x dXX' ov dvvvoffstv 

« Je te suis dans la voie de la raison, mais je ne veux 
point partager ta folie. » 

Louvain, calendes d'octobre, 1600. 

Paul Bergman s. 
(A suiv7'e.) 



158 — 



HISTOIIR^E 



DE LA 



Gilde souveraine et dievalière des Escrimeurs 



DITE 



CHEF-CONFRÉRIE DE SAINT-MICHEL' 

A GAND. 



JUBILÉS. - BALS. - CONCERTS. 

§ 1. 
JUBILÉS. 

Nous avons parlé au chapitre XII du banquet 
offert en 1844 au chef-doyen Rooman-de Block, 
membre depuis 1794 de la confrérie de Saint- 
Michel. Nous croyons devoir revenir sur cette 
fête jubilaire, parce que c'est une des plus impor- 
tantes solennités auxquelles les escrimeurs de 
Gand aient pris part dans le courant du siècle 
actuel. La fête eut lieu le 29 septembre 1844. 

* Suite. Voir Messager des Sciences histor., 1« livr., 1889, p. 19. 



— 159 — 

A dix heures du matin, les Serments et des 
députations des trois chefs-confréries d'armes de 
Saint-Georges, Saint-Sébastien et Saint-Antoine 
et de la chambre de rhétorique des Fonteinisten 
se réunirent au local de Saint-Michel. Une dépu- 
tation des confrères de Saint-Michel composée de 
MM. Joseph Alexis, comte de Thiennes de Rum- 
beke et Jean van Montagu, père, allèrent chercher 
le jubilaire qui demeurait rue de la Lieve. Ce fut 
en passant au milieu d'une double haie d'auto- 
rités, de confrères et de membres délégués des 
autres confréries, que le chef-dojen Rooman-de 
Block fit son entrée dans l'antique local de la 
Gilcle. Les tambours des quatre chefs-confréries 
battaient aux champs et les porte-drapeaux 
faisaient flotter les étendards et les bannières, 
pendant que la foule des assistants ne cessait 
d'applaudir et d'acclamer le vénérable jubilaire. 

Après que la bienvenue lui eut été souhaitée 
par un des membres du Serment, le notaire I. V. 
Michiels père (qui succéda à Rooman-de Block 
en qualité de chef-doyen), on se rendit en corps 
à Tégiise de Saint-Xicolas où une messe fut dite 
dans la chapelle de la confrérie de Saint-Michel. 

La cérémonie religieuse terminée, les assistants, 
toujours en cortège et précédés des tambours et 
des drapeaux des confréries et de la chambre de 
Rhétorique, se dirigèrent vers l'hôtel-de-ville pour 
assister à l'assaut d'armes qui allait se donner dans 
la salle du trône. L'assaut fut ouvert par le jubi- 
laire et par le lieutenant-général Clump, com- 
mandant à cette époque les deux provinces de la 



— 160 - 

Flandre orientale et de la Flandre occidentale, 
et qui fut depuis général de la garde civique de 
Gand (de 1848 à 1855). Voici en quels termes 
lyriques le rédacteur du procès-verbal de la fête, 
consigné au registre des délibérations de la Gilde, 
rend compte de cette passe d'armes : « Les deux 
>) champions, également étrangers depuis long- 
» temps à l'exercice de l'escrime, ont prouvé que 
» si leur bras avait été redoutable dans leur jeu- 
w nesse, il le serait encore aujourd'hui pour la 
» défense de l'honneur. » 

Après eux se mesurèrent les confrères Josejih 
Alexis et Jean van Montagu, reçus tous les deux 
dans la Gilde le P'" octobre 1806. La séance se 
termina par un assaut entre le confrère Charles 
Vande Putte, huissier près de la cour d'appel de 
Gand, et son fils âgé de six ans. Ce dernier repré- 
sentait ordinairement dans les cortèges l'archange 
saint Michel. 



A trois heures de l'après-midi un splendide 
banquet, dont nous avons donné le menu plus 
haut au chapitre des banquets, réunit les confrères 
de Saint-Michel dans la grande salle de la Gilde^ 
décorée pour la circonstance et ornée des portraits 
de dignitaires qu'on y admire encore aujourd'hui. 
A la table d'honneur siégeaient le gouverneur 
L. Desmaisières, le lieutenant-général Clump et 
le bourgmestre Constant de Kerchove, père du 
bourgmestre Charles de Kerchove et aieul du 
bourgmestre actuel, M. Hippolyte Lippens. 



— 161 — 

Le toast en l'honneur du héros de la fête fut 
porté par l'avocat Charles Antheunis, secrétaire 
de la confrérie. A la suite d'un toast porté par le 
lieutenant-général Clump, celui-ci et son ami 
Rooman-de Block prirent chacun une des coupes 
en argent, que la confrérie a soigneusement 
conservées, les remplirent de vin et les vidèrent 
en buvant à la prospérité de la chef-confrérie des 
escrimeurs de Saint-Michel. 

Des chansons de circonstance en flamand et en 
français vinrent terminer cette fête qui est, sans 
conteste, une des plus belles et des plus tou- 
chantes que la confrérie ait célébrées dans le 
courant du siècle actuel. C'est ce qui nous a 
engagé à en donner une relation complète. 

La fête terminée, le jubilaire fut reconduit 
à sa voiture par une députation de membres 
de Saint-Michel portant, ainsi qu'on le faisait 
autrefois pour les princes et les souverains, des 
flambeaux allumés et qu'accompagnaient tous les 
convives. Durant plusieurs années, au 29 sep- 
tembre, on célébra par un banquet l'anniver- 
saire de cette fête jubilaire. Il existe de Rooman- 
de Block un magnifique portrait gravé en 1849 
jjar Lelli et Calamata d'après le tableau de Van 
Hanselaere. 

Le chef -doyen de Saint-Michel, Rooman-de 
Block, né à èand le 15 mai 1772, y mourut le 
10 avril 1855, après une longue carrière consa- 
crée tout entière à la chose publique. Il fut 
maire de la commune de Laerne sous l'empire, 
conseiller communal de la ville de Gand et 



— 162 — 

membre des états-provinciaux sous le gouverne- 
ment du roi Guillaume, sénateur pour Tarron- 
dissement d'Eecloo depuis 1836 jusqu'en 1848, 
membre de la commission des beaux-arts, admi- 
nistrateur de l'atelier de charité, etc. 

Quant au jubilé du maître d'armes Broutyn, 
dont nous avons dit un mot au chapitre des ban- 
quets, nous ne pouvons mieux faire que d'en 
donner le compte -rendu textuel publié dans le n^ 
du Journal de Gand du 8 octobre 1818 : 

« La confrérie s'est réunie le 27 septembre dernier pour 
célébrer sa fête, ainsi que le jubilé de cinquante ans d'un 
de ses confrères, le respectable M, Albert Broutyn, reçu 
en octobre 1758 et âgé de 88 ans. Son entrée dans la salle 
d'armes a présenté le touchant spectacle d'une fête de 
famille. M. Rooman-de Block, chef-doyen, l'a reçu à la 
tête du Serment de la confrérie, et après un discours 
improvisé par le cœur, il l'a décoré d'une médaille d'hon- 
neur au milieu des acclamations générales et de l'atten- 
drissement de tous les spectateurs. » 

Il y eut un banquet suivi d'un bal, qui se pro- 
longea jusqu'à cinq heures du matin. Faisons 
observer que ce fut un jubilé de soixante ans 
qu'on célébra et non de cinquante ans, comme le 
dit par erreur l'auteur de l'article que nous venons 
de transcrire. 

En terminant le compte-rendu de ces fêtes 
jubilaires, nous croyons devoir rappeler les noms 



— 163 — 

des membres de Saint-Michel qui font partie de 
la confrérie depuis plus de vingt-cinq ans : 

MM. Eugène Lippens, reçu en 1837. 

Charles de Hemptinne, reçu en 1848. 
Victor Michiels, reçu en 1853. 
Henri Michiels, reçu en 1855. 
Frédéric Van de Putte, reçu en 1855. 
Charles Van Loo, chef-doyen de la confrérie, 
reçu en 1860. 

L'un d'eux, M. Eugène Lippens, appartient 
donc depuis plus de cinquante ans à la confrérie. 
Pendant ces quinze dernières années on a eu à 
déplorer le décès de plusieurs membres qui, 
depuis longtemps, étaient inscrits sur les registres 
de la confrérie à laquelle ils avaient rendu des 
services signalés. Citons notamment MM. L Victor 
Michiels, père, chef- doyen; Edmond Vandervin, 
chef-doyen; Charles Vande Putte, doyen; Charles 
Antheunis, doyen et Gustave De Kryger, doyen. 



§ 2. 
BALS. 

Dès les premières années de sa fondation, la 
chef-confrérie de Saint-Michel organisa dans son 
local des fêtes dansantes. Ces fêtes avaient le plus 
souvent lieu après le grand banquet annuel du 
mois de septembre auquel, comme nous l'avons 
vu au chapitre XII, les dames avaient l'habi- 
tude d'assister à Forigine. Le repas terminé, les 



— 164 — 

convives se retiraient dans les autres parties du 
local afin de permettre aux laquais de desservir 
et d'enlever la table. La grande salle d'armes, où 
avait eu lieu le banquet, se transformait ensuite 
en salle de bal. Ces fêtes dansantes, qui commen- 
çaient nécessairement assez tard, se prolongeaient 
toujours jusqu'au matin. 

Dans le compte du banquet de 1628 figure un 
article de dépenses libellé comme suit : « Item 
twee speellieden 16 sch. 9 gr. » Cette somme de 
seize escalins et six gros est celle payée aux 
musiciens, chargés de jouer des airs de danse 
pendant le bal. 

Cet usage n existait pas uniquement dans la 
confrérie de Saint-Michel et dans les trois autres 
confréries d'armes de la ville. La même chose 
avait lieu dans les banquets de voisinage et même 
dans les banquets des congrégations religieuses, 
établies dans les églises paroissiales Nous avons 
rencontré un compte de la congrégation de Saint 
Antoine de Padoue, établie dans l'église d'Akker- 
gem qui, parmi les frais des banquets du 29 et 
du 30 août 1762, renseigne la somme payée aux 
musiciens du bal, speellieden. 

C'était ordinairement à l'époque du carnaval 
que les confréries d'armes organisaient des fêtes 
dansantes dans leur local ou Gildecamer. Il faut 
toutefois faire exception pour la confrérie des 
archers de Saint-Sebastien qui donnait, chaque 
année, plusieurs bals masqués et non masqués 
dans sa salle de spectacle de la place d'Armçs. 



/ 



— 165 — 

Nous possédons une invitation, adressée aux 
membres de la confrérie, pour assister à un bal 
masqué dans le local de Saint-Michel. Cette invi- 
tation, non datée et dont les blancs ne sont pas 
remplis, est signée par le greffier L. Le Bègue 
qui fut en fonctions de 1767 à 1778. Qu'il y a 
loin de cette modeste invitation, imprimée sur 
du fort et gros papier, aux cartes d'invitation, 
gravées sur papier ou carton de luxe, en usage 
de nos jours ! 

Voici le texte complet de cet imprimé qui, 
outre l'invitation à la fête dansante, renferme 
également quelques prescriptions à observer par 
les confrères et par les dames ou les demoiselles 
qui les accompagnent : 

« Alsoo de Heeren Koning, Prost, Heuverdeken, 

» Deken, Proviseerders ende Auderlingen van den Edelen 

» Souvereynen Ridderlyken Gilde van den Aerdsengel 

» St. MICHIEL, onderhouden met den stceirde binnen 

» Gend, hebben geresolveerd te genieten eenige divertis- 

t> sementen, te weten op den 

» te beginnen ten 9 icren 's avonds op degroote Gilde-karner 

» van desen Gilde ider H syrien koste op den gefixeerden 

» Prys.1 believe U-L. ter gestelde uren op de selve conditien 

» ook te laeten vinden met U-L. Huys- Vroiiice ende Dochters, 

» ofte andere Vrouiv-persoonen, met subject aen eenige 

» 7'eprochen, op pêne van te incureren de Boeten daer toe 

» van auds gesteld ende hovendien met het selve Geselschap 

» te moeten retireren, ten icelken eynde zullen de gone die 

» gemasqueert homen, hun ten ingaen moeten demasqueren 

» aen d'heeren Commissarissen van het Divertissement. 

Nota. — De gonne believen te komen, ende met de koetse 

11 



— 166 — 

» gehaelt te ivorden, zullen de goedheyd hebben van tydelyk 
» in 7 voornoemde Hofde advertentie te doen. fOorconden 
» als Greffier. » L. Le Bègue. 

L'invitation porte, comme on voit, que des 
voitures seront mises à la disposition des confrères 
et de leurs dames qui en feront, en temps utile, 
la demande. A cette époque n'existait pas, comme 
aujourd'hui, un système complet et permanent 
de voitures publiques. Tout au plus y avait-il 
quelques voitures de louage ou carosses, dont on 
se servait pour se transporter d'une localité dans 
une autre et qui n'étaient employées qu'excep- 
tionnellement à l'intérieur de la ville. Pour les 
fêtes publiques et pour les fêtes particulières, 
il y avait un certain nombre de ces voitures qui 
allaient chercher les personnes à domicile et qui 
les reconduisaient chez elles. Ce nombre n'étant 
pas fort grand, le même carosse conduisait plu- 
sieurs familles les unes après les autres. 

Le rôle des commissaires, chargés d'inviter les 
dames masquées à se faire connaître en entrant, 
était loin d'être sans difficultés'. Ces commissaires 
devaient user de beaucoup de tact et devaient, 
surtout, posséder une grande expérience pour 
être à même de juger si les dames, amenées par 
les confrères, étaient des « vroiav-persoonen niet . 
suhject aen eenige reprochen. » 



Il arrivait aussi parfois que les quatre chefs- 
confréries d armes s'entendaient pour organiser 



— 167 — 

un bal dans le local de Tune d'elles. Cela avait 
surtout lieu quand une fête publique de quelque 
importance se célébrait à Gand. Tel fut le cas le 
15 octobre 1774 lors de l'installation du vicomte 
Philippe Vilain XIIIL premier éclievin ou voor- 
schepen, en qualité de grand bailli de la ville 
de Gand. 

Le soir il y eut un feu d artifice, tiré au marché 
aux Grains, une illumination générale de la ville 
et un bal donné par les quatre chefs-confréries 
dans le local des arbalétriers de Saint-Georges. 
La salle où se donna le bal est celle occupée 
aujourd'hui par le magasin de la foire de Leipzig, 
rue Haut-Port. Voici comment l'auteur d'un ma- 
nuscrit, rédigé sous la forme d'un MemoHeboek 
ou Dagboek, et portant le titre de K^^onycke van 
Gend 1110-1781 , rend compte de cette partie des 
festivités : 

« Des avonds tcas er een treffelyck vuerioerck het toelck 
» door den nieuicen heer hoogbaillin uyt de saele van de 
» koninglycke académie der teecken- schilder en bouivkimde 
» wiert aengesteken, het meeste deel der huysen dezer stadt 
»■ waeren treffelyck verlicht, ten thien uren wiert er eenen 
» bal gegeven op de groote kamer van het ridderlyck guide 
» van den H. Jooris door de vier vrye guldens deser stadt 
» het icelck tôt laet in den nacht duerde loaermede de 
» vreugde teechenen geeindigd wierden. » 

Les cours de l'Académie se donnaient à cette 
époque dans les salles du premier étage du Pak- 
hiiis au marché aux Grains. Le grand-bailli se 
tenait au balcon quand il alluma le feu d'arti- 



~ 168 — 

fice dont parle le manuscrit que nous venons 
de citer. 



Les bals, autrefois, ne commençaient pas tou- 
jours aussi tard que ceux dont il vient d'être 
question. Ce n'est qu'exceptionnellement que les 
fêtes dansantes étaient annoncées comme devant 
commencer à neuf ou à dix heures du soir; 
l'heure ordinaire était cinq ou six heures. Toutes 
les redoutes, par exemple, qui se donnaient au 
XVIIP siècle au théâtre de la confrérie de Saint- 
Sébastien, commençaient à cinq heures, nous ne 
dirons pas du soir, mais de l'après-midi. 

Il en était d'ailleurs de même des représenta- 
tions dramatiques qui avaient lieu soit au théâtre 
de Saint-Sébastien, soit au théâtre nommé het 
Ganckxken, soit dans tout autre local. Le théâtre 
het Ganckxken s'élevait dans la maison, située rue 
Saint- Jean et occupée aujourd'hui par M. l'avocat 
Delhoungne. On y entrait par un étroit couloir 
donnant dans la rue Magelein ; de là son nom de 
Ganckxken. 

Les annonces et les programmes des bals, des 
fêtes et des représentations théâtrales portaient 
presque toujours : on commencera à cinq heures, 
ou bien : men sal om vyf ueren precies heginnen. 
Ce ne fut qu'à partir de 1770 que, pour le spec- 
tacle, le lever du rideau se fit parfois à cinq heures 
et demie. La représentation finissait ordinaire- 
ment entre huit et neuf heures. 



— 169 — 

Dans le courant du siècle actuel, la confrérie 
de Saint-Michel ne donna pas de bal pour ses 
membres avant 1835, Les deux premières fêtes 
dansantes eurent lieu joendant les journées de car- 
naval de cette dernière année. Plusieurs membres 
setaient adressés au chef-doyen pour obtenir 
qu'un bal paré et déguisé fut offert aux confrères 
et à leurs dames. Le chef-do^'en convoqua une 
réunion extraordinaire du Serment afin de sta- 
tuer sur cette demande, qui constituait une inno- 
vation complète dans les habitudes et les plaisirs 
de la confrérie. Le Serment décida à l'unanimité 
que deux fêtes dansantes seraient données au 
mois de février et au mois de mars 1835. 

C'est ce que nous apprend le registre des réso- 
lutions de la confrérie où nous lisons dans le 
procès-verbal de la séance du 22 janvier 1835 : 

« Monsieur le chef-doyen expose qu'ayant pris en consi- 
» dération la demande qui lui a été soumise par plusieurs 
» confrères tendant à ce qu'il soit donné à l'occasion du 
» carnaval des bals dans le local de la Société, il a fait 
» convoquer extraordinairement tous les membres du Ser- 
» ment pour prendre une décision sur ladite demande. 
» Tous les confrères ayant décidé unanimement de joindre 
» leurs sollicitations à celles qui ont déjà été adressées à 
» Monsieur le chef-doyen, il est résolu que la Société 
» donnera deux bals parés et déguisés qui auront lieu 
» le dimanche 22 février et lundi 8 mars à huit heures 
» du soir. » 

Le bal eut un succès complet. Aussi s"em- 
pressa-t-on l'année suivante d'offrir une fête 



— 170 — 

pareille aux confrères et à leurs dames. La troi- 
sième fête dansante eut lieu au mois de février 
1845; on en donna encore pendant les journées 
de carnaval de 1847, 1849 et 1851. Le bal du 
mois de février 1851 est le dernier qui se donna 
dans le local de la confrérie de Saint-Michel. 
Nous croyons qu'on j renonça à cause des frais 
assez considérables nécessités par ce genre de 
fêtes qui, à la rigueur, n'entraient pas dans le 
cadre habituel des travaux et des amusements de 
la Société. 

Plusieurs membres étaient d'avis que les 
sommes, appliquées à lorganisation des bals, 
auraient été mieux employées à encourager les 
exercices de l'escrime et les concours ou les as- 
sauts d'armes. Leur avis prévalut et les confrères, 
amateurs de l'art chorégraphique, restèrent en 
minorité. 



§ 3. 
CONCERTS. 



Au XVIP et au XVIIP siècle la Gilde de Saint- 
Michel offrait parfois des concerts aux confrères 
et aux membres de leur famille. Ces fêtes musi- 
cales, de même que les bals, se donnaient dans 
la grande salle de la confrérie située au second 
étage. Aucun des programmes de ces concerts — 
pour autant qu'il en ait été imprimé — n'est 
parvenu jusqu'à nous. Peut-être y aurions-nous 



— 171 - 

VU figurer quelques-uns des morceaux de musique 
anciemie, qu'on a exécutés au banquet offert le 
28 août 1888 au lord-maire de Londres, Polydore 
De Keyser, dans la salle de l'arsenal de notre 
hôtel de ville. 

C'est par le Résolut ieboeck que nous avons appris 
que des concerts se donnaient de temps en temps 
au local de la confrérie. Voici, par exemple, le 
texte de la résolution du Serment du 4 décembre 
1763 portant organisation de quatre concerts, qui 
seront donnés de quinzaine en quinzaine pendant 
la saison d'hiver de l'année 1764 : 

« Action den 4 dëcemher 1 763 ter vergaederingen van 
» den heer Coninck, deken ende voordere confreers. 

» Ten voornoemde daghe loiert geresolveert met 'pluraliteyt 
» van voysen van op het hof van de schermschole te geven 
» vier divertissementen met Bassen en Violenvan veerthien 
» tôt veerthien daegen te beginnen van sevensten January 
» 1 764 ende eyndigen den derden maerte van den selven 
» jaere. » 

La confrérie des archers de Saint-Sébastien 
offrait également dans sa Gildekamer des concerts 
à ses membres et à leurs dames. C'est ce qui 
résulte du procès -verbal de la séance du Serment 
du 4 mars 1745, dans laquelle il est décidé que 
tous les samedis il y aura un concert, musicale 
concerten, donné dans la grande salle de la 
confrérie par le musicien Ancony et sa fille. 



— 172 — 

La confrérie de Saint-Michel n'organisa plus de 
concerts après sa réinstallation au commencement 
du siècle actuel. Nous avons consulté à cet égard 
les registres des procès-verbaux et les livres de 
compte de la Gilde; nulle part il ny est fait men- 
tion de fêtes musicales. Les anciens membres, 
auxquels nous nous sommes adressés, ne se rap- 
pellent également pas, soit par eux-mêmes, soit 
pour l'avoir appris de leurs prédécesseurs, que 
dans le courant de ce siècle des concerts aient été 
donnés dans le local de Saint-Michel. 



XV. 



CAPITAINE DES ARMES. - ALPHERIS. - GUIDON. - 
CHAPELAIN. - GREFFIER. - BAILLI. 

Les membres de la confrérie de Saint-Michel, 
remplissant les fonctions de capitaine des armes, 
de guidon et d'alpheris ou enseigne ne recevaient 
aucune rétribution de ce chef. Les seuls avan- 
tages, attachés à ces fonctions, consistaient à 
pouvoir assister, sans payer d'écot, au grand 
banquet du mois de septembre ou à ne payer que 
la moitié des frais, halfgelaeghe, dans le cas où 
les titulaires prenaient part au concours annuel 
pour les prix en argent. 

Le capitaine des armes, le guidon et Valpheris 
étaient nommés par le Serment de la confrérie. 
Ils restaient en fonctions pendant trois ans ; ils 
pouvaient être réélus. 



— 173 — 

Ils ne faisaient pas partie du Serment auquel 
ils assistaient parfois avec simple voix consulta- 
tive. Dans le procès Dorps, dont il est parlé au 
chapitre XI, il est fait mention à différentes 
reprises de leur présence aux délibérations du 
Serment. Voici ce que nous lisons à cet égard 
dans une des pièces de la procédure : 

« .... in de selven Eedt intervenieren, nochtans aen het 
» Lettrain niet en sitten niet mede en resolveren nochte en 
» voysen maer dat aïleenelyck aldaer gheseten, gheresolveert 
» ende ghevoyst icert by den Coninck, heuverdeken, deken, 
» auderlyngheyi ende proviseeders maeckende den ordi- 
» nairen Eedt. » 

L'expression aen het Lettrain ou op het Let- 
trein sitten, que nous avons rencontrée plusieurs 
fois, désigne probablement la place — soit 
autour d'une table soit sur une estrade — où 
se tenait le Serment. Cette place était distincte 
des sièges, occupés par les membres de la con- 
frérie qui assistaient, en certaines circonstances 
et sans voix délibérative, aux réunions de l'u ordi- 
naire7i Eedt. » 

Les fonctions de capitaine des armes, de guidon 
et à'alpheris n'étaient déterminées expressément 
par aucun article des statuts et règlements. Nous 
tâcherons de les établir d'après les annotations des 
Resolutieboeken et des livres de compte. 



- 174 - 

§ 1- 

CAPITAINE DES ARMES. 

Le capitaine des armes avait la haute direction 
des cortèges et des cavalcades. C'était lui égale- 
ment qui réglait la marche des Honderd.Keurlycke 
Mannen quand ils sortaient en corps. 

Les confrères, faisant partie de cette compa- 
gnie d'élite, qui manquaient à une prise d'armes, 
étaient assignés devant le Serment à la requête 
du capitaine des armes auquel les Thiendemannen 
transmettaient les noms des absents, appartenant 
à leurs pelotons. 

Au sujet d'une contestation, portée devant le 
Serment par un confrère qui ne s'était pas rendu 
à une prise d'armes obligatoire, nous lisons dans 
le Resolutiehoeck à la date du 10 septembre 1681 : 
« Ten voorseyde daeghe is ghecompareert aS"' Bau- 
» duyn de Smedt als ghedaeghvaert geweest synde 
» van weghe de Capiteyn des Armes ten ?^especte 
» hy niet en hadde ghedaen de hehoorelycke parade 
» ten daghe van het spelen naer het Conynck- 
■>y schap... » 

Nous avons trouvé dans les registres des déli- 
bérations que le capitaine des armes recevait 
souvent le serment des confrères nouvellement 
admis. Il en est chaque fois fait mention dans le 
Resolutiehoeck : « ... is guldehroeder geworden ende 
)) gedaen synen eedt in handen van den capityn 
)) ende de onderstaende getuygen ende confreers. . . » 



— 175 — 

Une seule fois il est question du capitaine des 
armes dans l'ancien règlement du 19 avril 1616 : 
il est chargé par l'article 1 5 de veiller à ce que la 
salle d'armes soit toujours munie d'au moins 
quatre espadons, quatre rapières, quatre demi- 
lances et quatre poignards. 

La confrérie possédait un grand nombre d'armes 
à feu. Dans la séance du 2 avril 1713 le doyen- 
trésorier, Judocus Morel, est autorisé à payer la 
somme de neuf livres de gros pour l'acquisition 
de douze mousquets qui resteront la propriété de 
la Gilde et que le vendeur, un armurier du nom 
de Louis Vereecken, devra entretenir gratuite- 
ment pendant six ans. Chaque mousquet revenait 
donc à environ huit francs de notre monnaie. 

Le nombre des armes de toutes sortes, possédées 
au XVIP et au XVIIP siècle par la confrérie, 
devait être assez considérable si nous en jugeons 
par les frais d'acquisition, d'entretien et de répa- 
ration qui figurent régulièrement dans les re- 
gistres des dépenses. Les postes, relatifs à ce 
genre de dépenses, sont toujours libellés comme 
suit : 

« Ghevrocht ten dienste van het Gulden van S. Michiel 
» door orders van myn heer den Capityn ah volght... » 

Disons enfin qu'autrefois le capitaine des armes 
était souvent choisi parmi les confrères qui avaient 
été promus à la dignité de Roi. Le Serment 
portait son choix sur ces confrères à cause des 
connaissances spéciales qu'ils avaient du manie- 
ment des armes, connaissances qui les rendaient 



— 176 — 

particulièrement aptes à remplir les fonctions de 
capitaine. 

La confrérie des escrimeurs de Saint-Michel, 
reconstituée au commencement de ce siècle, ne 
comptait pas à l'origine de capitaine des armes 
parmi ses dignitaires. Les fonctions de capitaine 
furent rétablies en 1810. Voici comment elles 
sont définies dans le procès-verbal de l'assemblée 
générale du 3 avril 1810 : 

« Sur la proposition de plusieurs membres, la Société 
» a procédé à la nomination d'un capitaine de la confré- 
» rie, chargé d'ouvrir la marche et de maintenir l'ordre 
» aux cortèges et fêtes publiques et de faire exécuter le 
» règlement. » 

Les attributions du capitaine des armes, aussi 
bien au XIX« qu'au XVIIP et au XVIP siècle, 
avaient, comme le prouve cette définition, beau- 
coup d'analogie avec celles d'un maître des 
cérémonies. 

En 1812 on décida de donner au capitaine des 
armes un uniforme dans le genre de celui que 
portait le guidon de la confrérie et dont nous 
parlerons au § 3 . La dernière nomination de capi- 
taine des armes eut lieu en 1 849 lors du grand 
cortège historique des comtes de Flandre, auquel 
la confrérie de Saint- Michel prit part. On nomma 
alors un capitaine et un capitaine-adjoint, un 
porte-drapeau et un porte-drapeau-adjoint, un 
guidon et un guidon-adjoint. 



— 177 - 

§ 2. 
« ALPHERIS .. OU ENSEIGNE. 

Ualpheris était le porte-drapeau ou l'enseigne 
de la confrérie de Saint-Michel. Ce nom, qui a été 
importé d'Espagne, désignait l'officier qui précé- 
dait immédiatement les sergents. Un document 
militaire de 1654, donnant la composition du 
cadre d'officiers et de sous-officiers d'un régiment 
espagnol, les place dans l'ordre suivant : 

Colonel. 

Sergent-Majors (les Majors actuels). 

Capite^ns. 

Alpherissen. 

Serjanten. 

VAljjheris jouissait, lors des banquets annuels 
et des concours pour les prix en argent, des 
mêmes faveurs que le capitaine des armes. 

Dans les cortèges et dans les cavalcades il était 
à cheval, portant le drapeau, à la tête de la 
compagnie des Honderd Keurlycke Mannen. 

Il paraît que le maniement de ce drapeau, qu'on 
devait faire flotter de diverses façons, exigeait 
une certaine adresse. Le procès-verbal de la 
séance du 7 juillet 1754, inséré au Resolutieboeck 
et portant nomination par le Serment d'un nouvel 
Mpheris, impose à celui-ci l'obligation d'apprendre, 
avant d'entrer en fonctions, l'exercice du drapeau : 

« Ten voornoemde daeghe compareerde voor ans S'' Em- 
» manuel de Froy eene van de hondert keurlyche mannen 



— 178 — 

)' ende A Ipheris van desen Guide de tcelchen verclaerde 
» te doen syne demissie van voorseyde functie als Alpheris 
» alswanneer tôt de selve functie geadmitteert îviert sieur 
» Pieter de Froy synen soone op conditie van hem hehoor- 
» lyck te exercer en omme te doen syne exercitie met het 
» vindel als d'occasie soi vereysschen. » 

Le 28 avril 1683 le Serment nomma à la dignité 
d'' Alpheris l'imprimeur-libraire Gislebert ou Gilbert 
{Ghyselbrecht) Manilius. Ce Ghyselbrecht Manilius 
est le dernier de la célèbre famille d'imprimeurs 
gantois de ce nom qui exerça cette profession en 
notre ville. Le premier fut Corneille Manilius. Il 
était né à Bruges et vint s'établir à Gand en 1548 ; 
c'est la date que porte le plus ancien livre connu, 
sorti de ses presses. Après Corneille vinrent 
successivement Gislain, Gautier, Servais, Bau- 
douin et enfin Ghyselbrecht Manilius \ 

Les fonctions à^ Alpheris étaient remplies en 
1660 par Norbert Manilius, qui appartenait peut- 
être à la même famille. 



§ 3. 
GUIDON. 



Les fonctions de guidon consistaient à porter 
à cheval, dans les cortèges et dans les cavalcades, 
le grand étendard (den standaert) de la confrérie. 



* Bibliographie gantoise. — Recherches sur la rie elles travaux des 
imprimeurs de Gand [1483-1850], par P'erdinand Vander Haeghen. 
Tomes I et II. 



— 179 ^- 

Par un arrêté du Serment en date du 5 août 1 742, 
Emmanuel van Rysschoot est nommé guidon de la 
confrérie, tôt het voeren van den standaert: 

Emmanuel van Rysschoot, qui resta en fonc- 
tions pendant plus de vingt-cinq ans, apparte- 
nait à la famille des peintres gantois de ce 
nom dont les productions sont encore fort recher- 
chées aujourd'hui. Nous en avons déjà parlé au 
chapitre IL 

Le règlement de 1810 contient deux articles 
relatifs au capitaine, au guidon et à l'enseigne : 

« Article 25. — Dans toutes les marches ou cortèges, 
» le capitaine, le guidon et l'enseigne sont tenus de com- 
» paraître en costume ordinaire. Le guidon à cheval avec 
» son étendart, l'enseigne avec son drapeau, sous la peine 
» individuelle de six francs d'amende. 

» Article 26. — Si le cheval du guidon n'est pas requis, 
» il comparaîtra à pied avec étendart et costume, sous la 
» même peine. » 

Ce fut dans la séance du 12 juillet 1812 qu'on 
fixa « le costume ordinaire » dont parle l'art. 25. 
Cet uniforme se composait, pour le guidon et 
l'enseigne, d'un pantalon et d'un habit bleu avec 
épaulettes d'or, d'un gilet blanc, d'un chapeau 
avec cocarde et plumet aux couleurs de la Gilde 
et de gants « à la crispin. » Le capitaine des 
armes avait le même costume ; il portait en outre 
une épée et une écharpe en sautoir. Chaque uni- 
forme coûtait environ quatre cents francs. 

Les fonctions de capitaine des armes, de guidon 
et d'enseigne ou d'Alpheris ont cessé d'exister 



— 180 



depuis que la confrérie de Saint-Michel ne figure 
plus en corps dans les cortèges et dans les céré- 
monies publiques. 



§4. 
CHAPELAIN. 

La chapelle, que la confrérie de Saint-Michel 
avait dans Téglise de Saint-Nicolas, était desservie 
par un Capelaen, dont la nomination se faisait par 
le Serment. Chaque dimanche le chapelain disait, 
pour les confrères, la messe dans cette chapelle; 
à l'origine tous les membres du Serment étaient 
obligés d'y assister avec leurs insignes. Le chape- 
lain devait également dire une messe de requiem 
à la mémoire des confrères défunts. 

Le procès-verbal de la séance du 24 avril 1742 
nous donne le texte complet de la nomination 
d'un titulaire à ces fonctions : 

« Teyi voornoemde daeghe is hy den Coninck, heer Heu- 
» verdeken, Deken, Proviseerders ende Auderl^nghen ghe- 
» admitteert heer Joannes Vyncke als ca'pelaen van desen 
» gulden den icelcken verobligeert is aile sondaghen te 
» celebreren inde capelle van desen gulden de misse voor de 
» guldebroeders ten neghen ure ende oock te doen de missen 
» van- requiem voor d'overledene guldebroeders ten daeghe 
» en ten uere by ons te prefigieren ailes op de gage van 
» ses ponden grooten sjaers alsmede te compareren in de 
» processie générale ende andere occasien daer xcy sullen 
» présent syn, dat ailes tôt tcederroepen sonder eenige reden 
» te moeten verclaeren ende heeft voor doodtschiddt ghestelt 
» de somme van dry ponden loisselgelt. » 



— 181 - 

Cette nomination de chapelain renferme une 
stipulation expresse que nous n'avons rencontrée 
dans aucune des autres nominations faites par le 
Serment : c'est celle de pouvoir révoquer le titu- 
laire sans être obligé de donner les motifs de cette 
décision, ivederroepen sonder eenighe reden te 
onoeten verclaeren. 

C'est en remplacement d'un chapelain destitué 
qu'avait été faite la nomination du 24 avril 1742. 
Le procès-verbal de la séance précédente, qui eut 
lieu le 10 avril 1742, porte en effet : « Ten voor- 
» noemden dagh is afghedanckt myn heere Ollevier 
» capelaen gheiveest van desen gulden van syne 
M voorseyde qualiteyt ende ghe07%lonneert aen onsen 
» greffier hem daervan inkennen te doen. » 



Les appointements attachés à la place de chape- 
lain de la confrérie étaient de six livres de gros 
par an. Quand la confrérie traversait une crise 
financière, — ce qui arrivait assez souvent — les 
premières économies consistaient à rogner les 
appointements du chapelain. Ainsi dans la séance 
du 10 mai 1678 le Serment, eu égard aux temps 
difficiles, door dese conjoncturen des tyts, décide 
qiie le chapelain ne devra plus dire la messe tous 
les dimanches. Jusqu'à nouvel ordre il ne le fera 
que lorsqu'il en sera requis par le chef-doyen. La 
résolution du 10 mai 1678 porte que le chapelain 
sera payé par messe ; le prix en est fixé à vingt 
gros. Cette mesure ne fut que temporaire car dans 
les comptes des années postérieures les appointa- 
is 



— 182 — 

ments du chapelain figurent de nouveau, au cha- 
pitre des dépenses, à raison de six livres de gros 
par an. 

Les mots conjoncturen des tyts font allusion à la 
triste position de la ville de Gand qui venait d'être 
bombardée et prise d'assaut par les troupes de 
Louis XIV ' . 

En 1754 les aj)pointements du chapelain furent 
de nouveau réduits et portés définitivement à la 
somme annuelle de quatre livres de gros. 



Nous ignoix)ns si le chapelain de la confrérie de 
Saint-Michel prenait part aux exercices et au 
concours d'escrime. Dans les trois autres chefs- 
confréries de notre ville le chajDclain ou prévôt 
participait aux concours de tir à la perche et de 
tir au blason. L autorité ecclésiastique voulut un 
jour priver les chapelains de ce plaisir : le prévôt 
de la confrérie des arbalétriers de Saint-Georges, 
ayant abattu au concours de 1749 un des oiseaux 
supérieurs, reçut une vive admonestation de la 
part de l'évêque de Gand, Antoine vander Xoot. 

Le Serment de Saint-Georges protesta contre 
cette immixtion de l'évêque dans les travaux de 
la confrérie et s'adressa directement au gouver- 
neur général des Pays-Bas, le prince Charles de 
Lorraine. Celui-ci répondit le 20 janvier 1750 : 
« ... que le prévôt et ses successeurs pourront 
w continuer à tirer tant au berceau qu'à la 

' Payes dliistoire locale gcmtoise, vol. I, chap. XIII, 



— 183 — 

« perche... dont seront écrites lettres d'adver- 
» tance à Févêque de Gand. » 

Il ne fut plus question de chapelain lors de la 
reconstitution de la confrérie de Saint-Michel 
dans les premières années de l'empire. 



§ 5. 

LE GREFFIER OU SECRÉTAIRE. 

Nous ne pouvons mieux définir les fonctions 
du greffier qu'en transcrivant quelques lignes du 
procès-verbal de la séance du 24 juillet 1676, 
dans laquelle le Serment nomma à ces fonctions 
le confrère Jean Baptiste Duchesnet, procureur 
près du tribunal des échevins de la Keure. 

« ... Ah er hoete ende eedt wordt ghemaect dot hy hem 

» aldaer prompteli/ck sal hehhen te vinden op de verbeurte 

» van de boete icesende dry stuyvers ider keer, item sal 

» hy verobligeert zcesen te stellen aile reheningen soo van 

» dekens aïs andersmts, teeckenen de dagvaerden, apostillen, 

» notitien ende resolutieboecken, doen aile comparitien 

» daervan noode icort, insgelycx doen aile functien raec- 

» keyide het voornoemde guide gheene uytghesteken nochte 

y> ghereserveert die eene goede ende ghetrouwe greffier 

» schuldig is te doen. » 

Le gref&er devait donc assister aux séances du 
Serment, sous peine de trois sous d'amende. Il 
dressait les comptes d'après les livres du doyen, 
signait les assignations et les apostilles et tenait 



— 184 — 

au courant le registre des délibérations. De ce 
chef il recevait des appointements s'élevant à 
quatre livres de gros par an ; il touchait en outre 
certains émoluments dont le chiffre était fixé 
d'après le tarif des procureurs et qu'on nommait 
het recM van commissie naer style. 

A partir de l'année 1762 les appointements 
furent sujDprimés ; les greffiers ne reçurent plus 
que les émoluments attribués aux procureurs. 

La résolution du 24 juillet 1676 porte égale- 
ment « sal den greffier vry wesen van aile hancquetten 
» ende ghelaeghen. » Il faut entendre par là que le 
greffier avait droit de prendre part, sans payer 
d'écot, à tous les banquets officiels tel, par 
exemple, le banquet annuel du mois de septembre. 
Aux autres fêtes il devait payer sa cotisation 
comme tous les confrères. 

Un fait digne de remarque c'est que pendant 
un espace de près de cent cinquante ans, c'est-à- 
dire depuis la fondation de la Gilde en 1613 
jusqu'au mois de novembre 1762, il n'y eut que 
quatre greffiers en tout : 

De 1613 à 1650, Jooris de Jonckheere. 

De 1650 à 1677, Jean Mellaert. 

De 1677 à 1716, le procureur Jean Baptiste 
Duchesnet. 

De 1716 à 1762, le procureur François van 
Dooreseele. 

Après ce dernier vinrent successivement le 
procureur Cardon, le notaire Lié vin Le Bègue et 
enfin l'huissier Jean Delà Ruelle dont les fonctions 
de greffier vinrent à cesser avec la suppression 



— 185 — 

des corporations de métiers et des confréries 
d'armes en 1796. 

Lors de l'occupation de la ville de G and par 
les Français pendant la guerre de la succession 
d'Autriche, occupation qui dura depuis le mois 
de juillet 1745 jusqu'au mois de février 1749, le 
local de la Gilde servit de caserne aux soldats de 
Louis XV. Le.s réunions du Serment et les assem- 
blées générales des Honderd Keurlycke Mannen 
se tinrent, pendant tout ce temps, chez le gref- 
fier van Dooreseele, qui habitait une spacieuse 
maison située rue du Saint-Esprit. 

L'article premier du règlement de 1810, qui 
remplaça les anciens statuts et règlements de la 
Gilde porte : 

« La confrérie est administrée par un chef-doyen, un 
» doyen, un trésorier, trois secrétaires, un bailli et douze 
» proviseurs qui composent ensemble le Serment ou conseil 
» d'administration. » 

Le règlement du 10 janvier 1846 supprima les 
trois secrétaires et les remplaça par un seul 
secrétaire, assisté d'un secrétaire-adjoint. C'est 
ce qui existe encore. 

Actuellement le secrétaire ne touche plus ni 
appointements ni émoluments ; il est choisi parmi 
les membres du Serment. Ses fonctions consistent 
à rédiger les procès-verbaux des séances du Ser- 
ment et des assemblées générales, à tenir la corres- 
pondance et à envoyer les lettres de convocation. 



— 186 — 

§ 6. 
LE BAILLI. 

Les fonctions principales du bailli consistaient 
à percevoir les amendes et à assigner les membres 
qui devaient comparaître devant le Serment. Le 
bailli recevait pour chaque citation un droit fixe 
à payer par l'assigné ; il recevait aussi un tan- 
tième sur les amendes. Il n'avait pas d'appoin- 
tements réguliers. 

De même que le greffier il pouvait prendre part 
aux banquets officiels sans payer d'écot. 

Le bailli assistait aux séances du Serment ; il 
n'avait pas le droit de prendre la parole dans les 
délibérations. Parfois le Serment, au moment de 
délibérer, priait le bailli de quitter momenta- 
nément la salle des séances. Le procès-verbal en 
faisait ordinairement mention de la façon sui- 
vante : <t ... dat hy hailliu sigh uyt de vergader 
» camer sal retireren ende buyten hlyven tôt dies 
» men hem sal doen binnen conien. « 

Outre ces fonctions, que nous pourrions nom- 
mer des fonctions judiciaires, le bailli était 
chargé de lentretien de la chapelle de la confrérie 
dans l'église de Saint-Nicolas. Les comptes de la 
Gilde mentionnent, tous les ans, les sommes 
restituées au bailli pour débours faits de ce chef. 

Un conflit s'éleva en 1700 entre le bailli et le 
messager ou Cnaepe. Le bailli prétendait avoir 
le droit de convoquer les thiendemannen, qui 



— 187 — 

devaient se présenter le dimanche après-midi 
à la salle d'armes, et de percevoir les amendes 
à payer par les absents. Le Cnaepe soutenait, au 
contraire, que c'était là une des attributions de 
sa cl:i^rge. Le Serment donna gain de cause au 
Cnaepe en l'autorisant à garder le tiers des 
amendes qu'il percevrait « .. .. gelyck van oiids- 
» tyds daervan te profiter en een derde ter exclusie 
» van d,en hailliu. » 

Dans les cérémonies publiques telles que les 
concours, les processions et les cortèges ou caval- 
cades, le bailli se présentait porteur d'une verge 
en bois noir, surmontée de deux épées croisées 
et d'une couronne en argent. Il est question de 
cette espèce de verge de justice dans la séance 
du Serment du 13 novembre 1752 où l'on déli- 
béra sur les poursuites à exercer contre le mes- 
sager de la confrérie qui avait déposé au mont- 
de-piété une partie de l'argenterie appartenant 
à la Gilde. Parmi les objets mis en gage figuraient 
ces armoiries en argent que dans le Resolutieboeck 
on nomme « de selvere loapene van de marche van 
» den hailliu. » La confrérie possède encore ce 
« selvere loaperie » du bailli. 

Au XIX^ siècle il est encore question du bailli 
à l'article premier du règlement du 14 août 1810. 
Cet article j)orte que le bailli fait partie du Ser- 
ment ou conseil d'administration. Ses fonctions 
ne se trouvent nulle part nettement déterminées. 
Nous croyons que le bailli était spécialement 
chargé de veiller à ce que dans les concours, 



• — 188 — 

dans les assauts, dans les cortèges et dans toutes 
les cérémonies où la confrérie figurait en corps, 
les membres aient à se conformer aux décisions 
du Serment et à observer strictement toutes les 
dispositions des statuts et règlements. 

C'est le seul règlement moderne dans lequel on 
parle du bailli; les règlements postérieurs n'en 
.font plus mention. 

Il en fut une dernière fois question dans la séance 
du Serment du 31 janvier 1834. On décida qu'il 
y avait lieu de nommer un bailli mais on ne dé- 
signe pas le titulaire et on ne désigna pas non 
plus les fonctions qu'il aurait eu à remplir. 

Prosper Claeys. 
(A suivre.) 



— 189 - 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MALINES 



KEERBERGEN 



ET 



SES SEIO-ISrETJPtS'- 



-c>c\5X(j>Jo- 



Jean II Berthout, dit de Berlaer, chevalier, que 
nous avons déjà rencontré en 1293, 1294 et 1296, 
en compagnie de son père, devint seigneur de 
Neckerspoel, de Wavre-Sainte-Marie. et d'Ha- 
meiden. En 1294, il figure comme témoin dans 
un acte de Henri Berthout III, seigneur de 
Duffel, etc. (0, I, 769). Par une charte de la 
même année, il fit savoir que son « consangui- 



« Suite. Voir Messager des Sciences histor., le liv. 1889, p. 81. 

^ En avril 1221, le duc Henri I donna à l'abbaye de Tongerloo, 
avec d'autres biens, l'alleu de noble homme Walter de Poederle. 
[Annal, p. serv. à Vhist. eccl,, V, 359.) 



— 190 — 

neus » Walter de Hemmeœem, dit de Poederle < , 
avait vendu à l'abbaye de Saint-Bernard 50 bon- 
niers de bruyères (wastinae), près de Gheel (0., I, 
769). Le 27 août 1295, Jean Berthout, seigneur 
de Neckerspoel, fils de Jean, dit de Berlaer, fit 
connaître que, pour l'aplanissement des différends 
surgis entre les habitants de Neckerspoel et ceux 
de Malines, il avait été convenu, entre Florent 
Berthout, tuteur de Jean Berthout, seigneur de 
Malines, d'une part, et lui-même et son père, 
d'autre part, que les Toscans, Lombards ou juifs 
faisant l'usure ne pourraient pas résider à Necker- 
spoel ' et que l'on ne pourrait y débiter du vin, 
de la bière et d'autres boissons que de la même 
manière qu'à Nieuwland, près de Malines, etc. 
Cette charte fut scellée, entr 'autres, par Égide, sei- 
gneur d'Honebeke (Humbeek), Henri Berthout, sei- 
gneur de Duffel, et Godefroid de Brabant, seigneur 
d'Aerschot (Arch. de Malines). En 1296, Jean II 
confirma la vente de 12 bonniers de terre à Bou- 
chout et Vremde, faite par son « consanguineus » 
et vassal Guillaume de Berchem à l'abbaye pré- 



' Les Berthout possédèrent au Neckerspoel un château fort dit 
Burcht ou Borcht, qui fut vendu, en 1423, par le duc Philippe de 
Bourgogne, à Adrien Adelijen, bourgeois de Malines. ¥ii\ 1428, 
Louis de Doncker, dit 'T Sallaert, écoutète de Malines, possédait le 
château, qui eut pour maîtres par la suite : Olivier de Doncker, dit 
'T Sallaert, également écoutète de Malines, le chevalier Guillaume 
de Bnrres, seigneur de Befferen, Philippe van der Aa de Randerode, 
les Snoy, les Steenhuijs, les de Clercq, dit d'Olmen, les Roose, les 
Coloma. Les héritiers de Jean-Ernest-Ghislain-Xavier Coloma, 
haron de Leeuw-Saint-Pierre (f en 1825) vendirent le castel à 
Jean-Michel Frederichs, épicier à Malines. 



— 191 — 

citée. Son père et son oncle Louis Bertliout assis- 
tèrent à cet acte en qualité de témoins (0. , I, 769). 
L'année suivante, Jean II Bertliout, « x^rimoge- 
nitus domini Joannis Bertliout, dicti de Berlaer, « 
donna au couvent de Roosendael tous les biens 
que celui-ci tenait de lui à titre de fief à Itegem 
(Ytengheem *). — En 1298, « mense maio sabbato 
post ascensionem Domini, » il déclara qu'Égide 
(Bertliout) de Beersel {Bersele) et son fils du même 
nom avaient vendu à la maison teutonique leurs 
dîmes de Beersel qu'ils tenaient en fief de son 
père « nobilis vir Joannes Berthout dictus de Ber- 
laer » (P., carton II; imprimé March.,p. 262). 
L'attachement des Bertliout à leurs princes se 
manifesta dans toutes les circonstances où ceux-ci 
en appelèrent à leurs bons offices. S'ils étaient 
toujours prêts à tirer l'épée pour leurs parents 
princiers, ils ne leur marchandèrent pas davantage 
leur secours dans des affaires financières. En 
effet, nous les voyons, en maintes occasions, faire 
des sacrifices d'argent dans Tintérêt des ducs de 
Brabant et appuyer le crédit de ceux-ci par l'enga- 
gement de leurs propres biens. C'est ainsi que le 
seigneur de Neckerspoel se porta garant pour le 
duc Jean envers messire Daniel de Boucliout. 
En 1302, le jour de le Penthecoste, le duc dégagea 
noble homme Jean Berthout, chevalier, fils à Mon- 
seigneur Jehan de Berlar, de toutes conventions, 
de tous dons et de toutes promesses, faits à ce 
propos, sauf à l'égard de 5000 livres tournois, 

^ R., carton I. . 



— 192 — 

que Jean avait assignées sur ses moeres et sur ses 
terres situés à Gheel et dans d'autres parties de la 
Campine (Arch. de l'État à Dusseldorf). En 1303, 
Jean « Berthoud, » seigneur d'Hameiden, figura, 
en qualité de témoin, au traité de paix de Malines 
(B. Y.). 

Le comte de Saint-Génois donne dans son 
ouvrage intitulé : Monumens anciens, etc., l'ana- 
lyse d'une charte par laquelle Robert, fils aîné du 
comte de Flandre, fait savoir que Jean de Berlaer, 
« fils de FEU monseigneur Jean Bertout, seigneur 
de Gra77imines, » a vendu son fief de « Hardoie et 
Littervelde, » relevant du comte de Flandre, à 
Guillaume de Mortaigne, chevalier, seigneur de 
Dossemer. L'auteur place cet acte en 1293, ce qui 
est évidemment une erreur, Jean F"" Berthout 
vivant encore en 1303. — En 1310, des sonnen- 
dages na dertienden dagh, » Jean de Berlaer fut à 
Ruremonde l'un des chevaliers qui, dans le contrat 
de mariage de Sophie Berthout (fille de Florent, 
seigneur de Malines et de Mathilde de la Mark) avec 
Renaud, fils du comte de Gueldre, se portèrent 
garants pour le père de la future à concurrence 
d'une somme de 40,000 Iywyq^ paijements (Ch.Piot, 
Notice, historique servant d'introduction à l'inven- 
taire de la cour féodale de Malines). — En 1312, 
Jean II figure dans la charte de Cortenberg et y 
est qualifié « Jean Berthout, dit de Berlaer, 
seigneur de Keerbergen. » — En la même année 
des woendaghes vore Aider heileghen Dach, Jean 
Berthout, dit de Berlaer, donna quittance au 
seigneur de Malines pour 100 livres, monnaie de 



— Ï93 — 

Brabant (Arch. de l'État à Dusseldorf ) . En 1314, 
le vendredi après la fête des SS. Pierre et Paul, 
« een Eedel man mijn Herre Jan Berthaid, dimen 
seght van Berlaer, Ridder, » céda au duc Jean III 
de Brabant des rentes et des cens à Lierre et 
dans les environs de cette ville et reçut en 
échange de ce prince le château et la seigneurie 
de Helmond, avec ses dépendances, ainsi que 
des rentes et des cens dans cette localité, à Sint- 
Oedenrode, à Leende, à Son, à Lieshout, à Stip- 
hout, à Rixtel, etc. Le duc se réserva, toutefois, 
la haute justice, « alsse van mans lijeve, munte ende 
cloche slagen. » Cet échange eut lieu, sur le 
conseil de Louis, fils du roi de France et comte 
d'Orléans, père ', et de l'aveu de la duchesse 
Marie, femme du duc Jean III, et en présence de 
Florent Berthout, seigneur de Malines, cousin de 
Jean de Berlaer, Daniel de Bouchout, Arnould de 
Leefdael, Henri de Wanghe, Arnould de Helbecke 
et Nicolas de Dorne, tous chevaliers (K. & S., n" 9). 
Le 11 juillet suivant, le duc investit Jean de Ber- 
laer de la seigneurie de Helmond et du droit de 
chasse dans le quartier (meijerij) de Bois-le-Duc 
(ib., n" 10). Le jeudi après la Toussaint, 1315, 
Jean Berthout, dit de Berlaer, seignem^ de Keer- 
bergen et de Helmont, assista à un acte de Henri IV 
Berthout, seigneur de Duffel et Gheel, et de la 
femme de celui-ci, Béatrice de Rotselaer (Tr., II, 
p. 138). En cette année, Florent Berthout avait 



C'est-à-dire beau-père. 



- 194 — 

cédé au comte Guillaume de Hainaut la sei- 
gneurie de Malines. De grands embarras finan- 
ciers l'avaient déterminé à cette aliénation d'une 
propriété qui avait été l'apanage séculaire de sa 
race. Ces embarras semblent même avoir com- 
promis jusqu'à un certain point la fortune des 
agnats de la puissante maison des Bertliout. 
Ceux-ci, en effet, n'avaient pas hésité à venir en 
aide au chef de la famille. Le onzime jour dou mois 
de march (1315), le comte Guillaume déclara, par 
une charte, donnée au Mont-Sainte-Gertrude, que, 
si le duc de Brabant voulait guerroyer et porter 
damages à Florent à cause du vendage de Malines, 
lui, le comte, serait tenu de soutenir Florent et de 
le favoriser dans ses propres pays. Il ajouta, toute- 
fois, qu'il n'interviendrait pas dans les dettes que 
celui-ci et messire Jean de Berlaer pourraient avoir 
contractées envers des Lombards. Enfin, il promit 
de ne pas se mêler des débats surgis entre Florent, 
Jean de Berlaer et le seigneur de Duffel d"une part 
et ceux de Malines de l'autre, se chill de Mallinnes 
leur en volaient demander aucuns damages u restors 
(Arch. de l'État à Dusseldorf). Disons que, àquelques 
années de là, Malines fut rétrocédé à Florent, qui 
le transmit à ses petites-filles, la mère de celles-ci, 
la comtesse Sophie de Gueldre, étant morte sur ces 
entrefaites (3 mai 1329). En 1319, le dimanche 
avant la fête de Sainte-Marie-Madeleine, Henri de 
Louvain, seigneui' de Gaesbeek et Herstal, fit un 
accord avec Jean Meuwe, seigneur de Wavre et de 
Dongelberg (bâtard du duc Jean P"" de Brabant), et 
la femme de celui-ci, Marguerite, dame de Pamele 



— 195 — 

et de Wavre, concernant Tinstitution des juges et 
échevins dans les seigneuries de Pamele et de 
Ledeberg. Les arbitres des deux parties avaient 
été : le duc Jean III, Florent Berthout, seigneur 
de Malines et de Berlaer, Godefroid, seigneur 
eVHeinsberg, Gérard, seigneur de Diest, Jean de 
Berlaer, seigneur de Helmond, Rogier de Leefdael, 
Arnould de Diest, Henri de Meldert, drossard de 
Brabant, et Jean de Kesterbeke (Cartulaire de 
Gaesbeek, f° 11, charte imprimée E. B., I, p. 286). 
En 1323, Jean II de Berlaer fut présent lors- 
qu'Otliou, seigneur de Cuijck et d'Heverlé, inféoda 
au duc Jean son franc-alleu de Grave, sur Meuse 
(0.,I, p. 217). 

Jean II Berthout, dit de Berlaer, eut pour femme 
Marguerite, dame d'Héverlé, dans la mairie de 
Louvain, fille de Henri, seigneur dudit lieu, cham- 
bellan héréditaire de Brabant et qui avait été armé 
chevalier par le duc Jean P*" le jour de la bataille 
de Woeringen (Jan van Heelu). — D'après le 
manuscrit du roi d'armes « Gelre, » « di hère van 
Haverlen » (Héverlé) blasonnait : d'or au sautoir 
de gueules; cimier : une tète et col de chèvre 
d'argent, accornée et barbée d'or, languée de 
gueules, issant d'une sorte de tuyau évasé de 
contre-hermine . 

Jean H était déjà décédé en 1338, car, en cette 
année, Marguerite d'Héverlé se qualifia, dans un 
accord intervenu avec sa sœur Elisabeth, dite de 
Coekelberg, et le mari de celle-ci, Gérard de Coe- 
kelberg, de « relicta quondara Joannis de Berlaer, 
domini de Helmont, militis » (Tr.; E. B., I, 3-iO), 



— 196 — 

Elle possédait aussi la seigneurie d'Oplinter, dont 
son beau-frère, Gérard de Coekelberg avait fait le 
relief pour elle, et à laquelle était attaché le pri- 
vilège de nommer le curé, le sacristain et les mar- 
guilliers de la commune (A. Wautees, La Belgique 
a7icienne et moderne). 

Jean II et sa femme eurent deux filles, Marie et 
Elisabeth. — Marie, l'aînée, eut pour sa part 
Héverlé et Oplinter : « Maria filia quondam domini 
Johannis de Berlaer (tenet) villam de Oplinter cum 
omnibus attinentiis suis, secundum quod Oliverus 
quondam de Lijnken ^ tenere solebat » (B., n'' 1, 
Latijnsboek; p. 84). Elle épousa, d'abord, Gérard 
de Duffel, seigneur de Rethy (fils de Henri IV 
Berthout, seigneur de Duffel et de Gheel^ et de 
Béatrice de Rotselaer), qui avait reçu cette terre 
en vertu du testament de ses parents de 1320 et 
qui vivait encore en 1345. Il était veuf de Margue- 
rite de Lantwijck et de Marguerite de Cauden- 
berghe. — Après sa mort, Marie de Berlaer 
convola en secondes noces avec AValter van der 
Bruggen, ou de Ponte, avec lequel on la rencontre 
dans une charte du 10 mars 1349 (Tr.). Au sujet 
d'Oplinter, voici ce qu'on lit encore dans le c La- 
tijnsboek : )) (f Uxor AValteri de Ponte, soror sua 
(c'est-à-dire de Marie de Berlaer) in rotulo bruxel- 
lensi tenet. Nota quis tenebit ; vel dominus Ka- 
rolus, vel soror domine Marie predicte. Maria 
domina de Heverle tenet. » Mais, comme nous 

» Le Spechtboeh, reg. n"^' 4, de la cour féodale de Brabant (p. 17 
et 117) porte : Bijnchem. 



— 197 — 

venons de le démontrer, Marie était elle-même 
femme de AValter van der Bruggen. — Ces époux 
eurent deux fils, Jean et Henri, dont Taîné fut 
tué, en 1386, au siège de Grave. Henri reçut de 
sa mère la seigneurie d'Oplinter, dont elle ne se 
réserva que la haute justice et la collation des 
charges de curé, de sacristain et de marguilliers 
(A. Wauters, La Belgique anc. et mod.). 

« Domicella Elijsabeth de Berlaer, filia domini 
Johannis quondam de Berlaer )) tenait en fief du 
duc de Brabant, d'après une déclaration qui fut 
faite en 1312, après la mort du duc Jean H, le 
« caonmarariatum de Heverle, » c'est-à-dire la 
chambellanie ou le camberlage de Brabant, attachée 
à la possession de la seigneurie d'Héverlé ; « villas 
de Heverle et de Vaelbeke, cum omnibus, dominio 
iuribus et aliis quibuscunque adipsas spectantibus, 
secundum quod sibi domina Elijzabeth de Cockel- 
berghe, matertera sua predicta dédit et a duce 
tenebat )> (B, 1, Latijnsboek, p. 20 v"). Sa tante 
« Elijzabeth de Hecerlis, uxor Gerardi de Cockel- 
hergh » lui avait donné, en outre, une partie des 
biens de feu Henri de Lintre (ibid., p. 19 v"). 
En 1346, Elisabeth de Berlaer renonça, en faveur 
de son cousin Jean HI de Berlaer (fils de Louis et 
de Jeanne de Bentheim) à tous ses droits sur les 
biens du père de celui-ci (K. & S., n'' 19). Elle 
épousa Henri de Rivieren. En 1353, « Domina 
Margareia, relicta quondara Domini Joannis de 
Berlaer militis. Domina Maria & Do7nicella Elisa- 
beth, suae flliae et Henriciis dictus van Rivieren, 
maritus dictae Domicellae Elisabeth, » composèrent 

13 



— 198 — 

avec le chevalier Othon de Ciiyck, au sujet des 
biens dont ce dernier avait l'usufruit par suite de 
la mort de sa femme Jeanne d'Héverlé (Tr. ^). 

Jean II étant mort sans laisser d'hoir mâle, il fut 
succédé dans la possession des seigneuries de 
Keerbergeh et de Helmond par son frère Louis III. 

Celui-ci eut pour femme Jeanne, fille de Wale- 
ran de Bentheim, nobilis im', seigneur d'Heeswijk 
et de Dinther, et d'Agnes, fille de Thierry, seigneur 
d'Heeswijk '\ 

En 1328, « in crastino Purificationis beatae 
Mariae Virginis gloriosae » Louis III de Berlaer, 
seigneur de Helmond, reconnut les droits du cou- 
vent de Binderen sur la « gt^uit » (maheria) de Hel- 
mond (K. & S., iV 14). En 1329, « des goensdaeclis 
na onser vrauwen liechtmisse » , le duc Jean de Bra- 
bant déclara avoir vendu à Louis de Berlaer, sei- 
gneur de Helmond « onsen lieven nevo ende man, 
al dat goet van Kerberghe met den moerre, met den 
moelen, met chise, met hoeghen gherechten ende 
metnederen; item viffthien pont paijements tsiaers 
opt goet van Duffele te Waelhem ; item vier sesser 
roghen erfelick t' Onser Vrauwen op Wavere ; item 



' Othon de Cuyck épousa, en secondes noces, Jeanne de Flandre, 
fille du seigneur de Termonde et veuve de Gérard, seigneur de Diest 
(Tr.,11, p. 57). 

^ Waleran de Bentheim scella, en 1306 et 1313, d'un écusson 
à dix (4, 3, 2, 1) besans ou tourteaux, brisé, en chef, d'un lambel, 
En 1313, il transporta, de concert avec sa femme Agnès, à l'abbaye 
de Bern, le patronat d'Heeswyk (collection van Spaen, à La Haye, 
manuscr. intitulé : Genealogien, t. X). 



— 199 — 

tliien sesser rogs, viftich sesser evenen, drie en 
derticli hamels liittel mijn ofte meer ende hondert 
houneren mijn of meer in den dorp van Glielle 
ende daeromtrent ; item hondert ende viftich pont 
tsiars erfehck, den ouden grooten tornoysen voor 
achtien penneghen gerekent, die schuldech es 
weghens Marie van Zubborch ende haer nacome- 
lingen, die loijllen loiff loas mijns heeren Jan 
Berthous des ouden; item die wonighe van die 
Hamaijden ende dat daertou behort in manschap- 
pen, in wattere, in lande, in cheise, in renten, in 
bemden, in choren, in cappmien, eevenen, in 
houneren, ende in allen anderen dinghen die daer- 

toe behoeren ghelijckerwis ende in allen dien 

maniren dat Wab^aveii can Dittersheke vormaels 
plach te houden ende hij dese vorseide goeden 
yeghen ons verborde als ons vijant,... * w 

Le 9 novembre 1331, Jean van Hoijsscot, dit 
Scolaster, transporta à Louis de Berlaer un cens 
sur ses biens dits te Santé u in villa de Aerle » 
(K. & S., n^ 16). 

Le 11 juillet 1336, ^Yaleran de Bentheim, 
seigneur d'Heeswijk, promit à ses co-débiteurs, 
Othon, seigneur de Cuijck, Louis de Berlaer, tous 
deux chevaliers, Henri van Bocstel et Walter 
Spierinck van Boegen, de les dégager dune pro- 
messe faite par eux (ib., n° 17). En 1339, Louis III 
de Berlaer, seigneur de Helmond, fut témoin au 



' Cette charte importante, dont une copie se trouve au château 
de Helmond, a été publiée par M. A. Sassen dans le Navorscher, 
XXXV, p, 67, 



— 200 — 

traité conclu par le duc Jean de Brabant et Louis 
de Flandre (0. d. I, p. 323; Froissart, édition 
Kervijn de Lettenhove. 18, p. 105). 

Il vendit aux habitants de « Kiebergen » toutes 
les bruyères de la commune, à la condition de 
conserver et d'entretenir les collines à vignobles \ 

Son sceau portait un écusson à trois pals et la 
légende : « ... ovici de Berlr. Dni de Helm : 
(Demay). » D'après TArmorial de « Gelre, » « die hê 
van Helmunt » eut pour armes : d'argent à trois 
pals de gueules; le cimier, un vol, n'est pas coloré 
dans ce manuscrit. 

Louis m de Berlaer mourut avant le 11 octo- 
bre 1346. 

Nous lui connaissons ces cinq enfants : Jean III, 
Waleran, Thierry, Marie et Catherine. 

Marie épousa Henri Estor, chevalier, d'une 
ancienne famille bruxelloise, lequel adopta les 
armes des ancêtres de sa femme \ 

Catherine devint la femme d'Arnoul de Roever. 
« Yrouwe Kateline, dochter heren Lodewijcx van 
Berlaer wijf heren Arnts Rovers » possédait le fief 
de « Lanedonc, :» à Diuther, avec 26 journaux de 
terre à Littoyen. Ce bien avait appartenu, autre- 
fois, à Nicolas, fils de Thierry de Dinther, et puis 
à Jean (de Berlaer), seigneur de Helmond, qui 
l'avait vendu à messire « Arnde den Rover » 
(Spechtboek; B., 4 p. 185 v°). 



» Cet acte peut avoir été posé aussi par Louis II ; voyez George 
PoDESTA, Essai sur la Canijpine anversoise. 

' Voyez BuTKENS, AvG. vax den Eijnde, Tableau chronologique 
des Ecoutétes etc. de Malines, et, avant tout, A. Wauters, Hist. des 
Environs de Bruxelles, I, p. 368. 



— 201 — 

Thieny de Berlaer reçut la seigneurie cVHa- 
meijden, comme il résulte d'un acte du 11 no- 
vembre 1343, par lequel Guillaume, seigneur de 
Boxtel, et son fils assurèrent à Louis de Berlaer 
indemnité complète du chef des engagements pris 
pour eux vis-à-vis de Thierry (K. & S., n" 18). Bien 
que Thierry ne soit [nulle part] désigné comme 
fils de Louis, nous n'hésitons pas à le considérer 
comme tel. Butkens, il est vrai, ne connaît que 
deux fils de Louis, Jean et Waleran. Le testament 
(de 1425) de Jean de Berlaer, fils de Waleran pré- 
cité, prouve qu'il en avait davantage. En effet, 
le testateur ordonne des messes « in anniversario 
cuiusdam Domini Walrami, patris dicti testatoris 
et FKATRUM ac sororum eiusdem dicti Domini 
Walrami. i) — Le nom de Thierry aura été attribué 
à cet enfant d'après son aïeul maternel, Thierry 
de Dinther. 

Jean III, Tainé des cinq enfants, devint sei- 
gneur de Helmond. Voici un extrait du « Latijns- 
boek » qui en fournit la preuve : « Ludovicus de 
Berlaer, filius quondam Domini Johannis de Ber- 
laer (tenet) bona de Helmont, cum suis attinentiis. 
Johajtnes, filius suus, tenet modo » (B., 1 p. 79). 
— Sa cousine « Lijsbette, « fille de Jean II renonça, 
le 11 octobre 1346, en faveur de Jean III, à tous 
ses droits à la succession du père de celui-ci 
(K. & S., n" 19). Jean III semble être mort sans 
postérité et eut pour successeur dans ses seigneuries 
son frère Waleran. 



— 202 — 

Waleran (Walraven, Walram, Walleran, etc.) 
figure en 1357, à la Saint- André, comme chevalier 
et seigneur de Helmont et de Keerbergen. Il s'en- 
gagea alors à payer à son beau-frère, le chevalier 
Arnold de Roever et à la femme de celui-ci, 
Catherine, une rente héritable de 200 livres par 
an (K. & S., n« 21). Le 20 mai 1359 et le 26 dé- 
cembre 1360 il donna des chartes dans l'intérêt de 
la commune de Helmond (K. & S., n«^^ 22 et 23). 

Il s'allia à Elisabeth Utenhove *, fille de Jean, 
d'une belle famille de Bruxelles. Cette dame 
contracta plus tard une nouvelle union avec Thierry 
de Bronkhorst, chevalier, seigneur de Batenburg. 
Elle possédait, à Bouchout, près d'Anvers, le fief, 
dit " ten Broecke, » avec cens, tenanciers, hom- 
mages et droits seigneuriaux (rz(iderrecht ^), Elle 
est citée dans des actes de 1383, 1391 et 1392. 
Le 2 décembre 1391, elle est nommée « ver Lijs- 
hette vrauioe van Batenborch. » 

De son premier époux, elle n'eut qu'un fils, 
Jean IV. 

Jean IV de Berlaer devint seigneur de Helmond, 
de Keerbergen et de te^i Broecke. Il fut, en 1372, 
un des signataires de la charte que le duc Wencelas 
de Brabant et sa femme Jeanne donnèrent à Cor- 
tenberg. Le 12 décembre de la même année, il 
releva, en qualité de mari de « dame Gertrude, » 
veuve de Henri de Kuyc, les villes de Wadey^le et 



* Voyez le testament de son fils, de 1425. 
2 Spechtboeh, B. 4, p. 173. 



— 203 — 

d^Alste (Waarle et Aalst '). Par des actes donnés 
à Gennep, le 2 mai et à Bruxelles le 16 décembre 
1374, la duchesse Jeanne lui permit de donner en 
arrentement perpétuel des terres situées derrière 
le parc de Helmond (K. & S. , n^'* 26 et 27). La veille 
de Noël de la même année, il signa une pièce rela- 
tive à la vente de plusieurs terres (ib., n" 28). Le 
18 décembre 1375, il se fit délivrer par Richard 
de Cocq, chevalier, écoutète de Bois-le-Duc, un 
certificat concernant certains privilèges de la ville 
de Helmond (ib., n" 29). Le 25 juillet 1376, sa 
tante Catherine de Berlaer et son mari Arnoul (de) 
Rover, chevalier, renoncèrent en sa faveur aux 
biens à eux revenant du chef de Louis de Berlaer, 
en se réservant deux rentes héritables de 115 
respectivement de 200 livres, monnaie de Bois-le- 
Duc (ib., n'' 30). En reconnaissance « des goiden 
dienst, ons van sinen vorvaren gedaen ende van 
hem selven, sinen oir ende nacomlingen ons ende 
onsen nacomlingen, hertogen in Brabant, noch te 
doen, » la duchesse Jeanne autorisa, le 23 dé- 
cembre 1376, Jean, seigneur de Helmond, à établir 
dans la franchise de Helmond trois foires par an et 
un marché hebdomadaire (ib., n- 31). Dans les 
années 1378, 1380, 1382 et 1383, Jean de Berlaer 
est cité dans de nombreux actes touchant aux inté- 
rêts de la ville de Helmond. — Le 8 mars 1383, 
Thierry de Bronkhorst, seigneur de Batenburg, 

• Ce dernier les avait relevées le l*"" avril 1368, par suite de trans- 
port de Thierry de Hornes. Le 29 mai 1377, Jean de Cuyck, tils de 
Henri, en fut investi (Stanislas Bormans, Les seigneuries féodales 
de Liège] . 



— 204 — 

lui délivra quittance pour les arrérages d une rente 
viagère de 200 doubles « mottoenen ). que Jean 
devait servir à sa mère Elisabeth, femme dudit 
Thierry (K. & S., n" 35). Un acte du 27 juillet de 
la même année, concernant les privilèges des ducs 
de Brabant et des seigneurs de Helmond relatifs 
aux chaussées et aux rues, est particulièrement 
intéressant pour la généalogie des de Berlaer. 
Cette pièce établit la filiation suivante : 

Heer Jean (II) de Berlaer, premier seigneur d'Hel- 
mond de sa race : 

Heer Louis (III) de Berlaer; 

Heer Waleran de Berlaer : 



Jean {lY) de Berlaer, actuellement seigneur de 
Helmond, à qui l'acte n'attribue pas le qualificatif 
de « Heer » avant son nom, qualificatif accordé, 
à cette époque, aux seuls chevaliers (K. & S., 
n" 36). 

Cette filiation, qui fut dressée sur les dires des 
plus anciens habitants de la ville, contient, toute- 
fois une grossière erreur. En effet, comme nous 
l'avons établi plus haut, Louis de Berlaer n'était 
point fils de Jean II, premier seigneur de Helmond, 
mais son frère et fils de Jean I Berthout dit de 
Berlaer. 

On aura remarqué, de plus, que Jean III, fils 
de Louis III et frère de AYaleran, manque dans 
cette énumération des seigneurs de Helmond. Ce 
fait nous permet de conclure qu'il n'a survécu que 
fort peu de temps à son père. 



— 205 — 

Par des lettres-patentes du 15 novembre 1388, 
la duchesse Jeanne engagea à Jean de Berlaer, en 
paiement d'une dette de 1000 florins, « ruerende 
van den dienst ons Heeren m dessen Orloge tegen 
die Hartoge i:an Geler nu gedaen >^ la haute juri- 
diction de la ville de Helmond (K. & S., n^^ 39). 
En effet, comme nous l'avons dit, la haute justice 
avait été réservée expressément aux ducs de Bra- 
bant par l'acte de 1314. Celui de 1388 est le 
premier qui qualifie Jean de Berlaer de « Heer n 
avant son nom. Il prouve donc que c'est entre 
1383 et 1388 que Jean a été armé chevalier, et 
nous sommes fondé de conclure qu'il a été revêtu 
de cette dignité par suite de sa bravoure dans 
les combats contre les Gueldrois. Jean est cité 
dans plusieurs documents de 1389, 1390 et 1391. 
En cette dernière année, il permit à son beau- 
père Thierry de Bronkhorst d'aliéner une partie 
des biens de sa mère « ver Lijsbette vrauwe van 
Batenborch, » afin de lui restituer 1000 vieux 
écus (schilde), que lui, Jean, avait avancés à 
Gisbert. fils aîné dudit Thierry et frère utérin de 
Jean (K. & S., n'^* 45 et 46). L'année suivante, 
Jean de Berlaer, « heere van Hehnont ende van 
Kei^berghe, » autorisa sa mère, .« vrouioe Lijsheth 
Uten Hove^ vrouwe van Batenborch, » et son frère 
Gisbert de Bronkhorst, à vendre 8 bonniers de 
terre (P., carton III). Le 12 juillet 1394, il promit 
à la ville de Bois-le-Duc de ne plus attaquer ses 
droits, mais de lui venir en aide en toute circon- 
stance (K. & S., n° 48). 

Un grand nombre de documents de 1395 à 1425, 



— 206 — 

concernant les affaires de Helmond. font men- 
tion de Jean de Berlaer. Une charte du 17 dé- 
cembre 1418 le qualifie : « Dominus Johannes 
Domi7ius DE Beelaer, miles, » bien qu'il ne fût 
point seigneur de Berlaer. Une autre charte du 
19 avril 1409, par laquelle Béatrice van der Aa, 
religieuse à Binderen, et le frère de celle-ci, 
Florent, lui donnent quittance pour les arrérages 
d'une rente, le nomme seigneur de Helmond, 
Batenburg et Keerbergen (K. & S., n'* 67). 

Outre les 1000 vieux écus dont il a été parlé 
plus haut, Jean avait fait d autres prêts à la 
famille de Bronkhorst et celle-ci lui avait engagé 
la seigneurie de Batenburg. Toutes les instances 
qu'il fit pour recouvrer ses fonds étant restées 
sans succès, il se vit forcé de recourir à son sou- 
verain. Dans une charte du 8 octobre 1412, il 
déclare avoir transporté au duc de Brabant le 
château, ville et seigneurie de Baten])urg. Il 
consent à ce que le duc déhvre cette terre à 
Gisbert de Bronkhorst si celui-ci lui rembourse, 
à lui-même, Jean de Berlaer, la créance de 7000 
vieux écus de France. Dans le cas où Gisbert 
paierait au duc un capital de 1600 écus, lui, Jean 
de Berlaer, recevrait du duc une rente héritable 
de 100 écus par an et, ensuite, une rente viagère 
de 400 couronnes de France sur le domaine de 
Bois-le-Duc (Xijhoff, II, N° 339). Les archives de 
la chambre des comptes de Brabant établissent 
que Jean de Berlaer a touché, en effet, cette rente 
viagère de 400 couronnes du chef de la cession de 
Batenburg (C. 436). 



— 207 — 

Le 15 novembre 1415, il apposa son sceau au 
traité entre le Brabant et le Limbourg (Mieaeus, 
Not. Eccl. Belg., X'^ 688). 

Il possédait une cour féodale et des cens à Grim- 
berghe qu'il vendit à son demi-frère « Giselbert de 
Bateiiburg. w (E. B.) 

Jean de Berlaer se maria deux fois. Il épousa, 
d'abord, Gertrude Cotrel ', morte le 23 sept. 1418, 
veuve de Henri de Cuijck, seigneur d'Hoogstraeten 
(mort le 22 août 1371), et qui lui apporta la sei- 
gneurie de Waalre, AalstetValkenswaard. (Sassex, 
Heeren van Helmond.) Sa seconde femme fut Mar- 
guerite Uijten Veenliuijse^, fille d'Hubert, laquelle 
contracta, depuis, une seconde alliance avec Go- 
defroid de Lu (Le, Lee), écbevin de Bois-le-Duc : 
« Domina Margareta Buijtenveeliuijse, relicta Do- 
mini Joannis de Berlaer, Domini de Helmont et 
Keerbergen, militis, etGodefridus de Lu,eius nunc 
maritus, » 1429 (Tr. II. p. 178). Le 29 août 1436, 
Godefroid de Le (Lee), de Bois-le-Duc, fut investi, 
comme mari de Marguerite de le Veehuijse, veuve de 
messire Jehan de Berlae)\ chevalier, d'une rente de 
50 muids de seigle, hypothéquée sur les villes de 



1 D'après Butkens, Gertrude Cotrel fat dame de Gestel et d'Asten 
et fille de Pierre. « ...cessit ex morte Domiuae Gertrudis quoudam 
coiithoralis Matins eiusdem Domino Johamii (de Kuijc), secundariae 
conthoralis Domini Johannis de Berlaer quondam Domini de Hel- 
mont... .. (K.& S., n» 104). 

^ A. Sassen la dit tille d'Hubert, chevalier, seigneur de Veen- 
huijsen, et de Marguei'ite Vereijken; Butkens la nomme : Margareta 
de Veehuijse dite Verreijcken, fille d'Hubert de Stakenbourg. 
Parmi les quartiers de Jean de Cortenbach (mari d'Elisabeth Bauw), 
on donne à Marguerite les armes de Stakenborch : les trois anilles. 



— 208 - 

Waalre et d'Aalst (Bormans). Le 13 avril 1439, 
Marguerite figure comme veuve de son second 
époux; elle est citée en compagnie de sa fille 
Tliierrette, issue ce dernier mariage : « Theodorica 
filia Domine Margarete et quondam Godefridi die 
Lu. » (K. & S. N° 108). 

Jean (FV) de Berlaer, qui, à en croire Butkens, 
aurait été aussi seigneur de Mol * et de Lare, testa, 
le 12 juillet 1425, devant Petrus de Platea, prêtre 
et notaire à Helmond. Son testament le qualifie : 
« generosus Dominus providus et discretùs vir 
Johannes Dominus de Berlaer miles, Dominus 
Temporalis de Helmont et de Keerbergen. >^ Jean 
ordonne que son corps soit inhumé dans le chœur 
de l'église de Helmond. Il fonde des messes 
dans les églises de Helmond, Keerbergen, Bin- 
deren, Roosendael et Dinther, pour lui-même, 
son grand-père Louis, la femme de celui-ci, Jeanne, 
son -père Walomti, les frères et sœurs de ce dernier, 
sa m,ère Elisabeth Utenhoven et le père de celle-ci, 
Jean. En dehors d\in grand nombre de fondations 
pieuses, il affecte un capital à la construction, 
dans l'enceinte de la ville de Helmond, d'une nou- 
velle église en l'honneur de la Sainte- Vierge. Il 
dote de rentes ses filles naturelles Marie et Thier- 
rette, religieuses de Roosendael, et procréées avec 
« Domicella Germana de Osse, » ainsi que sa fille 
naturelle Elisabeth, engendrée avec Catherine 
Stokelmans. Il attribue également des rentes à sa 



' Comme ou le verra plus loin, les Berlo possédaient au commen- 
cement du XVII« siècle dans la seigneurie de Moll une cour censale 
dite « la censé de Helmond. « 



— 209 — 

fille Catherine, « Catherinae filiae'suae quam ge- 
nuit de Margarita fllia cuiusdam Huberti. » La 
domesticité reçoit des legs. Le testateur ordonne 
que celui des héritiers qui attaquerait sa dernière 
volonté perdrait tous ses droits et que sa part 
respective écherrait, moitié au duc de Brabant, 
moitié à l'évêque de Liège. Il désigne cinq exé- 
cuteurs testamentaires dont chacun doit recevoir 
une coupe en argent. L'acte se termine : « Acta 
fiierunt hic in oppido de Helmont in domo Margaritae 
filiae cuiusdam Huberti. » (K. & S. N° 95). 

Jean (IV) de Berlaer mourut peu de temps après 
la confection de ce testament. Butkens place sa 
mort en 1425. Toujours est-il qu'elle a eu lieu 
avant le 16 avril 1426. Ce fut ce jour-là que 
Louis de Helmond, bâtard, promit, par une charte 
donnée à Bruxelles, de maintenir, sa vie durant, 
l'amitié et la concorde avec « Jouffrouwen Kathe- 
rinen van Helmont, mijnre wittiger suster, vrouiven 
Margrieten V7^ouicen van Helmont, haere moeder 
ende hoeren anderen hijnderen, mijne bruderen ende 
susteren, » et de faire cesser toute dissension et 
discorde (K. & S., n° 97). Un documeut du 9 dé- 
cembre 1418 nous fait connaître un autre bâtard 
de Jean de Berlaer, savoir Henri de Helmond, qui 
promet à son u lieven gheminden Heer ende vader 
mijnen Heren Johan van Berlaer, Herr van Hel- 
mont ende van Keerberghen, w de ne plus s'atta- 
quer ni à lui, ni à ses sujets, mais de lui être 
toujours fidèle et dévoué (ib., N'' 82). 

J. Th. de Raadt, 
(A continuer.) 



210 — 



LES 

ARCHIDUCS ALBERT ET ISABELLE 



ET LA 



Relique du saint Clou vénérée à SoleilmoDt\ 



Afin de confirmer l'authenticité de la sainte 
relique qu'ils étaient si heureux de posséder, les 
nobles Princes voulurent connaître les circon- 
stances de sa donation au monastère cistercien. 
Déjà le 19 septembre, M. Fritema avait commu- 
niqué à M. Dellafaille un extrait du rapport fait 
au début de la négociation, par Gramaye sur le 
saint Clou de Soleilmont. Ces renseignements 
devaient permettre à ce dernier d'aller chercher 
en Allemagne, une preuve authentique de ses 
afiirmations relatives au saint Clou conservé dans 
la ville de Cologne. M. Dellafaille transmit au 
protonotaire l'extrait susdit et l'expression du 
désir du Pxànce (21 septembre). 

' Suite. Voir Messager des Sciences histor,, V^ liv. 1889, p. 57, 



- 211 - 

Le même jour, Févêque de Namur écrivait au 
secrétaire d'État qu'après avoir rédigé le procès 
verbal de la répartition du saint Clou, il hésitait 
à l'envoyer, car il venait de recevoir la missive 
dont l'avait honoré Son Altesse, pour savoir 
comment et à quelle époque ce Trésor avait été 
donné à Soleilmont. Il serait difficile, ajoute le 
prélat, de répondre à ces questions; les lettres 
de donation sont perdues ; il ne reste que la tra- 
dition locale d'après laquelle la relique viendrait 
de Cologne. C'est pourquoi à défaut de documents 
écrits, l'évêque se bornait présentement à expédier 
une copie des lettres testimoniales dressées anté- 
rieurement, avec prière à sa Seigneurie de bien 
vouloir donner son avis. 

Une lettre, sans date, adressée par M. Della- 
faille à l'évêque de Namur, accuse réception de 
l'attestation envoyée le 21 septembre. L'Archiduc 
demande qu'elle soit rédigée en forme authen- 
tique, et prescrit de faire des recherches sur la 
tradition qui raconte l'origine de la sainte relique 
et sa translation de Cologne à Soleilmont, Ces 
dernières recommandations devaient être fidè- 
lement observées par le prévôt Gramaye, lors de 
son voyage en Allemagne. 

A son arrivée à Cologne, le 26 septembre, il 
s'informa, par ordre de son Altesse, de la valeur 
de l'attestation du sieur Berlaimont, insérée dans 
le procès verbal de l'évêque de Namur. 

Le dit Berlaimont certifiait avoir vu à Cologne, 
où l'on conserve la partie inférieure du saint 
Clou, une note manuscrite où est relatée la cession 



— 212 — 

du reste de ce Clou, par le doyen du Capitole, à 
sa sœur prieure d'un monastère situé sur les 
confins du pays de Namur. Il déclarait en outre 
qu'ayant rapproché la partie du Clou conservée 
à- Cologne, de celle de Soleilmont, elles s'adap- 
tèrent parfaitement, preuve que la relique du 
monastère bernardin avait été détachée de celle 
de l'église du Capitole à Cologne. En l'absence 
de l'abbesse de Notre Dame du Capitole, le com- 
missaire royal, Gramaye, accompagné du doyen 
de saint Cunibert et du doyen dage du cha- 
pitre, en présence de plusieurs membres de 
la communauté, fit, sur les lieux mêmes, de 
longues recherches concernant l'origine de la 
sainte relique. 

Voici le résultat de ses investigations : Quant 
à la relique conservée à Cologne, comme elle est 
enchâssée dans un reliquaire en argent, il a été 
impossible d'en donner les dimensions exactes. 
Ensuite, on s'est rendu à la salle des archives, où 
de longues et minutieuses recherches n'ont pu 
fournir aucun document authentique sur l'époque 
et les circonstances de la translation à Soleil- 
mont, d'une partie du saint Clou que possède 
la ville de Cologne. Cependant il est rapporté 
dans un vieux registre que l'empereur Henri 
envoya à l'église du Capitole de nombreuses 
reliques, avec des parcelles du bois de la vraie 
croix, de la crèche, des clous de la Passion, etc. 
Si plusieurs parties de ces clous ont été trans- 
portées à Cologne, on pourrait jjrésumer qu'une 
d'elles fut donnée à Soleilmont, sans qu'il y ait 



— 213 — 

besoin de la détacher d'un autre fragment. Dans 
le mémorial des bienfaiteurs de Notre-Dame du 
Capitole, on trouve le nom d'un Théodoric de 
RocHefort, qui serait, selon les mémoires et les 
Chartres de Soleilmont, le donateur de l'insigne 
relique. Ceux qui pensent que le saint Clou fut 
envoyé par le doyen du chapitre du Capitole, sont 
dans l'erreur, puisque depuis trois siècles, cette 
église n'avait plus de doyen, et une si longue 
période nous ramène à une date antérieure à celle 
où le monastère de Soleilmont fut fondé. Les 
dames H. de Verneburch et J. Misnich, chanoi- 
nesses du Capitole, disent avoir lu qu'il a existé, 
entre le chapitre du Capitole et le couvent de 
Soleilmont, une convention d'après laquelle, à la 
mort d'une religieuse de l'un ou de l'autre des 
deux monastères, un service serait célébré dans 
chacune des deux maisons. M. Jean Cock a mon- 
tré, dans la nef gauche de l'église, un monument 
funéraire presqu'effacé, où l'on voit représenté un 
prêtre, du nom de Jean Virsel, tenant entre les 
mains deux particules d'un des clous de la Passion. 
Dans l'obituaire du Capitole, on fait, le 8 dé- 
cembre, la mémoire suivante : « Est décédée 
« notre sœur Oda, abbesse de Solmont, sœur à 
« monsieur Jean Virsel. « 

D'après ces indices il paraît vraisemblable que 
la division du saint Clou fut faite entre le chapitre 
du Capitole et le monastère de Soleilmont du 
vivant de Jean Virsel, à qui des hommes peu 
familiarisés avec les dignités du chapitre Capi- 
tolin, ont donné le nom de doyen, et c'est de ce 

14 



— 214 — 

partage que naquit l'union spirituelle des deux 
monastères. En outre il semble que le saint Clou 
fut apporté de l'Orient à Cologne par l'Empereur 
Henri, qui l'aurait obtenu par l'intercession de 
Théodoric de Rocbefort. Le dernier jour de sep- 
tembre, comme les recherches aux archives du 
CajDitole ne donnaient aucun résultat sérieux, le 
révérend doyen de saint Cunibert, sur les instances 
du protonotaire Gramaye, se chargea d'écrire à 
l'abbesse du Caj)itole. Voici l'analyse de la réponse 
de la révérende supérieure, en date du 11 octobre. 
Madame Guda Winckelhausen déclare qu'elle n'a 
rien trouvé concernant les reliques du saint Clou 
dans les livres et les papiers de la trésorerie. 
Aussitôt que sa santé lui permettra de se rendre 
à Cologne, elle aura soin d'examiner s'il existe 
encore des documents à transmettre à M. Jean 
Gramaye . 

Nous ignorons complètement quel fut le ré- 
sultat des recherches ultérieures, et aussi ce 
qu'est devenue, après le décès de l'Archiduc et 
de sa pieuse épouse l'infante Isabelle, la relique 
du saint Clou que leur avait cédée Soleilmont '. 



1 Voici une note que M. Piot, le savant archiviste du royaume, 
a bien, voulu nous communiquer à ce sujet : « cette relique est 
« restée la possession de l'infante Isabelle jusqu'à sa mort. Par son 
« testament elle a légué à l'église de Sainte Gudule, à Bruxelles, 
« les nombreuses reliques enchâssées d'or d'argent et de pierreries 
« précieuses qu'elle possédait dans son oratoire. Dans la liste de ces 
« objets, je vois figurer un clou creux, en or, orné de 156 diamants 
n et contenant un morceau de la vraie croix. J'ignore si c'est le 
« saint Clou provenant de Soleilmont. S'il en est ainsi, ce serait 
« l'église de Sainte Gudule qui serait devenue, après la mort 



— 215 — 

Malgré les vicissitudes diverses quelle a subies, 
l'abbaye de Soleilmont, outre la parcelle du saint 
Clou, a conservé la cassette et le portrait dlsa- 
belle, offerts par les Archiducs à labbesse Jacque- 
line Colnet, en retour de la précieuse relique. 
Ce portrait représente l'Archiduchesse en costume 
de tertiaire de l'ordre de saint François. Les 
connaisseurs en admirent la délicatesse et lattri- 
buent à Rubens. 

Nous terminons cette notice analytique par la 
description succinte de la cassette qui contenait 
une partie considérable des ossements de sainte 
Lidw'ine. 

La cassette, ou coffret, en écaille transparente 
très mince, se compose d'une boîte rectangulaire 
et d'un couvercle semi-rond ; elle est chargée de 
ciselures très délicates en argent. Des ornements 
à rinceaux garnissent les angles supérieurs et 
inférieurs de la boite, ainsi que la base du cou- 
vercle. La même ornementation simule des pen- 
tures et se retrouve à la face antérieure et posté- 
rieure ; au milieu de la première est une petite 
serrure mignonne, très élégante, dont le loquet 
a la forme d'une cariatide. Les extrémités de la 
boîte s'appuient sur des boules cannelées. Les 
deux faces extrêmes sont munies d'une anse que 
tiennent deux gueules de lion. Ce petit meuble, 
vrai bijou dans son genre, mesure 12,0 de hauteur 



« d'Isabelle, propriétaire de cette relique. » Ce clou creux, en or, 
n'était il pas destiné aussi à contenir le fragment du saint Clou 
concédé aux Princes ?... 



— 216 — 

sur 18,0 de largeur. C'est un souvenir dont la 
richesse ne réside pas seulement dans la matière 
ou dans le travail de l'ouvrier, mais surtout dans 
le caractère de la relique qu'il a renfermée et dans 
la noblesse des pieux donateurs. 

Dieu veuille qu'échappées aux naufrages des 
temps de révolution, ces épaves précieuses d'un 
autre âge soient désormais à l'abri de toute 
profanation î 

I. Van Spilbeeck, 

Dr à Soleilmont. 



— 217 



3Sr O T E 



SUR 



LE •• AVATERMOLEN ^ 

DE G AND. 



-«>t^5X(»>3':>- 



Le moulin à eau de Gand fût loué le 25 Germinal 
an IX aux citoyens Boelaert et Van Wyck. 

Le prix annuel du bail était de fr. 11,500 \ 

On conçoit que ce prix considérable devait être 
le résultat d'un faux calcul ou d'une erreur. 

Aussi, de prime abord, les locataires obtinrent- 
ils une réduction de fr. 4,000, de sorte que le prix 
réel du bail fut abaissé à fr. 7,500. 

Ce prix fut, sans doute, trouvé encore beaucoup 
trop élevé, car au mois de Fructidor an X, les 
citoyens Boelaert et Van Wyck sollicitèrent la 
résiliation de leur bail. 

Le conseil municipal autorisa le Maire à accepter 
cette résiliation. Ce magistrat dût, conformément 
aux lois de l'époque, en référer au Préfet. 

Dans la lettre datée du 3 Frimaire an X adressée 
à ce haut fonctionnaire, le Maire de Gand, qui 
était alors le citoyen De Naeyer, ne se dissimule 



- 218 — 

point que « la position des citoyens Boulaert et 
« Van Wyck ne soit très fâcheuse et qu'elle ne mé- 
« rite toute la bienveillance de T administration. » 

Mais, le citoyen Boulaert ayant cru que ses 
engagements envers la ville avaient cessé à dater 
du jour où il avait dénoncé le contrat, et ayant 
entrepris de démontrer cette prétention par un 
mémoire de 18 pages, le Maire De Naeyer dit à ce 
propos dans la même lettre « ce mémoire long et 
« fastidieux qui renferme quelques vérités et 
« plusieurs erreurs se réduit à ce qu'il aurait été 
« empêché dans sa jouissance : 

« 1° Par la vétusté du moulin; 

a 2° Par la mauvaise administration des eaux ; 

« 3" Par l'établissement d'un second moulin à 
« farine érigé depuis le contrat. 

« On peut répondre au locataire qu'indépen- 
« damment de l'exagération que ces allégations 
« paraissent renfermer, il a connu et dû connaître 
« l'état et la situation du Moulin, à l'époque du 
c( contrat, que quant à la prétendue mauvaise 
« direction des Eaux, les clauses et conditions du 
« Bail portent que pour la police des Eaux, le 
(( preneur aura à se conformer aux ordres de la 
« même direction, sur le même pied que les autres 
« établissements de même nature. 

« Que pour ce qui concerne l'érection d'un 
« second moulin depuis l'époque du contrat, 
« l'administration ne leur a pas loué la bannalité 
« du moulin ni le droit exclusif de moudre de la 
« farine, mais seulement l'usage du même moulin, 
(( aux termes des lois existantes, etc. » 



219 — 



Quoi qu'il en fût, le Maire finit par aviser 
favorablement la requête des locataires, et, le 
13 Frimaire an X, le Préfet Faipoult autorisa la 
résiliation du bail. 



Le lendemain, 14 Frimaire an X, le Préfet 
reçut une nouvelle lettre du Maire conçue dans 
ces termes : 

Gand, 14 Frimaire an X. 

Le Maire de la vu^le de Gand, 
Au Préfet du Département de l'Escaut. 

Citoyen Préfet ! 

J'eus riionneur de vous transmettre le 3 du cour' la 
lettre apologétique {sic) du citoyen Boulaert, par laquelle 
il tache d'établir juridiquement la résiliation de son bail 
du moulin à eau appartenant à cette ville, à dater du 
20 Fructidor derni"; je vous ai soumis mon opinion à 
ce sujet. 

Le citoyen Boulaert avait déjà depuis quelque tems 
formé le projet d'acquérir ce moulin en bail emphitéotique 
ou à long terme, il vient de m'en faire la soumission en 
due forme. 



j'ai l'honneur de vous saluer. 

De Naeyer. 

Voici quelques extraits assez intéressants de la 
soumission du citoyen Boulaert. L'orthographe et 
le style en sont scrupuleusement respectés. 

J'ai fait faire, dit Boulaert, un devis estimatif des objets 
de Maçonnerie, charpente et de mécanique qui doivent 
être mis à neuf pour travailler avec sécurité. 



— 220 — 

L'Estimation faite d'après la plus grande solidité, parce- 
qu'en principe tout méchanique tient la facilité et la justesse 
de son mouvement de la solidité de ses parties. 

Les devis estimatifs portent le coût des réparations 
à £ 2400 de change 30476 francs. 

Dans le tems présent ce capital est effrayant et sous tous 
les rapports un citoyen qui l'Employé à la restauration 
d'une propriété communale, ne doit se déterminer que 
d'après de bonnes assurances, parce que tous les risques 
sont pour lui, tous les avantages pour la commune. 

Suit réniimération, offrant peu d'intérêt, des 
divers faits à prendre en considération « pour 
a traiter cette affaire avec la prudence et le sang- 
ce froid qui puissent garantir les intérêts publics 
« et les miens. » 

Plus loin le citoyen Boulaert « expose au 
« grand jour le produit présumable du travail 
« du moulin. » 

Dans les fabriques le prix des marchandises varie : on 
fait des hazards dans l'achat des matières premières; on 
espère de faire des coups, on rencontre à tout instant des 
profits inattendus. 

Ici le moulin à farines est un ouvrier à la journée, ses 
salaires sont fixés, ils ne s'augmentent pas ; toute la change 
qu'on court est d'avoir à moudre quelques sacs de plus un 
jour que l'autre. 

Après avoir fait cette comparaison entre l'in- 
dustrie des fabriques où « l'on fait des hazards » 
et où « l'on espère de faire des coups » et celle de 
la meunerie, dans laquelle sa mauvaise étoile l'a 



— 221 — 

jeté, le citoyen Boulaert, qui paraît avoir été un 
homme très entendu en affaires, appréhende la 
concurrence : 

De nouveaux moulins à farines s'établiront encore, il est 
par conséquent impossible de compter sur un produit fixe, 
parce que rien ne peut vous le garantir. 

Après cette considération, dont on aurait mau- 
vaise grâce à méconnaître la justesse, le meunier 
du « Watermolen » se plaint un peu « des besoins 
« publics qui exigent l'ouverture de quelques 
« Ecluses » et surtout « de la coutume d'ouvrir 
« celles du moulin de la ville dit Brantshnjsen, » 
cela, évidemment, parce qu'alors « le moulin ne 
({ peut tourner, » et finit par déclarer « que dans 
« l'état présent du moulage, le produit moyen du 
« moulin est de six florins par jour. » 

Mais ce faible rapport doit être attribué au 
mauvais état du moulin et il ajoute immédiate- 
ment après : 

Supposons que par la suite il peut rapporter tout au plus 
onze florins par jour; cela fait par an fl. 4015 en francs 7284. 
Il me faut dépenses indispensables 

4 ouvriers à fl. 6 par semaine JE 208 

chariot deux chevaux Entretien 80 

réparations par an 300 

direction 60 

J6 648 

Ce qui fait flor. 3888 en fr. 7053. Il me reste donc pour 

le fermage, pour la nourriture et le vêtement du locataire, 

pour événemens imprévus, dépérissement des chevaux et 



— 222 — 

autres 231 francs; et si d'autres moulins venaient à s'éta- 
blir encore que resterait-il au Locataire ? 

Il est clair qu'une erreur incompréhensible porta le fer- 
mage du moulin à 11500 francs et qu'il est impossible 
qu'aucun homme qui veut y vivre puisse en rendre autant 
de cent francs que l'adjudication porte de mille. 

Supj)Osons maintenant la restauration faite et qu'elle 
n'ait coûté que £ 2400 de gros de change f 30476. 

L'intérêt à 6 o/o argent pour argent portera par années 

en Livres de gros courant £ 168 

ouvriers 208 

chariots et chevaux. Entretien 80 

réparations annuelles 100 

Direction 60 

Frais indispensables £ 616 

ce qui fait en florins 3636, en francs 6595. 

En supposant toujours le même produit de 7284, il résul- 
tera qu'au bout de l'an, le fermier aura pour fermage et 
ses peines 689 francs. Ce calcul est juste et peut être vérifié. 

Il en résulte, conclut le citoj'en Boulaert, que jamais ce 
moulin n'a pu et ne peut rapporter à la commune de Gand 
au maximum que 6 à 700 francs par an, année commune. 

En outre, il en résultera que la restauration doit tourner 
toute entière au détriment du locataire. 

Après avoir ainsi longuement exposé la situa- 
tion, il arrive finalement à faire connaître les 
conditions auxquelles il veut prendre le « Water- 
molen » à bail emphytéotique. 

Il s'engageait notamment à consacrer à la res- 
tauration du bâtiment « M 2400 argent de change 
pas plus, » et à payer un loyer annuel de mille 
francs pendant un terme de 30 ans. Mais il n'en- 
tendait pas que l'on ouvrît les écluses dites 



— 223 — 

« Brantsluijsen. » et la commune devait s'en- 
gager, en cas de nécessité, à ouvrir << celle de 
« S'' Lievenspoort ou celle de Keijserspoorte. » 

Le Préfet et le Maire furent d'accord pour 
exiger que le soumissionnaire s'engageât « à 
« construire les ouvrages sous le rapport de leur 
« solidité et les bâtiments sous celui de la déco- 
te ration conformément aux plans exhibés, para- 
ce plies par le maire » et, à cet effet, « le citoyen 
« Boulaert y emploiera les sommes nécessaires. » 
De plus, en ce qui concerne la question de l'ou- 
verture des écluses, l'avis du Maire adopté par le 
Préfet, porte : « A suivre à cet égard comme par 
« le passé , les règlements de la police et les ordres 
« de la navigation. >- 

Le citoyen Boulaert adhéra, du reste, aux 
conditions qui lui furent imposées et le 10 Ther- 
midor an X, le Préfet prit un arrêté chargeant le 
citoyen Beaucarne, conseiller de préfecture, de 
faire promptement une information de commodo 
et incommode. 

Celle-ci fut tenue le 14 Vendémiaire an XL 
Le citoyen Charles-Livin Beaucarne en dressa 
procès-verbal duquel il résulte qu'il fit <( compa- 
raître devant lui plusieurs citoyens domiciliés 
dans la dite ville, que, par leur moralité et leur 
connaissance, il a crû les plus en état de donner 
des renseignements surs et positifs sur l'utilité 
ou rinconvénient que présente la prédite sou- 
mission, lesquels après avoir été instruits de 
l'objet sur lequel ils avaient à parler, ont res- 
pectivement donné leur déclaration, dont le 



— 224 — 

(c résultat est, que la soumission du c° Boulaert 
« doit être considérée sous trois différents rap- 
« ports, savoir : 

« Sous le rapport de l'intérêt de la ville ; 

« Sous celui de la navigation, 

« Et enfin sous celui de l'intérêt particulier des 
« meuniers de la ville. 

« Qu'en l'examinant sous le premier rapport, 
« ils observent que la soumission du c° Boulaert 
« et l'avis du maire y ensuivi sont principalement 
« basés sur ce que l'état actuel des finances de la 
« ville ne permet pas d'emploier aux réparations 
« du susdit moulin une somme de £30476,18 cen- 
« times. Qu'il est vrai, que ce moulin se trouve 
« dégradé, qu'il est urgent d'y faire les répara- 
« tions nécessaires ; mais qu'il est aussi reconnu, 
« que ces réparations ne doivent pas être effec- 
« tuées toutes à la fois, qu'elles peuvent se faire en 
« deux ou trois ans, vu que l'une partie du moulin 
« peut travailler pendant que l'autre est en répa- 
« ration, qu'ainsi la somme de f 30476,18 cent., 
« répartie sur trois ans, ne portera pour chacun 
« d'iceux que celle de f 10158,72 cent., somme 
« qui n'est pas si excessive pour que la ville ne 
« puisse pas y faire face, considérant que le fond 
« que lui donne l'établissement de l'octroy muni- 
« cipal, la met à même de faire des dépenses 
« extraordinaires. 

« Que ce moulin, lorsqu'il sera duement ré- 
« paré, si la ville le donne en bail pour le 
« terme ordinaire, donnera un revenu annuel de 
c( f 8000, etc. )) 



— 225 — 

Conclusion : la soumission du c" Boulaert ne 
présente aucune utilité pour la ville de Gand. 

Les opposants considèrent ensuite le tort que 
causerait cette soumission à la navigation : l'ex- 
ploitation de son moulin exigera <( un écoulement 
« d'eau qui puisse le faire agir continuellement, 
« et cette perte d'eau pourra mettre un obstacle 
« à la navigation. » 

En troisième lieu cette soumission est « contraire 
« au but et à l'usage, pour lequel ce moulin a été 
« construit, étant reconnu qu'il a été bâti, et que 
« jusqu'à ce jour il a été considéré comme un 
« moulin subsidiaire aux moulins à vent, c'est- 
« à-dire pour que lorsque les moulins des parti- 
ce culiers ne peuvent suffire à défaut de vent ou 
« pour toute autre cause, à moudre la quantité 
u de grains nécessaire pour la consomption des 
« habitants de la ville, on puisse y suppléer par 
« le moulin susmentionné, étant le seul moulin 
« à eau à moudre de grain qui se trouve dans 
« l'enceinte de la ville. 

« Qu'il est reconnu que ce moulin travaillant 
« avec trois meules, peut fournir une quantité de 
« farine plus que suffisante pour la consomption 
« de tous les habitants de la ville, que pouvant 
« agir continuellement, tandis que les autres 
« moulins à vent se trouvent souvent dans le cas 
« de devoir reposer à défaut de vent, le preneur 
« en bail aura le moyen d'obliger les consomma- 
« teurs à porter leur grain à son moulin, et de le 
(( rendre ainsi virtuellement bannal, ce qui cau- 
« sera la désolation des autres meuniers et la ruine 
« d'un grand nombre de familles. » 



— 226 — 

Les citoyens connus <( par leur moralité et leur 
connaissance » conclurent évidemment dans un 
sens défavorable à la demande du c"^ Boulaert. 

Le 22 Vendémiaire an XI, le Préfet transmit ce 
procès-verbal au Maire de Gand en l'invitant « à 
soumettre le tout au conseil municipal. » 

Ce dernier, en séance du 11 Prairial an II, 
accorda au citoyen Boulaert « la régie du moulin 
au compte de la commune » à raison de mille 
francs Tan, ce à dater du 20 Fructidor an IX, 
c'est-à-dire à partir de la date à laquelle la rési- 
liation de ce fameux bail à long terme, à raison 
de fr. 11500 Tan, fut résolue. 

AcH. G. 



— 227 — 



VARIÉTÉS 



CHRONIQUE GANTOISE. 

Époque de l'établissement des voisinages. — Dans le 
second volume de nos Pages d'histoire locale gantoise, en 
nous occupant de Tinstitution si utile des voisinages, nous 
avons dit qu'il était impossible de fixer avec précision 
l'époque de leur création à Gand. Nous avons également 
ajouté qu'il n'y avait aucune témérité à affirmer que les 
voisinages, organisés officiellement par la commune, exis- 
taient déjà au XI V^ siècle. 

Un document, récemment mis en notre possession, tend 
à confirmer cette dernière opinion. C'est un registre de 
recettes du voisinage de la porte aux Chaudrons (Ketel- 
poort). Ce voisinage, qui commençait au delà du pont des 
Chaudronniers actuels, appartenait à la juridiction des 
abbés de Saint-Pierre, L'administration civile de l'abbaye, 
en établissant des voisinages dans les quartiers faisant 
partie de son territoire, n'aura fait qu'imiter ce qu'elle a vu 
exister sur le territoire de Gand. Disons, en passant, que 
beaucoup de lois et de règlements de la ville de Gand 
étaient aussi en vigueur dans la commune de Saint-Pierre. 
La grande charte de 1297, notamment, portait que les 
voorgehoden de Gand devaient également être observés dans 
les communes de Saint-Pierre et de Saint-Bavon. 

Ce registre commence à l'année 1473 et, point impor- 
tant à noter, renvoie aux anciens registres. C'est ce que 



— 228 — 

fait connaître le doyen Liévin de Grutere à la première 
page de son nouveau livre, où il écrit : 

« Desen nieuioen bouc heeft gemaect Lievin de Grutere f^ 
» pieters vuten houden bouche ende heeft aile de artykelen 
» van den houden bouche hier inné ghestelt ende oec aile de 
» personnen die inden houden bouc stonden sonder uutghe- 
» daen toaren ende haer doetghelt betaelt hadden. » 

Ce livre de recettes est, croyons-nous, le document le plus 
ancien, concernant les voisinages, qui existe soit dans les 
dépôts publics, soit dans les collections particulières. Sa 
valeur, au point de vue historique, est d'autant plus consi- 
dérable qu'il fait mention, comme nous venons de le dire, 
de registres antérieurs à 1473, houden bouc. 

Le doyen du voisinage de la Ketelpoort, pour l'année 
1473, était Liévin de Grutere. Son compte de recettes ren- 
seigne les sommes payées par les voisins : 

« Dit naer volghende zyn de persoenen die ic Lievin de 
» Orutere ontfaen hebben als dekin van onse lieve vrouwen 
» vander Ketelpoorten binnen mynen tyde met minen mede- 
» ghesellen intjaere anno 1473 : 

» Eerst Lievin de Orute /"* Pieter .... ii se. gr. 

» A ntonius de Ruuc x gr. 

» Lievin Meer sonne vi gr. 

» Lievin Temmerman xii gr. 

» Pieter Drieghe vi gr. 

» Jan de Smet x gr. 

» Heynderic Smesnian xii gr. 

» Gillis vander Donct xx gr. 

» Mattys van de Walle ooy gr. 

» Pieter A elgoet iisc.gr. 

» Loey de Coiipere xii gr. 



— 229 — 

Ces sommes, payées par les voisins, comprennent les 
dettes mortuaires, les hienvenues (jonsten), les amendes, etc., 
dont le détail se trouve probablement consigné dans un 
autre livre tenu par le doyen. 

Les assemblées officielles et les réunions particulières des 
habitants d'un voisinage étaient toujours suivies d'une 
partie gastronomique : un ou plusieurs grands banquets 
à répoque de la reddition des comptes ou de l'élection du 
doyen et de la doyenne ; un repas plus modeste le jour des 
réunions ordinaires. La boisson était fournie par les voisins 
et par les voisines qui, à titre d'amende ou de bienvenue, 
offraient de la bière et du vin ou l'équivalent en espèces. 
C'est ce qui résulte des articles suivants qui figurent dans 
le même compte de 1473 : 

« Lievin Goethals fs. Jacoh een vat ghens hier ofxxgr. 
» daer syn xoyf voren comt. 

» Jan vande Poêle ende syn xoyf elc een vat ghens Mer of 
» XX gr. voor elc vat. 

» Item de vrauioe vanderdonekt eenen sioop ryns icyns 
» van den beste die men vinden sol. » 

Nous terminons ici ces citations que nous avons simple- 
ment données à titre de curiosité et pour indiquer de quoi 
se composaient les ressources ordinaires dont les voisinages 
disposaient à cette époque. Le but de notre notice a été 
uniquement de faire connaître un document très intéressant 
pour l'histoire de nos anciens voisinages, considérés comme 
une institution politique fonctionnant déjà dès le XV^ siècle 
et antérieurement. 

Voici, d'après le préambule du règlement de 1727, de 
quelles rues se composaient ce voisinage : 

» Ordonnantie ende statut gemaeckt by sieur Jan Gre- 
» nier, fs. Jans deken ende ghemeene ghebueren vanden 

15 



— 230 — 

» gilcle ende ghehuerte van de Ketelpoorte in den neder 
» cautère St. Pieters heginnende van aen de selve Ketel- 
*> poorte streckende lancxt het Roosestraetjen , de corte 
» Hoog-poort straete, lancxt het Pleyntjen, Ketelvest, lancxt 
» het Lindestraetjen, ende van daer door de Savaenstraete 
» tôt op den voorseyde Neder Cautère. 
» Actum int Collegie van 18 fehruari 1727. » 

La rue, nommée dans ce règlement de corte Hoogh Poort 
straete, est celle qui débouche sur la plaine des Chaudron- 
niers; elle a conservé son ancienne qualification. Quant au 
Lindestraetje, la place qu'elle occupe dans l'énuniération 
des rues dont se compose ce voisinage nous fait supposer 
qu'il s'agit de la rue, conduisant du rempart des Chaudron- 
niers à la rue Savaen et nommée aujourd'hui rue Sainte- 
Barbe. C'est pour le même motif que nous croyons que la 
Roosestraatjen désigne la rue aux Fleurs actuelle, dans 
laquelle aboutit la rue appelée RoosendaelAen (vallée aux 
Roses). P. C. 



Proclamations de victoiee. Époque française. — En 
parcourant les pièces de nos archives communales, connues 
sous la dénomation de Ontvangene Brieven, nous avons 
trouvé dans la série B^ plusieurs messages par lesquels 
l'autorité supérieure, pendant l'annexion de notre pays à la 
France, annonçait à l'administration municipale de la ville 
de Gand les victoires remportées par les armées françaises. 

Toutes ces lettres étaient rédigées dans ce style ampoulé 
et boursouflé, en usage dans les documents officiels de cette 
époque. En voici trois que nous prenons au hasard parmi 
les proclamations de victoire de l'an VII et de l'an VIU. 

Le 27 janvier 1799 la forteresse d'Ehrenbreitstein, près 
de Coblentz, tomba au pouvoir des Français qui l'occupèrent 
jusqu'à la paix de Lunéville (9 février 1801). C'est en vertu 



— 231 — 

du traité, connu sous le nom de traité de Lunévilie, que 
la France obtint la rive gauche du Rhin, La lettre suivante 
fit connaître cet événement à la ville de Gand : 

« 13 pluviôse septième année. 
» L'administration du département de VEscaiit à Vadmi- 
» nistration municipale du canton de Gand. 

» Citoyens, 

» Nous nous hâtons de vous annoncer que la forteresse 
» d'Erenbreistein a capitulé le 8 de ce mois et qu'elle est 
» maintenant au pouvoir de la république. Nous sommes 
» persuadés que vous vous empresserez d'annoncer à vos 
» concitoyens cette intéressante nouvelle qui doit combler 
» de joie les républicains et faire le désespoir des ennemis 
» du gouvernement. 

» Salut et Fraternité. » Geaham. 

» Gréban. » 

Les signataires de cette pièce étaient deux Français : le 
premier, président, le second, secrétaire général de l'admi- 
nistration centrale du département de l'Escaut. 

Le 19 septembre 1799 les troupes du général Brunne 
défirent à Bergen, en Hollande, l'armée anglo-russe com- 
mandée par le duc d'Yorck. 

On publia ce nouveau triomphe des armées françaises en 
termes pompeux : 

« Sixième jour complémentaire, septième année 
» de la République une et indivisible. 

» L'administration du département de l'Escaut à Vadmi- 
» nistration municipale de la ville de Gand. 

» Citoyens, 

» Les sons de la cloche de triomphe retentissent enfin 
f> à vos oreilles impatientes ; ils vous annoncent la nouvelle 



— 232 — 

» officielle d'une victoire signalée remportée en Batavie 
» par l'armée commandée par le général Brunne qui a 
» débusqué l'ennemi de ses retranchements les 3^ et 4^ com- 
» plémentaires, 

» BOOO Russes et quelques Anglais tués ; 2000 Russes pri- 
» sonniers; leur général lui-même pris; 30 pièces de canon 
» et six drapeaux sont les fruits de cet heureux événement. 

» Veuillez, citoyens, faire annoncer avec éclat aux habi- 
» tants de cette commune cette heureuse nouvelle, qu'on 
» peut regarder comme le prélude de la destruction pro- 
» chaîne des féroces insulaires et des barbares du Nord 
» qui ont osé aborder sur un territoire libre défendu par 
» une armée d'invincibles, 

» Salut et Fraternité. » Graham. 

» Gréban. 

» P. S. Il convient que ce soir vous fassiez annoncer 
» cette victoire sur le grand théâtre de cette commune. » 

Au théâtre flamand, dont les représentations se don- 
naient au Salon du Mont-Parnasse, quai au Bois, des airs 
patriotiques furent chantés pendant la soirée. ;Nous lisons 
à ce sujet dans la Gazette van Gent : 

« Het genootschap ter bevordering der Tael en Tooneel- 
» hunde zal op haere gewoonlyke Schouicburg den Par- 
» nassus-Berg, op d'Houtley, den 6 complémentaire, ver- 
» toonen BRUTUS, Treurspel in 5 bedryven, gevolgt door 
» de VYF MEDEMINNAERS. Tusschen de twee stuhhen 
» zullen er verscheyde nieuwe vaderlandsche GEZANGEN 
» gezongen icorden, de looorden door N..., en het muziek 
» door P. Verheyen, » 

La Gazette van Gent ne parle pas de la représentation 
donnée au Grand-Théâtre. 



— 233 — 

Au mois de juin 1800 le général Moreau, à la tête de 
Tarmée du Rhin, battait le corps d'armée du général 
autrichien Kray dans une série de combats auxquels on 
donna le nom de bataille de Hochstedt. L'armée autri- 
chienne comprenait cent quarante mille hommes. 

Pendant ce temps Bonaparte continuait en Italie le cours 
de ses succès militaires. 

Une proclamation du préfet Faipoult, adressée au conseil 
municipal, fait connaître dans les termes suivants les vic- 
toires remportées par les troupes du général Moreau : 

« 7 messidor an VIII. 

» Le Préfet du département de V Escaut à l'administration 
» de la ville de Gand. 

y> Une dépêche télégraphique du 4 de ce mois nous apprend 
» que l'armée du Rhin s'apprête à rivaliser avec celle d'Italie. 

» Elle a passé le Danube, vaincu les autrichiens, pris 
» 3000 prisonniers et 14 pièces de canon. 

» Nouveau motif pour nous, citoyens, de crier vive la 
» République et de faire retentir dans les airs le signal 
» accoutumé de la victoire. 

» Je vous salue. » Faipoult.» 

Dans la même série de documents nous avons rencontré 
l'original de la lettre, par laquelle le préfet de l'Escaut 
annonce au maire de la ville de Gand que Napoléon vient 
d'être proclamé Empereur. Le style de ce message ne le 
cède en rien à celui des proclamations de victoire que nous 
venons de citer. La lettre est du 21 mai 1804 : 

« 1 Prairial an onze. 

» Le Préfet du Département de l'Escaut 
» Au maire par intérim de la ville de Gand. 

» Le Sénat a proclamé l'illustre Napoléon Empereur des 
» Français. Les destinées de la France, fixées par ce grand 
» événement, sont remises entre les mains d'un héros. 



— 234 — 

» Hâtez- vous d'annoncer au peuple ce qui fera sa joie 
» et ce qui était dans ses vœux. 

» Que la cloche, qui a si souvent servi à célébrer les 

» triomphes de Bonaparte, célèbre aujourd'hui la gloire de 

» Napoléon et le bonheur de la France. 

» Je vous salue. 

» Faipoult. » 

Le maire ad intérim, dont il est ici question, est J. délia 
Faille d'Hane. Il fut nommé maire de la ville de Gand au 
mois de juin et resta en fonction jusqu'en 1807. Il eut pour 
successeur le baron P. Pycke *. P. C. 



L'Hôpital de la Byloke a Gaxd, ex 1809. — Une 
intéressante notice sur l'hôpital de la Byloke a été donnée 
par M. Van Lokeren, dans le Messager des sciences histo- 
riques, en 1840 (pages 188-226). Pour la compléter et faire 
connaître l'état de cet hôpital au commencement de ce 
siècle, nous empruntons les lignes qui suivent à un docu- 
ment conservé aux archives des Hospices civils, le Mémoire 
sur la nécessité de changer le local de rhôpital civil, présenté 
à MM. les membres composant la commission des Hospices 
civils, par J. F. Kluyskens, chirurgien en chef de l'hôpital, 
portant la date du 24 février 1809. 

« ... L'hôpital civil ne contient, dit :\L Kluyskens, que 
114 lits; pendant une grande partie de Tannée les malades 
sont obligés de coucher à deux dans le même lit. Sous la 
même couverture reposent souvent des maladies différentes 
et contagieuses... -. 

i Pages d'histoire locale gantoise, 2"* volume. 

2 D'après M. Vandermeersch, État de la mendicité et de la bien- 
faisance... la population moyenne de l'hôpital était, en 1806, de 
158 malades, et en 1813, de 127. 

En 1837, M. Kluyskens disait, en séance du conseil communal : 

« L'hôpital de Gand ... ne contient aujourd'hui en totalité que 



— 235 — 

« Le local de l'hôpital est composé de deux vastes salles 
qui ressemblent, l'une et l'autre, à un ancien temple go- 
thique dont la voûte est très élevée, mais dont le sol, surtout 
celui de la première salle, est beaucoup plus bas que celui 
du terrain environnant. ' ... La première salle est la plus 
vaste; elle contient 7.5 lits et est consacrée aux maladies 
internes. ... La voûte est construite en bois et ressemble 
beaucoup à la cale d'un navire qui serait renversée. Les 
réparations annuelles qu'on fait à la toiture n'empêchent 
point qu'une forte pluie ne la perce chaque fois, et que 
la neige même n'y passe à travers et tombe sur les lits des 
malades. La grande élévation de cette voûte, jointe au peu 
d'élévation du sol, rendent cette salle très froide. En hiver 
les malades y peuvent à peine résister dans leurs lits, et 
leurs boissons et aliments sont presque toujours gelés. Les 
fenêtres de cette salle sont dépourvues de vitrages et sont 
fermées par de larges battants de bois, de sorte qu'on ne 
peut les ouvrir qu'au milieu de l'été, et lorsqu'il ne fait 
presque pas de vent. Ces fenêtres se trouvent à une très 
grande élévation au dessus des lits et sont par cela même 
peu propres à renouveler l'air de la salle. 

« Les lits qui se trouvent dans cette salle sont disposés 
de manière qu'ils forment deux allées, dont l'une est destinée 
pour les hommes, l'autre pour les femmes. Tous ces lits 
sont faits de bois et ressemblent à des armoires ou des 
alcôves. L'air n'y a aucune circulation et la vermine s'y 
niche en quantité. 

deux cent cinquante huit lits, dont seulement cent et quarante huit, 
y compris le quartier des pensionnaires, sont affectés aux maladies 
internes. Aussi par le moindre accroissement d'une maladie régnante 
il y a encombrement. En ce moment où la grippe règne, on a été 
obligé de faire coucher plusieurs malades à deux dans un lit. » Mémo- 
rial adm. de la ville de Gand, XVI, p. 577. 

' Une vue extérieure de cette partie de l'hôpital a été donnée dans 
le Messager des Sciences, 1840, p. 222. 



- 236 — 

« Tous ces lits tiennent ensemble, et par conséquent on 
ne peut guère les nettoj^er ni les purifier de la contagion. 
Ils sont aussi tous placés clans leur longueur, ce qui empêche 
de voir le malade de deux côtés et de le pouvoir examiner 
comme il conviendrait. Dans quelques-uns de ces lits, il fait 
très obscur, ce qui est encore un obstacle à pouvoir faire 
la visite nécessaire du malade. 

« Dans chacune de ces allées, les malades sont couchés 
pêle-mêle; il est de toute impossibilité de séparer les 
maladies contagieuses des autres, les maladies aiguës de 
celles qui sont chroniques, et les malades, de ceux qui sont 
en état de convalescence ; de sorte que lorsque la contagion 
s'y développe, on ne peut jamais l'arrêter et un grand 
nombre d'individus doivent être nécessairement victimes 
de cette construction vicieuse de l'hôpital. Il n'y a non plus 
aucune séparation entre le quartier des hommes et celui 
des femmes, que celle qui résulte de l'adossement des lits, 
d'où peuvent naître les plus grands abus. 

« ... Un inconvénient non moins notable dans cette salle, 
c'est que la latrine pour les hommes malades est tellement 
mal située, qu'ils sont obligés d'aller à une certaine distance 
en plein air pour y arriver ; il n'y a pas même de toit qui 
les protège contre la pluie et la neige. Ils y sont exposés 
à toutes les intempéries de l'air. La latrine qui se trouve 
dans le quartier des femmes, n'est pas assez éloignée de ce 
quartier et y répand souvent une odeur infecte. Ajoutez 
à tous ces défauts de la salle, la chambre des morts qui y 
communique, et l'impossibilité où l'on est de chauffer la 
salle, vu la hauteur de sa voûte, et l'on trouvera une somme 
d'inconvénients trop graves pour que l'on puisse avoir de 
l'ensemble une idée d'hôpital. » 

Voilà les principaux défauts que l'auteur signale dans 
la grande salle ; et nous omettons bien des détails. Il 
passe ensuite à la salle des blessés, de construction moins 



-- 237 — 

ancienne. Celle-ci ne contient que trente-neuf lits, pour les 
deux sexes. « Les lits sont adossés aux murs dans leur 
longueur, ce qui empêche qu'on ait un libre accès aux 
malades. Le nombre des lits est insuffisant même lorsque 
les blessés y couchent à deux. Tous les jours, dit le chi- 
rurgien en chef, nous sommes dans le cas de devoir ren- 
voyer des malades pour faire place aux autres, ou d'en 
refuser faute de place. » 

Après avoir parlé des inconvénients d'une séparation 
insuffisante entre les hommes et les femmes, Kluyskens 
ajoute, quant à l'éclairage : « Ce quartier est aussi mal 
éclairé; il y a moins de fenêtres, et celles qu'il y a, sont 
fermées comme dans la première salle, par des battants de 
bois, d'où il résulte que le plus souvent on est obligé de 
faire sortir les malades de leurs lits pour les examiner dans 
un lieu plus clair. Il n'y a aucun lieu dans cette salle où l'on 
puisse convenablement placer les malades qui ont des cas 
graves. Les cris et les lamentations se communiquent à toute 
la salle, et un seul peut troubler le repos de tous. Cette 
salle n'est pas plus susceptible que la première, d'être 
chauffée ; chacune de ses allées étant peu large, les malades 
couchés près du calorifère seraient brûlés, tandis que les 
autres qui se trouveraient à une distance de là, n'auraient 
pas moins froid. 

« De cette impossibilité de chauffer convenablement les 
deux salles de l'hôpital est née l'erreur où l'on a été, d'éta- 
blir des chauffoirs, qui sont deux réduits malsains, sans 
aucun courant d'air, où les malades et les blessés de chaque 
sexe se rassemblent, et sont groupés autour d'un poêle 
ardent, qui est allumé depuis le matin jusqu'au soir. Outre 
que ces chauffoirs sont constamment remplis de malades, 
ils servent encore à faire sécher les compresses, les ban- 
dages, et même quelquefois les litteries, d'où s'exhale un 
air très corrompu, ce qui fait que l'on doit considérer ces 



— 238 — 

endroits comme de véritables foyers d'infection. Ajoutez-y 
la grande chaleur qu'il y fait, comjDarée au grand froid qui 
règne dans le reste de l'hôpital, et combien ce changement 
subit de température doit être nuisible aux malades, etc. » 
Nous omettons ce que l'auteur dit de l'insuffisance du seul 
bain que possède l'hôpital, de la nécessité de faire le plus 
souvent des opérations dans la salle même des blessés, où 
les cris qu'arrachent les opérations douloureuses, troublent 
tous les malades de la salle, de la privation d'un lieu 
couvert où les convalescents puissent se promener, etc. Mais 
nous ne pouvons omettre ce dernier détail : « Le curé dont 
la présence est si nécessaire à toute heure du jour et de 
la nuit, et qui devrait aussi être logé dans le local même de 
l'hôpital, demeure au contraire au fond de l'ancienne 
abbaye, où il occupe deux chambres, dont la situation 
presque sous les remparts, est si mauvaise que deux de ses 
prédécesseurs y ont succombé en peu de temps par cette 
cause seule... ^ » 

L'auteur du Mémoire exprime ensuite son avis sur les 
changements et agrandissements qu'il estime nécessaires. 
Nous ne le suivrons plus sur ce terrain. Il nous suffit d'avoir 
détaché de son travail cette page saisissante, qui dépeint 
une situation dont peuvent difficilement se faire une idée 
ceux qui visitent le bel et vaste hôpital d'aujourd'hui. 

D. 



Charte de S^e-PHARAïLDE, 30 mars 1596, relative a 

l'achat d'une CLOCHE ET AUX CONDITIONS DE CET ACTE. 

— Mynen Heeren deken ende Capitele vande collégiale 

» Par arrêté du préfet du Départemeut du 11 juillet 1808, M. l'abbé 
Triest avait été nommé directeur de l'hôpital. M. Triest devint la 
même année membre de la commission des Hospices, dont faisait 
déjà partie l'évêque de Gand, Mgr Fallot de Beauraont, en vertu d'un 
décret du 24 ventôse an XI (Belgique judiciaire , 1864, p. 144). 



~ 239 — 

kercke van S*^ Pharaïkle binnen Ghendt liebben gecocht 

in martio 1596 een clocke, daerup dat onder audere 

woorden staet int hende : Traquillon et Catharina mont 

nommé Marie a" 1576. Ende up d'een zyde van de clocke 

staet tselfve glieschrifte een crucifix ende up dander 

zyde liet beelt van Maria, jegliens Mer Jan Groenhaert 

clocgieter van Berghen in Henegauwe wegende 758 pondt 

gheweghen in de gesworene waghe van Berghen voornoemt 

per Henry de Grandmont den 22 marty int voornoenide 

jaer volghende den billette onder zyne handteecken al hier 

ghesien, elc pondt ten pryse van xii gr. vlaems beloopende 

ter somme van 37 Ib. 18 S. gr. welcken coop vande voor- 

noemde clocke den voornoemden Mer Jan belooft heeft te 

garranderen jeghens elcken die an de voorseide clocke 

eenich recht soude willen pretenderen, niidsgaeders ooc de 

selfve te verzekeren ende hauden drayen een gheheel jaer 

naer date deser datse upgliehanghen was up den turre 

vande voornoemde kercke by Gillis Romeels temmerman 

van zynen style ende Pieter Yarhaghe Baillu deser kercke, 

midsgaeders dhulpe van de craenkinders. Actura desen 

xxxe marty 1596. Ex mandato venerabilium dominorum. 

(Signé) J. Kekchove ', 

notaris. 

69. 

R. S. 

• Archives de l'État à Gand. Fonds de S*« Pharaïlde. 



240 



CHRONIQUE 



Maes-Camni. — Au mois de février dernier, l'administration 
communale de Gand a fait démolir un bloc d'anciennes maisons 
composé de trois habitations, situé au coin du Pont Neuf et de 
l'ancien marché au Bétail. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler 
que dans la plus grande, qui fut bien longtemps un magasin d'épi- 
ceries, sont nés le peintre Maes, connu plus tard sous le nom de 
Maes-Canini après son mariage avec une romaine, et son frère le 
peintre d'armoiries, qui fut chargé de la restauration des blasons 
des chevaliers de la Toison d'or après l'incendie de la cathédrale de 
St-Bavon en 1822. 

J. B. L. Maes-Canini, peintre d'histoire et de portraits, naquit le 
30 septembre 1794. D'abord élève de son père, il fréquenta ensuite 
les leçons de l'Académie des Beaux-Arts à Gand, remporta une 
médaille d"or à Matines en 1816, d'autres à Bruxelles, à Anvers, 
à Gand et à La Haye. En 1826 il obtint du gouvernement un sub- 
side pour voyager en Italie, revint en Belgique en 1836, puis 
retourna à Rome où il mourut en 1845. Ses principales œuvres 
sont : le bon Samaritain; la Frascatane; le départ de Tobie ; une 
sainte Famille ; une Madeleine ; la Vierge présentant l'enfant Jésus 
à S^«-Anne ; la Vierge, S'- Jean et l'enfant Jésus dont il fit don à la 
cathédrale de S'-Bavon à Gand. Emile V. 

Inventaire des archives de la ville de Gand ' . — Cette seconde 
livraison des rapports entre la commune et les établissements 
religieux, contient les archives des Récollets, des Terciaires de 

' Inventaire des Archives de la ville de Gand, par Victor Vander- 
haeghen, archiviste de la ville. — 2^ Livraison. — Gand, imprimerie 
C. Annoot-Braeckman, Ad. Hoste, suce, 1889. 



— 241 — 

S'-François, des chevaliers de S'-Jean de Jérusalem, du prieuré 
deWaerschoot, de l'abbaye deBaudeloo, de l'abbaye deTronchiennes, 
une quarantaine de pièces concernant Tensemble des ordres men- 
diants, ensuite les documents provenant des Sœurs Grises et Annon- 
ciades, du prieuré de S'e-Agnès, des Sœurs Grises de S'- Jean ou 
Gonceptionnistes, du couvent de Deynze, de l'abbaye d'Oost-Eecloo, 
des clarisses Urbanistes, du couvent de Galilée, des Dominicaines, 
des Capucines, des Ursulines. 

Le recueil renferme des documents extrêmement intéressants, 
non seulement au point de vue de l'histoire générale de Gand, mais 
encore du droit et de la topographie de la ville. 

Signalons quelques pièces : 

p. 170. — Ao 1628. Procès des prélats de Baudeloo, de S'-Pierre 
et de Tronchiennes contre les écheyins de la Keure, au sujet de 
l'imposition des x stuyvers par sac de grain venant du four, perçue 
pour l'achèvement de la tour de S'-Bavon et que les premiers 
n'avaient consenti à payer en 1622 que pour six années. 

p. 173. — A° 1691. Requête des échevins au Roi, relativement à 
la construction du canal du Sas et des tonUeux qui y ont été établis. 

p. 180. — A» 1143. Une copie de la charte de Thierry, comte de 
Flandre, confirmant une donation de dîmes à l'église S'<^-Marie, de 
Tronchiennes ^Duchesne, Mii'œus, Foppens, Wauters). 

Xous rappellerons ici au sujet de l'abbaye de Troncliiennes que 
nous avons publié il y a quelques années une notice sur le refuge 
de cette communauté, établi à Gand au lieu nommé encore Drongen- 
hof, la cour de Tronchiennes. 

p. 255. — A° 1598. Vente aux religieuses d'Oost-Eecloo de la tour 
où était autrefois la maladrerie près de la porte de la Posterne. 

EMILE V. 

Archéologie. — Des peintures murales viennent d'être mises 
à découvert aux ruines de l'ancienne abbaye de S'-Bavon. C'est dans 
des fenêtres romanes que l'on vient d'ouvrir, et qui datent, selon 
toute apparence, du commencement du XII1« siècle, que l'on a 
fait cette trouvaille. Les peintures, représentant des saints, sont 
d'une grande valeur pour l'histoire du costume. Notre concitoyen 
M. Bressers s'est chargé d'en exécuter une reproduction. 

(Voir Bien public du 5 mai 1889.) 



— 242 — 

Le dernier manuscrit de Jacques Meyer i. — Le R. P. Dussart 
a eu l'occasion d'examiner avec soin un manuscrit de la bibliothèque 
de S'-Omer, côté 730. Il a pu se convaincre que cette œuvre est bien 
de Jacques Meyer, l'auteur des Annales de Flandre; plusieurs 
notes de Modius ne lui laissent aucun doute à cet effet. 

Il fut attribué jusqu'ici à François Modius, jurisconsulte du 
XVI« siècle, natif d'Oudenburg, qui en fut le possesseur et l'anno- 
tateur. Ce volume peut être considéré, dit R. P. Dussart, comme 
formé par la réunion de deux tomes ; il est en écriture cursive du 
XVI" siècle, très rapide, un peu redressée, qui rappelle la ronde ; 
les titres sont ordinairement en bâtarde italique. Voici ce qu'il 
contient : 

Dans le tome I : i" des extraits d'une chronique manuscrite de 
Gand que l'auteur appelle Livre de Madame de Thia^it; 

2° Des documents pour l'histoire, tirés de Liébard et une dizaine 
de pièces manusci'ites ou imprimées ; 

3° Des extraits considérables du livre de Rombold de Doppere. 

Le tome II est formé uniquement d'extraits du fameux Anonyme 
de Charles VII et de Louis XI, Thomas Bazin, évèque de Lisieux. 

Emile V. 

Le pays de Waes a l'époque du Mammouth ». — Nous avons 
reçu il y a quelque temps cette dernière étude du D"" Van Raemdonck. 
Elle constitue un nouveau chapitre de ses travaux déjà nombi-eux 
sur la contrée qu'il habite. Il est bien intéressant, en effet, ce 
canton Wasien, qui faisait ci-devant à une époque difficile à déter- 
miner, partie d'un immense golfe de la mer du Nord dont les eaux 
couvraient une grande partie de l'Europe centrale et dont l'émersion 
est due à une cause vulcanique. L'époque de cette émersion est 
aussi déjà fort reculée, ainsi que l'établit M. Van Raemdonck, car 
il a prouvé que la contrée wasienne comme contrée habitable existait 
déjà à l'âge des Mammouths, et qu'elle était habitée à Tépoque de 



* Le dernier manuscrit de l'historien Jacques Meyer. Recherches 
sur le n° 730 de la Bibl. de S'-Omer par le P. Henri Dussart S. J. 
S'-Omer, 1889. 

2 Le Pays de Waes à l 'époque du Mammouth, par le Dr Van 
Raemdonck. — Extrait des Annales du Cercle archéologique du 
pays de Waas, t. XII, 1889. 



— 243 — 

la pierre polie ; que les silex qu'on y trouva sont faits de pierres 
des environs de Mons ; que les premiers colons vini'ent selon toute 
probabilité de ces mêmes environs. 

Les travaux de M. le D'" Van Raemdonck sur le pays de Waes 
sont nombreux et très savants ; nous connaissons de lui surtout le 
Pays de Waes préhistorique ainsi que diverses études détachées 
qu'il a publiées depuis 1876, et nous ne pouvons que l'engager à 
continuer ses recherches; il est un de ces hommes studieux et 
persévérants dont le concours scientifique est des plus précieux. 

Emile V. 

L'art polychrome. — Longtemps on a cru que la sculpture 
grecque n'avait jamais employé la polychromie. Une découverte, 
faite il y a quatre ans, a renversé les opinions i-eçues à cet égard; 
c'est celle d'un lot de statues de femmes trouvées en tas à Athènes, 
aux environs de TErechteion. 

On y reconnut les débris des offrandes qui décoraient le plateau 
de l'Acropole avant l'incendie allumé par les soldats de Xerxès. 

Le correspondant athénien du Temps les décrit dans ces jolis 
termes : 

Entrons un instant dans le musée pour regarder ces pauvres 
marbres qui ont tant souffert, dont toutes les blessures racontent 
l'épouvantable scène de tuerie et de pillage qu'ils ont vue, et qui 
pourtant ont gai'dé un vague sourire sur leurs lèvres demi-closes, 
un regard doux au fond de leurs prunelles peintes. 

Droites et cambrées sous leurs robes de lin, figées dans une 
immobilité de marbre, dix jeunes déesses se dressent sur leurs 
piédestaux, les unes en pied, les autres affermissant sur une base 
leurs troncs d'héroïques suppliciées qui continuent à sourire. 

Toutes sont parées comme des châsses ; d'éclatantes couleurs, que 
le temps n'a pas encore réussi à flétrir, soulignent les traits de 
leurs visages et les sinueuses flexions de leurs draperies. Le diadème 
en croissant, posé sur leurs cheveux rougeâtres, cache la blancheur 
de son marbre sous des paillettes bleues, noires ou vertes, rehaussées 
par endroits d'un trait d'or. 

Aux oi'eilles pendent de lourdes boucles en forme de disques, 
étoiles de rosaces. De longues tresses se détachent du fjjont et 
viennent reposer symétriquement sur chaque épaule. La fine 
chemisette, aux plis minutieusement ondulés, laisse entrevoir à 



— 244 — 

l'échanci'iire du col une large méandre de pourpre ou de sombres 
arabesques Le manteau, jeté sur le corps avec une savante et 
féminine coquetterie, est moucheté de croix vertes ou bleues. 

Les têtes ont une expression étrange: un feu s'allume dans leurs 
prunelles teintées de carmin ; le regard est fixe, plein d'une vie qui 
n'est pas humaine, inoubliable. Une surtout attire longuement 
l'attention par la douceur un peu dédaigneuse de son sourire et la 
candeur de ses grands yeux ouverts. 

KONINRLIJKE VlAAMSCHE ACADEMIE VOOR TaAL- EN LeTTERKUNDE. 

— Letterkundige wedstrijden voor 1890. — Eerste vraag. (Oud- 
germaansche Taalkiinde .) — « "^^elke vormen of wendingen des 
■werkwoords gebruikten de oudgermaansche talen om den toe- 
komenden tijd uit te drukken ? » 

Tweede vraag. (Middelnederlandsche Taalkunde.) — « De 
klank- en vormleer van het Middelnederlandsch dialect der St-Ser- 
vatius-Legende van Heinrijk van Veldeken, uitgegeven door Bor- 
mans (Maestricht, 1858). > 

Derde vraag. (Nieuice Taalkunde.) -^ « Eene verhandeling over 
de verschillende beteekenissen der onregelmatige werkwoorden. 
Men neme als voorbeeld van bewerking het woord gaan in het 
'Vi^'oordenboek der Nederlandsche Taal. » 

Vierde vraag. — « Eene Nederlandsch-Fransche en Frahsch- 
Nederlandsche woordenlijst van rechtstermen en uitdrukkingen. > 

Vijfde vraag. (Leherhunde.) — «De geschiedenis van de Neder- 
landsche taal- en letterkunde in Fransch-Vlaanderen, dit is in het 
deel van Ylaanderen gelegen binnen de Fransche grenzen. > 

Zesde vraag. ^ « De geschiedenis der taal- en letterkundige 
betrekkingen tusschen de Nederlanden en Xoord-Duitschland op 
het algemeen Dietsche of Nederduitsche spraakgebied. > 

Zevende vraag. — « De invloed der Fransche taal en letteren op 
onze taal en zeden in de 18^ eeuw. > 

Voor de wedstrijden worden enkel handschriften aanvaard in het 
Nederlandsch. 

Elk bekroond werk zal eene belooning ontvangen van 600 franken, 
ofwel eenen gedenkpenning van gelijke waarde. 

De mededingende handschi^iften moeten bij den bestendigen 
Secretaris(Fr. dePotter, Godshuizendreef, %9) crachtvrij mg^zonùeu 
zijn vô6r den 1 Augustus 1890. 



— 245 — 



HISTOmE 



DE LA 



Gilde souveraine et chevalière des Escrimeurs 



DITE 



CHEF-CONFRERIE DE SAINT-MICHEL' 

A GAND. 



-»«X2><*»- 



MESSAGER OU « CNAEPE. » - PAGE. 



CNAEPE. 

Le messager ou Cnaepe était un serviteur de la 
confrérie, principalement aux ordres des membres 
du Serment. Il portait à domicile les billets de 
convocation, soit pour les séances du Serment, 
soit pour les assemblées générales des Honderd 



* Suite. Voir Messager des Sciences hîstor., 2" livr., 1889, p. 158. 

16 



— 246 — 

keurlijcke Mannen. On lit à ce sujet dans une des 
enquêtes du procès Dorps : 

« Dat het is de functie van den Greffier de convocatie 
» billetten te depescheren, ende dat zy gedeyescheerd zynde, 
» icorden ter handt ghedaen aen den Cnaepe om de selve ter 
» îoonste van eenjegelych te draeghen. » 

Le Cnaepe portait aussi à domicile les assigna- 
tions adressées par le bailli aux membres qui 
devaient comparaître devant le Serment. 

Avant l'ouverture de la séance du Serment ou 
de l'assemblée générale, le Cnaepe était introduit 
dans- la salle des délibérations et déclarait avoir 
dûment porté à domicile les assignations ou les 
convocations. 

Le traitement du messager de Saint-Michel 
était, à l'origine, de deux livres de gros par an; 
on le porta à trois livres en 1670 et plus tard 
à quatre livres. Il recevait en outre chaque année 
un chapeau, deux paires de souliers, deux paires 
de bas, une paire de culottes et un pourpoint. 
Quant au manteau, il ne lui appartenait qu'au 
bout de quatre ans. 

Autrefois, comme aujourd'hui encore, un grand 
nombre de profits, petits et grands, étaient 
attachés à ces fonctions : un tantième sur les 
recettes opérées pour le compte du doyen -tréso- 
rier, gratifications des fournisseurs, bienvenues 
des nouveaux confrères, souhaits de nouvel an, 
félicitations à l'occasion de mariages, de nais- 
sances ou lors des concours et du renouvellement 
des membres du Serment, etc. 



— 247 — 

Certains actes d'indélicatesse, commis en 1752 
par le Cnaepe de la confrérie, engagèrent le Ser- 
ment à exiger que cet emploj^é fournit désormais 
une caution de deux cents livres de gros avant 
d'entrer en fonctions. Voici les faits imputés à ce 
Cnaepe, nommé Louis Moreels, qu'on destitua en 
séance du 13 novembre 1751. Il avait d'abord 
engagé au mont-de-piété la plus grande partie de 
l'argenterie, appartenant à la confrérie. Il avait 
aussi retenu diverses sommes qui lui avaient été 
remises pour faire des paiements. Parmi ces 
sommes iigurait celle de sept livres de gros, dues 
à la confrérie de Saint-Sébastien pour les consom- 
mations que les Honderd keurlijcke Mannen avaient 
faites dans son local, lors d'un concours de tir 
à l'arc. 

* 

Dans ces derniers temps, quand la confrérie de 
Saint-]Michel figurait encore dans les cortèges et 
dans les cérémonies publiques, le messager avait 
un uniforme spécial consistant en habit, gilet et 
pantalon de drap bleu avec parements, revers et 
liserés blancs. 

L'uniforme existe encore, mais il est relégué 
dans un coin avec les chapeaux et les fléaux des 
Vlegelmannen, avec la robe, le casque et l'épée 
flamboyante de l'archange et avec le costume noir 
et rouge du diable. Puissions-nous voir un jour 
sortir de leur retraite ces vénérables débris, 
souvenirs des temps où les membres de la chef- 
confrérie de Saint-Michel, précédés de leur porte- 
drapeau à cheval, de leurs tambours et des tim- 



— 248 — 

baliers et trompettes de la ville se rendaient en 
cortège au marché du Vendredi ou au marché 
aux Grains pour s'y disputer les prix, consistant 
en pièces d'argenterie, offerts par la ville! 

Nous avons trouvé dans les comptes de la Gilde 
de 1807 que l'uniforme du messager avait coûté la 
somme de soixante-sept florins. Cet uniforme fut 
renouvelé en j)artie en 1813. Le procès-verbal de 
la séance du 2 mars 1813, dans laquelle le Serment 
décide de procéder à ce renouvellement partiel, 
porte textuellement : « Le valet présente à l'as- 
» semblée sa veste et sa culotte qu'il dit porter 
» depuis six ans. » Ce fut, sans nul doute, l'aspect 
du triste et lamentable état de ces deux « indis- 
pensables » qui jnotiva la décision prise par le 
Serment. 

Les procès-verbaux des anciens Resoluiieboecken 
renferment des décisions du même genre. Voici, 
par exemple, le procès-verbal de la séance du 
5 mai 1765 où nous lisons : « ten voomoemde 
» daeghe is ge)''esolveert met gemeene voysen den 
» Cnaepe ende Paygejegens heylighssacramentsdag 
» te doen maechen jeder een cleet, veste, broeck, 
» schoenen ende hoet. » Nous avons déjà dit avec 
quelle exactitude et avec quelle minutie étaient 
tenus les livres de comptes de la confrérie. Rien 
d'étonnant donc à ce qu'au chapitre des dépenses 
figurent chaque année les sommes, insignifiantes 
parfois, consacrées à l'entretien des costumes 
officiels du Cnaepe et du page. 



— 249 — 

Parmi les profits, attachés aux fonctions de 
Cnaepe, nous avons mentionné ceux que lui pro- 
curaient les souhaits de bonheur et de prospérité, 
adressés aux confrères chaque fois que l'occasion 
s'en présentait. Nous serions injustes envers nos 
contemporains si nous ne nous hâtions d'ajouter 
que ces excellentes traditions se sont conservées 
à travers les âges. Les concierges et les messagers 
de nos confréries et de nos sociétés modernes 
croiraient manquer à tous leurs devoirs s'ils né- 
gligeaient, pendant le courant du mois de janvier, 
de se présenter chez les membres de ces associa- 
tions, auxquels ils offrent leurs hommages en 
employant la formule sacramentelle : « ik en kan 
niet mankeren... » 

A la différence de leurs prédécesseurs, les mes- 
sagers de notre siècle se bornent à faire don, à 
titre d'étrennes, d'une simple carte d'adresse plus 
ou moins ornée ou enluminée. Le Cnaepe d'autre- 
fois faisait mieux. Ses souhaits étaient accompa- 
gnés de la remise d'une pièce de vers célébrant, 
en termes pompeux ou badins, les mérites des 
membres faisant partie de la confrérie. 

Nous croyons intéressant de citer quelques-unes 
de ces pièces de circonstance. Il y en a dans le 
nombre qui sont de véritables poèmes, comptant 
plus de cent cinquante vers. 

La plus ancienne que nous ayons rencontrée 
est un Nieuiojaerwensch de 1690. Il est imprimé 
sur une grande feuille de papier, surmontée d'une 
grossière figure sur bois, et représente l'archange 
Saint-Michel terrassant le démon. Sur les deux 



— 250 — 

côtés sont imprimés le lion de Gand et le lion de 
Flandre. Le texte est encadré. En tête, la dédi- 
cace suivante : 

Coninch, Overdeken, Deken, Proviseerders, Auderlyn- 
ghen, Capitet/n, Alferis, Guidon, Bailliic, Greffier , Scherm- 
tneester ende eyndelinghe aile Guldebroeders ende Liefhebhers 
van het Souvereyn Ridderlyck Guldxn van den aerts-Enghel 
S. Michiel, onderhouden inetten zioeirde hinnen dese stede 
van Ghendt. 

Voici comment débute cette pièce, rédigée tout 
entière dans un style pompeux et emphatique : 

Aeïisiet den grooten lof, de helden toe geschreven, 
Ghelory, prys en eer, aen hun lieden ghegeven. 
Aensiet sinte Michiel, der Gidden pateroon, 
Hy verdreef Lucifer, van syn verheven troon. 

D'autres nieuwjaerwenschen se distinguent par 
leur ton badin et léger. 

Citons, comme exemple, les souhaits de Phi- 
lippe Favyn, promu à la dignité de Cnaèpe 
en 1759. Avant cette date il n'était que Voet- 
hanck au service de la Gilde. Ce mot de Voet- 
bayick, que nous n'avons rencontré que dans les 
archives de Saint-Michel, désignait, croyons-nous, 
un simple valet sans appointements fixes et rem- 
plaçant à l'occasion le Cnaepe en cas d'empêche- 
ment de celui-ci ou de vacances d'emploi. 

La pièce de vers que Fliepe ofïrit le 1®'" jan- 
vier 1759 aux- membres de la confrérie, et dans 
laquelle il leur annonçait sa prochaine promotion 



— 251 — 

au grade de Cnaepe, mérite d'être reproduite en 
entier. C'est un modèle du genre, qui donne une 
idée complète du ton familier qui régnait ordi- 
nairement dans ces élucubrations poétiques, dues 
à la plume de l'une ou de l'autre spécialité locale. 

Edel Heeren en Confreren 
Ik hom my iceder presenteren 
Ah de Voet-banck desen keer 
Maer het naestejaer hiet meer, 
Dan sidt gy gaen sien myn huren 
A Is ik maeken soi figuren. 
Met den degen aen inyn gat, 
AU een Edehnan van stadt. 
En met myyie schoone kleeren, 
Sal ik 't Gilden gaen vereeren 
Dat gy zeggen zidt alsdan 
Phliepen is den rechten Alan. 
Daerom is het meer als reden, 
Dat ik toon myn danhbaerheden 
Aen de Gilde-Broers te gaer 
Met den wensch van 't Nieuioe-jaer. 
Laet het hun gelyk voor desen 
Weert en aengenavne wesen, 
Want ik sweere met fatsoen 
Dat ik sal myn beste doen; 
En ook trachten sal te loesen 
Eenen Cnaepe icel geipresen 
In het dienen fallen tydt 
Y Gilden inet veel neerstigheyt. 
Ben ik ttu icat plomp van ledeti 
'k Sal îcel leeren ander zeden. 
Ik sal trachten dat alsdan 
't Kleet my maeken sal fraey Man. 



— 252 — 

En inyn loyf soi syn seer hlye 

En stinhen van hooverdye 

A Is sy sien soi dat ik prat 

En sol gaen met H spit aen 'tgat. 

Den Chapeau-Bordé beneven 

Die my sal loorden gegeven 

Sol my voegen wonder net 

A Is hy syn sal wel gezet. 

Y Haer sal ik oock doen friseren 

En 't kleyn lymvaet doen floreren. 

Dus seg ik tôt een hesluyt : 

Den Cnaepen in, de Voet-hanck uyt. 

Ce Philippe Favjn trouva probablement avan- 
tage à adopter le style familier et badin. Son 
Nieuwjaericensch de 1760 est conçu dans le même 
ton que celui de 1759. Cette pièce de vers, dans 
laquelle Fliepe fait un chaleureux appel à la géné- 
rosité habituelle des confrères de Saint-Michel, 
se termine de la manière suivante : 

Want als Fliepen heeft geen gelt 
't Is in huys al slegt gestelt. 
De potagie kan niet draeyen, 
H Is voor Fliepen groot sagryn 
Als syn vrouio verkoopt azyn. 
Dus Myn Heeren en Confreren, 
Wilt gy Fliepen diverteren 
Syt wat milde nu voorioaer 
Met den tydt van 7 Nieiaoe-Jaer. 



Il arrivait aussi que le Cnaepe adressât des vers 
de circonstance aux confrères, soit à l'occasion des 



- 253 — 

concours, soit à l'occasion de tout autre événe- 
ment important. 

Au grand banquet du mois de septembre 1706 
le Cnaepe consacra, ainsi que nous l'avons dit plus 
haut, cent quarante huit vers à faire l'éloge du 
doyen Judocus Morel. C'était au zèle et aux 
démarches de ce doyen qu'on devait en grande 
partie le rétablissement de la confrérie de Saint- 
Michel, supprimée en 1703. 

Le Cnaepe Livinus Nope débute comme suit : 

Morel, g'heht loonder icél die schoone Laiiioerblaeren 
Van Daphnis hooft gheplucht en fzaemen doen vergaeren, 
Om die met Y Myrthe bladt te vlegten tôt een hroon 
Die U met regt toehomt voor den verdienden loon. 

En 1778 une pièce de vers, avec couplets et 
refrain, fut offerte au confrère Jacques van den 
Bemden, proclamé Roi lors du concours du mois 
de septembre de cette année. Elle est intitulée : 

Vreugde-Weergahn uytgegalmt tôt lof van den zeer 
Hervaeren en konst-minnende Wapen-Oeffenaar Mijnheer 
Jacobus Vandenbemden, alsioanneer Txy manhaftig icint 
het koningschap van het Souvereyn Gilden van den Engel 
Michael. 4 october 1778 

La pièce, rédigée complètement dans le style 
boursouflé propre à ce genre de poésie, commence 
par les quatre vers suivants : 

Speelt Leger-Fluyten, speelt; dreunt moediglyk den Trommel; 
Laet hooren den Trompet; Timballen maekt gedommel; 
Verheugd al de Confreers die stellen hiin Plesieren 
In H handlen van het zweerd, in 't zicaien der Rapieren, 



— 254 



Le Vreugde- Weergahn se termine par trois cou- 
plets avec refrain, qui se chantaient sur l'air de : 
« Lison dormait dans un bocage. » 



Au commencement du XIX® siècle les fonctions 
de Cnaepe étaient remplies par un certain Jean 
Verstraete. Pour la rédaction de ses souhaits de 
nouvel an, Verstraete s'adressait à Norbert Cor- 
nelissen, dont la verve intarissable enrichissait 
tous les ans la collection de pièces de vers, en 
flamand et en français, que les messagers de ce 
temps adressaient aux membres des confréries et 
des associations auxquelles ils étaient attachés. 

Les souhaits de 1811 ne comprennent pas moins 
de dix strophes, composées chacune de huit vers. 
Cette pièce, qui est un spécimen très curieux du 
genre de poésie 'cultivé à cette époque, nous a 
semblé assez intéressante pour être reproduite 
en entier : 

ÉTRENNES POUR LAN 1811. 

A Messieurs les Commissaires-Directeurs et Membres de la 
confrérie de Saint-Michel. 

COUPLETS sur plusieurs airs connus. 
1. 



Dans des Couplets joyeux et sages 
Je vais, Messieurs, je vais gaîment 
Vous chanter nos anciens usages, 
Et nos usages d'à-présent; 



— 255 — 

Mais je veux aussi qu'à la ronde 
Vous chantiez : sans morgue et sans fiel ; 
C'est le meilleur enfant du monde, 
Que le Diable de Saint-Michel. 



Dans le siècle heureux des croisades, 
L'Archange, parmi nos héros, 
Comptait trois mille camarades, 
Montés sur trois mille chevaux. 
Marchant tous ensemble à la guerre. 
Ils chantaient sans morgue et sans fiel. 
Le meilleur enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

3. 

Les jours de grand'cérémonie. 
Le Roi s'habillait le matin, 
Puis prenait dans son écurie , 
Gentil bidet, cheval de main : 
Rencontrait-il gente bergère 
Il faisait le beau ménestrel. 
Le meilleur enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

4. 

Fallait-il courir en Judée 
Pour combattre le grand Soudan, 
On prenait la croix et l'épée 
Et l'on faisait son testament. 
Puis l'on laissait sa ménagère 
Se morfondre dans le chatel. 
Le meilleur enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 



— 256 — 

5. 

L'Honneur clinnocente pucelle 
Avait-il reçu quelqu'échec, 
Chevalier courtois de la belle 
Il s'échauffait montrant le bec, 
Je pourfendrai le téméraire... 
J'en lais serment sur le missel. 
Le meilleur enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

6. 

Revenait-on de Palestine 
On trouvait deux ou trois dada 
Qui d'une voix douce, enfantine 
Vous disaient : bon jour donc, papa. 
Et le chevalier débonnaire, 
Levant l'œil surpris vers le ciel, 
Disait : Ma foi, si je suis père 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

7. 

Mais hélas comme ici tout change, 
Ce n'est plus comme au tems jadis : 
On rit, on danse, on boit, on mange, 
La table est notre paradis. 
Rencontre-t-on gente bergère, 
On n'est plus ni fier, ni cruel; 
Le plus doux enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

8. 

On ne va plus en Palestine, 
Et l'on se croise pour Paris ; 
Nos dames font la pèlerine 
Et chaperonnent leurs maris ; 



— 257 — 

Plus de chapelet ni bréviaire 
Plus de bourdon ni de missel. 
Le meilleur enfant de la terre 
C'est le Diable de Saint-Michel. 

9. 

Puisque donc ainsi va le monde, 
Amis joyeux de Saint-Michel, 
Chantons, répétons à la ronde 
Le nom sacré de Saint-Michel. 
Jusqu'au bord remplissons nos verres 
A l'honneur du grand Saint-MICHEL!... 
Les meilleurs enfants de la terre. 
Sont les Enfants de Saint-Michel. 

10. 

Messieurs, de ma folle Romance, 
Accueillez les foibles couplets. 
Et puisqu'un nouvel an commence. 
Redoublez pour moi vos bienfaits. 
Ces bienfaits prouveront, j'espère. 
Que, toujours sans morgue et sans fiel, 
Les plus généreux de la terre 
Sont les Enfants de Saint-Michel. 

Offert par le plus dévoué serviteur de la Société, 
JEAN VERSTRAETEN. 

Dans ces vers, pour lesquels Cornelissen a fait 
usage du style, genre troubadour, que les faiseurs 
de complainte avaient mis en vogue sous le pre- 
mier empire, il est fait plusieurs fois allusion à la 
légende suivant laquelle la chef-confrérie existait 
déjà à l'époque des croisades. Nous avons ample- 



— 258 



ineiît fait justice de cette fable, inventée au com- 
mencement du siècle actuel. 



L'année suivante Verstraete, qui, paraît-il, 
était affligé d'une nombreuse famille, invoque les 
lourdes charges que lui impose cette paternité 
pour faire un pressant apj)el à la générosité des 
confrères. Voici comment se termine son com- 
pliment : ■ 

Ces petits vers que pour vous plaire, 

Messieurs, j'écris en badinant. 

Me vaudront le plus doux salaire 

Quand de votre cœur bienfaisant 

Vous accepterez, en souriant, 
Mon petit compliment que j'ai voulu vous faire. 
Lorsque je vous dirai que sept ou huit enfants 

M'appellent tous les jours mon père. 
Vous comprendrez bien mieux que par mes compliments 
Combien votre secours me devient nécessaire, 
Messieurs, et si le ciel daigne écouter nos vœux. 
Nous serons, vous et moi, parfaitement heureux. 

L'usage de présenter des com23liments en vers 
aux confrères de Saint-Michel disparut ^en à peu 
et fut remplacé par la remise d une simple carte 
portant le nom du Cnaepe. Vers 18-40, alors que 
surgit la mode de réunir dans un album les cartes 
d'adresse ainsi que les cartes de mariage et de 
décès, un certain luxe se produisit dans ce genre 
d'annonces. Le Cnaepe de Saint-Michel ne voulut 
pas rester en arrière. Aussi est-ce de cette époque 



— 259 — 

que date rintroduction des cartes de nouvel an, 
ornées de figures d'escrimeurs, de l'image de 
Saint-Michel, de trophées d'armes ou de tous 
autres dessins emblématiques. 

Nous en possédons un certain nombre parmi 
lesquelles il y en a plusieurs qui sont exécutées 
avec un grand soin et un véritable bon goût. 
Citons principalement les souhaits de nouvel an 
distribués pendant ces dernières années. Une men- 
tion toute spéciale revient aux souhaits de 1887. 
C'est la reproduction fidèle d'un Nieiiivjaerioensch 
du siècle dernier, dont l'original appartient à la 
collection gantoise de la bibliothèque de la ville 
et de l'Université de Gand. Un exemjDlaire de 
cette reproduction, que nous ajoutons ci-contre, 
donnera au lecteur une idée de ces anciens 
Nieuiojaerwenschen. 



§ 2. 
LE PAGE. 



Quand le Cnaepe avait des fils, c'était ordinai- 
rement parmi eux que le Serinent choisissait le 
page de la confrérie. Dans une nomination de 
page du 16 septembre 1688, il est dit que les 
appointements attachés à cette place sont de deux 
livres de gros. La même résolution porte que 
chaque année le page recevra une paire de bas, 
une paire de culottes et un chapeau, et tous les 
deux ans un nouvel habit ou pourpoint : « ... sal 



— 260 — 

» jaerlycx hebben een paer schoens, caussens ende 
» hoedt ende aile tivee jaeren een nieu cleedt. » 

De même que pour le Cnaepe, le costume dont 
il est ici question est le costume officiel que le 
page portait dans les fêtes et dans les cérémonies 
publiques. Cette tenue officielle était en velours 
et drap bleu avec des boutons et des galons d'ar- 
gent. Le manteau restait la propriété de la Oilde. 

Le page devait également mettre son costume 
pour assister à la messe de confrérie, célébrée 
chaque dimanche à l'église de Saint-Nicolas. Il 
paraît qu'après l'office religieux les pages se per- 
mettaient souvent d'aller parader en ville, revêtus 
de leur magnifique uniforme bleu et blanc, coiffés 
de leur chapeau à plumes et l'épée au côté. Le 
Serment leur défendit cette innocente distraction 
et ordonna en 1730 que le page, à l'issue de la 
messe, se rendrait immédiatement chez le chape- 
lain pour y déposer son costume. Le Resolutie- 
boeck porte : 

« Actum den ix^ meye 1730. 

« Ten voornoemde daeghe loiert geresolveert den payge 
» te maechen een nieuio cleet met exprès last dat den payge 
» aile sondaeghen yiaer de ordinaire misse syn cleet sal 
» moeten draeghen ten huyse van mijn heer Steuperaert en 
» tselve aldaer laeten. » 

Ce « heer Steuperaert » était le chapelain de la 
confrérie. 

Quand le développement de sa taille ne per- 
mettait plus au page de remplir convenablement 
ses fonctions, le Serment lui octroyait démission 



— 261 — 

honorable de son emploi. Cette démission était 
actée au procès-verbal de la séance dans les termes 
suivants : 

« Ten voornoemde daeghe wiert afgedanckt als payge 

» omdat hy te lanck van persoone wiert. » 

Il y avait un dernier fonctionnaire salarié dont 
nous devons aussi dire quelques mots. Nous vou- 
lons parler du personnage chargé de représenter 
l'archange Saint-Michel terrassant le démon. Il 
était revêtu d'une longue robe bleue, avait la tête 
couverte d'un casque et portait à la main une 
épée flamboyante. 

L'ange ne figurant que dans les cortèges, le Ser- 
ment avait jugé inutile de faire l'acquisition d'un 
costume. On se bornait à en louer un chez quelque 
fripier de la ville. La même chose d'ailleurs avait 
lieu pour le démon. Les costumes, qui existent 
encore à la confrérie, datent du commencement 
de ce siècle ; sauf toutefois le masque en cuivre 
du démon qui est du siècle dernier. 

Nous n'oserions affirmer que l'ange prenait ordi- 
nairement grand soin de ses vêtements d'emprunt. 
Le contraire nous semble plutôt vrai en présence 
du compte de 1762, où nous lisons : 

« Item hetaelt aen S. Van Beneden over huere van liet 
» engelscleedt in diffrente processien ende feesten mitdtsga- 
» ders het verlies van eene mauwe van het zelve cleedt per 
» quittantie Lb. 3 » i5'» D. » 

Ce compte de 1762, qui comprend plusieurs 
années, nous apprend que l'ange avait mis un 

17 



— 262 — 

jour tant d'ardeur à combattre Messire Satanas, 
qu'une des manches de sa robe était restée sur 
le champ de bataille. 

Nous venons, en parlant de l'ange, d'employer 
l'expression de fonctionnaire salarié. Nous devons 
ajouter que ce fonctionnaire salarié était un enfant, 
dont les émoluments consistaient en un paquet de 
sucreries que le Serment lui remettait à chaque 
sortie. Cette dépense était minutieusement inscrite 
au livre de comptes et libellée comme suit : 

« Item betaelt voor suycher aen den Engel.... » 



Nous ferons connaître dans ce dernier chapitre 
les confrères de Saint-Michel qui ont été pro- 
clamés Rois et ceux qui ont rempli les fonctions 
de Chef-Doyen et de Doyen depuis l'origine de la 
Gilde jusqu'à ce jour. 

Nous donnerons, pour finir, la composition du 
Serment actuel et la liste des membres faisant 
partie de la confrérie à la fin de l'année 1889. 



§ 1- 

ROIS. 



A l'origine, les concours pour la dignité de Roi 
avaient lieu tous les ans. Plus tard, ce concours 
ne se donna plus régulièrement chaque année. 



— 263 — 

Le Serment décidait si à la' fête patronale du 
mois de septembre on allait, suivant l'expression 
consacrée. « spelen om eenen, nieuwe7i coninck. » 

1614. Jan Ryckaert. 

1615. Pieter Bosschaert. 

1616. Pieter d'Haenens. 

1617. Jan de Langlie. 

1618. Ediiaerd Nootburch. 

1619. Symoen Pylaer. 

1620. Jacques Sauvage. 

1625. Reynier van Heye. 

1626. Pieter de Leersnyder. 

1627. Reynier van Heye. 

1628. Hendrick d'Ailly, P Loys. 
1632. Pieter d'Haemere. 

1634. Jan Verschrik. 

1635. Jan Fredericx. 

1636. Rombault Rees. 
1638. Jan Baptiste Bogaerd. 

1649. Joos Vergracht. 

1650. Francliois Jacopssen. 

1651. Jacques Sauvage. 

1652. Pieter Denys. 

1653. PieterTucschapheere vanMaldeghem. 

1654. Pieter Denys. 

1656. Lieven Vincent. 

1657. Baudouin Manilius. 

1659. François Jacopssen. 

1660. Pieter Tucschaep heere van Maldeghera. 

1662. Anthone Sauvage. 

1663. François Jacopssen, 

1664. Pieter Tucschaep heere van Maldeghem. 

1665. Pieter Denys. 



— 264 — 

1671. Louis Hoentjens. 
1677. François Jacopssen. 
1681. Hendrick Gansman. 

1685. Guillelmus Bauwens. 

1686. RoelandtStevens. 

1687. Jan Baptiste van Daele. 

1688. Jacobus Toebast. 
1714. Joan van Daele. 
1718. Pieter vande Yelde. 
1729. Joannes Clans. 
1739. Jan Fothergille. 
1754. Petrus Philippe Baes. 

1766. d'Haene van Stuyvenberghe de Solimont. 

1767. Joan de Béer. 

1778. Jacques vanden Bemden. 

Le Roi Jacques vanden Bemden resta en fonc- 
tions jusqu'à la suppression de la confrérie de 
Saint-Michel lors de l'annexion de notre pays 
à la France. Au XIX*' siècle il n'y eut plus que 
deux concours pour la dignité de Eoi. 

1807. de Coninck d'Oultre. 
1809. Louis de Vliegher. 



§2. 

CHEFS-DOYENS. 

En vertu de l'art 15 des statuts du 27 mars 1613, 
le chef-doyen devait être choisi parmi les vingt- 
six échevins de la ville. C'était généralement un 



— 265 — 

échevin de la Keure qui remplissait ces fouctions ; 
depuis l'origine de la Gilde, nous n'avons ren- 
contré que quatre éclievins des Parchons {gedeelé) 
appelés à la dignité de chef-doyen de Saint-Michel. 
Voici comment on procédait à cette nomination. 
Le Serment s'adressait par requête aux échevins 
des deux bancs pour leur faire connaître que, par 
suite de décès ou de démission, les fonctions de 
chef-doyen étaient vacantes. Faisant droit à cette 
requête, les échevins désignaient l'un d'entre eux 
pour présider, en qualité de chef-doyen, aux tra- 
vaux de la confrérie. 

1614. Philibert Rym, heere van Bellem. 

1617. Guillame de Blasere. 

1620. Franchoijs Borluut, heere van Boucle. 

1626, Jacques de Norman, heere van Exelaere, S. Alde- 
gonde, etc. 

1629. Heijndrick d'Ailly f^ Louys. 
• 1630. Philips Lanchals, heere van Olsene, Denter- 
ghem, etc. 

1633. Jan Baptista de Rodoan, heere van Biese, Wolfs- 
Haghen etc. 

1641. Jan Borluut, heere van Assenburg. 

1647. Pieter vanden Saeren. 

1652. Jan van Scheijnghen, heere van \yineghem. 

1660. Pieter Tucschaep", heere van Maldeghem, 

1662. Frederick Vollaert, heere van Sallardinghen. 

1664. Ghyselbrecht Sersanders, heere van de Woustijne. 

1671. Cornelis Sandelin, heere van ten Heule. 

1677. PhiHppe van Hoobrouck, heere van Reyaghe, etc. 

1683. Martin Snoeckaert, heere van Somerghem. 

1687. Franchoijs Nieulandt, heere van de Walle, etc. 

1690, Albert délia Faille, heere van Landeghem, 



— 266 — 

1696. Frederick de la Valette. 

1701. Anthone van Pottelsbergbe, lieere van Herleghem, 
Swanenaerde, etc. 

1711. George van Crombrugghe. 

1712. Nicolaes baron de Renesse. 

1717. Albert Triest, graeve van S*'' Remy, baron van 
Augbem, etc. 
1737. Jan Baptiste Dubois. 
1767. Jan Wauters. 
1774. Judocus Goetlials. 

Pendant la durée du siècle actuel, la confrérie 
de Saint-Michel n'a compté jusqu'ici que quatre 
chefs-doyens : 

1806. Charles Rooman de Block. 
1855, J. Victor Michiels, père. 
1874. Edmond vander Vin. 
1S80. Charles van Loo. 



DOYENS. 

1614. Pieter Bosschaert. 

1615. Pieter Rooman. 
1619. Jan vanden Hende, 

1623. Ghyselbrecht van Campene. 
1626. Guillaume Hamerlinck. 
1630. Jan Verschrieck. 
1633. Jan van Daele. 
1636. Anthone van Daele. 
1639. Simoen van Deijnse. 



— 267 — 

1 642. Jan Toebast. 

1645. Jan Jacoppsen. 

1648. Bernaert leman. 

1651. Cornelis van Reysschoot. 

1654. Pieter de Waeghenaere. 

1557. Leenaert Herckelbaut, heere van Hersele. 

1660. Pieter van Hulthem. 

1662. Jan Jacopssen. 

1667. Simoen vanden Broucke. 

1670. Jacob Spanoghe. 

1674. Pieter de Heuvele. 

1677. Thomas van Holle. 

1683. Jean Philippe Gheissens. 

1685. Siinoen Indervelde. 

1688. Philippe Gheijle. 

1699. Bijckaert Durijnck. 

1711. Judocus Morel. 

1714. Jan baptiste Adriaenssens. 

1719. Jan baptiste Soenens. 

1722. Jacobus d'Hondt. 

1723. Pieter de Bosschere. 
1725. Jan baptiste Staelens. 
1727. Pieter van Overwaele. 
1731. Philippe Jacopssen. 

1733. George Steuperaert. 

1734. Jacobus Stevens. 

1735. Lucas Schamp. 
1748. FransdeVliegher. 
1751. Guillielmus Goethals. 
1754. Charles de Brauwer. 
1763. Joan Grenier. 

1774. Louis de Vliegher. 
1807. Charles Veranneman. 
1815. Louis Mestdagh. 



— 268 — 



1834. N. J. Claus. 
1847. Charles Antheunis. 
1865. Charles van de Putte. 
1878. Charles van Loo. 
1880. Gustave de Kryger. 
1883. Victor Michiels. 



COMPOSITION DU SERMENT EN 1889. 

Chef-Doyen : Charles van Loo. 

Doyen : Victor Michiels. 

Secrétaire : Jules Leirens. 

Secrétaire-adjoint : Albert Feyerick. 

Trésorier : Henri Michiels, père. 

Membres : Alphonse de Béer, Richard de Brie, Albert de 
Kerchove d'Exaerde, baron Herman délia Faille, Albert 
Story, Frédéric vande Putte. 



LISTE DES MEMBRES DE LA. CONFRÉRIE DE SAINT-MICHEL 

. EN 1889. 

Cette liste a été dressée d'ax^rès la date d'ad- 
mission des membres de la confrérie. 

Eugène Lippens; Charles de Hemptinne ; Victor Michiels ; 
Henri Michiels, père ; Frédéric vande Putte ; Charles van Loo ; 
£variste Cardon; Richard de Brie; Raymond deCoster; 
Gustave Auger; René van Loo; van- Pottelsberghe de la 



— 269 — 

Potterie ; Paul Hebbelynck ; Constant Heynderyckx ; Hip- 
polyte Lippens; Jules Leirens; AlfrQcl Veïga ; Albert Meche- 
lynck; Léon Speelman; Henri Schoentjens; Auguste van 
Loo; Jules Mechelynck ; Albert Story; Georges Hulin; 
Maurice vander Haeghen; Ferdinand Feyerick; Maurice 
Delecroix ; Georges Rooman ; Alfred de Vos ; Alfred Blan- 
quaert; Charles Duhayon; Alphonse de Béer; Maurice 
de Smet de Naeyer; Albert vander Stichelen; Eugène 
Dauge; Emile de Vos ; Harold Drory ; baron Othon de Giey ; 
Hippolyte Tyman; baron Herman délia Faille; Werner 
van Pottelsberghe de la Potterie; Oscar Verhaeghe de 
Naeyer; Léon Feyerick; Théodule Hebbelynck; chevalier 
Emile Hynderick ; Fernand vander Haeghen ; Albert 
Feyerick; Léon Leirens; Georges Buysse; Alexandre de 
Hemptinne; Henri_ Verhaeghe de Naeyer; Eugène Morel; 
Lucien Morel; Hector Joniaux; Charles Zurée; Auguste 
de la Kethulle; Jacques vande Kerchove; Raoul van Hoo- 
brouck de ten Huile ; Albert de Kerchove d'Exaerde; 
Charles vando^- Haeghen; Georges de Moernian d'Harle- 
beke ; Albert Tyman ; Albert van Wassenhove ; Albert 
Lejour; Georges van Wassenhove; Gaston Cannaert ; 
Joseph Maes ; Georges Bauwens ; baron Léon de Pelichy ; 
Charles van Crombrugghe; Georges de Meulenaere; Alfred 
Pauli; Henri van den Poêle; Edgar Verschorren; baron 
Léon de Séjournet; Henri Michiels, fils; Georges de 
Hemptinne; Edgar du Ry van Steelant; Edgar Vervier; 
René Legrand; Armand de Meulenaere; comte Dorsan 
Goethals; Fernand de Lendonck; baron Oscar van Loo; 
Firmin de Sniet; Alexis Callier; Ferdinand de Smet de 
Naeyer; Adrien de Kerchove d'Ousselghem ; Paul Burg- 
graeve; Arnold vander Haeghen; Albert Fierlants; Fer- 
nand Story. 

Prosper Claeys. 



270 



UN 

PHILOLOGUE GANTOIS INCONNU 

DU XVir SIÈCLE. 



LOUIS LAUTIUS. 

Peu de biographes mentionnent Louis Lautius, 
et ceux qui le font ne nous donnent guère de 
renseignements sur ce philologue du commen- 
cement du XVIP siècle. Dans ses D'e Gandaven- 
sihvs ervditionis fama claris lihri très (1624), 
Antoine Sanderus lui consacre la notice suivante : 
« LvDOvicvs Lavtivs, Presbyter atquè ad D. 
Michaëlis Gandaui per annos aliquot Curio, sacris 
litteris imbutus, atque in politioribus disciplinis 
versatissimus fuit. Scripsit in Varronem in Trium- 
uiros item Amasios Cattidlum, TibuUum, Propertium 
notas doctissimas. Scripsit etiam versu ad amicos 
uaria, quae indolem ingeniumque summum in viro 
probant. Edet ea lustus Rycquius in delitiis Gan- 
dauensium Poëtarum. Maior apud aliquos futurus 
erat, si candorem effusumque animi liberalitatem 
apud eos, qui se fictâ morum compositione & 
Hypocrisi tuentur, continere potuisset. » 



— 271 - 

Tous les historiens postérieurs ont copié cette 
notice en la résumant : Sweertius, dans ses 
Athenae Belgicae *, Foppens, dans sa Bihliotheca 
Belgica, Joecher, dans son Allgemeines Gelehrten- 
Lexicon, et, plus récemment, Piron, dans son A^^e- 
meene Levensheschrijving der Mannen en Vrouiven 
van Belgie. Les recherches que j'ai consacrées 
personnellement à Louis Lautius ne m'ont pas 
permis de restituer complètement ^a biographie ; 
mais elles m'ont fait trouver certaines indications 
que je crois utile de publier. Elles mettront peut- 
être un érudit plus heureux que moi sur la voie 
de nouvelles découvertes. 

Nous connaissons trois ouvrages imprimés de 
Lautius ; le premier consiste en une série de notes 
philologiques sur le texte des Histoires de Paul 
Orose; les deux autres sont deux petits poèmes 
dont il sera question plus loin. Les notes sur 
Orose, qui occupent douze feuillets in-12'', ont été 
éditées par André Schott, dans les liminaires d'une 
réimpression de l'édition de Paul Orose, annotée 
par François Fabricius : 

Pavli Oeosh presbyteri hispani, adversvs paganos histo- 
riarvm libri septem. Vetvstorvm librorvm avxilio à mendis 
vindicati, & anuotationibiis ex vtriusq. Hngiiœ historicis 
iUustrati, opéra & studio Franc. Fabritii Marcodvrani. 
Additse niinc demum Lvdovici Lavtii Notce, & E,. P. 
Andrœ Schotti è Societate lesu Sacerdotis Recensio. Qui- 
bus etiam accessit eiusdem Orosii Apologeticiis contra Pe- 
lagiiim, de arbitrij libertate. 

' Sweertius y a ajouté l'indication de notes sur Paul Orose : 
« ...scripsit Notas in Paidi Orosij Historiam. Moguntise, typis 
Pétri Cholini, 1615.8... » 



— 272 — 

Mogvntiae, Sumptibus Pétri Cholini. Auuo M.DC.XV. 
Cum Gratia & Priuilegio Sac. Cses. Maiest. 

Comme on l'a vu, Lantius avait aussi écrit des 
notes sur les trois erotiques italiens, Catulle, 
Tibulle et Properce, sur Varron, et des Poemata 
ad aniicos varia. 

Les notes sur Catulle, Tibulle et Properce n'ont 
vraisemblablement pas été publiées par Lautius, 
sur les conseils de son ami Juste-Josse De Culeo 
ou De Cuyle; voici, en effet, ce que celui-ci lui 
écrit dans une de ses lettres : « ... Si Catullum 
& Tibullum, tuis elucubrationibus illustratos nobis 
dabis, legentibus, aut plané & serio id âges aut non 
ex animo. Si serio id âges, non potes non lasciuus 
haberi interpres, qui lasciuum elegeris argumen- 
tum. ]Meminisse te conuenit quod nugae in ore 
sacerdotis, sunt blaspliemise ; in ore adolescentis 
j)ropliani, sunt facetise. Si frigide & non ex animo 
id agis, operam utiq: perdes & oleimi. Terentia- 
num est, Mihi quale ingenium haberes, iudicio fuit 
oratio. Sed ego omnium hominum ineptissimus 
sum, qui sus Miner uam. Amabo vicissim admoneri 
abs te officij mei. . . , » et il termine en rappelant 
à Lautius l'exemple de plusieurs hommes illustres 
qui, arrivés à Page mûr, ont soigneusement 
détruit les œuvres erotiques de leur jeunesse. 

Une autre lettre de De Culeo, qui, comme la 
précédente, n'est malheureusement pas datée, 
nous .fournit encore certains renseignements sur 
Lautius; nous y voyons, notamment, que notre 
auteur fit ses études à Louvain, en même temps 



— 273 — • 

que De Çuleo, dont il partagea la table et la 
demeure : 

« Vetustas nostri araoris postulat quœ ab eo tempore 
consueuit, quo ijsdein prœceptoribus in studio Philosopliico 
Louanij vsi sumus, & mensa, & tecto, & status rerum Bel- 
gicarû, & tëporum cursus, fortunseque communis conditio, 
quse te mihi successorem parât, hortatur, vt tibi id gra- 
tuler, qui maguitudine ingeuij semper prœcelluisti, nunc in 
relictam a me prouiuciam glorise succrescendo, per mea 
vestigia vocari. Tibi sacris initatio ', vel ad sacerdotium 
pergenti, Bisontium est magis commodum : mihi autem Juris 
studium postliminio repetenti vberiores fructus promittit 
Dola. Ibis ad ciuitatem amplam, liberam... (suit une des- 
cription de Besançon) Hœc ad te scribo, vt non temerè 

oblatam conditionem dimittas. Dolam te inuito ad festa 
Paschalia. Hœc tibi arx videbitur, si Bisontium spectes. 
Belgicè conuiuabimur vel si mauis Burgundicè, ab ouo 
vsque ad capream assam, cum iure oxalis, vino Arbosiano 
discutiente prseteritorum piscium plilegmata, & ad tuam 
gratiam aduocabo aliquot Belgas mundos & élégantes ado- 
lescentes, qui hic luri operam uauant. Vale. Dola. » 

Les deux lettres que nous venons de citer 
sont imprimées dans les Ivsti Ivdoci Decvleonis 
CoRTEACENSis Orationes Epistolae et Car mina 
(1613), respectivement pp. 141 et 138. 

Nous ne connaissons pas le sort des notes de 
Lautius sur Varron. 

Quant aux Poemata ad amicos varia, ils de- 
vaient être imprimés dans les Deliciae Gandaven- 
sium Poetarum de Juste Rycquius. Comme ce 

' Faute d'impression facile à corriger : initiato. 



— 274 — 

recueil n'a pas paru ' , ils ne sont point parvenus 
jusqu'à nous, à l'exception de deux pièces, dont 
la première est contenue dans le Frnvs Gvilielmi 
Assonlevilln{1^^9)^ et dont la seconde est imprimée 
à la suite de YlcIyUiura du poète brugeois, Jean 
Lernutius (1602). Il ne sera pas inutile de donner 
ici une courte description de ces recueils : 

1. — FVNYS Gvilielmi Assonlevilli Bovchavtii D. A. varijs 
adornatum. Curator Léo M-eyervs Antverp. 

Antverpise. Ex Officina Plantiniana, Apud loamiem 
Moretum. M. D. XCIX. 

In-8°, 47 pp. et 1 p. non cotée ^. 

PP. 23-28, V. C. Gulielmo Assonleiiillio Bou- 
chautij D. & C. Epicedhim. 72 distiques, signés 
Ganclavi fac: Lud. Lautius Presh. XVIII Kalendas 
Iidias. En voici quelques-uns, à titre de spécimen 
de la manière de Lautius : 

Noleham : quid enim assiduis urgere querelis 
Viros heatos attinet ? 



» C'est par Sauderus, et par Sweertius qui l'a copié, que nous 
savons que Rycquius a eu l'intention de publier les œuvres choisies 
des poètes gantois, et je crois être le premier à relever ce détail 
intéressant. Il est à remai-quer, d'ailleurs, que Sandez'us et Sweertius 
ne mentionnent ce projet que dans la biographie de Louis Lautius, 
sans y faire allusion dans la notice qu'ils consacrent à Rycquius 
même. C'est ce qui explique, sans doute, que M. R. Van den Berghe 
n'ait pas cité les Deliciae dans son excellente Notice sur la vie et les 
œuvres de Justus Rycquius (1881). 

2 Les auteurs de la Bibliotheca Belgica disent, par erreur, 1 feuillet 
non coté (F. 17). — V. sur le Funvs, les Annales du Bibliophile 
belge, t. I (1882), pp. 17-22. 



— 275 — 

Gratia qiios Christi cœlo dignata, locarit 

Deos vel inter Prœstites ? 
Tum ve7^o in terris fama sui^eresse reliquit. 

Colique templis et sacris, 
Numina uti, quibus oh meritum pia thura quotannis 

Devoti amice suffocent ? 
Attamen Assonville, mihi ut tua fervida virtus 

Purique 'pectoris décor. 
Et Fidei integrilas veteris, cum simplice vero 

Noctuque oherrat ac diu, 
Nec mentem patitur gravihus requiescere curis, 

Quin te mihi, usque te mihi, 
Ac 7iostro generi lacrumen sic fidus ademptum, 

Quo turbida hœc per œquora, 
Quamvis remigo midis, lustrare licebat 

Ad po7^tiim honoins semitam. 
Immemor ecce mei sensus, anhnique mcissim 

Tarn perthiacis iynmemor, 
Non possum me non aliis suscrihere amicis, 

Qui te sibi heîc desiderant. . . 

Dans une autre pièce, François Harduyn, 
s'adressani à Tombre de Guillaume d'Assonleville, 
et faisant allusion aux poètes qui avaient coni' 
posé les divers morceaux de ce recueil, s'exprime 
ainsi (p. 34) : 

Sentis id immiti te plangar morte peremptum 
Meyerus ad diqMcem voce gonente lyram ? 

Sentis et ut triplices niynium crudelia Parcas 
Numina Pantini docta Camœna vocet ? 

Urgeat utque tuam numerosus Lautius urnam, 
Et Liefcelt Flandro Belgivus ore Maro.., 



— 276 — 

2. — Iani L^envtI Idyllium, Filio Dei, & Diuœ Virgini 
sacrum. Item Lvdovici Lavtl presbyteri Ode, qvam Versu 
Flaudrico donauit Nobilis ac Eruditus Vir Theod. Lief- 
veltivs. Ad. Reuereudissimum Dominum Carolvm-Philippvm 
Rodouanium, Berlegemium, INIiddelburgi Episcopum, Ena- 
nise Abbatem. 

Lovanii, Apud loanuem Masium, 1602. 

In-4^ 23 pp. 

L'ode de Lautius à l'évêque Eodouan occupe les 
pp. 14-18; elle est suivie, comme le titre de 
l'opuscule l'indique, d'une traduction flamande 
ïpar Théodore Liefvelt (pp. 19-23). L'approbation 
est datée de Louvain, 8 août 1602. 

Voici, pour terminer, quelques pièces de vers 
adressées à Lautius par ses contemporains : 

Maxjemyliaxi VeientI Gaxdensis Epigram- 
matvm lïbri IX (1603), p. 147 : 

A cl Lvdovicvm Lavtivm et Simonem Kerchovivm. 

Si tibi, Kerchovi, tibi si, lautissime LavH 
Partem de solido tollere dulce die est : 

Adsitis faciles facili bona copula censé, 
De subito iustruxit qiiam coquus, sequns Amor. 

Si daps lauta minus vel conda lagena placebit, 
nie bonis animis non placuisse nequit. 

Antonh Sanderi Poemata (1621), lib. II, der- 
nier feuillet, verso, du cahier L : 

Ad Lvdovicvm Lavtivm j^oetam. 

Non longo tua, Ludouice, versu, 
Dicam nomina, cum nec segra digno 
Modo scribere possit, illa nostrœ 
Mentis pauperies, satisque priuo 



- 277 — 

Viuas eloquio, stupens quod olim 
Quaudo posteritas leget, volente 
Dicet pectore protinus : vir ille, 
Ille Laiitius, éruditions 
Dux est ordinis, et politiorum 
Vindex maximus elegantiarum. 

JvsTi Rycqvii Elogia Gandavensivm Poetarvm, 
en tête des Antonh Sanderi De Gandavensibvs 
ervditionis fama claris lihri très (1624), p. 10, 
V. 44-46 : 



Episcopusque Lautiusque miisicis 
Vatum beati pariter exultant choris. 
Sed hi fuêre ; 

JvsTi Rycqvii Parcae id est, Epitapliiorvm à se 
conscriptorum libri très (1624), p. 117 : 

Lvdovico Lavtio Gandensi, 

Presbytère & Philologo. 

Ad vacuum Lavtl Tumulum ne plangite Ciues, 
Nam medio seruant himc Helicone Dese. 

Cette dernière pièce nous montre, comme la 
précédente, que Lautius mourut avant 1624. Toutes 
les recherches que j'ai faites à Gand pour trouver 
la date exacte de son décès, sont demeurées vaines. 

Paul Bergmans. 



18 



— 278 



]SrOTIOE 



SUR LE 



LOCAL DE LA COAFRÉRIE DE SAIXT-GEORGES 



IDE 1381 A 179e. 



La confrérie de Saint-Georges à Gand possé- 
dait, au commencement du XI Y^ siècle, pour ses 
exercices de tir à l'arbalète, un local situé sur 
les fortifications dé la ville, près de la porte de 
l'écluse aux cinq vannes, à l'endroit où se trouve 
actuellement la rue Saint-Liévin. 

En 1381, Louis de Maie vint assiéger la ville 
de Gand et campa à Heusden avec une armée 
imposante. Cette armée bloqua toute la partie 
sud-est de la ville. Dans le courant de la même 
année et probablement par suite de cet événe- 
ment, la confrérie quitta son local de la porte 
aux cinq vannes et fit l'acquisition d'une maison 
et d'un terrain situés près du Beffroi dans la rue 
Saint- Jean; elle y établit le lieu de ses réunions 
et de ses exercices. 



— 279 — 

Le chevalier Diericx nous apprend, en effet, 
dans ses Mémoires sur la ville de Gand, que « la 
confrérie de Saint-Georges cessa en 1381 d'oc- 
cuper les fortifications de la porte aux cinq 
arcades, puisqu'elle donna dès lors à loyer sa 
cour, de même que plusieurs de ses propriétés 
contiguës. » Et il cite en note plusieurs actes de 
location qui portent les dates du 15 juin 1381, 
du 20 novembre 1381, du 30 juillet 1391 et du 
2 juin 1427 \ 

Un acte de vente du 5 février 1408 (v. s.), nous 
montre la confrérie établie à cette époque dans la 
rue Saint-Jean. « Qu'il soit connu de tous, dit cet 
acte, que Guillaume Talboem et Dame Marguerite 
Blanstreins, sa femme légitime, ont bien et vala- 
blement vendu à Jean Pricke, leur fonds-bâti situé 
dans la rue Saint-Jean, aboutissant d'un côté à la 
cour des arbalétriers et de l'autre à la propriété 
de Liévin Van den Bossche,. avec une nouvelle 
maison ayant issue dans la Ryngasse et longeant la 
cour jusqu'à l'atelier de tisserands du prédit Jean 
Pricke, ce, du devant jusqu'au fond, avec toutes 
les appendances et les dépendances, « haerl. be- 
huusde stede staende in sente Jansstraete der 
schidtershof an deen zyde ende Lievins stede van 
den Bossche an dander zyde, metten nieuwen 
huuse ter Rijngassen uutcommende, strekende de 
hove tote Jans vorseide weef huuse, van voren 
tote achter met allen den gheloghen diere toebe- 
hoiren, enz. ^ « 

• DiEBicx. Mémoires sur la ville de Gand, t. II, p. 465. 

^ Registre des actes et contrats ^passés devant les Èchevins de lu 



— 280 — 

Il est donc extrêmement probable que la confré- 
rie de Saint-Georges transporta, dès 1381, le local 
de ses exercices au lieu où nous le voyons en 1408. 

C'est, du reste, ce qu'attestent les auteurs qui 
se sont occupés des antiquités de la ville de Gand. 
Nous trouvons dans l'explication du plan de la 
ville en 1534, inséré dans l'ouvrage de Marc van 
Vaernewyck de Historié van Belgis, la mention 
suivante : « N° 45. Cour Saint-Georges. En 
l'année 1381, la chef-confrérie des arbalétriers, 
dite de Saint-Georges, quitta sa cour située à la 
porte aux cinq vannes, et s'établit d'abord dans 
la rue Saint- Jean près du Beffroi, et vers 1445 
dans la vieille Halle, rue Haut-Port'. » Et 
M. Edm. De Busscher, archiviste de la ville, 
n'hésite pas à l'affirmer dans l'opuscule qu'il a 
publié, en 1850, sur la confrérie de Saint-Georges. 
« La confrérie gantoise de Saint-Georges, dit-il, 
quitta, .en 1381, son local près de la porte de 
l'Ecluse aux cinq vannes, et vint établir le lieu 
de ses exercices, ou sa cour de tir {schiiiters-hof), 
près du Beffroi, entre la rue dite Hooch-poorte et 
la rue Saint-Jean... Vers 1450, la chef-gilde de 
Saint-Georges acquit la halle aux draps, située 
sur la Hooch-poorte et contiguë à l'enclos occupé 
par la confrérie ". » 



Keure, pendant les années 1408, 1409 et 1410, fo 34'". Déposé aux 
archives de la ville. 

' Marcus van Varnewyck. Historié van Belgis, t. II, p. 9 de 
l'annexe. 

" Ed5i. De Busscher. Confrérie de Saint-Georges à Gand, pp. 10 
et 18. 



— 281 — 

L'endroit où la confrérie de Saint-Georges 
s'établit en 1381, n'était ni une rue ni une place 
publique. Le terrain et la maison qu'elle acheta 
faisaient partie du carré de bâtiments dans lequel 
se trouvaient compris le beffroi et les halles. Ce 
carré de bâtiments datait, au témoignage de 
Warnkœnig, de Gheldolf et de Diericx, des pre- 
miers temps de la ville. 

Warnkœnig, dans son Histoire de la Flandre et 
de ses iyistitutions civiles jusqu'à Vannée 1305, parle 
d'un carrefour près de l'église de Saint-Bavon, . 
et il signale le carré de maisons qui comprenait 
les anciennes halles et le beffroi, comme existant 
depuis les temps les plus reculés. Il invoque à ce 
sujet Topinion conforme de Diericx. Voici ce que 
l'on trouve dans cet ouvrage, traduit et annoté 
par M. A. E. Gheldolf, à l'endroit où l'auteur 
s'occupe de la Keure extorquée par les Gantois à 
la comtesse Mathilde et confirmée en l'année 1192 
par Baudouin YIIL L'article 21 de la Keure est 
conçu en ces termes : Causae oppidi et placita non 
tractabuntur nisi apud sanctum Johannem in qua- 
drivio praetorii, nisi forte cornes in propriâ per- 
sonâ, vel castellanus vice ipsius, de aliquo sublimi 
negotio tractare voluerit; tune enim scabini ad 
eum debent accedere, et inter capellam sanctae 
Pharaïldis et urbem Comitis, de causa propositâ 
tractare. « Ils ne traitent des affaires de la ville et 
ne tiennent les plaids qu'auprès de l'église de 
Saint- Jean au carrefour du prétoire, in quadrixio 
"praetorii. — Diericx dit à cet égard : « L'origine 
« de ces expressions semble remonter au temps 



— 282 — 

« des Romains, et cela peut donner lieu à pré- 
ce sumer qu'il existait alors un prétoire à l'endroit 
(c où nous trouvons auj ourd'hui notre cathédrale . » 
— Warnkœnig incline à y voir les quatre bancs 
du baillage, la vierschaere du bailli (cfr. Diericx, 
Lois,l\^ 262). ir paraît certain que le carrefour, 
existant encore aujourd'hui devant l'église de 
Saint-Bavon, date des premiers temps de la ville, 
et si l'on considère que les anciennes halles, pri- 
mitivement comprises dans le même carré que le 
beffroi, se sont probablement étendues jusque-là, 
on peut supposer avec assez de vraisemblance 
que ce carrefour n'est ainsi nommé dans la charte 
de 1192 que parce qu'il servait déjà de lieu de 
séance aux échevins, de même qu au sjTiode avant 
cette époque *. » 

C'est dans ce carré de bâtiments, compris, 
comme aujourd'hui, entre la rue Saint-Jean, la 
place échevinale, la Hooch-poorte et laRyngasse, 
que la confrérie de Saint-Georges établit son nou- 
veau local. 

Quelle était, de 1381 à 1435, époque de nou- 
velles acquisitions faites par elle, la situation 
de ce local ? 

Au sud et de front à la rue Saint- Jean, elle 
avait une maison, lieu de ses réunions, het schut- 
tershuus, comme nous l'apprend un acte de vente 
en date du 6 juin 1431, d'une maison située en 



• L. À. Warnkœnig, Histoire de la Flandre et de ses institutions 
civiles jusqii'à l'année 1305, traduite par M. A. E. Gheldolf, t. III, 
p. 78 et à la note. 



— 283 — 

face : « Een huus gliestaen enJe gheleghen by 
den belfroete vor der schutter huus * . » Elle y avait 
aussi une chapelle. Son premier ^oin, partout où 
elle s'établissait, était d'en construire une, afin 
d'observer les prescriptions de son règlement qui 
ordonnait que ses exercices fussent précédés d'un 
service religieux auquel assisteraient tous les 
tireurs. Un chapelain ou prévôt était attaché au 
lieu de ses réunions. Elle avait une chapelle dans 
le local qu'elle avait abandonné en 1381 au Vyf- 
loindgaten; elle en avait une aussi près de l'église 
de Saint-Nicolas au coin du marché aux Grains, 
et une troisième dans son local rue Saint-Jean 
près du Beffroi; enfin elle en fit construire une 
autre en 1474 au coin de la place échevinale et de 
la hooch-i^oorte lorsqu'elle fit bâtir sa grande gilde- 
^i«<5 qui existe encore. Un acte du 11 avril 1469 
concernant les sœurs du couvent de Saint-Georges, 
dit .que des services religieux se faisaient dans les 
trois chapelles de la confrérie, « also wel int gast- 
huus ten Vive Wintgaten ende cappelle van sent 
Jooris daer neffens staende iegen over dhoj^e, als 
ooc inde cappelle an den Coornhaert ende in de 
principale cappelle van S^ Jooris met haeren fon- 
dacien ende anderen diensten, staende hinnen des 
schuttershove'\ » Il est vraisemblable que la confré- 
rie y avait d'autres constructions encore, depuis le 
Beffroi jusqu'à la maison Talboem, notamment 
une salle pour le dépôt de ses armes, et qu'il y 



• Jaer-register , blad 101. — DiERicx. Mémoires, t. II, p. 85. 

* Archives de la confrérie de Saint-Georges. 



- 284 - 

avait des murs pour protéger sa propriété et 
empêcher que les flèches des tireurs ne vinssent 
s'égarer dans la rue. 

Au nord, son local était limité par les murs de 
la cour de l'ancienne halle aux draps, construite 
en 1228 sur la, Hooch-poorte et démolie vers 1474. 
La cour de cette ancienne halle s'étendait, en 
longeant la place échevinale (plus tard Parade 
plaetse et aujourd'hui Marché au beurré)^ jusque 
près du Beffroi, à l'endroit où se trouve actuelle- 
ment la prison communale. Cela est établi par les 
mentions de trois actes anciens : le premier, qui 
est un règlement de la confrérie en date du 
3 juillet 1416; le second, un acte de vente de 
la cour de l'ancienne halle du 29 juillet 1435, et 
le troisième, du 5 mars 1486, une convention au 
sujet d'une maison située sur la place échevinale 
près du beffroi, et donnée en location par la jeune 
confrérie de Saint- Georges. 

Dans le règlement du 3 juillet 1416, il est dit 
que les confrères de la Gilde de Saint-Georges se 
livraient à leurs exercices derrière la halle. « Ken- 
lic zij enz. dat dit naervolghende siin de ordenan- 
chen ende vorsieneghe deliberacien die scepenen 
van beede de bancken, medgaders beede den 
dekenen ende die te haren rade behoeren, gheor- 
denert, ghemaect ende ghedelibrert hebben up 
tgouvernement ende beleed van sente Joeris guide 
in Ghend, dwelke eenen langhen termiin van jaren 
qualic ende onprofiitelic beleedt heeft ghesiin. — 
Eerst dat omme tvors. guide te vermeersene, te 
versterkene ende aile broederlike minne ende 



— 285 — 

jonste onder de ghesellen te bet te groeyene 
ende te wassene, so sal men gheven aile son- 
daghen van nu voertan van der stede goede, den 
ghesellen van den gidde die hachter hallen schieten 
sidlen, up datter zesse ghesellen schieten of meer, 
als sii gheschoten sullen hebben, twee cannen 
wiins, siinde XII groten... '. » 

L'acte de cession à cens de la cour de l'ancienne 
halle, en date du 29 juillet 1435, nous apprend 
que cette cour s'étendait vers le beffroi jusqu'à 
l'endroit où la ville faisait bâtir en ce moment, 
et qu'elle y était clôturée par des murs que les 
acquéreurs étaient tenus de démolir aussi loin 
que la ville voudrait faire construire dans l'avenir. 
Celle-ci se réservait en outre la faculté de racheter 
le terrain sur lequel elle ferait bâtir. « Kenlic dat 
her Goessin van Vaernewijc, lier Jacop van den 
Hane ende hare ghesellen scepenen van der Keure 
in Ghend over hemlieden ende over haerlieder 
naecommeren in den name dor vors. stede hebben 
uutghegheven Symoen Betten up doechpoert, 
Janne van Caudenhove ende Janne den Conijnc, 
Bertelmeeus zone, thof van der ander halle bij 
tscepenenhuus van der Kuere, alsoet gheleghen 
es, beghinnende an de Hoechpoort, streckende 
ten heelfroete ivaert neder toot daer de stede doet 
tverken, in erfeliken tseinse omme XII groten 
tsiaers, elcke roede van XX tilgevoeten, behauden 
dien dat de stede dat anverden mach omme daer te 
doen werckene, ofte ten orborne van der stede 

« Jaerregister„ 1415-1416, bl. 138. 



— 286 — • 

tallen tijden alst tscepenen ghelieven zal; ende 
van alsoe verren als de stede aenverden zoiide, 
zo zouden zij naer advenante ontsleghen zijn van 
den cheinse. Voert is hemlieclen vercocht de muere 
ende al dat int vors. hof glielegen es, welke muere 
zij sullen af ende uut doen tote den gronde alsoe 
verre dat de stede daer sal loillen doen wet^cken 
in toecommenden tijde, ende dat omme eene zekere 
somme van ghelde, die zij daer over der stede 
betaelt ende over geleit hebben : den vors. erfe- 
licken landtcheins van der vors. plaetsen alsoe 
verre als roede ende mate bewijsen zal, te be- 
taelne te twee payementen tsiaers, etc. Actum 
die XXIX julij anno 1435 *. » 

L'acte du 5 mars 1486 nous fait voir jusqu'où 
s'étendait vers le beffroi la cour de l'ancienne 
halle. Il s'agit dans cet acte d'un passage que la 
jeune confrérie de Saint-Georges, dont le local 
occupait à cette époque la partie de la cour de 
l'ancienne halle, longeant, sur toute sa longueur, 
la place échevinale, stipulait à son profit par la 
porte d'une maison située près du beffroi. Cette 
porte est nommée dans l'acte la porte de l'ancienne 
halle {der halle vooy^tijts). « Kenlic zij allen lieden 
dat Lievin Boudins f^ Sanders commen es voor 
scepehen van der Keure in Ghend, kende ende 
verklaersde sculdich zynde Janne Van den Bossche 
sceppere als dekin van den jonghen guide van 
mynen heere Sent Joorys binnen deser stede, ter 
causen van den uutzette, vryede ghevrocht ende- 

' Reg. Act. en Contr., Keure, 1434-1435, bl. 193., 



— 287 — 

beghinnen weercken ande plaetse hy den heelfroyte- 
alzoot ghevrocht zal werden commende int cleen 
hofwEin den voornoemden guide toot ende metten 
houcke toot ende poorte van der halle voo?iiJts, 
int jaer voorleden bij scepenen van der Kuere 
metten eerfscheeders ghevisenteert oft liuer- 
buerlic ware ende wesen mochte of niet. Ende 
ooc metten proviserers ende notabelen van den 
zelve guide bjden Dekin raed ghenomen heb- 
bende, ende den consente van scepenen ghecon- 
senteert ende ghesloten ende alnoch consenteren, 
ende insghelycx de dekin, de vrijliede ten liuuse 
hebbende ende dienende mits den guide hebbende 
alst nood ware duerlijt up thende van den huiise 
ande poorte van der halle paysivelic alzoot be- 
houven sal, zonder hem Lievin ende zyner huuser 
van der selver vryhede belet te moghen doene, 
maer belovende de zelve dekin hem Lievin te doen 
ende laten ghebruuckene teeuwelyken daghen 
mids de somme van drie ponden grooten ter 
reparatie van den hove ghepresenteert, die de 
voornoemde Lievin den voornoemden dekin be- 
looft te betaelne deen helft te paeschen ende 
dander heelft te sincxenen eerst commende... *. » 
La porte de la cour de l'ancienne halle sur la 
place échevinale, devenue celle de la nouvelle 
halle bâtie en 1427, est visible sur le plan du 
local de la confrérie de Saint-Georges en 1640, 
que Sanderus nous a conservé dans son ouvrage 



' Chartrier de la confrérie de Saint-Georges, n° 23. Déposé aux 
archives de l'État à Gand. 



— 288 — 

intitulé : Flandria Illustrata t. Elle se trouvait 
à l'extrémité de la maison touchant au beffroi 
sur la place échevinale, et elle marquait la limite 
de la cour de l'ancienne halle au sud, vers la rue 
Saint- Jean. 

Les travaux que la ville faisait exécuter en 1435 
au pied du beffroi, et dont il est question dans 
l'acte du 29 juillet de cette année, étaient ceux 
de la construction, résolue en 1424, de la nou- 
velle halle dans la rue Saint- Jean. Cette halle 
était destinée à remplacer l'ancienne. Elle existe 
encore aujourd'hui telle qu'elle était en 1445, 
époque de son achèvement ; le prolongement pro- 
jeté jusqu'à la porte de la cour de l'ancienne halle, 
et dont les fondements seuls ont été faits, n'a 
jamais été exécuté. En 1435 on travaillait aux 
murs latéraux de la nouvelle halle, comme nous 
l'apprennent les comptes de la ville : « Item be- 
taelt Janne den Vos ende Boidin Boenen van 
haerlieder taswercke van der hallen van beede 
den zijtmueren te fondeerne ende iip te metsene, 
VI lib. X s. gr. 2. » Ce sont ces travaux qui ont 



• Sanderus. Flandria illustrata, t. II, p. 203. 

'^ Stadsrekening over 1435-1436. — Cette mention et plusieurs 
autres encore des comptes de la ville de 1427 à 1445, prouvent que 
Van Vaernewyck a versé dans l'erreur, lorsqu'il a dit dans son His- 
torié van Belgis (t. II, p. 232), que la nouvelle halle près du beffroi 
a été bâtie en 1325 et restaurée en 1425. L'architecture du monument 
ne laisse, du reste, aucune espèce de doute sur l'époque à laquelle 
il a été construit. Les piliers de style roman qui sont dans les caves 
de l'édifice semblent provenir, comme ceux qui se trouvent dans 
quelques maisons de la rue Hautport et du Marché au Beurre, du 
portique qui existait dans la cour de la vieille halle et qui a été démoli 
vers 1435. 



— 289 — 

nécessité la démolition d'une partie des murs de 
la cour de l'ancienne halle. 

Nous connaissons donc la situation exacte du 
mur qui clôturait au nord le local primitif de la 
confrérie de Saint-Georges dans la rue Saint-Jean. 
Ce mur se trouvait à l'endroit où se termine dans 
la même direction la halle de 1424, occupée au- 
jourd'hui par la confrérie de Saint-Michel, et il 
s'étendait parallèlement à la rue Saint-Jean, 
depuis la maison de Liévin Boudins sur la place 
échevinale, où était la porte de Tancienne halle, 
jusqu'à l'atelier de Jean Pricke. 

A l'est, le local de la confrérie longeait la 
maison de Guillaume Talboem et l'atelier de Jean 
Pricke. C'est ce que nous apprend l'acte de vente 
du 5 février 1408 reproduit plus haut. Les énon- 
dations de cet acte se retrouvent dans un autre 
du 13 septembre 1409, cité par Diericx dans ses 
Mémoires su7^ la ville de Gancl : « Eene behuusde 
stede staende ende ligghende in de Sente-Jans- 
straete : der schuttet^s-hof an deene zijde, ende 
Lievins stede van den Bossche an dander zijde '. » 

A l'ouest, enfin, le local s'étendait, avant 1424, 
jusqu'au beffroi, et, depuis cette date, jusqu'à la 
nouvelle halle aux draps. Ce qui nous prouve qu'il 
s'étendait primitivement jusqu'au beffroi, c'est 
que sans cela il n'eût pu convenir à un tir à 
la cible. En effet, du sud au nord, c'est-à-dire 
depuis les maisons de la confrérie situées rue 
Saint -Jean jusqu'au mur de l'ancienne halle, le 

' Jaerregister, bl. 33. — DiERiCX, Mémoires, t. II, p. 85, 



— 290 — 

local ne pouvait guère avoir plus de vingt-cinq 
mètres, et cette distance était insuffisante pour 
établir les cibles dans ce sens, tandis que du 
beffroi à la maison Talboem, il devait y avoir 
au-delà de soixante mètres. La maison Talboem 
n'était pas en 1408 ce qu'elle est aujourd'hui. 
Elle a été successivement agrandie, en 1728, 
en 1736 et en l'an XII, par l'annexion de 
différentes parties du terrain de l'ancienne 
confrérie de Saint-Georges, cédées à Pascal-Bois 
de Vigne et à Vispoel, qui en étaient propriétaires 
à ces époques. Elle n'occupait d'abord que fort 
peu d'espace à proximité du coin de la rue des 
Régnesses. La distance de la maison Talboem au 
beffroi pouvait suffire pour un tir à larbalète : les 
cibles ont donc dû être établies dans cette direc- 
tion, c'est-à-dire de l'est à Touest. 

La confrérie de Saint-Georges a cédé à la ville, 
vers 1424, le terrain sur lequel a été bâtie la 
nouvelle halle, au pied du beffroi. Par suite de 
cette aliénation, elle s'est trouvée dans la néces- 
sité de faire des acquisitions de terrain vers le 
nord, afin de pouvoir placer ses cibles dans cette 
direction. C'est ce qui eut lieu, en effet, quelque 
temps après. 

A une époque qui se place entre 1435 et 1450, 
les échevins cédèrent à cette corporation la cour 
de l'ancienne halle qu'ils n'avaient, dit Diericx, 
baillée à cens par l'acte du 29 juillet 1435, 
que sous la condition expresse qu'il leur serait 
libre de résilier le contrat ' . L'acte de cession n'a 

' Diericx, Mémoires sur la ville de Gand, t. II, p. 85. 



— 291 — 

pas été retrouvé ; mais le doute n'est pas possible. 
En effet, dans un acte de vente à la confrérie, en 
date du 19 févi^ier 1450, d'une maison située rue 
Hautport, à côté de l'ancienne halle, il est dit 
que cette maison a pour aboutissants d'un côté la 
cour appartenant à la grande confrérie de Saint- 
Georges et de l'autre Martin de Gheendt : a Kenlic 
zij dat Cornelis Yan der Loeve ende joncvrauwe 
Mergriete Van der Loeve commen zijn... kenden 
ende lyden dat sy hebben vercocht Jaune Yan den 
Hane als coninc ende Willem Yalcke als deken van 
den grooten guide van mynen heere Sente Jooris 
in Ghend, metgaders den proviserers van den 
selven guide ende ter guide behoef, een huus ende 
stede ghestaen ende gbeleghen up de hooch-poorte 
vooren, naest den schutters hove den voorseyden 
grooten guide toebehoerende an deene zij de ende 
meester Martin de Gheend an dandre zij de, metter 
plaetse ende lochtinglie, ende metten liuusen daer 
up staende, achter utcommende in de Ringliesse * . » 
La même mention de propriété se retrouve dans 
l'acte du 14 mars 1458, par lequel la confrérie 
vend la maison nommée de groote Loeve, achetée 
par elle en 1450, à Claes Yan der Zichelen, devenu 
propriétaire de la maison de Martin de Gheend, 
dite den grooten Moor. a Kenlic etc. dat Raesse 
van Liedekercke, als coninc, Jacop Donche... 
Mark van Loe, als dekenen... ende proviserers... 
bailliu... ende cleerc van den grooten guide van 
sent Jooris in Ghend over hemlieden ende over 

' Jaerregister , bl. 116, 



— 292 — 

tzelve guide gliemeenelic commen zijn, enz., 
kenden dat zij... hebben redelic ende wel ver- 
coclit Glaise van der Zickelen, filius Victors, een 
huus ende stede, dat voortijts ten voorn. guide 
behoef ghecocht was jeghen thoir van Janne van 
der Loeven, glieleghen up de Hoochpoorte. voren 
ter strate 7taest den scutters hove van den vors. 
grooten guide an deen zijde, ende den huus ghe- 
heeten den grooten Moor, den selven Glaise voor 
de date van desen toebelioorende an dander zijde, 
ende metten plaetsen, loclitinghe ende metten 
huuse der up staende, achter uutcommende met 
eenen gangbe tôt inde Ringesse tusschen svors. 
Glais an deen zyde ende meester Jans van der 
Eecken huus ende stede an dander zyde ' . » 

Nous trouvons la confrérie de Saint-Georges 
établie dans la cour de l'ancienne halle, lors du 
grand tir, landjuiveel, qui eut lieu en 1440. La 
relation que Pierre Polet, bailli de la Gonfrérie, 
nous a conservée de cette solennité, nous apprend 
que l'on tirait dans le local de la confrérie et 
au dehors, en plusieurs endroits de la ville. 
A cause du grand nombre de tireurs qui partici- 
pèrent au concours, on plaça deux cibles dans 
la cour de la Poterne, quatre à la cour du 
Prince, deux à la place d'Armes et deux dans 
le local de la confrérie. Il y eut, en outre, une 
cible d'essai dans la cour de la jeune confrérie 
de Saint-Georges, derrière la halle. « Item in de 
posterne was ghemaect een paer doelen van der 

• Jaerregister , bl. 67r. 



- 293 — 

zelver lingden by consente van den prinche. Item 
in den ^val waren ghemaect twee paer doelen. 
Item up den contre een paer doelen. Item den 
pronfstake lach int cleen hof bachter hallen ende 
daeren scoot niemant dan die up den selven dach 
scieten souden om den ]3rys ende die hadden den 
sleutel daer af. Item int groote hof stonden twee 
paer steken van der selver lingden '. » Or, le 
règlement du concours, publié le 13 mars 1439, 
prescrivait le tir à 45 verges, c'est-à-dire à 
139 mètres « tusschen twee doelen van rede- 
licker maten en linghden van vive ende veertich 
roeden ^ » Il est donc impossible que des cibles 
fussent établies dans le premier local de la con- 
frérie, rue Saint- Jean, près du beffroi, ce local 
n'ayant plus, depuis la construction de la nouvelle 
halle, qu'une longueur d'environ quarante mètres. 
Les locaux de l'ancienne et de la jeune confrérie 
de Saint- Georges devaient par conséquence se 
trouver, en 1440, derrière l'ancienne halle, non 
encore démolie, dans la cour de celle-ci, débar- 
rassée, depuis 1435, des murs et de toutes les 
constructions qui j avaient été élevées. Le même 
manuscrit nous fait connaître, en effet, que pour 
la commodité des tireurs et des spectateurs, on 
avait construit une estrade et des galeries cou- 
vertes, palissadées dans toute leur longueur, avec 
des abris sous lesquels se trouvaient les cibles, 



' Manuscrit de Pierre Polet, à la Bibliothèque de l'Université et 
de la ville de Gand, f° 46. 
» Ihid., f<>9. 

19 



— 294 — 

situés l'un près du beffroi et l'autre devant la 
maison éclievinale. « Item zo coste tscavaut te 
makene en tliaut te leverne ende de alleyen over- 
dect gliestakyts al duergaent met twee huusen 
daer de doelen onder stonden met ysere ende met 
al dater voort ancleeft omtrent xxij 1, gr. ...ende 
de steken laghen den eenen an d'beelfroit ende 
den andren voor tscepenen huus ' . » Comme il n'y 
avait pas de cibles établies sur la place échevinale, 
cette description désigne les cibles et la galerie 
construites dans la grande cour de la confréne 
de Saint-Georges, et la situation en est indiquée 
par relation avec le beffroi et la maison échevi- 
nale. La cour de la confrérie s'étendait donc 
depuis les bâtiments de l'ancienne halle sur la 
hooch-poorte jusqu'au beffroi. 

La cession de la cour de l'ancienne halle que les 
échevins de la Keure avaient faite le 29 juillet 1435 
à Simon Bette, à Jean Van Caudenhove et à Jean 
De Coninck, a dû être suivie de près par la vente 
de la cour et du bâtiment à la confrérie de Saint- 
Georges. Peut-être l'acquisition de 1435 n'a-t-elle 
eu lieu que pour la confrérie, quoique son nom 
ne figure pas dans l'acte. Quoi qu'il en soit, il ne 
saurait être douteux que la confrérie était en 1440 
propriétaire de la cour de l'ancienne halle et 
qu'elle l'avait réunie à son local primitif de la 
rue Saint- Jean, pour le grand tir à l'arbalète qui 
fut donné en cette année. 

Elle fit l'acquisition du bâtiment de l'ancienne 

» Manuscrit Polet, cité, f» 5. 



— 295 — 

halle après l'aclièvement de la nouvelle, qui eut 
lieu en 1445. L'acte du 19 février 1450 concernant 
la vente de la maison de groote Loeve attenante 
à l'ancienne lialle, porte que cette maison était 
contiguë à la propriété de la confrérie ' . L'ancienne 
lialle était séparée de la place échevinale par une 
série de maisonnettes qu'occuj)aient des écrivains 
publics. En 1459 l'on vendit une de ces maison- 
nettes, celle qui était située au coin de la place 
échevinale et de la hooch-poorte, et l'acte men- 
tionne qu'elle formait le coin de la cour des 
arbalétriers. « Een scrijfhuusekin staende ande 
plaetsche bij scepenen huus vander Keure, ende 
es thouchuusekin van den scuttershove '^ » Enfin, le 
procès-verbal de l'adjudication des travaux de 
construction de la nouvelle chapelle de la confré- 
rie, dressé par les échevins de la Keure le 27 mai 
1474, dit que cette chapelle devait être construite 
sur la place échevinale contre l'ancienne maison, 
devenue la propriété de la confrérie de Saint- 
Georges, en face de la maison des échevins de 
la Keure, « te makene een weerc van der nieuwer 
cappelle an doude Jmus, nu den zelven gidde toebe- 
lioorende, staende int hof vanden zelven guide ter 
voorstraten up dHoochpoort, ...ende commende 
met eenen ghevele ande plaetse ieghen tsepenen- 
huus vander Keure ~\ » Toutes ces mentions 
prouvent que la confrérie de Saint-Georges était 



' Jaerregister, bl. 116. 

* M^eezenboek, 1459-1460, f" lOSv. 

3 Archives de la confrérie de Saint-Georges, 



— 296 — 

devenue propriétaire des bâtiments de l'ancienne 
halle peu de temps après la construction de la 
nouvelle halle rue Saint- Jean. 

Les actes d'acquisition des différentes parties 
du local de la confrérie de Saint-Georges entre la 
Hooch-poorte et la rue Saint- Jean, n'ont point été 
retrouvés. Mais sa propriété est établie par une 
foule de documents que la confrérie a énumérés 
dans une requête adressée au Roi, en 1703, pour 
obtenir le retrait du décret qui ordonnait sa sup- 
pression. Il y est dit que si tous les titres de sa 
propriété ne peuvent être produits, c'est à cause 
de leur ancienneté qui les rend introuvables, « de 
primitive toecompste ofte coopbriefven door de 
oudtheyt van tyde niet allegader vindelick en 
syn * . )) Mais elle invoque les mentions du premier 
livre terrier dit vry huys vry erfve, l'acte d'achat 
du 19 février 1450 de la maison de groote Loeve, 
celui du 8 juin 1474 de deux maisonnettes situées 
sur la place échevinale pour être incorporées dans 
le bâtiment de la nouvelle chapelle delà confrérie, 
de nombreux et anciens actes de constitution et 
de remboursement de rentes, et enfin des procès- 
verbaux d'adjudication de travaux dressés par les 
échevins de la Keure en 1474 et les années sui- 
vantes, dans lesquels sa propriété a été reconnue. 
« Commende tôt de proprieteyt van de huysinghen, 
hovinghen, cappelle ende voorder edificien van 
voors. guide, ten minsten weerdigh tôt dertich 



* Archives de la confrérie de Saint-Georges , vol. 1700-1709, fo 64, 
n" 13. Déposé à la Bibliothèque de l'Université. 



— 297 — 

duysent gulden, men lieeft bevonden in den 
eersten grooten bouck van vry huys viy erfve... 
dat tselve guide aldaer op f" 9 van aldus van over 
verscheyde euwen, bekent staet voor suyveren 
proprietaris met précise expressie dat al tselve 
ten voorhoofd ghestaen ende gheleghen is op de 
hooclipoorte ende van achter vuytcommende in 
S*^ Jans straete binnen Ghendt, selfs zonder 
eenighen den minsten last van cheyns ofte onlos- 
selicke rente, tglione aen tselve guide notoirelick 
is dienende voor souffisanten titel ende proprie- 
teyt, aclitervolghende het eerste article van sesde 
rubrique der gliedecreteerde costuymen der 
voors. stad Gendt, mede bringhende dat kennisse 
van Landsheer gaet voor kennisse van Sche- 
penen '. w 

Quelle était la situation du second local que 
la confrérie de Saint-Georges a possédé, de 1435 à 
1469, entre la Hoocb-poorte et la rue Saint-Jean ? 

Le bâtiment et la cour de l'ancienne halle for- 
maient un carré long qui s'étendait, en largeur, 
depuis la maisonnette formant le coin de la 
hooch-poorte et de la place échevinale {plaetse 
voor het schepenhims) jusqu'à la maison dite de 
groote Loeve, et, en longeur, depuis la hooch-2')oorte 
jusqu'auprès du beffroi, à peu près à l'endroit où 
commence le bâtiment qui sert aujourd'hui de 
prison communale. A l'est, et sur toute sa pro- 
fondeur, la cour de l'ancienne halle avait pour 



* Archives de la Confrérie de Saint Georges, vol. 1700-1709, f° 54 
n° 13. Déposé à la Bibliothèque de l'Université. 



- 298 — 

aboutissants la maison dite de groote Loeve, le 
vaste jardin de cette maison et ses dépendances. 
A Touest, elle était bornée par les maisonnettes 
des écrivains publics [sclu^ij fhimseken) bâties sur 
la place échevinale le long des murs et du por- 
tique intérieur de la halle. Enfin, au sud, elle était 
séparée par des murs du local primitif de la 
confrérie, rue Saint-Jean. 

Cette ancienne halle avait deux portes placées 
aux deux extrémités, l'une à la rue Haut-port, 
l'autre sur la place échevinale, près du beffroi. 
L'existence d'une porte d'entrée à la rue Haut-port 
résulte de ce que l'on disait que la halle était 
située dans cette rue. C'était l'entrée principale, 
ornée sans doute d'un portique. La maison atte- 
nante aura emprunté son nom, de groote Loeve, 
de cette circonstance, car Diericx nous dit ' que 
le mot loe\:>e signifiait portique. L'autre porte est 
mentionnée, comme nous l'avons vu, dans l'acte 
du 5 mars i486, de poorte van der halle voortijts, 
et sa situation exacte y est décrite. Cette porte 
donnait alors accès d'un côté à la cour de la jeune 
confrérie de Saint-Georges, et de l'autre à la 
nouvelle halle par un chemin qui y conduisait. 

Quelque temps après l'acquisition du terrain 
de l'ancienne halle, la grande confrérie de Saint- 
Georges en céda une partie à la jeune confrérie 
{de7i jo/ighen guide van Sente Jooris). C'était la 
partie qui longeait la place échevinale derrière 
les petites maisons occupées par les écrivains 

< Diericx. Mémoires, t. II, p. 5. 



' — 299 — 

publics {schrijfhuuseken) et qui s'étendait jusqu'à 
la porte de l'ancienne halle près du beffroi. Elle 
reçut le nom de petite cour de Saint-Georges 
{f cleen ho f van 5' Jooris *). 

L'emplacement de la petite cour nous est exac- 
tement connu par les mentions de plusieurs actes. 
Un contrat de vente du 8 mars 1-467 porte : « een 
huus staende an de plaetse voor schepenen liuus 
van Gliedeele an liet clyn scliutters hof van Sente 
Jooris guide -. » L'hôtel des échevins des Par- 
chons, dont il est parlé dans cet acte et devant 
lequel se trouvait la petite cour de Saint-Georges, 
formait le coin de la rue Hautport et de la place 
échevinale, mais il était plus reculé vers le marché 
aux Herbes que Fhôtel de ville actuel. C'était la 
seconde maison communale des Gantois dans la 
haute ville {de Hooch-poorte) ; la première était 
située te piitte, derrière l'église de Saint-Nicolas 
et s'étendait jusque près du beffroi. Un autre 
acte, du 5 mars 1486, concernant la location 
d'une maison à l'extrémité du local de la jeune 
confrérie, s'énonce en ces termes : « Up thende 
van den huuse van den jonghen ghulde, an de 
j)oerte van der hallen. » La petite cour de Saint- 
Georges, dit M. De Busscher, local de la jeune 
confrérie de l'arbalète, confrérie formée sous le 
patronage de la chef-gilde, se voyait à côté du 
bâtiment latéral de celle-ci, c'est-à-dire du côté 



• DiERicx. Mémoires, t. II, p. 91. — De Busscher. La confrérie 
de Saint-Georges, p. 19. 

* Jaerregister, bl. 80. 



J 
\ 



— 300 — 

du marché au Beurre ' . Des murs la séparaient de 
la cour de l'ancienne Gilde. 

Le second local occupé par la grande confrérie 
de Saint-Georges de 1435 à 1469, avait donc au 
nord les bâtiments de l'ancienne halle qui lui 
servaient de lieu de réunion; à l'ouest les murs 
de la petite cour de Saint-Georges ; à l'est la 
maison dite de groote Loeve, les murs du jardin 
de celle-ci et une maison de derrière qui avait 
issue dans la Ryngasse, et enfin au sud l'ancienne 
maison achetée en 1 381 . A l'intérieur se trouvaient 
les deux cibles et la galerie en bois et en fer qui 
avaient été construites pour le grand concours 
de 1440. 

Paul Voitueon. 

(A suivre.) 

' Edm. De Busscheh. La confrérie de Saint-Georges, p. 19. 



— 301 ~ 



PH. WIELANT ET J. DE DAMHOUDERE. 



En 1863, parmi des mètres cubes de papiers 
entassés sous les combles de l'hôtel de ville de 
Gand, fut trouvé un cahier de 180 feuillets, aujour- 
d'hui conservé parmi les manuscrits de la biblio- 
thèque de l'Université sous le n^' 684, ayant pour 
titre : Brieve Instruction pour ceulx qui voeullent 
hanter la pratique tant en causes civilles que crimi- 
nelles dont Ion use en la Court de Flandres d'Arthois 
et ailleurs en court laye et temporelle. 

Gheldolf, à l'examen duquel ce manuscrit fut 
soumis, inscrivit sur la feuille de garde, qu'il 
contenait : du feuillet 1 à 85, la Pratique civile de 
Philippe Wielant, sauf une lacune correspondant 
aux feuillets 132 à 152de l'édition de 1642 ;... et 
du feuillet 108 à 177 une Brieve Instruction en 
matière criminelle pour Josnes Gens voeullans hanter 
la practique en la chambre des Flatidres. Il ajoutait : 
« Cette instruction est divisée en dix temps à 
l'instar de la Practyke civile de Wielant, ce qui 
ferait soupçonner qu'il en est l'auteur. Pour être- 
à même de prononcer avec certitude sur ce point, 
il conviendrait de comparer cette Brieve Instruction 
avec la Pratique criminelle qui se trouve à la 



- 302 — 

Bibliothèque de Bourgogne, à Bruxelles, n" 6032 
de l'inventaire général des manuscrits. » 

La Pratique crùninelle de Wielant, à la date de 
cette note, n'avait pas encore été imprimée ; elle 
ne Ta été qu'en 1872, par les soins de M. Orts, 
parmi les publications des bibliophiles flamands. 
(Gand, chez Annoot-Braeckman. Un vol. in-8°.) 
Gheldolf , se bornant à rapprocher ensuite la Brieve 
Instruction en matière ctHminelle de \?[> Praxis rerwn 
criminaliura de Damhoudere, constatait, dans la 
même note, une similitude moins accentuée entre 
ces deux œuvres que pour la Praxis rerwn civilium 
du même auteur, qu'il qualifiait très exactement de 
« reproduction quelque peu amplifiée de lâPractyke 
civile de Wielant. » 

Depuis 1863, MM. J. J. Desmet, J. J. Haus, 
A. Orts. Allard, A. Fruin, Rivier, Thonissen,Ferd. 
Yander Haeghen, Xys, se sont occupés, soit de 
Wielant, soit de Damhoudere, et le manuscrit 
n*" 684 de la bibliothèque de Gand, qui n'a plus 
été examiné, se trouve présenter plus d'intérêt 
qu'on ne l'avait d'abord soupçonné. 

Que Damhoudere eût indignement copié, dans 
sa Praxis reruni civilium, le traité de procédure 
de Wielant sans le citer jamais, c'était un fait 
acquis depuis longtemps et qui ressortait à l'évi- 
dence du rapprochement des deux textes. L'ou- 
vrage de Wielant (350 pages in-12'^), a en effet, 
passé tout entier, à de rares supjDressions près, 
dans le livre du jurisconsulte Brugeois. Mais, pour 
la Praxis rerum criminalium^ l'œuvre la plus 
célèbre de Damhoudere, si le reproche avait ancien- 



— 303 — 

nement déjà été formulé contre lui, de s'être 
également approprié une pratique criminelle du 
même Pli. Wielant, la preuve directe du plagiat 
n'avait pas encore été produite, lorsque en 1871 
J. J. Haus, dans un travail lu à FAcadémie royale 
de Belgique, parla du plagiaire en ces termes : 

« On prétend que notre auteur a grandement 
profité d'une Pratique criminelle laissée en manus- 
crit par PhiKppe Wielant Si ce manuscrit... a 

réellement existé, nous sommes convaincu que 
Damliouder ' n'en a pas tiré profit. En effet, le 
consciencieux magistrat qui, pour chaque propo- 
sition quil ne peut revendiquer comme sienne, a 
soin de citer avec l'exactitude la plus scrupuleuse 
l'auteur auquel elle appartient, qui indique même 
les opinions enseignées par son professeur Jacques 
Robert, à l'université d'Orléans % n'avait certaine- 
ment pas manqué de faire mention du manuscrit 
de Wielant, s'il lui av^ait fait des emprunts '\ » 

On ne saurait pousser l'aveuglement plus loin. 
Comment donc Damhoudere eût-il été incapable de 
faire pour le criminel ce qu'il s'était permis en 
procédure civile? L'Académie royale de Belgique 



' J. de Damhoudere, dans toutes les éditions faites en Belgique, 
ou Damhouderius dans la forme latine, tandis que les éditions de 
Hollande portent Damhouder; de même les éditions allemandes. 
(Voir Vander Haeghen, Bibl. Belgica.) 

* Il le cite une seule fois au chap. 1, n« 12, à l'appui d'une 
opinion déjà enseignée par Bartole, et uniquement, semble-t-il, 
pour apprendre au lecteur que lui-même faisait ses études en la 
célèbre université d'Orléans, en 1530. 

* La pratique criminelle de Bamhouder et les ordonnances de 
Philippe II, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 
2'^e série, tome XXXII. 



— 804 — ■ 

n'avait-elle pas eu elle-même l'exemple du Code de 
Vancien droit belgique de Britz, couronné sur le 
rapport de Haus lui-même, et tout rempli de cita- 
tions, parmi lesquelles manquait précisément celle 
du cours de Defacqz, que Britz s'était approprié 
en très grande partie *. 

Haus eut le désagrément de voir sa défense du 
plagiaire mise à néant par la publication, l'ann'ée 
suivante, de l'œuvre de Wielant ^ Dans la préface 
de la Practycke criminele, A. Orts accumula les 
preuves du vol ; il montra en même temps quels 
changements Damlioudere avait faits pour cacher 
l'origine de l'œuvre qu'il s^appropriait, et il indiqua 
les X3arties qui lui semblaient appartenir en propre 
à Damhoudere. Nous verrons que, sur ce dernier 
point, il faisait encore à son insu la part de celui-ci 
plus grande qu'elle n'est réellement. 

Néanmoins, le défenseur de Damhoudere à 
l'Académie eut un imitateur dans son collègue 
M. le professeur Thonissen. Celui-ci à son tour, 
dans la Biographie Nationale (v° Damhoudere), se 
dit « tenté de croire que le Traité de droit cri- 
minel publié par M. Orts, et dans lequel il voit 
une œuvre de Philippe Wielant, n'est autre chose 
qu'un abrégé de l'ouvrage de Damhoudere, com- 
posé par un avocat de Gand. » Orts avait montré 
le plagiaire substituant Bruges à Gand dans les 



* Voir la note que Defacqz publia à cet égard : Ancien droit 
Belgique, II, p. 296. 

2 Practycke criminele van Philips Wielant naar het eenig bekende 
handschrift uitgegeven door Aitg. Orts. Gent, 1872 (in-S»). La pré- 
face a été reproduite dans la Belgique judiciaire, 1873, p. 209. 



>- 305 — 

exemples repris à Wielant : M. Tlionissen suppose 
un avocat substituant Gand à Bruges clans le texte 
de Damhoudere. N'y a-t-il donc aucun moyen, en 
présence de divers textes qui ont des parties 
communes ou de nombreux traits de ressemblance, 
de constater lequel est le texte primitif, l'original, 
où il y a développement, où il y a résumé? Et 
une biographie nationale répond-elle à son but 
et satisfait-elle le lecteur en formulant de telles 
questions pour les laisser indécises ' ? 

Les erreurs de MM. Tlionissen et Haus sur- 
prennent d'autant plus, que l'existence du traité 
de droit criminel de Wielant était connue déjà de 
Sanderus, toujours si exact, qui cite comme 
n'ayant pas été livré à l'impression, un Tractatus 
ordinis judiciarii in causis criminalibus ^, et que 
Yalève André {Bibl. Belgica, lQ>4:'d , p. 780) dénonçait 
à son tour le plagiaire en disant, au sujet de la 
Practycke civile, en termes d'une parfaite exacti- 
tude : è qua singida fere Praxeos suaç capita 
descripsit lod. Damhoudernus J,-C. vel potins inter- 
pj^etatus est et commentario illustravit. On avait de 
plus, à ce sujet, le témoignage de Wielant lui- 



* Le même biographe prétend, au sujet de la Pratique civile, que 
« le traité insignifiant de Wielant n'a rien de commun avec l'ouvrage 
approfondi de Damhoudere, sauf certaines coïncidences inévitables 
dans les publications consacrées à l'examen de matières identiques ; » 
— tandis que, de tel chapitre de Wielant au chapitre correspondant 
de Damhoudere, la différence est moins marquante que dans son 
propre ouvrage sur la Constitution belge, pour tel article commenté, 
de la première édition à la seconde. 

' Sanderus, De Gandavensibus eruditionis fama clans. Ed. 1624, 
p. 115. 



— 306 — 

même, renvoyant de sa Practycke civile à son 
traité de droit criminel. De criminele (p7^ocessen), 
dit-il au chap. 19, zyn daermen tracieert van cri- 
minele zaken, daeraf een cleyn instt^uctie gemaect is 
op heur zelven, ende daeromme en sal daer a f hier 
niet gesproken werden. Xotre manuscrit de la 
bibliothèque de Gand porte dans le texte corres- 
pondant : a En procès criminel Ton traict choses 
criminelles, desquelles est ung certain traicté mé- 
moire et reduict par escript. Doncq par cette 
instruction (pour les procès civils) n'en sera faicte 
nulle mention, » Chose curieuse : le plagiaire 
Damhoudere, copiant Wielant, reprend le renvoi, 
et répète pour son propre compte ' : « Les Procès 
Criminels sont ceux esquels est traicté d'un négoce 
ou cause Criminelle criminellement intentée, mais 
pourtant que dïceux nous avons assez ample- 
ment traicté au traicté complet que nous avons 
intitulé la Practique des choses - criminelles , ie 
n'en ay rien voulu toucher en cest endroict. )> 
Il est regrettable que Wielant n'ait pas consacré 
un chapitre au plagiat : Damhoudere se le serait 
ap23roprié comme les autres, et on l'eût invoqué 
devant l'Académie ou dans la Biographie nationale 
comme preuve que le jurisconsulte brugeois était 
incapable de commettre lui-même un plagiat. 

Notre attention fut ramenée récemment sur 
Wielant et ses traités de procédure par ce que 

' A la page 23 de l'édition d'Anvers de 1572, si remarquable par 
ses belles gravures sur bois. 

* La première édition française (Louvain, 1554) a pour titre : La 
Practique et Enchiridion des causes criminelles. 



— 307 — 

nous apprit M. Nys, professeur à l'Université de 
Bruxelles, cVune découverte qu'il venait de faire 
au British Muséum. Il en rend compte en ces 
termes dans un trav^ail intéressant inséré dans la 
Revue de Droit international : (c ... Le manuscrit 
de Londres est important... En 1819 Henry Ellis 
l'avait décrit dans le catalogue imprimé de la 
collection Lansdowne et avait insisté sur son 
caractère. Ellis dit que l'ouvrage traite du droit 
flamand et est intitulé : Briefve instructio?i pour 
josnes gens veullans hanter la practique en causes 
civilles et criminelles en la chambre du comté de 
Flandres, par Maistre Philippes Wielant, seigneur 
de Everhecque, conseiller du Grand Conseil à Ma- 
liyies. » Une note inscrite sur la première page 
mentionnait que le traité de droit criminel n'avait 
jamais été publié, mais que beaucoup en avait été 
inséré, sans que la chose fut avouée, dans la Praxis 
rerum crirninalium de Damhoudere. C'est-à-dire 
qu'au Britisli Muséum on était mieux renseigné 
que no le sera le lecteur belge ne recourant qu'à 
notre Biographie nationale et aux bulletins de 
notre Académie royale. 

Le chanoine J. J. Desmet et le conseiller Col- 
linez avaient attribué la Practyke civile à un fils 
du président Wielant, portant connue lui le pré- 
nom de Philippe, et qui n'a jamais existé. La 
découverte qu'il a faite à Londres, permet à M. Nys 
de donner une nouvelle démonstration de leur 
erreur ' ; elle lui fournit aussi de nouvelles preuves 



' Déjà signalée et prouvée par Orts (Belgique judiciaire, 1867, 
p, 1393) à toute évidence. Voir aussi le Messager des Sciences, 1808, 



— 308 — 

du plagiat de Damlioudere, vainement nié par 
MM. Haus et Thonissen. Mais en même temps 
surgit un autre problème intéressant. En quelle 
langue ont été originairement écrites les instruc- 
tions du magistrat flamand sur la procédure? 

M. Nys tire de l'étude qu'il a faite du manuscrit 
de Londres, et du rapprochement de celui-ci aux 
textes flamands, que « l'on est^ non pas devant 
une traduction, mais devant une oeuvre originale, 
que c'est en français que Wielant a rédigé sa 
Pratique civile et sa Pratique criminelle. » Au 
sujet de cette dernière, il ajoute : « Si l'on com- 
pare la rédaction flamande, publiée par Orts, et 
la rédaction française du manuscrit de Londres, 
on s'aperçoit de suite que le manuscrit flamand 
est un résumé, une rédaction, une adaptation, 
plutôt qu'une traduction véritable. Certains cha- 
pitres sont typiques à ce point de vue ; là où le 
texte français raisonne et explique, le texte fla- 
mand se contente souvent de résumer. » 

Reprenons le manuscrit de la bibliothèque de 
Gand, n° 684. Il doit nous fournir le moyen, com- 
paré au texte flamand publié par Orts, et aussi 



p. 286. — Une autre erreui' consistant à attribuer la pratique civile à 
Jean Wielant, 'pève du président Philii:>pe Wielant, est réfutée par 
M. Ferd. Vander Haegheu dans sa Bibliotheca Belgica ("W. n» 8), 
fruit des recherches les plus patientes et modèle d'exactitude. Elle 
provient d'un manuscrit de la Practyke civile donnée par M. de 
S*-(îenois aux archives du Conseil des Flandres, et portant le nom 
de Jean Wielant. L'on n'avait pas assez remarqué que dans vingt 
endroits il y est parlé du Conseil de Malines, qui date de 1503, 
tandis que Jean Wielant est mort au XV« siècle. On y retrouve, mais 
avec nombreuses variantes, le texte publié de la Practyke civile. 



— 309 — 

au traité de Damhouclere, de vérifier quelle ré- 
daction est la plus ancienne, et quel texte s'est 
approprié celui que Haus appelle « l'honnête 
Damhoudere qui cite toujours les sources où il 
a puisé', » lequel toutefois n'a jamais cité Wielant. 

Aucune date nest inscrite au manuscrit n° 684. 
L'écriture en est du XYP siècle. On y remarque 
quelques erreurs de plume, quelques mots laissés 
en blanc, probablement parce que le copiste n'a 
point su les lire dans le texte à reproduire. Mais 
quelques dates peuvent être relevées dans le corps 
même; ainsi Fauteur, au feuillet 31, r°, cite une 
ordonnance de 1513. Ailleurs (f. 1 y") il est dit au 
sujet du Grand Conseil, que : « pour le présent 
il y a et a esté par l'espace de seize ans, ung cer- 
tain conseil de justice lequel est arresté en la ville 
de Malines, jusques a son rappel, appelle le Grand 
Conseil... » Cela reporte la rédaction à 1519, le 
Grand Conseil ayant été établi à Malines en jan- 
vier 1 503 , et se trouve confirmé par la note qui ter- 
mine le texte imprimé de la Practyke civile •• Aldus 
gepronuncieeri, gecolligeert, ende vergadert ter in- 
structien vande Jongen practizynen by Meester Phy- 
lips Wielant, heere van Eversbeke... Raetsheere 
vanden g^^ooten Rade tôt Mechelen. Int Jaer xv)" xix 
In Meye, note qui se retrouve en langue française, 
à la suite de la Pratique criminelle dans le ma- 
nuscrit de Londres. 

C'est dans cette œuvre datée de 1519, que 
l'auteur renvoie déjà à son traité de droit crimi- 

' Note 23 du discours prononcé à l'Académie. 

^0- 



— 310 — 

nel, ce qui, avec cent autres preuves, met bien à 
néant la supposition de M. Thonissen, que ce 
traité serait un résumé de la Pratique criminelle 
de Damhoudere, lequel en mai 1519 n'avait rien 
publié et n'avait point douze ans. 

Quel est le texte qui a servi au plagiat de Dam- 
houdere ? C est bien notre texte français inédit et 
non le texte flamand de la Practijke civile donné 
par van Tsestich en 1573 ', ni généralement celui 
de la Pracktycke c7Hminele publié par Orts en 1872. 

Mais voyons d'abord rapidement comment a 
procédé Damhoudere. 

Commençant par donner ses deux traités de 
procédure en latin, il se croyait moins exposé au 
reproche de plagiat parce que tout au moins il tra- 
duisait et très souvent délayait, et que les traités 
de Wielant n'existaient qu'en manuscrits et en 
une autre langue. Plus tard, Damhoudere retra- 
duit du latin ce qui déjà n'était pour la meil- 
leure partie, pour la partie volée, qu'une traduc- 
tion. Mais la pratique du judicieux Wielant garde 
bien, pour qui l'examine sans parti-pris, tous les 
caractères d'une rédaction originale, et celle de 
Damhoudere, comparée à la première, ceux d'une 
œuvre retravaillée, remaniée, et n'ayant plus la 
clarté et la limpidité primitives. Exemples : 

« Le droict prend son origine « Ce terme ci (droict) est géné- 

et signifflcation de iceluy dont il rai et prend son intelligence et 
procède, si comme de Dieu pai* particulière signification ou de 

' a Collatis inter se variis manuscriptis exemplaribus, » dit Van 
Tsestich dans la dédicace. — Pourquoi Britz, Aticien droit Belgique, 
I, p. CG, donne-t-il à cette publication la date de 1613? 



— 311 — 



quoy est appelé droict divin, 
aiissy procède de nature et est 
appelle naturel, daultre part pro- 
cède des hommes, et est appelle 
droict civil. 

{Manuscrit, P 3 r».) 



celui qui a fait ou establi tel 
droict, ou de celui dont il pi'o- 
cède, ou à quoy il regarde. Ainsy 
est dict le droict divin pourceque 
Dieu est l'autheur et establis- 
seur d'iceluy. Le Droict de na- 
ture est celui qui par instinct et 
inspiration de nature est re- 
cueilli. Et le droict Civil est ce- 
lui qui appartient à la concorde 
des Bourgeois et tranquillité de 
la chose publique. 

(Damhoudere. Éd. de 1572, 
p. 13.) 



On peut multii^lier ces rapx^rochements, cha- 
pitre par chapitre : on trouve toujours dans 
Damhoudere un Wielant gâté; des broussailles 
et des mauvaises herbes en plus. L'œuvre pri- 
mitive perd chaque fois en netteté, en pureté, en 
beauté. 



De pouoii' de sa propre auclorilé 
empeschier nouuelles œiuires. 

Sy quelque personne faisoit 
quelque plantis ou quelque édi- 
fice sur mon fonds dont a moy 
appartient la possession, il m'est 
licite, de ma puissance et aucto- 
rité et sans assistence de quelque 
juge, de démolir et abattre tout 
ce qu'il avoit encommenchié, 
sans mesuser. 



D'empeselier par soy niesmc noiiel 
oiiurage ou nouiieaus ouurages.. 

Si quelqu'un mettoit a édifier 
ou a bastir quelque nouel édi- 
fice ou a abattre et démolir un 
ancien ou a fouir ou a planter 
arbres ou a dresser et élever 
quelque -aultre nouel ouvrage, 
que ce soit en mon héritage le- 
quel actuellement je possède, je 
puis de ma propre auctorité et 
sans assistance de juge empe- 
scher démolir et abattre ledict 
ouvrage sans que pour ce j'en- 
coure en aucun péril, dommage 
delict ou mesusance. 



— 312 — 



Item si quelque personne edi- 
floit suz' le fons lequel je tiens 
poixr mien ^ combien que je n'en 
ay la possession, il m'est licite 
de l'empescher et inquiéter par 
procès et faire demollir per nun- 
ciationem novi ojjeris. 

{Manuscrit, f. 4 r".) 



Mais si quelqu'un s'ingère de 
bastir ou édifier quelque nouel 
ouuràge au fond ou . lieu duquel 
je suis a bo7i droict jusques a hui 
détenteur et je tiens pour mien, 
toutesfois je ne le possède point, 
non obstant ce je puis procéder a 
l'empeschement de cest ouurage 
par Dénonciation de novel ou- 
urage, etc. 

(Damhoudere. Gh. XV.) 



Aux juristes il n'échappera point que Wielant 
a distingué uniquement entre celui qui possède et 
celui qui, tout en se considérant comme proprié- 
taire du fonds, ne le possède point. Le compilateur 
n'est pas à la hauteur du jurisconsulte qu'il copie ; 
il le comprend mal, introduit l'idée d'une déten- 
tion du fonds qui ne serait pas la possession, et au 
lieu d'expliquer, il embrouille. 

L'exemple suivant des amplifications auxquelles 
Damhoudere soumet le texte de Wielant fait sou- 
rire : 



... Il est licite aux iuges ordi- 
naires de recepuoir quelque gra- 
tieux présent, si comme Heures, 
perdrix, conins et aultres ser- 
uans pour mangier et a boire, et 
que poeuuent estre consommez 
en peu de temps, sauf qu'il ne 
tourne rien au proufïict de la 
bourse. 



Les luges ordinaires peuuent 
prendre des parties quelques ho- 
nestes presens gratuits, comme 
Heures, conins, perdriz, faisans, 
paons, chapons, et tels petits 
presens légers qui viennent sur 
table et seruent au manger et 
au boire, et ne sont choses qui 
enflent la bourse ou qui seruent 
a l'avarice ou baillent souspeçon 
de corruption. 



* C'est-à-dire : que je considère comme étant à moi. In den gront 
die ick Jioude voor myne, niaer niet en possessere porte le texte tla= 
mand publié par Van Tsestich (Ed. 1573, p. 12), 



— 313 — 

Et en ces gratieux présens la Et pourtant en prenant tels 

qualité des personnes faisans dons et presens honestes il fault 

iceux faict à considérer auoir esgard aux personnes qui 

{Manuscrit, f. 77 r^.) les offrent, de manière que des 

personnes plus basses ils pren- 
nent les petits dons autant agréa- 
blement qu'ils font les plus 
grands des plus riches. 

(Damhoudere. Gh. GGL.) 

Ces présents nous donnent néanmoins à re- 
fléchir. Mais Damhoudere a soin d'ajouter, au 
même chapitre : « le ne ueux point qu'aucun soit 
d'un si peruers iugement que de penser que le 
Magistrat en faisant iustice, doiue regarder phis- 
tost aux présens que non a l'équité du droit, 
tellement que pour l'amour des presens il puisse 
faire gaucher l'équité du droict et droicture de 
iustice plustost en une part qu'en l'aultre. » 
La réflexion n'est point déplacée; mais encore 
eussions-nous préféré ne pas voir le magistrat 
brugeois ajouter les faisans et les chapons à l'énu- 
mération de Wielant, Vienne un successeur qui 
ajoute à son tour au texte de Damhoudere, et l'on 
enverra aux magistrats des chevreuils et des 
feuillettes de bourgogne. 

Au chapitre suivant : De la taxe des despens 
iudiciaux en Flandre, lorsqu'il répète d'après 
Wielant que les salaires des commissaires aux 
enquêtes ont varié souvent, il trouve bon d'in- 
tercaler que « les choses ecclésiastiques aussi, 
selon la qualité du temps, se changent, ne plus en 
moins que celles de la iustice. » Il y a un écart 
entre le texte de la Practijcke civile (Ed. de 1573, 



— 314 - 

p. 326) et le texte français de notre manuscrit, 
pour les indemnités payées aux magistrats. C'est 
le texte français qui a été suivi par Danilioudere. 

Au titre Des luges déléguez, il y en a de quatre 
espèces en français, tandis que, les arbitres en 
étant retranchés, il ne s'en trouve plus que de 
trois espèces pour le lecteur de la Pradycke civile. 
Ici encore c'est le français que copie Damhoudere 
(Ed. 1572, p. 8). 

De même la division des actions que nous trou- 
vons dans la Pralycke civile (p. 34) est différente 
de celle du texte français, qui passe dans Dam- 
houdere (p. 7, v^). 

Dans la préface de sa Pratique judiciaire es 
causes civiles Damhoudere écrit avec certaine im- 
pudence : « Nous nous sommes eiïorcez de monstrer 
certains principes des choses ciuiles qui sembloyent 
apertenir à la Practique de ce pays Bas, les cha- 
pitres y estants deuement et distinctement arrangé 
d'un ordre qui peult estre se trouuera nouueau, 
non pas inutile et sans proufit toutes fois. » 
Ordre pas si nouveau qu'il ne soit totalement 
pris à Wielant ! Nous ne pouvons ici transcrire les 
intitulés des tîhapitres des deux ouvrages. Les 
différences sont dans les mots; elles s'expliquent 
par la double traduction du français de Wielant 
au latin des premières éditions de la Praxis rerum 
civiliuni, et ensuite, par la retraduction du latin 
en français (1572). C'est Damhoudere lui-même 
qui fit cette traduction « pour oster de beaucoup 
de peine ceux qui n'entendent le latin, et aussi 
acommoder le peuple qui, par ces commentaires, 



— 315 — 

pourra sçauoir comment on se doibt reigler aux 
procès en causes et matières civiles pour n'estre 
cleceu ou circonuenu par leurs Advocats et Pro- 
cureurs. » Peut-être aussi a-t-il trouvé ce profit à 
ne pas reprendre les intitulés de Wielant, que le 
plagiat en était moins manifeste : 



Notre manuscrit porte : 

F" 11 vo. Décéder ou transporter 

son action. 
» 12 v». De reliefuement ou Re- 

queste ciuille. 
» 12 v°. De laps de temps. 

■» 13. Différence entre relief- 
uement et Requeste 
ciuille. 

> 13. De agir subz iuge com- 
pétant. 

Le deuxième temps est de 
citation. 

¥° 14. De Commission. 



De Réquisitoires. 

De Citation en général. 



A'quy il appartient de 
faire les adiourne- 
ments. 
3> 15. La maniei'e de adiour- 
ner. 
Comment l'on exécute 
complainte. 
» 16. De leur compétent. 

Quant l'exécuteur cesse 
d'adiourner. 
■i> 17. De Information précé- 
dente. 
De Relation. 



Damhoudere écrit : 

Ch. XLIX. De céder Action a au- 
truy. 

» L. De Relief ou Resti- 

tution. 

» LI. De Prescription ou 

laps de temps. 

» LIT. Différence entre Re- 
lief et Requeste ci- 
nile. 

» LUI. Du iuge compétant. 

Chapitres du second tempore. 

Ch. LIIII. De citatien. 

» LV. De Commission ou 
Citation littérale. 

» LVI. De Réquisitoires. 

» LVII. De Citation en gé- 
néral. 

» LVIII. Quels personnages 
doivent estre les ad- 
iourneurs. 

T> LIX. De la manière d'ad- 
iourner. 
(Supprimé.) 

» LX. De iour compétent. 

> LXI. Quand Officier se de- 
porte d'adiourner. 

» LXII. De l'Information pré- 
cédente. 

j> LXIII. Des Relations. 



— 316 — 

Fo 17 V. De appréhender en ma- Ch. LXIV. De l'Adiournement 
tiers civile. réel qui est prise de 

corps. 
De Effraindre prison. » LXV. De rompture de Pri- 

son en matière ci- 
uile. 
» 18 \°. De deliurer en matière > LXVl. De Relaxation des 
ciuile. Prisonniers en ma- 

tière ciuile. 
> 19. De secureté et caution » LXVII. De Pleige ou Res- 
en matière ciuille. " pondant où caution 

en matière ciuile. 

Voilà pour l'ordre « nouveau » ! Voici pour ce 
qui est des commentaires qui, eux du moins, 
appartiennent à Damhoudere. Les renvois à la 
Bible, au droit romain, au droit canon, aux 
commentateurs et jurisconsultes sont de lui. 
Wielant n'en fait guère dans notre manuscrit. 
La citation des lois romaines, fréquente dans le 
texte flamand publié par Orts, manque au texte 
français. Quant aux développements de Dam- 
houdere, il en est qu'on trouve dans toutes ses 
éditions, qu'il écrive en latin, en flamand ou en 
français; d'autres n'appartiennent qu'au texte 
latin, qui est le plus développé. Le jurisconsulte 
brugeois a fait comme un professeur ajoutant, 
en chaire, des paraphrases et des explications 
confuses au texte, parfois mal compris par lui, des 
Institutes ou du Code Napoléon. Au chapitre de 
notre manuscrit de faict énorme (f. 162 v°) il est 
dit : « Item, ceulx qui ont affaire avecq Sarrasines 
ou luifues, sont a punir de la paine du crime 
de Sodomye car il est deffendu de habiter avecq 
elles. » Damhoudere qui toujours renchérit sur ce 



— 317 — 

qu'il y a de pire dans les textes qu'il copie, ajoute 
les femmes turques, et pour justifier de l'atrocité 
de la peine, il dit qu'il faut regarder toutes femmes 
turques, sarrasines ou juives, comme des bêtes : 
nam hujusmodi omnes, jura et religio cliristiana 
non secus quam bestias, non quidem natura, aut 
rationis usu, et communi vocatione, sed ob pro- 
cacem malitiam, qua fidem Christianam ... apertè 
oppugnant, negiigunt, fastidiunt, oderunt. » 
(Cap. XCVIII.) — L'ouvrage de Damhoudere est 
rempli de développements qui valent celui-là. 

Au même chapitre il examine la question : 
Infans natus ex coïtu cum dœmone habito, cujus 
censeatur filius ? Quelques pages plus liant il avait 
discuté : Utrum coeuntes cum vetula, deformi et 
turpi graviius de jure peccent, quam cum formosa 
et pulchra juvene (cap. XCV et cap. XCI, n" 19). 

Ces questions et vingt du même genre appar- 
tiennent en propre à l'auteur brugeois ; elles ne 
viennent pas à lesprit du président Wielant. 

Ad. Dubois. 
(A continuer.) 



— 318 — 



L'AUTOBIOGRAPHIE 



DE 



CTTJ 



NOTES. 



ABREVIATIONS. 

Bibliographie Lipsienne. — Bibliographie Lipsienne. 
Œuvres de Juste Lipse. — Gand, C. Yyt, 1886-1888. 
3 vol. in-12°. (Extrait de la Bibliotheca Belgica ou Biblio- 
graphie générale des Pays-Bas, publiée par Ferd. Vander 
Haeghen, Th.-J.-l. Arnold et R. Yanden Berghe.) 

BuRMANN, Sylloge. — P. Burmaxn, Sylloges Epistolarum 
a viris illustribus scriptarum tomi quinque. — Leyde, Sam. 
Luchtmans, 1724-1727. 5 vol. in-4°. 

Ouvrages de Juste Lipse. — Les citations des ouvrages 
de Lipse se rapportent, sauf mention contraire, à l'édition 
de Wesel, A. van Hoogenliuysen, 1675. 4 vol. in-8°. 

Décades XIIX. — Ivsti LipsI Epistolarvm (Quœ in Centu- 
rijs tion extant) Décades XIIX. — Harderwjck, v^'*^ Thomas 
Henricus, 1621. In-8o. 

' Suite. — Voir Mess, des Sciences hist., 2e livr., 1889, p. 133. 



- 319 — 

Flores. — Cl. V. Ivsti LipsI Flores, ex eius operibus 

decerpti, Operâ Francisci SioeertI Antuerp. — 

Cologne, Bern. Gualterus, 1620. In-12°. 

MiR.-Eus. — AuBERTUs MiR.'EUS, VUtt Ivsti LipsI Sopieu- 
tiœ et Litterarum Antistitis. — Anvers, David Martinius, 
1609. In-8°. 

Miisœ Errantes. — Clariss. Viri Ivsti LipsI Musœ 

errantes edidit Franciscvs Sweertivs. — Anvers, 

J. van Keerberghen, 1610. In-4°. 

Paquot. — (Paqtjot.) Mémoires pour servir à l'histoire 
littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas. — Louvain, 
de l'Imprimerie Académique, 1763-1770. 18 vol. in- 12°. 



1 Dans sa biographie de Juste Lipse, Mir?eus donne de 
cette vision l'interprétation suivante (pp. 2-3) : « Interpretari 
si licet. Doctrinam ac Modestiam prsesignatas dixero : quae 
dotes in hoc viro sic pariter enituerunt, ut ambigerent omnes 
(et audivi non raro amicos disceptantes) doctior an modestior 
esset Lipsius. Raro certe exemple, quod scientia inflare, 
et magis fere ingeniis vanitatem aliquam soleat adspergere : 
prtesertim ubi applausus doctorum, et gratia magnorum 
accesserint. Et vero, quid si geminis istis Philologiam et 
Philosophiam notatas quispiam dixerit ? Primus namque 
Lipsius moUiorem istam atque amœniorem doctrinam cum 
hac virili ac robusta, quœ in animo formando occupatur, 
apte salubriterque conjunxit : primus ipse e Philologia 
Philosophiam fecit : primus denique, vel solus, nostris 
sévi musas ad Sapientiae, omnium disciplinarum principis, 
obsequium traduxit. » 

2 Cf. Epistolarum Cent. II ad Belgas, ep. 31 (1600) : 
« Nam hic pars [in Iscano] domus mese ruinam minatur : 
Iscanum praetoriolum partim incuria collapsum est, partim 
hostili nuper igné consumptum. » Sur l'habitation de Juste 
Lipse à Isque, v. Messager des sciences historiques de 



- â20 - 

Belgique, 1842, p. 395, et Edw. Van Even, Justus Lipsius 
als vaderlanderbeschomod (Louvain, Van Linthout, 1853, 
in- 12°), p. 1, note 2. 

3 Sur le nom de la mère de Juste Lipse, v. Bibliographie 
Lipsienne, t. I, p. I et t. III, p. 416, 

Juste Lipse a écrit un Epicedion sur la mort de sa tante 
paternelle, Marie Lipse ; v. Musœ Errantes, p. 13. 

4 Je n'ai pu trouver d'autres renseignements sur le grand- 
père de Lipse, qui ne s'est probablement occupé de lettres 
qu'en amateur, sans publier aucun ouvrage. 

5 Martin Lipse, né à Bruxelles et mort en 1555, voua sa 
vie à la philologie. Voici la notice que lui consacre Valère 
André, dans la BibUotheca Belgica (p. 652) : 

« Martinvs Lipsivs, Bruxellensis, lusti Lipsii patruus 
major, Canonicus Regularis S. Augustini ad S. Martinum Lo- 
vanii. prœfuit Crucelensico, agri Leodiensis, apud Hujense 
opidum, Virginum Cœnobio, cum multo ipsius Cœnobii fruç- 
tus, ibidemque e vita excessit, anno Dom. clo. 1o.lv. ix. Kal. 
Aprileis. Vir fuit, ut in ejus elogio sepulcrali referunt Sodales 
Martiniani, egregie doctus, & qui. perpétue studiis, quibus 
& immortuus est, incubuit, in castigandis veteribus aucto- 
ribus usque ad extremum spiritum insudans. Testantur 
id Opéra Hilarii, Augustini, & aliorum multorum, ex ipsius 
recognitione édita. Testis est & Macrobvus cum Symmacho, 
ab illo castigatus. Fuit prseterea vir iste Erasmi Roterodami 
amicitia & scriptis Epistolis satis clarus. Ita illi, 

Symmachi Epistolœ, Basileae excusée sunt, 1549. 8. apud 
Frobenium. Edidit quoque Chromatii Homilias. Lovanii, 8. 

Et loannis Custodis Grammaticam retexuit, typis 
Plant. 8. » 

André Schott fait allusion à la vie paisible de Martin dans 
une lettre adressée à Lipse, et reproduite par Burman, 
Sylloge, t. I, ep. 92. 

Les Décades XIIX contiennent trois lettres de Martin 
Lipse (V, ep. 8, 9, 10), adressées à Nicolas Episcopius, 
imprimeur à Bâle, et précédées d'un avis au lecteur, où il est 



— 321 — 

question de Martin en ces termes : « quinostri Lipsupropa- 
« truus fuit. Erasmo ob doctrinam, familiarissimus , tum 
« & ejus suisque scriptis celebris... ; » cette mention semble 
copiée sur les termes même de l'autobiographie. V. l'indi- 
cation d'une lettre de Martin Lipse à Erasme, Bulletin du 
Bibliophile belge, t. XV (1859), p. 288. 

6 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, p. 78, et les sources 
y indiquées. 

7 A l'école de la Chapelle : « ... studiis illic [Bruxellas] 
litterarum, in triviali parœcise (ut nuncupant) Capellensis 
gchola initiatur... » (Mm^us, p. 5). 

8 Le chanoine tournaisien Denis de Villers (1544-30 no- 
vembre 1620^) possédait une belle collection de médailles 
romaines et s'occupait beaucoup de généalogie. V. sa notice 
dans la Bibliotheca. belgica de- Valère André (pp. 190-191). 

Dans une lettre à Jacques Carondelet, Juste Lipse s'ex- 
prime dans les termes suivants au sujet de Denis de Villers : 
(( Dionysium Villerium jampridem ego novi, et amo hominem 
vere elegantis ingenii, nivei pectoris, et prorsus de meliore 
luto. Imo hoc te magis amo quod tu illum. » [Miscell. III, 
ep. 2), Les deux amis voyagèrent ensemble en Allemagne, 
ainsi qu'il résulte d'une lettre de Lipse : « per eam [Germa- 
niam] enim circumvagati sumus » [Cent. II ad Belgas, ep. 4). 
En 1601, Lipse alla passer quelques jours à Tournai, auprès 
de Villers, et il raconte le plaisir que ce séjour lui a procuré, 
dans une lettre à Carondelet : « ...ego mei reôciendi causa 
Tornacum nuper excurri, et Villerium nostrum amplexus 
sum, virum omnibus elegantiœ et comitatis numeris 
perfectum. In domo ejus dies aliquot egi, non dixerim quam 
suaviter, molliter et facete : nec corpus solum, sed animum 
istum oculosque pavi inspectione Gazophylacii (sic appellem) 
quod instructum omni génère vel antiquitatum vel elegan- 

* Valère André le fait naître, par erreur, en 1546. La date de 
1544 nous est fournie par l'épitaphe de Villers, reproduite dans les 
Mémoires de la Société historique et littéraire de Tournai, t. XVI 
(1877), pp. 196-197. 



— 322 — 

tiarum habet. Audiveram sane, et magnum aliquid animo 
praeceperam : vicit tamen omnem exspectationem. Itaque, 
iterum dico, valde acquievi in tali hospitio, et omitto 
amorem, illum fidum et acrem in me ab ipsa pueritia : quem 
jucunde vestigiis relegimus, et fabellas, lusus, deliria nar- 
ravimus primse illius ïetatis. » {Cent. I ad Belgas, ep. 82). 

Nous savons, par les notes du De Cruce (1593), que Lipse 
fut en rapport avec Villers pour la composition de cet 
ouvrage. C'est à Yillers que Moretus dédia la Jvsti LipsI 
Sapientiœ et Litterarvm Antistitis Fania Posthuma. Je le 
fais à juste titre, dit-il, « dum te et Lipsium specto; quos 
sanctioris amicitise fœdus, in ipsis setatis studiorumque 
rudimentis conceptum, annis deinde judicioque firmatum-, 
candore et modestia quam simillimos, conjunxit. » Aussi 
l'épitaphe du chanoine tournaisien mentionne-t-elle, parmi 
ses titres de gloire, ses relations intimes avec Lipse : « Magni 
Lipsii contubernio clarus. » 

A sa mort, Lipse légua à son ami ses monnaies et ses 
médailles : « numismata... R. V. Dionj-sio Yillerio Canonico 
Tornacensi, antiquitatis in paucis amanti & perito, reliquit 
[Lipsius]. y> [Epistola de Obitu, Augsbourg, Christ. Mangus, 
1606, in-4°; 3^ feuillet, verso). 

Voici l'indication des lettres de Juste Lipse adressées à 
Denis de Villers : MiscelL, III, 80; IV, 10; V, 17, 26, 77; 
adBelgas, I, 2, 71, 85, 91; II, 4, 89; III, 87; Burmann, 
t. I. ep. 781. Burmann publie deux lettres de Denis de 
Villers à Lipse : t. I, ep. 782, 783. 

V. dans les Flores, p. 216, ce que Lipse écrivit sur l'album 
de Villers. 

9 M. Delprat, l'éditeur des Lettres inédites de Juste Lipse 
(Amsterdam, C.-G. Van der Post, 1858, in-4°), a mal lu ce 
passage de l'autobiographie, puisqu'il écrit en s'y référant 
(p. 8) : « Lipse avoue quelque part qu'il a appris le français 
sans maitre à l'aide d'un livre.. » Le savant hollandais 
ajoute : « Scaliger prétend qu'il est impossible à Lipse de 
i^ien composer en fran(,-ais et qu'une main amie lui rendait 



— 323 - 

le service d'une traduction, lorsqu'il lui fallait se servir de 
cette langue dans ses lettres. (2^ Scaligerana p. 430, 431), 
Ce reproche est par trop excessif comme le prouvent la lettre 
que nous publions et une autre, inédite (du fonds Papen- 
broek). » La lettre dont il s'agit, et qui est rédigée en fran- 
çais, avait déjà été communiquée en 1851, à la Commission 
royale d'histoire à Bruxelles ; v. Compte-rendu des séances 
de la Commission royale d'histoire, 2® série, t. II, p. 146. 

10 V. Juste Lipse, Traité de la Constance, traduction 
nouvelle par Lucien Dubois (Bruxelles, C. Muquardt, 1873, 
in-8°), p. 14, note 1. Cf. Cent. I ad Belgas, ep. 90; Burmann, 
Sylloge, t. II, ep. 743. Dans cette dernière'lettre, une faute 
d'impression défigure le nom du directeur du collège d'Ath : 
lire Du /ardin au lieu de Du i^ardin. 

C'est sans doute à l'école d'Ath que Lipse se lia avec 
Pierre Coret (V. Paquot, t. XI, p. 216 et Valère André, 
Bibliotheca Belgica, p. 731), qui était originaire de cette 
localité, et dont il dit : « ... inter primes [amicos] Coretum, 
illum a tirocinio studiorum familiarem... » [Cent. Il ad 
Belgas, ep. 92). L'ep. 34 de la Cent. II ad Belgas est 
adressée à Coret. 

11 V. Cent. I Miscell., ep. 94. Lipse raconte qu'il a pâti, 
dans son enfance, de la diversité des grammaires ; dans les 
trois écoles qu'il a fréquentées, il a chaque fois employé une 
grammaire différente : « Mihi puero triplex olim gramma- 
tica prselecta, in triplici migratione. Ad annum decimum- 
tertium nugse illse tenuerunt ; et adfirmo tibi ab anno octavo 
eadem me tenuisse, etsi non eodem modo. Quinque illi anni 
si in stilo et graviorum rerum scientia positi fuissent, quis 
mihi fructus ? » Comme le fait remarquer Lucien Dubois, 
le traducteur du Traité de la Constance, ce passage rap- 
pelle la phrase de Montaigne : « C'est un grand et bel 
agencement sans doute que le grec et le latin, mais on 
l'achepte trop cher. » 

12 Le collège des Jésuites de Cologne était alors dirigé par 
François Coster, de Malines. La rhétorique y était enseignée 



— 324 — 

par Jean D'iieur ou Oranus, de Liège, et la pliilosophie par 
Arnold Havensius, de Bois-le-Duc. 

Je n'ai pa>s trouvé de renseignements sur Gérard Van 
Kempen, qui j professait le grec. Lipse le traite (ïacerbi horao 
fati. J'ai traduit cette expression par « qui mourut prématu- 
rément », mais j'ai tenu à faire remarquer qu'elle peut aussi 
se traduire par « qui eut une mort malheureuse », et que 
l'absence de détails suffisants m'empêchait de trancher la 
question. 

Passant par Cologne en 1591, à son retour de Hollande, 

Juste Lipse écrit à Del Rio : « cum magna voluptate 

recognovi quosdam e priscis et scholasticis amicis. » (Bur- 
]NL\KN, Sylloge, t. I, ep. 478). 

13 D'origine espagnole, Louis Carrion naquit à Bruges 
versl547'(?) ; il fit ses études àLouvain, où il suivit, au collège 
Buslidianus ou des Trois Langues, les cours de Corneille 
Valerius pour la langue latine et de Thierry Langius pour la 
langue grecque; il s'y rencontra avec Juste Lipse, qui y était 
arrivé en 1563. Je ne sais pour quel motif Roulez a écrit dans 
la Biographie Nationale (t. III, col. 253) : « On ne comprend 
« pas comment Carrion ait pu avoir Juste Lipse pour 
« condisciple dans ce collège, puisque celui-ci n'y arriva de 
« Cologne qu'en l'année 1563. » Après avoir pris le grade 
de licencié en droit, Carrion alla continuer ses études 
successivement à Cologne, à Paris et à Douai, où il fut le 
précepteur de Martin Del Rio. Fuyant les guerres de religion 
qui dévastaient les Pays-Bas, il se rendit à Cologne, où il 
demeura quelque temps, puis à Bourges, où il enseigna le 
droit pendant deux ans. Après avoir passé à Orléans et à 
Gergeau, dans l'Orléanais, il revint à Louvain, où il fut 
nommé professeur extraordinaire de droit civil, et chanoine 
du second rang à S'-Pierre. Ayant pris, le 23 septembre 1586. 
le bonnet de docteur en l'un et l'autre droit, il devint profes- 
seur roj'al d'Institutes, puis de droit canon ; en 1591, il fut 
nommé recteur de l'Université de Louvain. Il mourut à 
Louvain le 18 (Bibliotheca Belc/ica) ou plutôt le 23 juin [Fasti 



— 325 — 

Academici, suivis par Paquot) 1595, dans le collège de S^-Yves, 
qu'il avait dirigé de 1587 à 1593. Cf. Valère André, Biblio- 
theca Belgica, p. 633, et Fasti Academici, p. 200; Paquot, 
t. XII, p. 56. Carrion a publié divers ouvrages de critique 
philologique relatifs à Valerius Placcus, Salluste, Cassiodore, 
Aulu-Gelle. 

Carrion a écrit un distique latin pour V Antiquaruni 
Lectionum Comtnentarius de Lipse (1575), dont le premier 
chapitre du livre III lui est dédié. Ce morceau n'est qu'un 
remaniement de la description du repas à la romaine, offert 
par Lipse à Carrion et à Deinius, dans le premier chapitre 
du livre II des Variarum Lectionum libri IIII (1569). Cf. 
Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 48 et 56-57. 

Dans le recueil mis à l'index, Orationes Octo Jenae potis- 
simum habitée (1607), le septième discours intitulé : Utriim 
Duce Illce AdversaHœ Orationes, qvœ nuper in his scholis, 
Ciceronis et Salustii esse adsertœ sunt ; rêvera sint Salustii 
aut Ciceronis, est une réponse contradictoire à une oratio de 
Carrion. Cf. Bibliographie Lipsienne, t. II, p. 310. 

Carrion se brouilla avec Lipse vers 1582 (v. Burmann, 
Sylloge, t. I, ep. 9), mais la cause de ce différend n'est pas 
bien connue. Publiant, en 1583, un o^\xs,c\x\q Censorini ad 
Q. Cœrellium de Die Nafali, Carrion, dans la dédicace à 
André Schott d'un fragment d'un auteur incertain qu'il 
imprimait à la suite de Censorin, s'éleva « in homines 
videlicet antiqui seculi, sed ejus, quo nec Deorum cultus 
frequentabatur, nec suis regibus et principibus honor habe- 
batur, et ultro sibi magisterium morum et censuram perpe- 
tuam accipiunt... » Le reproche d'hérésie était grave à cette 
époque ; Lipse se crut peut-être visé par Carrion et il en 
résulta une rupture qui dura assez longtemps, a Epigram- 
mata tua purissima in illum impurum remitto, » écrit Lipse 
à Lernutius en désignant Carrion (Burmann, Sylloge, t. I, 
ep. 12) ; ailleurs, en faisant encore allusion à lui, Lipse parle 
à André Schott des discours « hominis non tibi, non mihi non 
bono ulii boni» (Burmann, Sylloge, t.l, ep. 91). Cf. Burmann, 

'4i 



— 326 — 

Sylloge, t. I, ep. 92 et la note. Scaliger nous apprend que 
Lipse traitait Carrion de « stellio. y> Il nous donne, d'ailleurs, 
sur les mœurs littéraires et privées de Carrion des renseigne- 
ments moins que flatteurs : « Carrion estoit bien docte, mais 
meschant. Une servante le trouva sur un Flamand beaufils; 
il en avoit deux avec lui. Estdoctus sed summus fur librorum. 
Cujacium decepit 30 coronatis et Cl. Puteanum. Cepit ex 
Gellio folium in quo correxeram versus Menandri ; ego volui 
illum occidere, milii reddidit valde timens. Habebat divitem 
discipulum, cum quo deprehensus est, nisi fugisset, maie 
habuisset. Carrion, Gifanius, Boulanger, grands larrons 
plagiarii. Ce bougre larron de Carrion m'a escrit une lettre, 
par laquelle il me confesse le larcin qu'il avait fait en déchi- 
rant quelques cahiers du Gellius de mon Père. » [Scaligercma, 
éd. de 1695, pp. 81-82). 

■- Ce n'est qu'une dizaine d'années après sa rupture que Lipse 
se réconcilia avec Carrion : « 111e qui olim noster, écrit-il à 
Martin Del Rio en 1593, qui me et quem ego laesi, nunc se 
mecum junxit nescio an aheneo jugo, ut ait ille. Feci quod 
Pietas jussit, magis quam externa honestas... » (Burmann, 
Sylloge, t. I, ep. 514). Del Rio lui répond en se réjouissant 
de cette réconciliation qu'il souhaitait depuis longtemps : 
« Amicum illum nostrum se tibi junxisse, serio triumpho : 
diu id mihi in votis, et conatus ante quadriennium Lovanii 
id aggredi ; sed obstitit ille, nolens vel semel ad nos 
venire. Deum precor, ut jugo aheneo... » (Burmann, /Sy/Zo^g, 
t. I, ep. 515). 

Lipse a adressé à Carrion les épîtres suivantes des Epis- 
tolicarum Quœstionum libri V : I, 7; II, 2, 24; III, 3, 15, 
23; V. 6. 

14 Aucun biographe ne nous fournit de renseignements 
sur ce François Martins ou Martinius, né à Gand (Mir^us), 
qui est un des personnages du joli récit composant le pre- 
mier chapitre du second livre des Variarmn Lectionum 
libri IIII. Cf. les notes sur Carrion et Deinius. Martins 
cultivait la poésie latine et. française; il mourut très jeune 
à Naples. Son épitaphe figure dans les 3Iusœ Errantes, p. 39, 



— 327 — 

Un autre François Martinius, « concionator Epensis »,. 
est mort vers 1653. On a de lui des Epistolœ ad amicos 
(Harderwijck, Jean Tollius, 1653), publication posthume 
faite par les soins de sa veuve ; la préface fournit des ren- 
seignements sur Fauteur, qui est également inconnu aux 
biographes. 

15 Les biographes ne nous donnent aucun renseignement 
sur cet ami de Lipse; Arnold Deins ou Deinius était de 
Malines (Mir^us) et mourut prématurément ; Lipse lui 
consacra deux épitaphes, dont l'une en vers latins (Musœ 
Errantes, p. 53) et l'autre en style lapidaire {Flores, p. 235). 
Le premier chapitre du second livre des Variarum Lectionum 
libri IIII (1567) est consacré à la description d'un repas 
à la romaine oftert par Juste Lipse à Louis Carrion et 
à Arnold Deins, le jour du retour à Louvain de ce dernier, 
qui avait dû passer quelques mois en Flandre pour arranger 
des affaires de famille. « ... Le repas s'étant prolongé 
jusqu'à une heure assez avancée, les convives, auquel était 
venu se joindre F. Martinius, convinrent de se réunir le 
lendemain chez Carrion pour continuer la discussion et 
traiter trois questions posées par Deinius. A l'heure indiquée 
ce dernier faisant défaut, Carrion, ou Martinius, annonça 
qu'il était parti à cheval de grand matin pour Malines. Le 
jour suivant Lipse reçut une lettre d'excuses : il serait de 
retour au bout de trois jours. Mais Deinius ne reparut pas, 
et le quatrième jour on apprit qu'il était mort subitement. 
Ce récit, raconté avec art et rempli de détails charmants, est 
dû presque tout entier à l'imagination de l'auteur. Un rema- 
niement de la même pièce se rencontre dans Y Ayitiquarvm 
lectionvni commentarivs, pp. 77-128; il en diffère pour le 
fond et pour la forme. » {Bibliographie Lipsienne, t. II, 
pp. 56-57). Dans ce remaniement, les détails relatifs à 
Deins sont remplacés par ses deux épitaphes. Le second 
chapitre du second livre des Variarum Lectionum libri IIII 
contient la réponse de Lipse aux trois questions de Deins, 
qui concernent des passages de Pline l'Ancien, de Lucilius 
et de Cicéron. 



- 328 

16 Corneille Yalerius (Oudewaeter, 1512-1578) étudia les 
langues anciennes à Louvain et la rhétorique à Utrecht; 
après avoir voyagé en France avec quelques jeunes gens 
nobles de Hollande, il revint à Louvain et y succéda, en 1557, 
à son ami Pierre Nannius, comme professeur de latin. Cf. 
Valôre André, Fasti Academici, p. 280. Il excitait ses 
meilleurs élèves à tâcher de se faire un nom dans les lettres 
par la recens ion critique d'un auteur ancien (Biographie 
nationale, t. VII, col. 787, \° Giselin). Au jugement de 
Scaliger, Corneille Valerius était « un docte pédant » {Sca- 
ligerana, éd. de 1695, p. 400). 

La première lettre de la première centurie lui est adressée ; 
de plus deux épîtres des Quœstionum Epistolicarum lihri V 
lui sont dédiées : III, 16; V. 17. 

17 Pierre Nannius ou Nanninck (Alkmar, 1500-1557), 
commença par étudier la peinture; il quitta cet art pour 
cultiver la philosophie et la philologie et devint, en 1539, 
professeur de latin à Louvain, dans le collège Buslidianus, 
où il succéda à Conrad Goclenius, Cf. Valère André, Bihlio- 
theca Belgica, p. 749, et Fasti Academici, p. 279. 

18 Martin-Antoine Del Rio (Anvers 1551-1608) commença 
ses études aux écoles latines de Lierre, se rendit ensuite à 
Paris, où il suivit le cours d'éloquence de Denys Lambin et 
celui de philosophie de Maldonat, puis à Douai, où il étudia le 
droit et où il s'attacha à Louis Carrion, enfin à Louvain, où 
il devint l'ami de Juste Lipse. En 1574, il prit son bonnet 
de docteur à Salaraanque, dont la faculté de droit était 
célèbre. Sa précocité avait fait tant de bruit que le roi 
d'Espagne le fit entrer, l'année suivante, au Conseil de 
Brabant; en 1578, Del Rio était vice-chancelier du Conseil, 
mais, préférant le culte paisible des lettres aux soucis d'une 
carrière publique, il se retira, en 1580, des charges qu'il 
occupait pour entrer dans la compagnie de Jésus à Valla- 
dolid. Son noviciat achevé, il quitta l'Espagne pour venir 
étudier la théologie à Louvain, ensuite à Mayence; il fut 
nommé successivement professeur de théologie à Douai, de 



— 329 — 

philosophie morale à Liège et d'exégèse des Écritures Saintes 
à Louvain. Il obtint à Graetz le bonnet de docteur en théolo- 
gie, et il professa cette science pendant trois ans. Après un 
dernier voyage en Espagne, il revint en Belgique pour y 
mourir le 19 octobre 1608. Cf. la notice précédant les 
Mémoires de Del Rio publiés par Delvigne dans les Publica- 
tions de la Société de l'Histoire de Belgique, n° 38. — 
Biographie nationcde, t. Y, col. 476 et suiv.; art. d'Alphonse 
Le Roy. Ces notices dérivent de la biographie du savant P. 
Rosweyde : Martini Antoyiii Del Rio vita brevi commeyita- 
riolo expressa. Anvers, Jean Moretus 1609, in-4°, YIplus 
46 pp. 

En 1578, Del Rio se trouva présent à Louvain, « à point 
nommé, lors de l'entrée des troupes espagnoles dans cette 
ville, après la journée de Gembloux, pour sauver du pillage 
la bibliothèque et les écrits de Juste Lipse. » [Biographie 
nationale, t. V, col. 477). Lipse avait fui la tourmente et 
s'était réfugié à Anvers ; il remercia Del Rio, dans une lettre 
chaleureuse qu'il lui adressa peu après : « ... quod res opes 
■que mese salvae, quod scripta et libelli (id est vita ipsa), 
beneflcium est unius tuum. Quid scribam?... Gaudere me 
tantum nuncio; mea causa, tua, sseculi. Mea, cui is amicus 
obtigit ;. tua, cui ea virtus; sseculi, cui hoc exemplum. Mea 
salus salve... » [Cent. I Miscell., ep. 14). 

Quoique plus jeune que Lipse, Del Rio avait une grande 
influence sur ce dernier; ce fut lui, notamment, qui le ramena 
au catholicisme, après que Lipse eut quitté la Hollande : 
« Eduxit te Deus infausta illa Gomorrha, n s'écrie-t-il dans 
une lettre du 11 mai 1591, qu'il lui écrit, à la nouvelle de sa 
conversion : « ÏT-y.i y.k'j su. facinus certe prseclarum, dignum 
viro, sapiente, christiano patrasti. Lsetari me dicam?parum 
id ad afFectum meum. Triumphare ? nondum perfecta Victo- 
ria... » Del Rio, en effet, ne considérait pas encore la victoire 
comme complète ; pour l'assurer définitivement, il lie avec 
son ami toute une correspondance religieuse ; plusieurs de ses 
lettres,. telles que celle que nous venons de citer et d'autres du 



- 330 - 

recueil de Burmann (t. I, p. 487, 494, 510) sont de véritables 
dissertations théologiques ou plutôt même des sermons ; dans 
la 487^, notamment, Del Rio est enchanté de voir le converti 
faire de grands progrès et il lui écrit, au commencement du 
mois de juin : « Serio exsulto, cum tuas lego, non quia 
élégantes, sed quia pise... »; la correspondance est si active 
qu'en deux-mois, Del Rio lui envoie une dizaine de lettres. 
Le néophyte, plein d'enthousiasme pour celui qui l'a ramené 
à la religion catholique, écrit des vers en son honneur 
(Burmann, Sylloge, t. I, ep. 504) : 

Del ri, qui mihi carus ante caros ', 
Quem saiicti vice diligo parentis, 
Quem ducem mihi, post Deura, salutia 
Et vitse melioria, ore clame, 
Corde sentio : cuique liberati 
Civis do mérite & lubens corenam : 
Nunc te desero? . 

Juste Lipse composa des pièces de vers pour les principaux 
ouvrages de Del Rio : pour Yln L. Annœi Senecœ tragœ- 
dias decem (Anvers, Christ. Plantin , 1576), v. Musœ 
Errantes, p. 65; pour les Florida Mariana (Anvers, J. Mo- 
retus, 1598), v. Musœ Errantes, p. 85; pour les Disqui- 
sitionum magicarum libri sex (Louvain, 1599), v. Musœ 
Errantes, p. 86. D'après une lettre du recueil de Burmann 
(t. I, ep. 520), ce serait même Lipse qui aurait fourni à Martin 
Del Rio le titre de son ouvrage; l'auteur avait choisi De 
Magia. Cette lettre, datée de la tin de l'année 1597, et dans 
laquelle Lipse se fait l'organe de ceux qui attendent avec 
impatience la publication du volume, prouve définitivement 
l'inexistence de l'édition de Mayence de 1593, déjà mise en 



' « Del Rio, deliciae Lipsii, » dit Scaliger, qui ajoute : « Il 
n'aimoit peint Lipse, mais depuis qu'il est serty d'icy [de Hol- 
lande], vecavit Criticorum Principem » [Scaligerana, éd. de 1695, 
p. 122). 



— 331 — 

doute par Brunet, et pourtant encore citée par Delvigne 
[loc. cit., t. I, p. XXXI). 

Les rapports scientifiques des deux amis ne se bornèrent 
pas là. Del Rio aida Lipse dans la composition de son De 
Criice (1593-1594), ainsi que l'indiquent les notes de cet 
ouvrage. Ce fut encore Del Rio qui poussa Lipse à écrire la 
vie miraculeuse de Notre Dame de Montaigu : « Accepi 
littei'as, répond Lipse à Del Rio en octobre 1604, quibus 
amanter, prudenter, pie me hortaris ut scriptionem susci- 
piam et exsequar miraculorum, quse Beatissima Virgo in 
vicinia nostra. Colle aspero, assidue patrat. Quid ego tibi 
patenti (meo animo, jubenti) aliud abnuam, mi Pater? 
nedum ut istud, quo religio et ipse affectus meus me 
vocant... » (BuRMANN, Sylloge, t. I, ep. 527). Cette particu- 
larité n'avait pas encore été signalée, à ce que je crois ; elle 
est inconnue, en tout cas, aux savants auteurs de la Biblio- 
ffraphie Lipsienne. Les /. LipsI Diva Sichemiensis siue 
Aspricollis, Noua eius Bénéficia & Admiranda parurent en 
1605, à Anvers, chez Jean Moretus. Y. pour plus amples 
détails sur cet ouvrage, la Bibliographie Lipsienne, t. II, 
pp. 167-170. 

Voici l'indication des lettres adressées par Juste Lipse à 
Del Rio, et imprimées dans ses œuvres : Cent. I Miscell., 
ep. 14; IV Miscell., ep. 22; I ad Belgas, ep. 8, 10, 33, 95; 
// ad Belgas, ep. 2, 36, 53; /// ad Belgas, ep. 23; ad 
Germanos et Gallos, ep. 80, 87; Burmann, Sylloge, t. I, 
ep. 478, 480, 481, 483, 484, 488, 490, 491, 493, 495, 496- 
(recueil des billets que Lipse, pendant son séjour à Liège, 
adressait à Del Rio qui habitait la même ville), 499, 501, 
502, 503, 504 (avec une pièce de vers où il le remercie de 
sa conversion), 506, 509, 511, 513, 514, 516, 518, 520, 
521, 522, 523, 526, 527, 528; Delprat, Lettres inédites de 
Juste Lipse, ep. 48; Quœstionum Epistolicarum, lib. III, 
ep. 21. 

Lettres de Del Rio à Juste Lipse, imprimées dans Bur- 
mann : Sylloge, t. I, ep. 476, 477, 479, 482, 485, 486, 487, 



— 332 — 

489, 492, 494, 497, 498, 500, 505, 507, 508, 510, 512, 515, 
517, 519, 524, 525, 529. 

19 Victor Giselinus, ou Ghiselin, ou GliYselinck (Zand- 
voorde, 1543-1591), commença ses études à Bruges, les 
continua à Louvain, puis retourna à Bruges, revint à Lou- 
vain, et, après y avoir passé une année, alla à Paris s'ap- 
pliquer à la médecine. Il n'j resta que deux ans; chassé par 
les guerres civiles, il regagna Liouvain ; mais il abandonna 
bientôt cette ville pour se rendre à Dole, où il prit le bonnet 
de docteur en médecine (1571). Passant par Dôle, précisément 
à ce moment. Juste Lipse prononça en l'honneur de son ami 
un discours : Utrion Jurisprudentia, an Aledicina, phcs boni 
hominibus attiderit; cette oratio est la huitième du recueil 
mis à l'index : Orationes Octo lenœ potissimum habitœ. L'auto- 
biographie même nous apprend, plus loin, quelles furent les 
suites de ce discours pour Lipse. Ghiselin revint dans sa 
patrie et habita successivement Ixelles, Bruges et Bergues- 
S*-Winoch, sans réussir dans -la pratique médicale mais se 
livrant à la culture des lettres anciennes et produisant de 
bons travaux philologiques. 11 s'était marié au commence- 
ment de l'année 1577, et, à cette occasion, Lipse avait com- 
posé un épithalame, reproduit dans \eii Musce Errantes [t^ . 28). 

En 1583, Lipse fit des démarches pour faire donner à son 
ami une chaire de médecine à l'université de Lejde ; mais il 
ne put j parvenir. Il écrit à Ghiselin en janvier 1584 : « In 
negotio tuo, mi Gizeline, vere & ex animo loquor, torqueor 
pro uno et summo amico non posse hoc me? Frustra enim 
hactenus omnes molitiones, quamquam et Almondium oppu- 
gnari jussimusper Grotium, aliosque amicos... » Il lui promet 
cependant de continuer ses efforts : « nec tamen cessamus, 
aut cessabimus ; » mais il est tellement persuadé de leur inu- 
tilité, qu'il entreprend de consoler Ghiselin en lui faisant 
voir que la position de professeur à Leyde n'est pas aussi 
brillante qu'elle le parait : « nec aurum utique putes esse 
quod splendet. Sunt et nobis nostrae curae, et metus : gra- 
viores fortasse, quo tardiores » (Burmann, Sylloge, t. I, 



— 333 — 

ep. 117). Les auteurs de la Bibliographie Lipsienne n'ont 
probablement pas remarqué cette lettre, . car elle renverse 
ce qu'ils disent au sujet de cet incident (t. I, pp. 253-254). 

D'après Eloy, on tacha en vain d'attirer Victor Ghiselin 
(c dans l'Université de Leyde pour y enseigner la Médecine, 
Quoiqu'on lui offrit des appointements considérables pour 
l'engager à s'y rendre, il préféra d'aller à Berg-Saint-AVinoc, 
près de Dunkerque, où il remplit la charge de Médecin 
pensionné » [Dictionnaire historique de la Médecine, t. II, 
p. 352). Ajoutons que Paquot est de cet avis, et semble 
mettre le refus de Ghiselin sur le compte de sa fidélité à la 
religion catholique (t. II, p. 132). Or une lettre de Lipse à 
Lernutius analysée dans la Bibliographie Lipsienne (t. 1, 
pp. 253-254) fait croire au contraire que Ghiselin a sollicité 
une place de professeur à Leyde, et que les démarches faites 
en sa faveur ont échoué [Cent. I MiscelL, ep. 40). Cf. Cent. I 
Miscell., ep. 45). 

La lettre reproduite par Burmann, et que j'ai citée plus 
haut, me parait prouver seulement que Lipse a fait des 
démarches en faveur de Ghiselin ; une autre lettre, non citée 
dans la Bibliographie Lipsienne, va nous montrer que Lipse 
les a faites spontanément : « ... Giselini nostri negotium, 
écrit-il à Jean Douza, merito nos exercet. Cogitavi hac nocte 
(utcumque voluntas aliorum sit) retinedum' eum, jam volen- 
tem, idque vel privatis stipendiis amicorum » [Décades XIIX, 
ad Douzam II, ep. 5). Le jam volentem indique clairement 
que Ghiselin n'a pas accepté immédiatement la proposition 
qui lui faisaient ses amis, et, à fortiori, qu'il n'a pas demandé 
lui-môme la place dont il s'agit. Il faut remarquer, d'ailleurs, 
que les auteurs de la Bibliographie Lipsienne n'ont exprimé 
leur opinion que sous une forme très réservée. 

Jérôme Berchemius, dans une lettre adressée à Juste 
Lipse (Burmann, Sylloge, t. I, ep. 598i, nous donne des ren- 
seignements circonstanciés sur les derniers moments de 

' Faute d'impression pour retinendum. 



— 334 — 

Ghiselin : « Sub noctem ab amici colloquio domum regressus, 
mox pastorem accersit, & uxori constanti respondet, sic 
fato opus esse : nam mortem sibi imminere. A pastore Deo 
reconciliatus litteras ad matrem sua manu exarat, eique 
uxoreru suam, tamquam jam viduam, studiose commendat. 
Tum ad bibliothecam convertitur, ut amicis libres aliquot 
divideret, cum, ecce, viro mors cita, vire, & vere vire 
manum injicit. Igitur prépare ad lectulum reducitur, ubi 
dumalternis Psalmum quinquagesimumcumuxore, &quidem 
ad ipso jussa, récitât, etiam ante pastoris, qui iterum 
vocatus fuerat, celerem licet regressum, in h?ec verba Do- 
mine miserere, defecit. » Ghiselin légua ses ouvrages à Jean 
Lernutius, son ami le plus intime. 

Lipse lui a adressé plusieurs lettres : Cent. I MiscelL, 
ep. 2, 9, 27, 70, 81 ; Cent. II MiscelL, ep. 2 ; Décades XIIX, 
ad diversos TV , ep. 9; Burmann, Sylloge, t. I, ep. 146, 147, 
148. La première édition de la première centurie (Anvers, 
Christ Plantin, 1586, in-S*') contenait deux autres lettres 
de Lipse à Ghiselin, qui n'ont pas été reproduites dans les 
éditions subséquentes; cf. Bibliographie Lipsienne, t. I, 
p. 270. Dans les Quœstionum Epistolicarum libri V, les 
épitres suivantes sont dédiées à Ghiselin : I, ep. 10; II, 
ep. 6, 10, 16, 25; III, ep. 9, 20, 24; IV, ep. 8, 17, 20, 23; 
Y, 12, 25. Outre la pièce de vers que j'ai citée, les Musœ 
Errantes en renferment encore quatre autres, adressées à 
Ghiselin (pp. 11, 27, 28 et 29). Le recueil de Burmann 
contient une lettre de Ghiselin à Lipse : t. I, ep. 149. 

20 Celui que son époque appelait l'Anacréon Brugeois, 
Jean Lernutius ou Leernout (Bruges, 1545-1619), fit ses 
humanités à Gand et à Anvers, puis alla, vers 1560, achever 
ses études à Louvain. Dans le but de connaître l'enseignement 
des principales universités étrangères, il partit, en 1572, 
avec Juste Lipse et voyagea pendant quelques années. Valère 
André fait durer, à tort, son absence vingt-et-un ans [Biblio- 
theca Belgica, p. 440); contra Paquot, t. YI, pp. 363-364. 
Les deux amis se séparèrent assez tôt; après avoir passé par 



— 335 — 

Besançon et Dole, Lernutius gagna l'Italie, tandis que Lipse 
allait à Vienne. Lernutius nous apprend lui-même ces détails 
dans le premier de ses Epicedia : 

Non ego amicitiae repetam primordia nostrse 

Dilia cum placitam accendit utrique facem, 
Inque jecur puri flumen conduxit amoris, 

Dulcius aniliobus quo nihil ante fuit. 
Mox Dubis unanimes multum admiratus, in orbem 

Substitit, ad mentis circitor ima sacri : 
Hic ubi conspicuam levât alta Yesontio frontem, 

Stringeret ut nexu corda utriusque magis. 
Strinxit, et in Sequanos Dolani provexit ad Urbem : 

Hei mihi convictus quam brève tempus ibi 
Contigit, aflixit lecto te pessima febris, 

Et leto euectum te prope steva dédit. 
Noluit hoc Numen, quod desuper excubat, illo 

Prfestite salva tibi vita superstes iit. 
Inde ita distracti. Tu Xorica régna petisti ; 

Me calor optatam traxit in Italiam... 

Nous avons des renseignements intéressants sur le voyage 
de Lernutius dans une lettre qu'il écrivit de Ticino, le 
12 janvier 1574, à Lipse : « Ipse abliinc aliquot menses 
post lustratas celebriores Italise civitates Papiam reversus 
sum, nulle graviore incommode conflictatus(?), atque hiemem 
hanc in his Insubrise locis transiturum me puto, donec 
récurrente vere conceptum iter ingredi rursus cogar et per 
Genovam in patriam redire, quamquam si auspiciis mois 
vitam meam componere possem, nihil amem potius quam 
Italiam. » (V. Annales de la Société d'Émulation de Bruges, 
4« série, t. IX (1886), pp. 340 et suiv.) 

Les Décades XIIX contiennent (p. 235) une élégie de 
Lipse, adressée de Vienne à Lernutius, qui se trouvait alors 
à Rome ; Lipse s'y étend sur la beauté des femmes romaines, 
tout en engageant son ami à ne pas se laisser prendre à 
leurs paroles trompeuses. Cette pièce curieuse ne figure pas 
dans les Musœ Errantes. 

Avant de se réfugier en Hollande, Lipse vécut quelque 



— 336 — 

temps chez Lernutius à Bruges ; c'est encore le premier Epi- 
cedion qui nous fait connaître cette particularité inconnue 
aux biographes : 

Nec loquar ut rursus nos junxerit Attica Brugis, 

Cum fera tempestas te Namureea domo 
Expulit, arraorum- tune excita Belgica motu 

Intumuit Ducibus non bene fisa suis. 
Tecta laremque tuuni fugiens tu, certus adisti 

Non renuente Deo tecta laremque meum. 
Fregimus hic curas vino, et sermone suavi : 

Primus amicorum tune tibi visus ego'. 

« Ni les embarras inséparables du mariage, dit Paquot 
{loc. cit.), ni la charge d^échevin, que Lernutius exerça 
plusieurs fois avec honneur, ne purent le détourner des 
études dont il faisoit toutes ses délices. Cependant un malheur 
qui lui arriva en 1587, pensa l'y faire renoncer. Revenant 
de l'Artois , où quelques affaires l'a voient appelle , des 
soldats de la garnison d'Ostende l'arrêtèrent à trois lieues de 
Bruges, & le jetteront dans une casemate; l'infection de ce 
lieu lui causa un ébranlement d'esprit, qui engagea le gou- 
verneur d'Ostende à le faire transporter en Angleterre où 
il fut retenu cinq mois, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'on eut pu 
trouver la somme excessive qu'on exigea pour sa rançon. » 
Dans ce péril, Lernutius s'adressa à Lipse, qui fit tout ce 
qu'il put pour le délivrer. Cf. la correspondance échangée 
à cette occasion entre les deux amis : Burmann, t. I, ep. 13, 
Cent. II Miscell., ep. 53; Burmann, t. I, ep. 14 et 15; 
Cent. II Miscell., ep. 67. Dans ses lettres, Lernutius trace 
un tableau lamentable des maux qu'il a endurés. 

Lernutius était le plus intime ami de Lipse, avec Ghiselin 
et Douza. Aussi deux des pièces, de la Justi LipsI Fama 
Posthuma (pp. 3 et 68) sont-elles dédiées à Lernutius. 11 a 
donné, lui-même, dans ce recueil (p. 22), une élégie qui forme 
Vepicedium III de son Ficniis Lipsiamis. Voici le titre exact 
de cet ouvrage : lani Lernvtl Epicedia, Sive Fvnvs Lipsia- 



• — 337 — 

nvm Immortaliti Sacr. (Antverpiae, Ex Officina Hieronymi 
VerdussI cIo. loc. vil. Cum gratia & priuilegio ad sexen- 
nium. — In-4°, 38 pp. chiffrées, et 1 f. non côté.) L'épître 
dédicatoire Ansebno Opitio Advrno Cos. Brvg. primario et 
equiti, Nievenhoviq. Dynastœ... est datée de Bruges, le jour 
des calendes de mai 1606. Elle nous apprend que les Epicedia 
ont été composés à l'instigation de celui à qui ils sont 
dédiés. Le Funiis se compose de cinq Epicedia proprement 
dits consacrés à la mémoire de Juste Lipse, et d'un Hexa- 
■metrum Carmen 'AWi/jyopizov m laudem Justi LipsI. Lernutius 
a de plus écrit une pièce de vers latins pour VAd Annales 
Corn. Tacite Liber Commentarius (Anvers, Christ Plantin, 
1581), et une autre pour les C. Cornelii Taciti Opéra Quœ 
exstant, ex Justi LipsI editione ultima (Anvers [Leyde], 
Christ. Plantin, 1585). La Sylloge de Burmann reproduit 
quelques lettres de Lernutius à Lipse : t. I, ep. 13, 14, 15, 
17, 19, 21, 23; M. Feys en a signalé deux, d'après des 
copies faites par M. Roersch sur les originaux reposant à la 
bibliothèque de l'université de Leyde. V. Annales de la 
Société d Émulation de Bruges, 4^ série, t. IX (1886), pp. 340 
et suiv. 

Voici les lettres de Lipse adressées à Lernutius : Cent. I 
MiscelL, 10, 13, 20, 27, 34, 40, 51, 86; Cent. II Miscell., 
9, 18, 53, 67 ; Cent. III Miscell., 76 ; Cent. IV MiscelL, 81 ; 
Cent. I ad Belgas, 26; Cent. II ad Belgas, 1, 50; Décades 
XIIX, ad diversos I, 6; Burmann, Sylloge, t. 1, ep. 6, 7, 8, 
9, 10, 11, 12, 16, 18, 20, 22. La pièce de vers : Ad Stellam 
Venerem Pro Horto [Musœ Errantes, p. 27) est dédiée à 
Lernutius et à Ghiselin. Le poète brugeois est un des inter- 
locuteurs des dialogues composant les Saturnalium sermo- 
num libri duo (1582). Dans les Quœstionum Epistolicarum 
lihri V, les épîtres suivantes lui sont adressées : I, 5, 14 ; 
III, 3; IV, 12; V, 3, 24. V. enfin dans les Flores (p. 196), 
ce que Lipse écrivit sur Valbwn amicorum de Lernutius. 

21 André Schott (Anvers, 1552-1629) étudia à Louvain au 
collège des Trois Langues, et alla ensuite, selon une coutume 



— 338 — 

commune alors aux Belges et aux Allemands, compléter son 
instruction à l'étranger : à Douai, à Paris, où il fut reçu 
dans la maison d'Ogier de Busbecq \ en Espagne, où il passa 
quelque temps à la cour de Madrid ; après être resté huit 
mois à Alcala, il se rendit à Tolède où il s'appliqua spéciale- 
ment au grec, sous la direction de Alvare Gomez de Castro ; 
il s'j lia avec le jurisconsulte Antoine Covarruvias qui le 
fit succéder plus tard à Gomez. Schott quitta cette chaire 
en 1584, pour aller enseigner la rhétorique, le grec et 
l'histoire à Saragosse, où il habita chez l'évêque Antoine 
Augustin. Etant, à la suite d'un vœu, entré dans la Com- 
pagnie de Jésus, il fut chargé, à la mort de François Benci, 
de remplacer ce savant à Rome. Il revint enfin dans sa 
patrie en 1597, se fixa à Anvers et s'y occupa jusqu'à sa 
mort de travaux littéraires. Cf. Baguet, Notice biograpliique 
et littéraire sur André Schott. Mémoires de l'Académie de 
Belgique, série in-4°, t. XXIII (1849). 

André Schott fut un des amis les plus intimes de Juste 
Lipse; celui-ci l'appelle tantôt « veterrimus amicus^ » [Cent. 
III ad Belgas, ep. 37), tantôt « magnus amicus noster, » 
comme dans une lettre à Marc Velserus, en tête de l'édition 
■ de Photius publiée par Schott. Dans une lettre datée de 1597 
et adressée à François Schott, frère d'André, Lipse s'écrie : 
« Utinam frater tuus interea ex Hispanis adsit! quem virum 
jam olim novi, et quia novi, amo. Est inter eos, qui rem 
non speciem in doctrina habent. » Dans une lettre à Pierre 
Pantin, écrite en 1596, il fait des vœux pour que le retour 
de Schott soit heureux (Burmann, t. I, ep. 441). Lipse le cite 
même comme son élève. Voici ce qu'on lit dans la 83* lettre 
de la centurie ad Italos et Hispanos, adressée, en 1600, 



• C'est à Schott que Busbecq adressa le texte du célèbre monument 
d'Ancyre, qu'il avait fait copier pendant son voyage en Galatie, et 
ce fut Schott qui en pul^lia la première édition. 

^ Expression que Schott rappelle dans l'épître dédicatoire de son 
édition de Sénèque le Rhéteur, adressée à Lipse. 



— 339 — 

à Balthasar de Znniga, ambassadeur du roi d'Espagne en 
Belgique, « Gaudeo conventum a te P. Scliottum, veterem 
amicum meum et ante annos XXV etiam hic [Lovanii] audi- 
torem. » Je pense, dit Baguet, que Juste Lipse fait allusion 
aux leçons publiques qu'il donna, en 1576, sur les lois royales 
et décemvirales, après avoir pris solennellement le titre de 
jurisconsulte. C'est cette même année aussi... que Schott 
quitta sa patrie. Voyez Schott, Observ. hwnan., p. 243, 
où, examinant des passages des Pandectes, il dit : niinquam 
adolescens a jurisprudentia abhorrui. » 

Les treize lettres que Lipse a adressées à Schott prouvent 
d'ailleurs surabondamment la profondeur de l'amitié qui 
unissait les deux savants et que les manoeuvres de Carrion 
avaient pu à peine entamer. Ces lettres se trouvent aux 
endroits suivants : Cent. I Miscell., 45; IV MiscelL, 4; 
V Miscell. {Posthuma), 95; III ad Belgas, 37, 50, 53, 60, 
70, 85 ; ad Italos et Hispanos, 36; Burmann, 1. 1, ep. 91, 98. 
Burmann reproduit huit ' lettres de Schott à Lipse, t. I, 
ep. 92, 93, 94, .95, 96, 97, 99, 100; une neuvième lettre de 
Schott à Lipse est insérée dans les Décades XIIX, Clar. vir. 
ad Lipsium, 22. 

Trois épitres des Quœstionum Epistolicarum libri V sont 
dédiées à Schott : H, 18; IV, 22; V, 8. Enfin, comme je l'ai 
dit plus haut, Schott dédia à Juste Lipse ses M. Annœi 
Senecœ Rhetoris Suasoriœ, Controversiœ Declamationumque 
Excerpta (Paris, David Douceur, 1607); l'épître dédicatoire 
est datée de 1603, et l'auteur y rappelle que c'est sur les 
vives instances de Lipse qu'il a publié le fruit de ses longs 
travaux sur Sénèque : « Tandem aliquando te hortante 
maxime, Lipsi, exire patiar nominis tui auspicio quœ sedecim 
annis et quod excurrit, perpétue presseram... » 

« Déjà en 1582, dit Baguet (p. 40), lorsque Schott était à 
Tolède, Juste Lipse lui dit ... qu'il approuve son projet de 
publier les oeuvres de Sénèque le rhéteur, et lui promet son 

» C'est par erreur que Baguet dit neuf dans sa notice (p. 16;, 



— 340 — 

concours. Il lui parle dans le même sens dans des lettres de 
1595, 1599, 1600 et 1601 ; enfin, dans une lettre datée de 
février 1602, il devient plus pressant encore et montre quel 
prix il attachait à voir publier le travail de son ami. » 
Juste Lipse communiqua des notes sur Sénèque à Schott 
qui les publia séparément à la suite de son travail (pp. 84-86 
de l'édition citée). 

Disons enfin que Schott fut un de ceux qui aidèrent 
Sweertius dans la publication des Miisœ Errantes de Lipse 
(Musœ Etirantes, p. 104). 

22 Egide Lipse était alors lieutenant-amman ou comman- 
dant de la garde civique de Bruxelles : « Bruxellensis tune 
urbis prsetorio praefeçtus » (Mm^us, p. 9). 

23 La sœur de Lipse épousa Grevius dont elle eut un fils 
Guillaume, à qui Lipse légua sa bibliothèque (Mir^us, 
p. 51). Comme le jeune Grevius n'avait que treize ans, Lipse 
donna la garde de sa collection à son disciple JeanWoverius, 
jusqu'à ce que son neveu fût en âge de s'en servir. Cf. 
Delprat, oiwr. cit., p. 95. 

V. Cent. IV Miscell., ep. 40, une lettre adressée à Guil. 
Grevius. 

24 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 57 et suiv. 

25 V. la traduction, déjà citée, du Traité de la Constance, 
par Lucien Dubois, p. 24. 

26 Le célèbre imprimeur avait transporté ses ateliers de 
Venise à Rome, en 1561, à la suite de la dissolution de 
Y Académie vénitienne et sur l'appel du cardinal Scripandi. 
Il existe de Lipse une lettre écrite à Paul Manuce ; elle est 
imprimée dans les Miscellanea de Lazzeri (Rome, 1754-57) ; 
cf. Bibliographie Lipsienne, t. III, p. 275. De plus, la 
11® épître du livre IV des Epistolicarum Quœstionum libri V 
lui est adressée. 

• Paul Bergmans. 
(A continuer.) 



— 341 



VARIÉTÉS 



Comment on écrit l'histoire, — On sait avec quel 
aplomb et avec quelle légèreté certains écrivains français ont 
rhabitude d'avancer les faits les plus étranges et les plus 
invraisemblables concernant l'histoire des pays qui les 
entourent. Nous pourrions en citer un grand nombre. 
Bornons-nous à en publier quelques-uns qui se rapportent 
exclusivement à la ville de Gand. 

Ils sont si extraordinaires et font un tel honneur à l'es- 
prit inventif de leurs auteurs que ce serait un crime de 
laisser ces perles historiques enfouies dans les volumes où 
elles se cachent aux regards du ])ublic. 



Commençons par l'étymologie, plus que bizarre, qu'Ale- 
xandre Dumas père donne à la rue de la Crapaudière, 
connue en flamand sous le nom de Paddenhoek. Avant lés 
révélations de Dumas, on croyait généralement qu'on avait 
appelé ce quartier Paddenhoek à cause de la grande quan- 
tité de crapauds qui s'y rencontraient autrefois. Cette 
supposition était d'autant plus admissible que ce quartier 
était bas et marécageux comme le prouvent les dénomina- 
tions données à deux rues avoisinantes : la rue courte du 
Marais et la rue longue du Marais. 

Détrompez-vous lecteur. Voici l'explication de l'origine 



— 342 — 

du nom de Paddenhoek. telle qu'Alexandre Dumas nous Ta 
donnée dans une Lettre sur Gand qui parut dans la Revue 
de Paris de 1838 : 

« La ruelle par laquelle Van Artevelde tenta de fuir 
« porte encore aujourd'hui le nom de Paddenhoek ou trou 
« aux crapauds. A cette époque les Flamands appelaient les 
« Français fransche padden, comme ils les appellent aujour- 
« d'hui des Fransquillons. Ils s'appuyaient sur une singu- 
« lière raison, c'est que nos fleurs de lys qui sont, croyons- 
« nous, des fers de lance ne sont, selon eux, que des 
« crapauds. Pauvres fleurs de lys! Vous comprenez mainte- 
« nant pourquoi cette ruelle s'appelle le trou aux crapauds. 
« C'est là en efiet, que d' Artevelde fut tué par les partisans 
« du roi de France. » 

Il est regrettable que cette étymologie, à laquelle aucun 
historien flamand n'avait encore songé et qui fait le plus 
grand honneur à l'esprit inventif de l'écrivain français, se 
trouve contredite par le simple fait que longtemps déjà 
avant la mort de Jacques Van Artevelde (1345) ce quartier 
portait le nom de Paddenhoek. 



Sous le titre de Promenades d'un artiste, un écrivain 
français, A. A. Renouard, qui n'est pas sans mérite, publia 
en 1836 la relation de ses voyages en Allemagne et dans les 
Pays-Bas. 

En parlant de Gand, il dit que la domination espagnole a 
laissé des traces profondes dans les mœurs et dans le carac- 
tère des habitants de cette ville. Renouard en donne plu- 
sieurs exemples parmi lesquels nous devons citer avant tout 

la passion des Gantois pour les combats de taureaux. 

Voici ce que le savant historien ose écrire sans sourciller, 
à la page 354 : 

« Une autre trace des mœurs espagnoles, c'est le goût 



— 343 — • 

« pour les combats de taureaux, particuliers à la ville de 
« Gand. ]Mais ce n'est pas comme en Espagne. C'est un 
« grossier et féroce plaisir. Les combats de taureaux, dont 
« on donne de temps en temps la représentation au peuple 
« de la ville de Gand, sont aux combats de taureaux de 
« TEspagne, avec leurs toréadors et leurs spectateurs de 
« choix, ce que peut être à la lutte antique, à la lutte des 
« jeux olympiques, ces ignobles combats à coups de poing 
« qui déshonorent le grave peuple de la grande Bretagne. 
« Le vainqueur s'y intéresse et le vaincu n'est pas plaint. » 

Il y a un autre côté non moins intéressant des mœurs 
garitoises que nous fait connaître Elisée Reclus, qui passe 
pour un des plus grands géographes français de l'époque 
moderne. Cet illustre savant nous apprend dans sa Nouvelle 
géogra'phie universelle que les Gantois se promènent de 
temps en temps dans les rues de la ville, revêtus de costumes 
du XVIe siècle. Cette incroyable fantaisie historique ligure 
à la page 89 du tome IV; Paris, Hachette, 1879. 

Après avoir dit qu'autrefois chaque habitant de la ville 
de Gand appartenait à une corporation de métier, il ajoute : 

« Dans tous les actes de sa vie, l'individu avait à compter 
« avec le corps dont il faisait partie. Il existe encore aujour- 
« d'hui des traces de cet ancien ordre de choses. Des 
« habitants de Gand, par exemple, sont embrigadés par 
« décades et portent des costumes du seizième siècle, avec 
« fraise au collet et hallebarde au poing ; ils sont requisi- 
« tionnés et commandés dans les grandes circonstances 
« quand il s'agit de sortir en costume, soit pour fêter le 
« retour d'un compatriote illustre, soit pour célébrer quel- 
ce que grand fait des aïeux. » 

Un autre écrivain français, Vivien de Saint-Martin, 
dans son nouveau dictionnaire de géographie universelle, 



— 344 — 

(tome II, p. 426) ouvrage en cours de publication et qui 
comprend plusieurs volumes in-4o, s'occupe du fameux châ- 
teau des Espagnols que Charles-Quint fit construire en 1540. 
Il dit, en se trompant de près de trois siècles, que cette 
forteresse fut démolie en 1574 et que sur le même emplace- 
ment le gouvernement hollandais éleva en 1820 une autre 
citadelle ! 

Nous avons enfin voulu nous assurer si dans le grand 
dictionnaire de Larousse, ce volumineux ouvrage qui fait 
autorité et que chacun consulte, nous ne découvririons 
aucune particularité inédite sur la ville de Gand. Nos 
recherches n'ont pas été longues. Dès les premières lignes 
de l'article intitulé : Gand (Tome VIII, page 987) nous avons 
eu la satisfaction de lire la phrase suivante : 

« On reconnaît à ses murs la cité d'Artevelde, à la 

« physionomie de ses habitants les bourgeois qui bravèrent 
« Charles Quint. » 

Après lecture de cette phrase, nous avons jugé inutile de 
pousser plus loin nos investigations. 



Nous soupçonnons fortement tous ces écrivains français 
d'avoir ajouté foi aux récits ultra-fantaisistes de quelques 
loustics gantois, auxquels ils se seront adressés pour avoir 
des renseignements sur la ville de Gand. P. C. 



Papiers conservés dans les coiiBLES de l'hôtel de 
VILLE de gand. — On sait qu'il existe au grenier de l'hôtel 
de ville un immense tas de papiers et de registres, dont on 
a repris il y a quelque mois le classement. 

Il a été constaté — d'après ce qui a pu être examiné 
jusqu'à présent — que presque tous les documents de ce 



— 345 — 

dépôt ont la même origine que ceux qui sont rangés dans 
notre collection dite des consignations : 

« Sterfliuis van..., vague sterfhuis van..., insolvent sterf- 
» huis..., faillissement..., desolaete boedel..., sequester- 
» schap..., stukken van den curateur X. ter vacante 
» nalatenschap van..., etc. » 

On y trouve par conséquent toutes les pièces qu'on peut 
rencontrer dans les archives d'un particulier. Que si ce 
dernier a été fonctionnaire on a naturellement quelque 
chance de trouver dans sa succession des documents relatifs 
à la charge qu'il a occupée. 

Tous ces papiers étaient primitivement conservés dans 
des caisses et des coffres dont on s'empara en 1830 pour 
y mettre des armes et des munitions. Le fait a été rapporté 
par feu M. Joseph De Moor, sous-archiviste, qui à diverses 
époques retira des papiers de ces combles, ainsi qu'on peut 
s'en assurer en parcourant les rapports annuels (1845-1855). 

L'un des premiers soins de la commission des archives, 
créée par résolution du conseil communal du 16 janvier 
1863 ', fut de présenter un rapport sur la situation des 
archives jetées en désordre au grenier (14 mai 1863). Les 
registres se trouvant dans la salle voûtée furent examinés, 
et M. Ferdinand Van der Haeghen dressa une liste de 
300 volumes qui depuis ont été intercalés dans diverses 
collections des archives. C'est à la même époque qu'on fit 
descendre du grenier un certain nombre de registres relatifs 
à la trésorerie de la ville, ainsi que les minutes de notaires 
déposées à l'hôtel de ville en vertu d'un décret de Marie 
Thérèse du 30 septembre 1 780. 

Les employés des archives, auxquels s'était joint M. Van 
den Bemden, membre de la Commission, viennent de faire le 

' Cette commission se composait de MM. A. Neyt, père, A. 
Du Bois, Ph. Blommaert, Gheldolf, N. de Pauw et F<* Van der 
Haeghen, secrétaire. 



— 346 — 

triage des 1500 registres restants, qui se trouvaient entassés 
dans la première salle du grenier. Ils en ont d'abord séparé 
environ 800 volumes et fragments de volumes du XYIIIe siècle 
et de la fin du XVIIe, qui ne méritent la conservation à 
aucun titre : livres commerciaux, registres de comptabilité 
particulière, brouillons (claddeboeken) et journaux de 
recettes dïmpositions. Un grand nombre de ces registres 
sont d'ailleurs en mauvais état, dépareillés et sans titres. 

Les registres à conserver comprennent : 

1° Une très intéressante série de 221 registres, journaux 
ou liv7^es de raison concernant des seigneuries, des évé- 
nements de famille, des rentes et des biens; on y trouve 
aussi parfois des annotations au sujet d'événements poli- 
tiques. Il a été dressé un inventaire sommaire de ces hand- 
boekskens dont le plus ancien remonte à 1499. 

2^ Une centaine de volumes provenant de diverses loca- 
lités de la Flandre, lesquels ont été rangés par ordre 
alphabétique dans notre collection vreemde steden (XYII® 
et X Ville siècles). 

3" Une série de pièces ayant de Fintérêt pour la collection 
gantoise de la bibliothèque de l'université : spécimens de 
livres de commerce, cahiers de droit, de philosophie, d'arith- 
métique et de théologie, fragments d'imprimés et de dessins, 
écrits divers. 

4^^ Environ 200 volumes destinés à être intercalés dans 
diverses séries des archives de la ville (XYP-XVIII'^ siècles) : 
Membres de Flandre (mémoires et autres pièces), 5 reg. — 
Conseil de Flandre (rôles d'affaires et reg. de procureurs), 
10 reg. — Lieutenant civil (reg. d'enquêtes et handboeken 
de procureurs), 3 reg. — Seigneurie et chapitre de S^-Bavon 
(recettes diverses, notamment de St-Liévin-Hautem), 20 reg- 
— Seigneurie de S'-Pierre et église de N. D. (comptes), 
7 reg. — Église de S^-Michel (compte) 1 reg. — S^-Martin 
(id.), 1 reg. — Ryke gasthuis (id.), 1 reg. — Copies d'ordon- 



— 347 — 

nances des échevins, 2 cahiers. — Corporation des francs- 
navieurs, 1 vol. — Brasseurs, 1 vol. — Ferieboek op costen 
(échevins des Parchons), 1 reg. — Boek van voogdyen, 
1 reg. — Impositions diverses, 20 reg. — Handboeken de 
procureurs des échevins de Parchons et delà Keure, 109 vol. 

Le triage des registres terminé, on a procédé à l'examen 
du contenu des 9 coffres qui se trouvaient dans la salle 
voûtée. Cinq ont pu être placés à leur numéro respectif 
dans la salle des consignations. Les autres ne contenaient 
guère que des fragments jetés au panier. 

Un travail considérable reste à faire : le triage des liasses 
qui, d'après le rapport communal présenté en 1884, for- 
maient un tas d'environ 32 mètres cubes. 

On a déjà dépouillé une cinquantaine de ces liasses et 
commencé un classement de documents d'après Tordre 
alphabétique des familles auxquelles ils appartiennent, tout 
en mettant à part les pièces intéressantes pour les archives 
et en élaguant des papiers sans valeur. 

Dans sa séance du 8 juin dernier, la Commission des 
archives a pris la résolation de proposer au collège éche- 
vinal la destruction ou la vente de ces derniers papiers, qui 
comprennent, avec les pièces complètement pourries — (dont 
on a au préalable extrait les fragments pouvant servir) — 
et des papiers d'emballage joints à des débris de plâtre 
et d'ardoises, environ 6 mètres cubes. 

La plupart des documents contenus dans les liasses sont 
postérieurs au XVP siècle; on trouve néanmoins un assez 
bon nombre de pièces d'époques plus anciennes. Nous tien- 
drons nos lecteurs au courant des découvertes qu'on pour- 
rait faire. ViCT. V. 



— B48 — 

Le FEINTEE Louis Van BLAriEMBERGHE. — Lille a orga- 
nisé une exposition d'œiivres de Watteau et de quelques 
peintres du Nord ou de la Flandre française. Nous extrayons 
d'un article consacré à cette exposition par V Indépendance 
belge, les lignes suivantes consacrées à un de ces artistes, 
dont le nom mérite d'être arraché à l'oubli et dont l'exposi- 
tion de Lille a fait apprécier le rare mérite : 

« Louis Yan Blaremberghe, le père, est né à Lille en 1719, 
il y est mort en 1795. Bien qu'il ait appartenu au ministère 
de la marine comme peintre officiel, c'est dans la Flandre 
française que l'on peut trouver presque toutes ses minia- 
tures. Un collectionneur lillois, ^I. Jules Lenglart, qui a une 
des plus belles galeries de province, possède de lui des 
choses exquises. Des miniatures n'ayant pas plus de cinq ou 
six centimètres en largeur, des bijoux tels que des broches 
ont été peints par lui ; sur ces étroites surfaces il a fait tenir 
des scènes immenses. Dans une miniature intitulée Port de 
mer, il y a un port avec une ville, des navires de haut bord, 
des pêcheurs sur la grève; les bonshommes du premier plan 
ont à peine quatre ou cinq millimètres de hauteur et sont 
rendus avec une intensité de vie, une finese de détail dont 
rien ne saurait donner une idée, LTne tabatière dont le cou- 
vercle représente le Jugement de Paris, est peut-être le 
chef d'œuvre de ce maître. Les chairs sont exquises, les 
étoffes traitées avec une science consommée. De Louis Van 
Blaremberghe encore, une broche représentant une scène de 
pêche ; une autre broche scène de famille et de nombreuses 
gouaches. 

« ^lais c'est dans le tableautin surtout qu'il faut admirer 
le peintre. Il y a, sous le n" 79, un paysage d'une douceur 
exquise : une rivière, la tour trapue d'une église, au premier 
plan deux personnages qui rendent plus profonde la perspec- 
tive, tout cela d'un tini merveilleux. Le tableau tout entier 
n'a pas dix centimètres de large et donne la sensation d'une 
vaste toile. 



— 349 — 

« Van Blaremberghe a essayé aussi la grande peinture ; 
il y a apporté ses qualités de minutie; mais il aurait mieux 
fait de ne pas tenter la tâche ; il ne nous fait grâce d'aucun 
détail, arbres, chevaux, personnages sont traités sans omettre 
le moindre détail. Cette recherche nuit à l'ensemble et 
donne à tout cela un caractère de rigidité désagréable. » 

Louis Van Blaremberghe eut un fils, peintre également, 
Joseph Van Blaremberghe, dont il existe des gouaches d'une 
grande valeur. D. 



Autel de la chapelle dédiée a Saint Liévin dans la 

CATHÉDRALE DE SaINT-BaVON A GaND, SCULPTÉ PAK HuBERT 

Hanicq. — Dans sa savante description des églises de la 
ville de Gand, M. Kervyn de Volkaersbeke a publié, à côté 
d'autres pièces originales fort intéressantes, un grand 
nombre d'extraits de comptes annuels des recettes et des 
dépenses de ces édifices religieux. 

Il s'est attaché notamment à rechercher tout ce qui 
pouvait servir de complément à l'histoire de l'art dans la 
cité des Van Artevelde. Plusieurs contrats passés avec des 
artistes en renom, ainsi que des reconnaissances, du chef 
de payement pour travaux exécutés, sont reproduits en- 
tièrement dans l'ouvrage précité, d'après les originaux 
que l'auteur a eu la bonne fortune de recueillir dans les 
dépôts d'archives publiques ou privées. 

Au milieu de ces pièces de tout genre, nous remarquons 
entr'autres, deux documents . concernant le sculpteur 
Hubert Hanicq, Le premier est relatif à la sculpture du 
tombeau du Sauveur, qui jadis ornait la chapelle de la 
Sainte Croix dans l'église paroissiale de Saint- ]\Jichel en 
la dite ville. Cette œuvre, commandée pour compte de la 
fabrique de l'église, fut entreprise par le dit sculpteur, qui 
y travailla en 1627 (Tome H, p. 94). 



— 350 — 

Le second document, daté du 11 mars 1633, est une 
quittance, délivrée par le même, de diverses sommes payées 
pour l'exécution en marbre de l'autel de la confrérie insti- 
tuée dans la chapelle de Notre-Dame-aux-Rayons, en 
l'église cathédrale de Saint-Bavon (Tome I, p. 60). 

Aux archives de l'Etat à Bruges existe une troisième 
pièce originale, émanée du même personnage et qui se 
rapporte à la construction de la table d'autel en marbre de 
la chapelle dédiée à Saint Liévin, dépendante de cette 
dernière église (Tome I, ]). 79). Nous la publions ci-dessous. 

Par une promesse, portant sa signature, l'artiste s'engage 
à achever le travail pour la S*-Remi 1627, moyennant la 
somme de 750 florins, non compris une gracieuseté de trois 
doubles ducats destinée à sa femme. Suivent deux quittances, 
dont la dernière, pour solde est datée du 24 mars 1628 : 

« Je soubsigné confesse estre accordé auecq monsieur 
« le chanoisne Haudion por mectre vng table d'autel de 
« marbre et arbastre selon le model y faict auecq tout le 
« massonerie, fer, plomp et tout ce qu'y dépend, rien 
« excepté, en lesglise cathédrale de S* Bauon en la chapelle 
« de S* Liuin et. cela por la somme de sept cents cinc- 
« quante florins vne fois et trois double ducats por ma 
« femme, promectant que ledict table d'autel serat mis 
« et érigé por le S* Remy prochain xvj'' -vingt sept. 
« Tesmoing, etc. 

« Faict en la ville de Gandt, ce vij'^ de Januier 1627, » 

« HUBEBT HaNICQ. » 

« Je soubsigné confesse auoir recheu des mains de 
« Monsieur le chanoine de Haudion, à bon compte de ce 
« contract, la somme de cent cincquante florins per dessus 
« trois double ducaets, ce neufuieume de januier 1627. 

« Hubert Hanicq. » 



— 351 — 

« Je soubsigné confesse auoir receux des mains de 
« Monsieur Cornille Houie la somme de cent et quatre 
« florin, qui est le reste et parpaie de sept cen cinquant 
« florin pour la table d'autel de Sainct Liéuin duquel 
« ouuraige men tien conten et bien paie abolisant tout 
« autre quitance. Tesmoing se xxiiij*^ mars 1628. 

* « Hubert Hanicq. » 

D'après M. Kervyn de Volkaersbeke, l'autel, dont la 
construction coûta 133 livres, 6 sols et 8 gros, fut donné 
]3ar Philippe Lanchals, seigneur d'Olsene. Il en a trouvé 
la preuve dans le mémorandum suivant, transcrit sur les 
comptes de la fabrique de Tannée 1627 : « Den autaer in 
S* Lievens capelle heeft doen maecken ende betaelt min 
heere van Oise, ende cost hondert drie en dertich pont, ses 
scliellingeii ende aclit grooten, dus hier voor memorie. » 

•Par ce dernier libellé il faut entendre, sans le moindre 
doute, l'exécution et la livraison du retable^ y compris la 
toile dont l'autel est décoré, et qui représente le martyre 
de Saint Liévin par Gérard Seghers. 

Le chanoine de Haudion, dont le dévouement et le zèle 
pour les choses sacrées égalait au moins les sentiments de 
piété religieuse de Philippe Lanchals, s'empressa de saisir 
l'occasion favorable pour témoigner de sa générosité envers 
l'église dans laquelle il gérait de hautes fonctions, et 
s'adressa, sans retard, au sculpteur Hanicq pour compléter 
les largesses du pieux donateur. 

La table d'autel fut achevée en mars 1628, et, ainsi qu'on 
a pu le remarquer, l'artiste ne devait pas se trouver dans 
une grande aisance, puisque dès le 9 janvier 1627, il 
touchait une avance de 150 florins, outre les trois doubles 
ducats, alors que la convention venait d'être signée deux 
jours auparavant. 

A ceux qui s'intéresseraient à la question de savoir 



— 352 — 

comment des pièces relatives à un autel élevé dans l'église 
de Saint-Bavon, à Gand, ont pu se glisser parmi les docu- 
ments conservés aux archives de l'Etat à Bruges, nous 
rappellerons qu'après avoir été Chanoine, Doyen et Prévôt 
du chapitre de Saint-Bavon, Nicolas de Haudion fut promu 
au siège épiscopal de Bruges, par nomination royale en 
1641, confirmée par le Pape Urbain VIII. Il fut consacré 
solennellement le 26 janvier 1642. En vertu des décrets sur 
la matière, portés à la fin du siècle dernier, une partie des 
archives de l'évêché de Bruges prit le chemin du dépôt des 
titres créé sous le régime français, aujourd'hui le dépôt 
des archives de l'Etat à Bruges. Au nombre des documents 
recueillis, on constata la présence de quelques papiers de 
nature privée, dont le susdit évêque s'était trouvé en 
possession. 

La présente notice était écrite, lorsque nous eûmes la 
curiosité de jeter un regard sur l'œuvre de Hubert Hanicq. 

Grande fut notre déception. 

Non seulement l'absence de toute sculpture, digne de 
remarque, nous causa une vive et désagréable surprise, 
mais nous eûmes le regret de constater que la table d'autel, 
au lieu de se présenter à nous sous les apparences sévères 
du marbre et de l'albâtre, était confectionnée en bois peint 
sans ornements ou reliefs de quelque valeur architecturale. 

Interrogée sur le point de savoir si la chapelle, dédiée 
à Saint-Liévin s'était toujours trouvée à l'emplacement 
actuel, une personne fort à même de nous renseigner, nous 
répondit obligeamment « qu'elle n'a pas été déplacée et 
qu'aucun document ne fournit de détails au sujet d'un 
déplacement ou d'une démolition de l'autel; qu'au contraire, 
le maintien de la clôture primitive atteste plutôt qu'on 
n'a rien changé ni à la tombe, ni au retable de l'autel. » 

En dépit de cette dernière appréciation et puisque le 



— 353 — 

travail rétribué n'a pas été retrouvé à la place qui lui avait 
été assignée, ne faudrait-il pas conjecturer que le marbre a 
été détruit par des malveillants ou tout au moins que la 
table d'autel a été enlevée sans toucher à la clôture de 
ladite chapelle, afin de l'employer comme ornement ou 
comme décor à l'usage d'une autre chapelle ? 

Quoiqu'il en soit, la pièce publiée ci-dessus est une 
attestation de l'activité du sculpteur et de sa réputation 
artistique. Outre que cette publication aura appelé l'atten- 
tion sur l'existence d'une œuvre nouvelle, due à son ciseau, 
elle servira, peut-être, à expliquer, dans hi suite, le mystère 
que nous ne parvenons pas à découvrir aujourd'hui. 

Jules Colens. 
Bruges, 7 mai 1889. 



Fabrication de la bière au XVII^ siècle '. — Omme 
goet Meçhels toit ' hier te maehen in onse Brauicerije. — 
In den eersten men moet cort ontslaen soo datter maer 
af en magh commen 2 of 3 tonnen twelck men in een 
stande sal setten tôt dat tstuijckgoet gejaeght is. Welck 
stuijckgoet tôt 16 a 17 tonnen lanck ghij jaeghen suit ten 
2 diversche reijsen, te weten de 2 derde deelen eerst welcke 
twee derde deelen men behoorlijck ruren sal en de alst 
geruert is, af visschen met twee stuijcken soo reen alst 
moghelijck is ende gitent bij den omslagh inde stande ende 
laetent bij een staen tôt dat tresterende derde stuijck water 
ghejaeght is ende gietent dan in den ketel. 

Welck derde ghij alsdan oock ruren suit ende behoorlijck 
stuijcken ende de stuijcken uuijt scheppen ende inden 
ketel giten. 

i Archives de l'État à Gand : Fonds scabinal de Moerzeke ; n" 355, 
— Extrait d'un manuel de brasseur (1635-1652). 



— 354 — 

Aile twelck in clen ketel zijnde suit ghij daer tôt 2 pont 
ofte 1 1/2 hoppe in doen naer se goet is ende t'selve wel 
rûren ende omtrent een quartier uurs tsamen laten sieden 
ende alst gesoden is suit ghij laten een wijnicli sincken 
emmers toldat het kleer is, ende als liet kleer is boven 
setten tôt op den slijm, ende lioppe naer, ende suUet leste 
soo reen mettennen, stuijck uit visschen als ghij cleer goet 
suit crijgen daer en tussclien den draf yerstickt zijnde suit 
ghij de hoppe met den slijm daer over jaeglien ende als dat 
afgetonnen sal zijn, suit ghij tselve oock boven setten op 
eenen back appaert met een weijnich scherleij onder eenen 
steen geleijt. 

Nu suit ghij den draf noch eens versticken met slijm en 
hop te samen ende als hij verstickt is suit ghij daer 6 a 
7^° tonnen leck water eerst deur jaeghen ende tselve laten 
afcomnien ende inden grooten ketel doen, ende daer inné 
met hoppe een uurken laten siden met den ketel hopen ende 
alsoo boven setten ende bij teerste goet doen. 

Ende daer iiaer tresterende stuijckwater jaglien ende 
siden naer behooren. 

Dit hebbe ick alzoo geleert van den baes In de Zwaen 
tôt Mechelen. 

bij mij toirconden. (signé J. De Munck f« p^^ 1G51. dit is 
mij ghewoonlijck hanteeckeu. Jan de Munck f** p''^. 



Jean De Munck livrait de la bière au seigneur, au curé 
de Moerzeke, et à plusieurs autres personnes à Moerzeke 
et à Hannne. 

Au mois de Mai 1640, il brasse, le 4, le 10, et le 15 

chaque fois un brassin. 

W. D. H. 



— 355 — 



CHRONIQUE. 

MoxNAiES DE l'Insulinde. — M. voiî Ende, ancien capitaine 
(l'infanterie de l'armée néerlandaise, a fait don au cabinet de 
numismatique de l'Etat, à la Bibliothèque royale de Bruxelles, 
d'une collection aussi riche qu'intéressante de monnaies de l'archipel 
indien, de la péninsule malaise et de l'Inde anglaise. Elle comprend 
environ cinq cents pièces servant à l'illustration des ouvrages 
spéciaux de Netscher et Van der Chijs, de Millies et de Marsden. Il 
a fallu les connaissances spéciales et les patientes recherches d'un 
numismate indien pour réunir cette masse d'instruments de 
l'échange emploj'és dans l'hémisphère océanique. 

Voici d'abord des monnaies javanaises d'une respectable anti- 
quité. Elles sont en argent et au nombre de trois. Leur aspect 
rappelle si bien les premiers produits du moyen-âge de la Hellade, 
empreints d'un cai-ré creux au revers, qu'un savant numismate du 
nom de Pinder crut devoir en publier une, il y a quelque cinquante 
ans, dans ses Monnaies inédites de l'antiquité. 

A côté de ces pièces est placée une monnaie d'or trouvée dans 
l'intérieur de Java, près d'un temple bouddhiste. Le type des trois 
personnages figurés sur la face, dénote une origine hindoue. Le 
revers est une simple granulation d'or. Puis viennent quelques 
jolis exemplaires de ces antiques médailles dites des temples, 
curieux vestiges de la superstition javanaise ; on les appelle dans 
la langue indigène Ketel o\i Keutel; aujourd'hui encore elles servent 
d'amulettes, comme font, du reste, nos pièces d'or et d'argent à la 
figure de saint Georges, patron des cavaliers. Un talisman de 
l'espèce fut trouvé sur le corps d'un des chefs musulmans tués dans 
la guerre sainte de Sumatra. Le plus souvent on y distingue un 
homme et une femme opposés l'un à l'autre et séparés par le trou 
carré qui perce la médaille. 



— 356 — 

Quai-ante-sept monnaies chinoises et japonaises, dont la première 
date du troisième siècle après Jésus-Christ, viendront grossir à 
souhait la riche collection qui fut donnée à l'Etat belge, il y a une 
quinzaine d'années par vm de ses consuls dans l'Extrême-Orient. 
Parmi les monnaies de M. von Ende, se trouve une médaille votive 
de la Chine, eu bronze, ajourée, à flgures contournées de dragons, 
déployant de flères gritfes. Elle a été trouvée dans le cimetière 
chinois de Batavia. De Bantan, dans l'île de Java, deux monnaies 
percées d'un trou hexagone et à légendes javanaises écrites en 
caractères arabes, ont été frappées par le sultan Abou'l Mofakir, 
qui régna de 1596 à 1603. Pour Sumatra nous avons de rares mon- 
naies du sultanat de Palembang, et l'or d'Atjeh ou Atchin émis, 
vers l'an 1680, par des sultanes qui se faisaient appeler la Couronne 
du monde et la Pure en religion. 

Il n'y a point à entrer dans le détail du copieux numéraire frappé 
par les Européens pour l'Inde néerlandaise. Les monnaies de la 
Compagnie anglaise des Indes se présentent aussi en grand nombre, 
accompagnées de roupies ou tikals et àepitjis de diverses contrées. 
Dans l'ensemble se rencontrent jusqu'aux pièces en porcelaine d'un 
seling et d'un foeang en usage dans les maisons de jeu de Siam. Le 
sultan de Pahang, dans la presqu'île de Malacca, fait couler des 
tampang et des demi-tampang plus volumineux que les lingots 
carrés qui apparaissent aux origines de la monnaie romaine. Qu'on 
se figure une pyi-amide quadrangulaire tronquée en étain, posée 
sur un socle fleuri. La légende du tampang est écrite en chinois et 
en malais. Pour finir, nous' citerons la feuille de papier imprimée 
en hollandais et en arabe, que l'on émit dans le château Victoria 
d'Amboine, le 29 juillet 1809. (L'Indépendance.) 

Ventes et découvertes. — On lit dans la Gazette de Yoss (Alle- 
magne) : « Quel est le plus haut prix qui fut jamais payé pour un 
livre ? Aux bibliophiles de répondre. Nous connaissons toutefois un 
livre que le propriétaire actuel, le gouvernement allemand, a payé 
200,000 marcks. 

« C'est un missel donné jadis par Léon X au roi Henri VIII d'An- 
gleterre, accompagné d'un parchemin conférant à ce souverain le 
droit de porter le titre de « défenseur de la foi, » porté depuis lors 
par tous les rois anglais. Charles II fit présent du missel à l'ancêtre 
du fameux duc de Hamilton, dont les trésors de bibliophile ont été 
vendus il y a quelques années à Londres. » 



- 357 -- 

— A la fin du njois de juin dernier, onze tableaux provenant du 
cabinet d'Oultremont ont été mis aux enclières à l'Hôtel Drouot, 
à Paris, et ont atteint la somme de 203,700 francs, repartie comme 
suit : un portrait de femme peint par Rembrandt, 75,000 fr.; celui 
d'un homme, par le même, pendant du précédent, 42,000 fr.; un 
triptique de l'école allemande, représentant des scènes de la passion 
de J. G., 26,000 fr.; le portrait de Pierre Farck, par François Hais, 
20,000 fv.; un portrait attribué à Metsys et qu'on prétend être le 
sien, 5,000 fr.; les joueuses, par Mieris, 1,900 fr.; G. Dow, portrait 
d'un enfant, 3,100 fr. et Van Dyck, S'*^ Marie, l'Enfant Jésus et 
S'« Anne, 3,000 fr. 

— La vente d'une partie de la collection de tableaux, de l'amateur 
parisien, Camille Dreyfus, a produit la somme de 861,000 fr. Le plus 
haut prix, 100,000 fr., a été payé pour un tableau de Troyon, le 
Ponton, pour lequel Dreyfus avait donné, en 1872, la somme de 
32,800 fr. Une autre toile du même peintre, qui lui avait été payée 
2,500 fr., fut adjugée 62,000 fr.' et un petit tableau de Meissonnier 
atteignit la somme de 50,000 fr. 

Les tableaux de Paul Delaroche furent vendus relativement à bas 
prix. Un tableau qui en 1872 avait coûté la somme de 11,500 fr. ne 
fut adjugé qu'au prix de 2,500 francs. 

— Le remarquable musée de Madrid voit ses 3000 tableaux aug- 
mentés de 225 toiles. La duchesse-douairière de-Pastrana a fait don 
au dit musée de sa précieuse collection, à condition que les tableaux 
seraient exposés réunis. Dans cette collection se trouvent des œuvres 
de Rubens, Van Dyck, Teniers, Arthois, Mengs, Maella, Guzman, 
Escalante, etc. 

— Vendredi, 2 août, l' Angélus de Millet, a été définitivement 
adjugé à V American Art Association pour la somme de 580,650 fr. 
Le tableau dont il est-question ne fut payé à Millet que 1,800 fr. 

Les Chambres françaises n'ayant pas voulu voter le crédit néces- 
saire à l'acquisition de l'Angelus de Millet, la proposition fut retirée, 
et la célèbre toile devint la propriété de la compagnie américaine. 

— Une personne qui désire rester inconnue vient de faire don au 
musée d'Amsterdam d'un tableau peint en 1635 par J. Hogers et 
représentant la rencontre de Jacob et d'Esaii. 

— Le siège de Berg-op-Zoom de Meissonnier, qui faisait partie de 
la collection qui se vend actuellement à Paris, est un tableau du 
d,iamètre d'une pièce de cinq francs et a été vendu 20,100 fr. 

»3 



- 358 — 

— On a fait aux environs de Séville une très Latéressante décou- 
verte archéologique. Une Commission de savants et d'hommes du 
gouvernement, composée du comte de Xiqiiena, de Canovas del 
Castillo, Pedro Madrazo, Tamayo. Corres, etc., s'est réunie pour 
examiner la curieuse trouvaille. Celle-ci consiste en une plaque de 
bronze sur laquelle se trouve gravé le discours d'un père conscint 
au Sénat romain approuvant diverses réformes sur les jeux des 
cirques, surtout en ce qui concerne les gladiateurs. 

Cette plaque appartient au IP siècle après Jésus-Christ et paraît 
avoir été gravée sous le règne de l'empereur Commodus. Il existe 
en Espagne plusieurs plaques analogues, mais aucune d'elles ne se 
rapporte, comme celle de Séville, aux usages de la vie publique et 
sociale du pays. La plaque dont il s'agit est parfaitement conservée ; 
elle a i™60 de long et 93 centimètres de large. Ses caractères, de la 
fin du II" siècle, sont nets et bien lisibles, et le style de l'inscription 
est élégant. Le gouvernement aurait l'intention d'acquérir ce pré- 
cieux monument. 

— On a découvert en Hollande près de Heusden dans le lit de la 
nouvelle embouchure de la Meuse un canot, des armes, une hachette, 
et une'grande clef. Ces objets ont été acquis par l'État qui les a fait 
déposer au Musée de la Haye. 

Le canot, quand il a été mis à nu, contenait des ossements ; il me- 
sui'e sept mètres de long sur un mètre et demi de large; il est d'une 
pièce et ci-eusé dans un tronc de chêne. On pense que ce canot et les 
objets découverts en même temps remontent à un millier d'années. 

(Gazette van Gent.) 

— Un souvenir intéressant du séjour des Hollandais à Formose 
vient d'être retrouvé récemment : il s'agit de l'évajigile de S' Mathieu 
traduit en dialecte Sinkang (celui qui se parle dans Tile de Formose) 
par le prêtre réformé néerlandais David Gravius. Celui-ci séjourna 
dans l'île de 1647 à 1657, à l'époque où florissait la mission hollan- 
daise, qui après trente-sept ans dexistence fut détruite par le pirate 
chinois Coxinga. Le représentant anglais à Taïwan-Fu en Chine 
apprit l'existence de ce factum. Après bien des recherches on le dé- 
couvrit dans la bibliothèque de l'Université de Leyde. Le texte 
hollandais et chinois sont en regard, et au dessous est imprimé un 
texte anglais. La maison Trubner et G° de Londres compte en faire 
une reproduction. (Gazette van Gent.) 



~ 359 — 

La Rijmkronijk van Vlaanderen et ses sources *. — En c[uelques 
pages substantielles, M. Pirenne soumet le texte de la Rijmkronijk 
à une critique minutieuse. Il la décompose d'abord au point de vue 
paléographique d'après le manuscrit, conservé actuellement à Stutt- 
gart, et il y trouve quatre mains différentes. 

Il examine ensuite le texte même de la chronique où il remarque 
plusieurs parties bien distinctes. Les 8839 premiers vers ne sont que 
des traductions plus ou moins fidèles d'autres chroniques latines ou 
françaises. Les derniers vers (8840-10371), au contraire, dont le récit 
commence en 1347 et finit à l'avènement de Jean sans Pe\ir, le 
25 avril 1405, constituent un travail original rédigé peu après 1415- 
1419 par un personnage qui devait être le contemporain des faits 
qu'il raconte à partir du deuxième tiers du XIY" siècle. L'auteur de 
la chronique apparaît comme un partisan décidé de Philippe le Hardi: 
il est hostile à Philippe van Artevelde. 

M. Pirenne conclut de l'attitude de son poète « que le règne des 
ducs de Bourgogne dans les Pays-Bas a été apprécié par les contem- 
porains beaucoup moins sévèrement que parles modernes, et sans 
doute plus justement. » — C'est là, semble-t-il, une affirmation qui 
devrait être corroborée par d'autres documents, d'autant plus qu'il ne 
peut être question ici que du premier de ces ducs. Dans nos archives 
d'ailleurs il reste encore de nombreux documents inédits à étudier 
sur cette période. Les comptes de la ville de Gand relatifs au gou- 
vernement de Philippe van Artevelde, qui seront publiés sous peu 
par les soins de M. J. Yuylsteke, jetteront un nouveau jour sur les 
événements qui précèdent immédiatement le règne de la maison de 
Bourgogne en Flandre. Vict. V. 

L'ÉVOLUTION TOPOGRAPHIQUE DXNE GRANDE VILLE ^. — CeS pages 

substantielles, extraites du Bulletin de la Société royale belge de 
Géographie, sont pleines d'intérêt pour qui connaît quelque peu 
l'histoire et la topographie de Gand. Dans l'enchevêtrement de 
ses rivières et canaux, on ne fait plus guère la pai*t de la nature 



i La Rijmkronijk van Ylaanderen et ses sources, par H. Pirenne, 
professeur à l'Université de Gand. (Bruxelles, 1888.) 

2 Maurice Heins, L'évolution topographiqiie d'une grande ville. 
— Gand. — (Bruxelles, Vanderauwera. 31 pp. in-8° avec 14 croquis 
dans le texte.) 



— 360 — 

et celle de la main des hommes, et l'on ne connaît plus le lit 
primitif de la Lys et de l'Escaut. Il y a un temps peu éloigné, où 
l'on employait dans nos écoles, un petit manuel de géographie de 
la Belgique enseignant que le confluent de la Lys et de l'Escaut 
est à l'angle du Palais de Justice. Bien des Gantois ignorent que 
ce n'est point l'Escaut qui passe derrière le Grand Théâtre, mais un 
canal ou ancien fossé de la ville, élargi et approfondi avec le temps. 
De même l'eau qui, au quartier d'Akkergem, va de l'école de nata- 
tion ou overzet, jusqu'à la porte de Bruges, quoiqu'elle porte d'or- 
dinaire le nom de Lys, n'appartient pas au cours naturel de celle-ci, 
mais a été également creusée par la main de l'homme. Les agran- 
dissements successifs de la ville de Gand, les besoins de son commerce, 
l'établissement de fortifications et les transformations de celles-ci, 
les communications à établir avec la mer, la création des chemins 
de fer, ont été autant de causes de changements considérables 
dans la topographie de Gand. Lorsqu'on consulte la géographie 
physique de la Flandre on voit bien que c'est aux voies d'eau, qu'est 
due l'existence d'une grande ville, au confluent de la Lys et de 
l'Escaut. Une autre grande ville, dans la Flandre orientale, au 
milieu d'un pays qui a plus de fertilité que les environs de Gand, se 
serait formée au confluent de la Dendre et de l'Escaut, si Termonde 
n'avait été reserré et étranglé en quelque sorte dans ses fortifi- 
cations. L'industrie et le commerce, gênés et étouffés dans les villes 
fortifiées, se réfugient dans des localités voisines, et bientôt rivales. 
Ainsi s'expliquent le déclin d'Audenarde à côté de Renaix qui pros- 
père, celui d'Ypres dont profite Poperinghe, celui de Menin. L'on 
ne songe pas assez que c'est la facilité à trouver des emplacements 
pour les établissements nouveaux comme pour le logement de 
l'ouvrier, qui font la prospérité des industries nouvelles et, avec 
le temps, celle des cités où elles s'établissent et se multiplient. 

Dans quelques pages pleines de faits, et qui ont exigé une longue 
étude, M. Heins commente les croquis, au nombre de quatorze, qui 
indiquent les grandes voies de communication de Gand, par eau et 
par terre depuis les premiers temps de son histoire, et il fait ainsi 
assister le lecteur à ses nombreuses transformations, de siècle en 
siècle, et à son développement continu. D. 



- 361 — 



nsroTiCE 

SUR LE 



LOCAL DE LA CONFRÉRIE DE SAINT-GEORGES 

A. C3-A.isrr5 
DE 1381 A 1706 i. 

Après la cession qu'elle avait faite à la jeune 
confrérie de Saint-Georges d'une partie de la cour 
de l'ancienne halle, la grande confrérie, dont 
l'importance s'accroissait sans cesse, fut obligée 
d'agrandir son local vers l'est. Dans ce but, elle 
acheta, par l'acte du 19 février 1450 que nous 
avons reproduit, la maison située rue Haut-port 
dite de groote Loeve. Cette maison tenait d'un 
côté à celle de Martin de Gheendt et de l'autre 
à l'ancienne halle devenue la propriété de la 
confrérie, den grooten guide toebehoorende .he vaste 
terrain {plaetse lochtinghe) qui en dépendait et 
sur lequel se trouvait bâtie une seconde maison, 

* Suite. Voir Messager des Sciences histoi\, S"" livr,, 1889, p. 278. 



— 362 — 

s'étendait vers la rue Saint-Jean et venait débou- 
cher, au moyen d une petite allée {ganghé)^ dans 
la rue des Régnesses {in de Ryngasse). Cependant 
la confrérie semble avoir, pendant quelque temps 
du moins, renoncé au projet d'agrandir son local, 
car (lie revendit, par un acte du 14 mars 1458, 
la maison de groote Loeve avec toutes ses dépen- 
dances, à Claes van der Ziechelen, devenu pro- 
priétaire de la maison de Martin de Gheendt. 
Mais, elle revint bientôt à son projet primitif, 
et elle racheta la groote Loeve, qu'elle incorpora 
définitivement à son local vers 1469. 

On n'a pas retrouvé jusqu'ici l'acte par lequel 
la confrérie a racheté les maisons et le terrain 
dont il est question dans le contrat de vente du 
14 mars 1458, mais le rachat est .certain. En 
effet, comme nous l'apprend ce contrat, la maison 
dite de groote Loeve, située rue Haut-port, avait 
pour aboutissants d'un côté, à l'ouest, l'ancienne 
halle devenue la propriété de la confrérie et dési- 
gnée sous le nom de Sclmttershove, et de l'autre, 
à l'est, la maison dite den grooien Moor. Or, cette 
dernière maison, qui existe encore, est située 
à côté du bâtiment construit par la confrérie de 
Saint-Georges en 1477, et conservé de nos jours 
tel qu'il était alors. Il est donc évident que la 
maison dite de groote Loeve se trouvait précisé- 
ment à l'endroit où est aujourd'hui, rue Haut-port, 
l'entrée de la cour Saint-Georges, et que cette 
maison avec ses dépendances a été définitivement 
incorporée au local de la confrérie lors de la 
construction de sa Gildehims. Quant à l'identité de 



- 363 — 

la maison attenante au bâtiment de la cour Saint- 
Georges avec la maison désignée dans l'acte du 
14 mars 1458 sons le nom de groote Moor, elle 
est établie par la façade même de cette maison, 
où se voit un médaillon représentant un nègre 
avec ces mots : dit es den grooten Moor, et par 
d'anciens actes de partage et de vente dans les- 
quels cette dénomination lui est donnée ; entre 
autres, un acte de partage du 14 avril 1574, 
passé devant les échevins des Parchons et un 
acte de vente en date du 18 janvier 1585. 

Pour ce qui est de l'époque à laquelle a eu lieu 
le rachat de la maison dite de groote Loeve, nous 
ne pouvons la déterminer que d'une manière ap- 
proximative. Le rachat a dû précéder de quelques 
années la construction du vaste bâtiment oii se 
trouvait la Chambre de la Gilde [de Guide Caiemer)^ 
car nous trouvons dans un acte du 16 avril 1469, 
que Claes Van der Ziechelen, propriétaire du 
grooten Moor, permet à la confrérie de se servir 
du mur de cette maison pour la construction du 
bâtiment érigé, à l'extrémité de son local, de 
front à la rue Haut-port. « Kenlic zij etc., dat Oste 
de Gruutere, coninc, Jan Van Overbeke, over- 
dekin... van den grooten guide van minen heere 
de rudder Sent Joris, in de stede van Ghend, 
commen eijne^c... kenden ende liiden, dat Claeys 
Vander Zichelen, heer van Nazaret ende van Oem- 
bergen, gheconsenteert heeft... dat zij moghen 
metsen, doen maken ende temmeren thuusy be- 
gonnen up thende van den scuttershoce, commende 
ten voorhoofde 't Hogherpoorte, neffens an thuus ende 



— 364 — 

mden muer van den vorn. Clays, gheheeten den 
Groten Moer, ende duer de huezinghe van den 
zelven zinen huus '. » 

La maison dite de groote Loeve, qui séparait 
la propriété de Claes Vander Zichelen de celle de 
la Confrérie, avait donc été rachetée par celle-ci 
et démolie à cette époque. 

Le terrain de la maison de groote Loeve, lon- 
geait toute la cour de Tancienne halle, c'est-à- 
dire qu'il s'étendait jusque près de la maison 
de Talboem. C'est ce que prouvent les tenants et 
aboutissants, dans la rue des Régnesses, de l'allée 
{ganghe)^ dont il est parlé dans l'acte de vente 
du 14 mars 1458. 

Faisons remarquer d'abord que tous les anciens 
bâtiments qui se voient aujourd'hui rue Haut-port, 
rue di^ Refuge et rue des Régnesses, depuis la 
maison nommée jadis de zwarte Moor, à côté du 
Grooten Moor, sur la /wo^/i-j90or^e, jusqu'à la maison 
marquée actuellement n° 3 dans la rue des Ré- 
gnesses, semblent avoir formé à l'origine un vaste 
hôtel. Plusieurs savants croient que ces bâtiments 
ont été l'habitation de la famille des Rym, dont le 
nom reparaît souvent dans l'histoire de la ville 
de Gand. Les armes de cette famille se trouvaient 
encore, dit-on, à la fin du siècle dernier, au-dessus 
de la porte d'entrée rue Haut-port Ce vaste hôtel 
(herberghe), passé entre les mains de la famille 
Vander Zichelen, reçut le nom de groote Zickele, la 
Grande Faucille, àQ herberghe diemen eedt de groote 

1 Jaerregister, 14G8-70 bl, Bbv. 



— 365 - 

Zickele, dit un acte de cession du 14 octobre 1407 ^ 
Il s'étendait jusque vers le milieu de la rue des 
Régnesses, et c'est vraisemblablement de cette cir- 
constance que cette rue a pris le nom de son ancien 
propriétaire, le seigneur Rym. Elle se nommait 
d'abord Rymgasse; puis son nom est devenu, par 
des altérations successives, Ryngasse, Rynghesse, 
Rhingesse, Rignesse et finalement Régnesses. On 
suppose qu'il y a eu primitivement à l'extrémité 
de la place ou carrefour qui se trouvait devant 
l'église de Saint- Jean, aujourd'hui Saint -Bavon 
(quadrivium praetorii apud sandum Johannem), 
un ruisseau ou égout {gat,gasse),et que, lorsqu'on a 
bâti des maisons sur cette place, de façon à 
former une rue en cet endroit, on a donné à 
celle-ci le nom de Rymgasse. 

La grande Faucille était composée de trais par- 
ties: les bâtiments situés sur la Hoogh-poorte, 
nommés de Voorzichele ; le portique et la maison 
de derrière dite de Achter zickele au coin de la rue 
conduisant au Sablon et de la rue des Régnesses, 
en face de la Giddestraete (aujourd'hui rue du 
Séminaire) ; et enfin le jardin qui s'étendait der- 
rière celui de la groote Loeve jusqu'à l'allée de cette 
maison débouchant dans la rue des Régnesses. Un 
acte de cession de la^grânde Faucille, du 17 janvier 
1398 (v. s.), nous fait voir très clairement cette 
disposition des lieux. 

« Kenlic zy etc. dat Symoen Vander Sickelen 



1 Registre des actes et contrats passés devant les échevins de la 
Keure, 1407-1408, p. 8. 



— 366 — 

commen es... kende ende liide dat hij heeft ghe- 
ghevenende gheeft Victore ende Vincerite Vander 
Sickelen, sijnen kinderen, al dat recht ende deel 
dat hij heeft ter tijt van nu, an thuus ende erye, 
dat men eedt ter Sickelen.. . metter loeven bachten, 
metten hove ende met al den ghelaghen, datten 
vors. huus ter Sickelen toebehoirt, welc huus staet 
op de hoeghe poert, naest Jacops Van der Linden 
an deen ziide, ende an de straete an dandersijde, 
streckende achterwaert metter loeven ende den 
hove tote den huutghanghe van Everdeys Gruters 
huus was, dwelke dat Jan Vander Loeve al nu besit, 
met XX se. paris, jaerlix huutgaende uter salen 
voeren nast Jacops vander Linden, toebehorende 
der kerken van sente Jans te Ghend, ende uter 
erven daer deloeve up staet ter ghuldiner straten hiiut 
comniende, den prochipapen van sente Jans kerke 
te Ghend, xvi s. p. tsiaers, ende uter ijdelre hof- 
stede, ligghende tusschen der vors. loeven ende den 
huutganghe Jans vander Loeve vors. enz. * » 

Il résulte des énonciations de cet acte que la 
Grande Faucille, de groote Zichele, formait un 
.vaste hôtel, dont l'extrémité, occupée par un 
jardin, venait aboutir à l'allée [ganghe] de la 
maison de groote Loeve dans la Ryngasse. 

C'est ce qui a été confirmé par un rapport 
d'experts de 1771, que l'on trouve mentionné 
dans un article sur la Grande Faucille paru en 
1882 dans le Messager des sciences historiques. « Il 
ne semble pas pouvoir être mis en doute, dit 

« /aer-re^fîs^er, 1398- 1399 f«41f. 



— 367 — 

l'auteur de cet article, qu'à une époque quel- 
conque tous ces bâtiments n'ont formé qu'un seul 
bloc, et c'est l'opinion exprimée en 1771 par des 
arpenteurs qui avaient été chargés d'examiner la 
mitoyenneté des murs séparatifs des diverses 
maisons qui occupaient l'espace compris entre ces 
trois rues (les rues Haute-porte, du Refuge et des 
Régnesses) ; ils pensent que tout le terrain depuis 
lamelle qui traversait l'ancien jardin de la confré- 
rie de Saint-Georges jusqu'à la rue des Régnesses, 
a appartenu primitivement à un même proprié- 
taires » Les arpenteurs ont évidemment entendu 
■parler de l'allée (ganghe) ayant issue dans la rue 
des Régnesses et que la confrérie avait conservée 
jusqu'à cette époque. Elle est très visible sur le 
plan, de Sanderns. Ils se sont trompés s'ils ont 
cru qu'il y avait une ruelle traversant la cour de 
la confrérie de Saint-Georges jusqu'à la rue des 
Régnesses, et longeant les bâtiments de la Grande 
Faucille. Une pareille ruelle n'a jamais existé; il 
n'y en a pas de traces sur le plan de Sanderus et 
aucun acte n'en fait mention. Ce qu'ils ont pris 
pour une ruelle, c'était la sortie de la cour de la 
confrérie dans la rue des Régnesses, formée par 
l'ancienne allée de la maison de groote Loeve. Ils 
constatent que les bâtiments de la Grande Fau- 
cille s'étendaient à l'origine depuis la rue Haut- 
port jusqu'à la sortie de la cour Saint-Georges 
dans le rue des Régnesses. 

Les actes du 19 février 1450 et du 14 mars 

« 

* Messager des sciences historiques, 1882, p. 129. 



— 368 — 

1458, que nous avons cités, font voir que l'allée 
de la maison de groote Loeve avait pour aboutis- 
sants, dans la rue des Régnesses, dun côté, la 
propriété de Claes A''ander Zichelen, et, de l'autre, 
celle de Jean van den Eecken. Un acte de consti- 
tution de rente viagère sur la maison de ce der- 
nier, en date du 8 mars 1455, nous apprend que 
cette maison avoisinait d'un côté Tallée {ganghe) 
appartenant alors à la confrérie de Saint-Georges, 
et de l'autre, la maison de Jean Yan Ympe : 
(f ghestaen ende ghelegheu in de PJiingesse, 
meester Jan Yan Ympe ghehuust aen d'een zijde, 
en 't guide van Sente Jooris met eene ganghe 
ghehuust aen danderzyde ^ » 

Une circonstance nous révèle la destination de 
cette maison de Jean van den Eei'ken qui avoi- 
sinait l'allée, ganghe, de la cour Saint-Georges sur 
la Ryngasse. Le mur latéral de la maison longeant 
l'allée qui est figurée sur le plan de Sanderus, n'a 
point été entièrement caché par les constructions 
élevées en cet endroit au siècle dernier. On y voit 
encore aujourd'hui un peu au-dessus du sol, les 
arcs supérieurs d'une vaste fenêtre ogivale, depuis 
longtemps bouchée et qui a dû éclairer un grand 
souterrain. Les vestiges de cette fenêtre sont 
reproduits sur le plan de Sanderus. Or, nous 
savons qu'il existait à Gand et surtout dans la 
haute ville (hoogh-poorte, marché au Beurre, rue 
Saint- Jean, etc.), un grand nombre de souter- 



' Registre des actes et contrats passés devant les Echevins de la 
Keure de Gand, de l'an 1455 f" 79u. 



— 360 — 

rains ou cryptes dont les voûtes étaient soute- 
nues par de massifs piliers. Les savants qui s'en 
sont occupés y voient des magasins ou des ate- 
liers pour les tisserands. « En examinant ces sub- 
structions, dit l'auteur de Farticle cité sur la 
Grande Faucille, on se demande quelle était la 
destination de ces souterrains construits, peut-on 
dire, à si grands frais. Ils servaient sans doute de 
magasins ou d'ateliers pour les tisserands et autres 
artisans ; ils convenaient parfaitement pour le 
tissage; mais ces souterrains auront jDlutôt été 
destinés a servir de magasins. Les bourgeois de 
la ville, même ceux qui appartenaient aux familles 
nobles, exerçaient presque tous une industrie, et 
au XIIP siècle la grande industrie était le tissage 
de la laine et de la toile. On choisissait de pré- 
férence les parties les plus élevées de la ville 
pour y établir les dépôts de marchandises. Le 
grand nombre de ces magasins ne doit pas nous 
surprendre, dès le XIIP siècle l'industrie avait 
pris un grand essor à Gand, et pendant le cours 
de ce siècle, sous l'administration des XXXIX, 
elle acquit un très grand développement ; c'est à 
cette époque que l'on peut aussi faire remonter 
la construction de la majeure et de la plus im- 
portante partie des caves de la ville de Gand ' . « 
Les vestiges d'une grande fenêtre ogivale dans le 
mur latéral de la maison marquée n'' 1 de la rue des 
Eégnesses, doivent nous faire supposer que cette 
maison a été bâtie sur l'emplacement d'un magasin 

' Messager des sciences historiques, 1882, p. 171. 



— 370 — 

ou d'un atelier de tisserands, dont les murs ont 
été conservés. La maison de Jean Vanden Ecken 
qui, en 1455, avoisinait l'allée contiguë à la pro- 
priété de Claes Vander Zichelen, devait être, 
selon toute vraisemblance, un atelier de tisserands. 

Maintenant, si nous considérons qu'il n'y a dans 
la rue des Régnesses que trois maisons, depuis le 
coin de la rue Saint- Jean jusqu'aux vieilles con- 
structions qui ont fait partie de la Grande Faucille, 
de Groote Zichele, il devient facile de déterminer 
la situation exacte de l'allée {ganghe) de la maison 
dite de groote Loeve, et de savoir, par suite, jus- 
qu'où s'étendait le terrain de cette maison acquise 
par la confrérie de Saint-Georges. 

Nous savons déjà, par l'acte du 5 février 1408, 
que la propriété de Talboem, achetée par Jean 
Pricke, était composée de deux maisons, l'une 
située rue Saint- Jean, l'autre rue des Régnesses, 
et que la première avait pour aboutissant la 
maison de Lié vin Yanden Bosselle. Il est donc 
certain que celle-ci formait le coin des deux rues. 
La maison de Talboem, située dans la rue des 
Régnesses, et Tatelier de tisserands {iveefhuus) de 
.Jean Pricke, également dans cette rue, auront été 
réunis par celui-ci et auront formé un vaste atelier 
qui s'étendait sur tout le terrain des deux maisons 
marquées aujourd'hui n°^ 1 et 3 dans la rue des 
Régnesses et dont le mur latéral longeait l'allée 
de la cour Saint-Georges donnant dans cette rue. 
En 1455, les maisons situées dans la rue des Ré- 
gnesses, se seront donc trouvées dans l'ordre 
suivant : au coin de la rue Saint- Jean, la maison 



— 371 - 

de Jean ^^an Ympe, laquelle avait appartenu en 
1408 à Liévin Vanclen Bosselle; à côté, la maison 
de Jean Vauden Eecken, formée de la nouvelle 
maison de Talboem achetée en 1408 par Jean 
Pricke et de l'atelier de tisserands de ce dernier; 
la troisième était celle de Claes Vander Zichelen, 
et entre celle-ci et la précédente se trouvait lallée 
ou ganglie de la maison de groote Loeve achetée 
en 1450 par la confrérie de Saint-Georges. Cette 
allée était donc bien à l'endroit où nous voyons 
figurer, sur le plan de Sanderus, la sortie qu'avait 
en 16401a confrérie de Saint-Georges dans la rue 
des Régnesses. C'est sur son emplacement et en 
partie sur celui de l'atelier de Yanden Eecken, 
converti depuis longtemps en deux maisons d'ha- 
bitations, que fut construite, au siècle dernier, 
la maison qui porte aujourd'hui le n'- 3. 

De ce qui précède nous pouvons conclure que 
la maison dite de groote Loeve avec ses dépen- 
dances, sa cour, son vaste jardin et sa maison de 
derrière, metter plaetse ende lochtinghe ende metten 
huusen daer iipstaende, s'étendait le long de la 
cour de l'ancienne halle, depuis la rue Haut-port 
jusque près de la maison de Talboem, c'est-à-dire 
jusqu'aux murailles qui séparaient la cour de 
l'ancienne halle du local primitif de la confrérie 
de Saint-Georges dans la rue Saint- Jean. 

C'est au moyen des trois acquisitions dont nous 
avons parlé : celle des maisons et du terrain dans 
la rue Saint-Jean en 1381. celle de la cour et du 
bâtiment de l'ancienne halle rue Haut-port vers 
1435 et 1450, et enfin celle de la maison dite de 



— 372 - 

groote Loeve et de ses dépendances vers 1469, que 
la confrérie de Saint-Georges a formé le local 
définitif de ses exercices et de ses réunions, tel 
qu'il existait entre la Hoogh-poorte et la rue Saint- 
Jean, à la fin du XV'' siècle, et tel qu'il était encore 
en 1796, époque de la suppression de la Gilde et 
de la vente de ses biens comme domaines na- 
tionaux. Sanderus nous a conservé une vue d'en- 
semble du bâtiment et de la cour de la confrérie 
de Saint-Georges en 1640, dans son ouvrage 
intitulé Flandria Illustrata '. 

La confrérie de Saint-Georges fit bâtir, de 1469 
à 1477, sa nouvelle Gildehims sur l'emplacement 
du bâtiment de l'ancienne halle, qui lui servait 
déjà de lieu de réunion, et sur celui de la maison 
de groote Loeve. Les différentes parties du bâtiment 
de l'ancienne halle furent successivement démolies 
et remplacées par les nouvelles bâtisses. En 1469 
elle fit commencer les constructions sur l'empla- 
cement de la maison de groote Loeve, comme nous 
l'apprend l'acte du 16 avril 1469, par lequel Claes 
Vander Zichelen lui permet de bâtir dans le mur 
de la maison den grooten Moor qui lui appartenait. 
C'était la partie qui s'étendait jusqu'à la porte de 
l'ancienne halle, conservée pour le nouveau bâti- 
ment, ainsi que le montrent les plans de la façade 
dessinés en 1585 par Liévin Vander Schelde ^ et 
en 1640 par Sanderus. Cet espace était occupé, 
au rez-de-chaussée, par une chambre éclairée au 
moyen de trois fenêtres. 

' Sanderus, Flandria illustrata, 1. 1, p. 203. 

2 Atlas Goetghebuer à la Bibliothèque de l'Université. 



— 373 — 

Pour pouvoir exécuter le plan de sa Gildehims, 
la confrérie demanda en 1472 aux échevins de lui 
céder le terrain de deux maisonnettes d'écrivains 
publics qui occupaient l'extrémité de la place 
échevinale près de la hoogli-poorte. Cette de- 
mande fut accueillie, comme il résulte des comptes 
de la ville. « Item ghegheven Cornelis Vanden 
Kerchove over dat zijn sclirijfhuusekin, dat hij 
hadde staende ande plaetse bij scepenenhuus, 
van der stede weghe nieuwelinghe gheweert es, 
ende de erve van dien toegheleyt den guide 
van Sent Joorijs... Item Micliiel Cockuut, mue- 
leneere, van eenen andren scrijfliuusekine der 
neffens \ » 

La première pierre de la nouvelle salle des 
réunions de la confrérie, fut posée le 20 avril 1474 
par Marie de Bourgogne, et le 17 mai suivant les 
travaux de construction de la chapelle, qui devait 
occuper l'extrémité du bâtiment en face de la 
maison échevinale, furent mis en adjudication 
publique. Cette construction nécessita Tacquisition 
d'une nouvelle maisonnette d'écrivains publics, 
située sur la place de la Maison échevinale, près 
du local de la jeune confrérie de Saint-Georges. 
Le propriétaire de cette maisonnette, Laurent 
Boccaert, consentit à la vendre à la confrérie, à la 
condition que celle-ci ferait construire au même 
endroit une autre boutique {winkeï), avec chambre 
à l'étage et cave au-dessous, dont il aurait la jouis- 
sance viagère. L'acte de vente du 8 juin 1474 

< Stadsrehening over 1472-1473. 



— 374 — 

porte : « een schrijfhuusekin ofte winkel staende 
in den rinc, ande plaetse bij scepenenhuus van 
der keure... twelke Laurens ter begheerten van 
den guide heeft glieconsenteert gheweert ende 
afghebroken te wordene, omme tvulcommen van 
den werke van eender nieuwer cappelle '. » 

Le cahier des charges de Tadjudication du 
17 mai 1474 fait connaître très exactement l'état 
des lieux et les constructions à ériger. Il est dit 
qu'il s'agit de construire une nouvelle chapelle 
attenant à l'ancienne maison, laquelle appartenait 
alors à la confrérie et était située dans sa cour, 
de front à la rue Haut-port. Cette chapelle devait 
s'étendre au-dessus de la cour de la petite gilde et 
avoir une' façade sur la place de la maison éche- 
vinale, « te makene een weerc vander nieuwer 
cappelle an doude huus, nu den guide toebe- 
hoorende, staende int hof van den zelven guide 
ter voorstraten d'Hoochpoort, gaende over thof 
van den cleenen guide ende commende met eenen 
ghevele ande plaetse ieghen tscepenenhuus van 
der Keure. » Puis le cahier des charges décrit les 
travaux à faire et de quelle manière les nouvelles 
constructions devaient se raccorder avec les an- 
ciennes. Sous le pignon du côté de la place de la 
Maison échevinale, devaient être construites deux 
boutiques d'écrivains publics ayant chacune une- 
porte et une fenêtre, et au-dessus quatre fenêtres 
à croisillons, surmontant les fenêtres de l'étage 
des boutiques, enfin une grande fenêtre jusqu'au 

« Registre des actes et contrats. Iveure, 1473-1474, f, 116'^'. 



— 375 - 

haut du bâtimeut. C'est la disposition qui se voit 
encore dans la façade sur le Marché au Beurre, 
sauf que des deux boutiques on en a fait une 
seule. A l'intérieur, des murs devaient séparer le 
local de l'ancienne confrérie de celui de la jeune, 
et un escalier devait conduire d'un côté à la petite 
cour Saint-Georges, de l'autre à la chapelle. Le 
mur transversal devait s'appuyer, dans la petite 
cour, sur deux piliers et deux demi-piliers en- 
castrés. Enfin, une porte à la rue avec marches 
arrondies, devait donner accès à deux portails 
placés devant les escaliers. Les nouvelles con- 
structions devaient se raccorder en largeur et en 
hauteur avec l'autre maison située dans la cour : 
« ende wijt ende hooghe naer dander huus datter 
nu staet int hou de hof ' . » 

La maison de la Gilde fut terminée en 1477. 
Les États généraux des Pays-Bas s'y réunirent 
en cette année. Elle fut louée l'année suivante à 
Liévin Vanden Bossche et à sa femme Isabelle 
Van den Paercke, concierges et aubergistes de la 
confrérie. Depuis sa construction, elle a subi peu 
de changements et nous pouvons aisément recon- 
stituer l'état des lieux d'après les plans et les 
documents qui nous sont parvenus. La grande 
porte n'était pas alors, comme aujourd'hui, à 
l'extrémité du bâtiment vers l'est ; elle en était sé- 
parée par la chambre construite en 1469. A l'autre 
extrémité, vers l'ouest, il y avait une petite 
porte donnant accès à une chambre où se réu- 

' Archives de la confrérie de Saint-Georges, 



- 376 — 

nissaient les tireurs {schuttei^scaemer) . A l'étage 
se trouvaient la grande salle des réunions de la 
confrérie, laquelle recevait le jour par treize 
fenêtres sur la rue Haut-port, et, à l'extrémité 
ouest du bâtiment, la chapelle éclairée par deux 
fenêtres sur la hoogli-poorte et quatre sur la place 
de la Maison échevinale, celles-ci surmontées d'une 
fenêtre ogivale dans le pignon. Sous la chapelle 
étaient les deux boutiques d'écrivains publics dont 
il est parlé dans l'acte d'adjudication des travaux 
du 17 mai 1474; elles avaient chacune une issue 
sur la place de la Maison échevinale. L'acte de 
location de la conciergerie, du 19 juin 1478, men- 
tionne une maisonnette occupée par le messager 
(cnape) de la confrérie • ; c'était probablement l'une 
des deux schryfhuusekeyi sous la chapelle, l'autre 
étant habitée par Laurent Boccaert en vertu du 
contrat du 8 juin 1474. Un acte de location de la 
conciergerie du 10 mars 1485, à Laurent De Vos, 
faiseur d'arbalètes de la confrérie, porte que la 
location comprend la maisonnette d'écrivains 
publics en possession de laquelle la confrérie était 
rentrée par le décès de Laurent Boccaert, « ende 
een cleen schryfhuusekin onder Sent Joeris huus 
up den houe vander straten \ » Dans la cour, 
derrière le bâtiment, se trouvait la cuisine à pro- 
ximité du local de la jeune confrérie et de la 
chambre [doelhims] de la longue cible. 

En 1520 on construisit sur la hoogh-poorte un 



» Chartrier de la confrérie de Saint-Georges, aux archives de l'État 
à Gand. 
^ Même Chartrier. Archives de l'État, 



— 377 — 

double escalier conduisant à la chapelle et à la 
salle des réunions de la Gilde. On le voit sur les 
dessins de Vander Schelde et de Sanderus. La 
confrérie reçut des subsides de la ville pour cette 
construction ^ , de même qu'elle en avait reçu pour 
l'érection de sa gildehuus et de sa chapelle % et 
qu'elle en reçut encore en 1576 pour la réparation 
des dégâts causés par les canons des Espagnols 
que les Gantois assiégeaient dans la Citadelle \ 

La jeune confrérie de Saint-Georges ayant été 
supprimée en 1567, ses biens furent réunis à ceux 
de l'ancienne. Quelques années après, celle-ci 
agrandit ses bâtiments du côté de la cible de la 
jeune gilde et donna en location 'la maison située 
sur la place échevinale, où les membres de cette 
gilde se réunissaient. Elle construisit notamment 
près de la cuisine, une chambre de travail pour le 
faiseur d'arbalètes. « Memorie an° 1582 als dat up 
den v^ dach van novembre bij min heere den heu- 
verdeken vanden grooten guide van sinte Jooris 
binnen Ghendt, Joncheer Joos van Brade, gheleyi 
was den eersten steen van den werckcamer en der 
fortificatie deser voors. stede, die ghemaect weerdt 
in de doelen van den Jonghe guide was, daer de 
pylaeren staen, onder de capelle vanden grooten 
guide, ande oost zyde vanden laetste pylaer an de 
kuekene van voornomden grooten guide \ » 

» Comptes de la ville, 1520-1521. 

î Comptes de la ville, 1470 î° 175y — 1471 et 1473 f» 276. 
3 Comptes de la ville, 1576-1577-1578. 

* Registre des résolutions et annotations de la coafrérie de Saint- 
Georges, fo 2, à la Bibliothèque de l'Université. 

«5 



— 378 — 

L'acte de location des bâtiments de la confrérie 
à Gillis Vrombault, du 16 décembre 1625, nous 
fait connaître leur disposition intérieure. Il j est 
dit que la location comprend : « de cueken mette 
botelrie ende de vaute daer onder, het caemerke 
neffens de cueken, scliutterscaemer, het achter- 
huuseken ende cleen eerfken, de caemer boven 
de cueke, de groote caemer vanden guide ende 
cappelle, mette botebye daer neffens, ende voorts 
de solders bove de kueke ende groote caemer, 
mitsgaeders het doelhuus van de jonge guide 
commende met een deure ter straeten '. » 

En 1652 d'autres aménagements furent exé- 
cutés dans la Gildehuus, par suite d'un accord 
intervenu, le 28 avril de cette année, entre le 
locataire François Van Waernewjck et les chefs 
de la confrérie. Il fut convenu o dat Coninc, 
heuverdeken, etc. ter naester plaetsen binnen 
den hove int cleenen doel zullen maeken eene 
loge... tôt het legghen van zijn branthaut ende 
stellen van zjn rjpeert, ende dat zylieden ter 
voorschreve plaetse, onder de cappelle zullen 
maecken twee camerkens deene aspect nemende 
ter straete, ende dander up derfve daer woont 
den j)rocureur Brant, met eene vierstede, ende 
daeronder een vaulte met een deure ghemeene 
metten voorn. Brant commende ter straeten \ » 
La maison occupée par le procureur Brant était 

1 Archives de la confrérie de Saint-Georges, vol. 1483-1649, f° 23, 
à la Bibliothèque de l'Université. 

" Archives de la confrérie vol, 1650-1669 f" 1, à la Bibliothèque 
de l'Université, 



— 379 — 

celle de la jeune gilde, devenue la propriété de 
l'ancienne. 

En l'année 1735 on construisit une nouvelle 
chambre pour les tireurs {schutterscamer) dans la 
longue cible; elle avait accès à la cour et à la 
galerie. Il y eut donc à cette époque deux salles 
pour les tireurs : l'une donnant à la rue Haut- 
port, c'est celle qui a servi naguère pour les 
ventes publiques, et l'autre près de la cuisine 
dans la cour; « de schutterscamer ter straeten 
ende deghone ghemaeckt in den langhen doel 
commende in den hove ende inde galderye van 
den gilde ' . » 

Enfin, en 1751 la confrérie fit construire sur 
l'emplacement de la doelcamer de la courte cible 
près de la maison den grooten Moor, une vaste 
écurie et une remise. Un état des dettes de la 
confrérie en 1754 dit : « dat de schulden voor het 
meesten deel resulteren door het nieuw huys 
onlanghx gemaeckt commende achter den hove 
nevens de schermscholle, ende de nieuwe remisen 
ende stallijnghe op de plaetse van den conchierge 
van den selven hove ^ » 

Paul Yoitueon. 
(A suivre.) 



« Contrat de location du 30 mai 1735. Archives de la confrérie 
vol. 1735-1736 f" 25. A la Bibliothèque de l'Université. 

» État des dettes de la confrérie de Saint-Georges du 10 février 
1754. Registre aux résolutions de 1734 à 1779 f° 117. Aux archives 
de l'Eiat à Gand. 



— 380 — 



PH. WIELANT ET J. DE DAMHOUDERE'. 



Nous avons vu que J. de Damhoudere s'est 
approprié l'œuvre de- Ph. Wielant sur la procé- 
dure civile sans citer jamais le jurisconsulte 
gantois, et qu'il a pris pour règle, dans ses nom- 
breuses citations, de ne renvoyer qu'aux auteurs 
autres que ceux qu'il a pillés. Ainsi il a trompé 
jusqu'aux savants sur ses procédés littéraires, au 
point que J. J. Haus disait encore de lui, en 1871, 
en séance de l'Académie royale de Belgique : 
« Tous les traités dont notre auteur a fait usage, 
sont minutieusement indiqués, de telle sorte qu'il 
est facile de reconnaître ce qu'il a emprunté à ses 
devanciers. » Enfin nous avons. constaté que Dam- 
houdere a traduit ou paraphrasé le texte français 
de la Pratique civile de 'Wielant qui se retrouve 
dans les manuscrits de Gand et de Londres, par 
préférence au texte flamand qui a été publié à 
Anvers en 1558, puis plus complètement par Van 
Tsestich en 1573 \ 



' Suite. — Voir Mess, des Sciences hîstor,,S^ liv. 1889, p. 301. 
* Les chapitres que l'édition donnée par Van Tsestich contient en 
plus, et qu'on lui a cru propres, se retrouvent pour la plus grande 



— 381 — 

* Il nous reste à faire une vérification semblable 
au sujet de la Pratique criminelle, pour nous 
demander ensuite en quelle langue le président 
Wielant a composé ses traités de procédure. 

Au chapitre du rapt, van Ontschaeken, le texte 
flamand donné par Orts contient des détails de 
droit ancien qu'on ne retrouve point dans Dam- 
houdere. Ils manquent au texte français de notre 
manuscrit (p. 163). Le texte flamand est également 
seul à rappeler que dans les Quatre-Métiers on 
coupe le poing à qui rompt une digue de mer. 
Damhoudere n'en dit rien. Et si le flamand omet 
un paragraphe de la rédaction française où il est 
question de Judas « que nostre Seigneur ne volloit 
pas condempner parce qu'il n'avoit pas d'accu- 
sateur (p. 114 v'^), » Damhoudere répète, toujours 
d'après le texte français : « Nostre Seigneur ne 
vouloit pas condempner Judas parce qu'il n'avoit 
pas d'accusateur; touttefois il savait bien que 
Judas estoit un larron... « Orts qui dénonçait le 
plagiat de Damhoudere d'après le rapprochement 
des pages de celui-ci avec la Practycke criminele 
qu'il publiait en 1872, croyait avoir trouvé au 
moins ici un passage appartenant en propre à 
l'écrivain brugeois {préface p. XVI); il se trom- 
pait. Plus on multiplie les rapprochements, plus 
on voit diminuer la part de Damhoudere. 



partie dans le manuscrit 684 de la bibliothèque de G and. « Hoc 
tantum possum affirmare, dit Van Tsestich, me infinita propemodum 
quse luxata ac mutila et abrupto tenore legebantur loca, collatis inter 
se variis manuscriptis exemplaribus, et nostro quoque judicio pri- 
vatimadhibito, restituisse. » 



— 382 - 

Haiis dit que « nul ne méritait plus que lui 
d'être proposé pour modèle aux juges de son 
temps, auxquels il ne cessait de donner les conseils 
les plus sages. » Quand on vérifie, on constate 
que ces conseils sont pris à Wielant. Damlioudere 
les redonne. Tel celui-ci entr'autres, relatif à la 
torture : « La manière de questionner, soit griefve 
ou doulce, dit Wielant en notre manuscrit p. 138, 
gist en la discrétion et conscience du juge, en 
sorte qu'il n'est pas possible de bailler certaine 
doctrine. Un bon juge doibt tousjours avoir pitié 
et compassion du patient, et considérer a meure 
délibération ou l'anchieneté ou la jeunesse, la 
force ou débilité, la maladie ou santé et ce qu'il 
peut souffrir et non souffrir ' . » Il est vrai que 
Damhoudere fait cette recommandation au juge : 
« ne patientis corpori ullam gravem Isesionem aut 
mutilationem infligat. » Mais la même recomman- 
dation se trouve plus énergique dans Wielant 
(Edit. Orts, p. 57), qui Tinscrivait déjà en 1503, 
avant la naissance de Damhoudere, dans le projet 
de code pour la ville de Haarlem, dont nous aurons 
à parler plus loin. 

Dans son discours de 1871, à l'Académie, J.-J. 



' Le texte flamand donné par Orts, qui n'est qu'une traduction, 
porte p. 57 : « De manière van pijnene, zoete of strange, licht 
geheel ende al in de consideratie, discretie ende consciencie vander 
juge, nec potest dari in eo certa doctrina. Nemaer den goeden juge 
behoortaltyts medelyden ende compassie te hebbene metten patient, 
ende rypelyk 't aensienne zyn oude oi't jonckheyt, zyn cranckheyt 
oft sterckheyt, zyne ziecte oft gezondheyt, ende wat hy in de pyne 
verdragen oft niet verdragen en mag, « La langue flamande, on le 
voit, se corrompait déjà par l'invasion de mots bâtards. 



- 383 - 

Haus dit : « Damhouder affirme qu'en Flandres, 
quand un crime a été commis, des juges et officiers 
de justice avides de sang s'empressent de sou- 
mettre aux tortures les plus cruelles, des individus 
mal famés contre lesquels il ne s'élève pas de 
charges, uniquement pour leur arracher un aveu 
par les tourments qu'ils leur font subir et pour 
trouver un coupable. » Cette phrase est littéra- 
lement retraduite de la Praxis re?mm criminaliuni, 
XXXV n. 13, où Damhoudere n'avait fait que tra- 
duire lui-même un passage de notre manuscrit. 
Wielant après avoir dit qu'on ne met personne sur 
le banc sans indices et si ce n'est après interroga- 
toire, ajoute : a Mais plusieurs juges en Flandres 
font le contraire, et mettent le diffamé sur le bancq 
seulement pour raison de la mauvaise (réputation) 
sans indices et sans avoir faict préalablement 
examination pertinente, disans que le bancq les 
fera déclarer tout ce qu'ils savent et plus qu'ils 
ne savent. » ...Zeggende dat de bancq hemlieden sal 
doen clapjjen aile dinck, portent en termes iden- 
tiques la Practycke crimiyiele de Wielant publiée 
par Orts, et les éditions flamandes de Damhoudere 
(cap. 36). T loelck my^ie heeren van den Rade 
corrigeren als er clacht af compt avait dit Wielant; 
Damhoudere ajoute : . . Jt heurlieder hennisse. 

Wielant enseigne que « la confession faicte sur 
le bancq ne faict pas de preuve en quatorze cas » 
qu'il énumère et explique sous l'empire d'un sen- 
timent d'humanité et de réaction contre la torture. 
{Manuscrit p. 139-140.) Ne pouvant les citer tous, 
nous ne rappellerons que le septième de ces cas : 



— 384 — 

« Quant le juge a esté trop rigoureux, et qu'il a 
trop excédé la commune manière, en sorte qu'il a 
fort débilité le corps du patient. Et pour ce pro- 
poser, il y a aulcuns avocats ou amis du patient 
si fins ou cauteleux qui requièrent paravant que 
la torture se face, exhibition de la personne et du 
corps du patient, et prennent instrument de sa 
santé et estât du corps, pour s'en aider en fin de 
la torture en cas qu'il fût torturé hors de règle. » 

Ce n'est point, nous semble-t-il, par un sen- 
timent d'humanité que Damhoudere supprime ce 
long passage dans son plagiat ' ; c'est plutôt par 
crainte des embarras que les doctrines de Wielant 
pouvaient causer aux magistrats. Il était aussi 
porté à exagérer les abus de la torture, que Wielant 
à les resteindre. Qui nous dira combien un livre 
qui a été le guide de milliers déjuges criminels, a 
causé de condamnations injustes, fait répandre de 
sang innocent, et coûté de vies que l'enseignement 
plus humain de Wielant eût épargnées ! 

Notre manuscrit a, p. 162, un chapitre De faict 
énorme-; il y est traité, entre autres, du fait que les 
anciens appelaient mollicies, et qui « advient peu a 
connaissance, si ce n'est, dit Wielant, par confes- 
sion. » Il entendait par ces derniers mot l'aveu du 
coupable, et non point la révélation par le prêtre 
de déclarations de son pénitent. L emploi du mot 
confession en ce premier sens, c'est-à-dire pour 
aveu, est d'ailleurs fréquent dans l'a Ptmtique 



' Voir son Chap. XXXIX : « De la confession du patient sur 
le banc. » 



— 385 - 

civile. A la page 63 nous avons l'intitulé : De 
prveiwes par confession de j^cc/'He. Dans sa Pratique 
criminelle, chap. XCYI, Damhoudere dit que le 
fait ne vient à être connu « qu'en confession » 
(édition de Paris de 1555, p. 143); « dan in 
hiechte » , » disent les éditions flamandes ; ce qui 
est un contre-sens, élevant témérairement contre 
le clergé une accusation qui, pour sûr, n'était 
point dans la pensée de Wielant. Plus tard, lorsque 
Damhoudere revoit son livre de droit pénal pour 
en préparer une nouvelle édition en langue latine, 
il a quelque embarras au sujet de l'accusation 
étrange qui lui est échappée, et cette fois il écrit 
que, confiés au prêtre dans la confession, les faits 
dont il parle restent à jamais ignorés : ibi mérita 
abscondita pey^petuo celantur. 

« Au conseil de Flandres, dit Damhoudere (Édit. 
de Paris de 1555, p. 43) ils usent d'interroguer 
les officiers adiournez en personne, à raison de 
leurs excès, non par commissaires, ny à part, 
ains publiquement, au consistoire, de bouche et 
par raisons. » Ce qu'il faut entendre par ces mots 
par raisons, ou by redenen des éditions flamandes, 
ne nous est pas clair. Tout s'éclaircit dans notre 
manuscrit qui porte : «... au consistoire, publi- 
quement, de bouche et par serment. » By monde 
ende by eede porte le texte publié par Orts. Les rai- 
sons de Damhoudere qu'il eût eu peine à expliquer, 
ne sont qu'une erreur, by rede lu pour by eede. 

* Même contresens dans la Practycke criminele publiée par Orts, 
p. 129, qui porte ici encore la marque d'une traduction, 



— 386 — 

Ce qui, dans Wielant, a spécialement trait à 
Gand, est omis dans Damhoudere, non pour défaut 
d'intérêt, car notre plagiaire fait des additions 
moins intéressantes que les passages qu'il sup- 
prime, mais pour démarquer l'œuvre, pour que 
Torigine en apparaisse moins. « Selon l'ancliienne 
manière de faire aGand, dit notre manuscritp. 162, 
si quelque personne déflore une pucelle et peult 
estre apprécliendée, elle faict a pugnir de perdre 
son nez, et si elle n'est appréhendée, elle est 
bannie aussy longuement qu'il plaist a messieurs 
les eschevins. » Damhoudere supprime la mention 
de ce genre de peine, qui appartenait cependant 
au sujet qu'il traite, de crainte de multiplier les 
détails sur Gand et de déceler son plagiat. 

Ailleurs, ce qui a été ordonné récemment, 07i- 
lancx, selon Wielant parlant d'une ordonnance de 
1510, l'a été pour Damhoudere il y a plusieurs 
années ' . . . Et ce que Wielant dit avoir entendu 
exprimer par Jean van Dadizele, grand bailli de 
Flandre, qui est décédé en 1481, Damhoudere dit 
l'avoir recueilli de la bouche de diverses per- 
sonnes \ 

Traitant de « violateurs d'églises, » et du droit 
d'asile, Wielant nous enseigne que « violer l'église, 
c'est faire quelque excès en l'église ou sur le cime- 
tière, ou c'est prendre et tirer quelque délinquant 
hors de l'église ou du cimetière sans avoir esgard 

• Practyke civile, édit. de Van Tsestich, p. 53. — Pratique judi- 
ciaire es causes civiles, édit. de 1572, p. 56. 

* Practycke criminele, édit. Orts, p. 60. — Damhoudere, Prac- 
tyche in criminele saechen... cap. XXXVII. 



- 387 - 

à la franchise et liberté d'église. » Damhoiidere 
(cap. CVI) ajoute les couvents et toutes leurs 
dépendances : Cloostey^en met al diesser mede gaet. 

Le texte flamand donné par Orts porte que 
le fait est puni naer de canonyche ivetten met resti- 
tutie ende reparatie. Plus exactement, notre texte 
français porte que le fait est « selon le droit canon 
a punir arbitrairement, avecq restitution et répa- 
ration. » C'est encore une fois le texte français 
que copie Damhoudere (cap. CVI); il enseigne que 
le juge ecclésiastique condamne le coupable à 
restituer la personne enlevée et à réparer tout 
dommage, et en outt^e à une peine arbitraire à fixer 
d'après les circonstances. 

On lit dans notre manuscrit (p. 167) : « Les 
gens d'église ne veullent pas consentir que quelque 
délinquant soit prins de l'Église, n'est que préa- 
lablement leurs officiers aient, en la cause, cognais- 
sance du criesme, afin de scavoir si le criminel est 
digne d'estre receu en franchise et liberté, ou non. » 
Le passage correspondant de la Practycke crimi- 
nele publiée par M. Orts porte, p. 143... voer dat 
de geestelyke officiers gekendt hebhen ivat cïHsme 
dattet is, ende oft sidcke es dat de kercke den facteur 
hevryen mach. )> Ici encore ce n'est pas le texte 
français qui puisse être pris pour traduction. 

Il est dit au même chapitre de notre manuscrit : 
« L'Eglise ne rechoipt a franchise et liberté celuy 
qui a occis quelque clercq, ne pareillement juifs, 
ne sarrasins, ne moisnes fugitifs, car leur prélat 
les poeult envoler querre sans violer l'église. » Le 
texte flamand a aussi les esclaves fugitifs, et en 



- 388 - 

ce point il est suivi par Damlioudere, qui ajoute 
à rénumération des personnes indignes du droit 
d'asyle : les incendiaires d'églises, les infidèles, les 
hérétiques et les schismatiques. L'Église, il faut 
le croire, tenait pour fidèles, considérait comme 
siens les malfaiteurs auxquels elle accordait asyle 
dans ses temples et pour lesquels elle était si sou- 
vent en conflit avec la puissance séculière. Mais un 
hérétique et un schismatique étaient indignes de la 
protection assurée aux plus grands criminels. 

Au chapitre De Adultère il est dit dans notre 
manuscrit : « Il y a plusieurs cas esquels les femmes 
ne peuvent estre accusées de leurs maris, ne con- 
vaincues d'adultère. Primo quand le mary est 
suspecté infecté dudict criesnie. Secundo quand 
il a esté cause dudict faict. Tertio quand elle a été 
violentement adultère. Quarto quand elle est adul- 
tère cuydant avoir son mary. Quinto quand elle est 
remariée par longue absence de son mari, cuydant 
qu'il fût mort. Sexto quand, après le cas advenu, 
il s'est reconcilié à sa femme et la rappelle en sa 
maison. » Dans le texte publié par Orts le troi- 
sième cas est omis, le quatrième devient troisième, 
puis le copiste écrit te vier-den nichil. Tout reparait 
en bon ordre dans Damlioudere (cap. 89). 

Cependant notre manuscrit n'a point un pas- 
sage qui est dans le texte flamand et se retrouve 
dans Damhoudere, et d'après lequel le mari, sur- 
prenant sa femme en flagrant délit d'adultère, 
pouvait tuer le complice sans encourir aucune 
peine, si c'était un vilain et non pas un noble. 
Singulier moment pour vérifier la noblesse ! Si le 



— 389 — 

mari a tué iiri noble, il doit être puni, non pré- 
cisément comme homicide, mais modérément, de 
la peine du bannissement '. Ce privilège de la 
noblesse n'a point été assez remarqué. 

Tout en copiant Wielant, de Danihoudere a 
parfois involontairement changé son texte et, par 
inattention de sa part ou par suite de négligence 
de copiste, commis de véritables contresens. En 
voici un curieux exemple qui s'ajoute à ceux que 
nous avons rapportés plus haut. 

Je ne sais point si, dans nos débats parfois 
passionnés sur l'usage des langues, quelqu'un s'est 
avisé de soutenir, sur le témoignage formel de 
de Damhoudere, qu'au Conseil de Flandre les 
sentences étaient toujours rendues en langue 
française. AVielant avait écrit (nous transcrivons 
ici un passage du manuscrit de Londres, rapporté 
par M. Njs) : « En Flandre ils ont usé et accous- 
tumé de prononchier la sentence en tel langage 
que le procès est demeiné, soit en flameng ou en 
franchois; mais au gTand conseil de Malines, lis- 
ent toujours usé et accoustumé de prononchier 
la sentence en franchois, nonobstant que le procès 
soit demeiné en flameng. Et la raison est que 



* La Practycke criminele de Wielant, c. 88, porte : ...evenvet'i^e 
dat den adultérant vilayn zy ende niet eedel ; ende is hy eedel, zoe 
is de mail zoetelyk te punierene, niet van den lyve, als homicide, 
tnaer hy hayxne. Damhoudere dans la Praxis rerum critninalittm, 
cap. XCI, n" 22, se borne à traduire sans commentaire : modo ille 
mœchus plebeius sit et non nobilis... etc. Même doctrine dans son- 
texte flamand, ch. 89. L'instruction pour la ville de Haarlem a une 
distinction de même genre aux articles 457 et 458. Le droit pénal 
fait ici songer à la sélection de Darwin. 



— 390 - 

francliois est le langage commun du prince dont 
il est usé partout qu'il soit. « L'on trouve le même 
texte, fidèlement traduit, dans la Practycke civile 
(Edit. de 1573, p. 281). Ce que Wielant dit ici de 
l'usage en Flandre, comprend le conseil de Flandre ; 
d'autres paragraphes qui précèdent immédiatement 
ont la même portée ; l'opposition qu'il établit entre 
l'usage de Flandre et celui du conseil de Malines, 
achève de le prouver. Et l'on a aujourd'hui encore 
la confirmation de son témoignage dans les registres 
mêmes du conseil de Flandre, où les sentences sont 
les unes en flamand, d'autres en français. 

Voici maintenant ce que le texte de Wielant est 
devenu chez son plagiaire : <( Quand au langage 
auquel la sentence se doibt prononcer, dit Darn- 
houdere (Edit. de 1572, p. 289), il est a scavoir 
qu'elle se doibt en Flandre tous jours prononcer 
en la langue en laquelle le procès auroit este 
produit, c'est a scavoir en langue françoyse ou 
Thioise. Mais cela ne s'observe au Conseil de 
Flandre {il fallait ici ; de Malines), car en iceluy 
toutes sentences se prononcent en Françoys quoy 
que le procès eust esté produit en langue Fia- 
mangue ' , laquelle coustume on estime avoir prins 
son commencement a Lisle ou la langue Françoyse 
est en usage. En après pourtant qu'on tient que 
la langue Françoyse auroit de tout temps esté la 
langue commune familière et domestique du comte 



' « L'orthographe primitive et normale était flamenc; c'est par 
l'altération de la finale gutturale que s'est produite celle de fumant 
0\x famand. » Scheleb, Patria Belgica, III, p. 396. 



— 391 — 

de Flandres et de laquelle icelui Comte auroit 
accoustiimé user avecques sa famille. » Peut-être 
Damhoudere n'avait-il sous les yeux, lorsqu'il s'ex- 
primait ainsi, qu'une copie fautive du texte de 
Wielant. Quoi qu'il en soit, l'erreur se retrouve 
jusque dans les dernières éditions. La Praxis 
i^erum civilium porte au résumé marginal du 
chap. CCXIX : In concilio Flanclriœ sententia sem- 
per pro7iunciatur Gallicè. (Edit. de 1646, p. 385.) 
Nous nous demandions plus haut en quelle 
langue Wielant lui-même avait écrit ses deux 
instructions sur la procédure. La comparaison 
attentive des textes donne la conviction que le 
français de notre manuscrit n'est pas une traduc- 
tion du flamand. L'intitulé du volume n'im- 
plique-t-il pas déjà une rédaction faite originai- 
rement en langue française ? <( La pratique dont 
on use, dit l'auteur, en la court de Flandres, 
dArthois et ailleurs, en court laye et temporelle. » 
Ecrivant et pour les jeunes praticiens de Flandre 
qui avaient le libre choix entre les deux langues, 
et pour ceux de l'Artois et d'ailleurs, il n'est guère 
admissible que Wielant ait fait choix du flamand. 
Il était lui-même habitué à rendre la justice en 
français au Grand Conseil à Malines, après l'avoir 
rendue dans les deux langues au Conseil de 
Flandres à Gand. Ces mots qui, au témoignage 
de M. Nys, terminent le manuscrit du British 
Muséum, ne peuvent pas être considérés comme 
traduits du flamand : « Tout ceci a esté colligé et 
memorié a l'instruction des josnes practiciens 
,., (illisible). Et est encommenchée en may en l'au 



— 392 — 

mil cinq cens XIX par moy maistre Phls Wielant 
s*" de Eversbecq conseiller du Grand conseil a 
Malines. » Si l'on rapproche ces termes, où Wielant 
parle à la première personne, de ceux qui terminent 
la Practyke civile dans les textes imprimés et que 
nous avons transcrits plus haut, il e^ bien difficile 
d'admettre que le français ait pu être traduit du 
flamand où il n'est parlé de l'auteur qa'à la 
troisième personne ? En quelque langue que le 
traité des fiefs ait été primitivement écrit, et il y 
a doute à cet égard depuis la publication . du 
Beau Traicté de la diversité de nature des fiefs en 
Flandres (Gand, 1839), qui n'est ni un résumé, ni 
une traduction, c'est encore en langue française- 
qu'est conçue la note par laquelle Wielant le ter- 
mine pour nous apprendre la date à laquelle il 
l'a composé *. C'est d'ailleurs en français pour 
sûr que Wielant a écrit son ouvrage le plus consi- 
dérable, les Antiquités de Flandres ^, et il y donne 
preuves suffisantes qu'il possédait parfaitement 
cette, langue. 

La Practyke civile telle que l'a publiée Van 
Tsestich en 1573, est au contraire d'une langue 
détestable. Il n'y est guère parlé, à prendre les 
intitulés des chapitres, que vati jugen, van ordi- 
naire jugen, van juridictien, van arbiters, van 
procès ordinair, van possessoir, van saisine, van 



* Tractaet van den Leenrechten , éd. 1554, p. 145 : « Fait à Gand 
parledict monsieur maistre Philippe Wielandt au mois de May en 
lan de grâce MGCCG et XCI par manière de passer temps sous cor- 
rection de chascun. « 

2 Tome IV du Corpus Chronioorum Flandriœ (Bruxelles, 1865). 



— 393 — 

complainte, van resiablisseonent, van maintenue, 
van relievement en van requesten civilen, van com- 
petenten juge,' van requisitorien, van informatie 
précédente, etc. Qu'un obscur traducteur, connais- 
sant mal les ternies de droit, traduise un texte 
français excellent, en mauvais flamand, tout plein 
de mots bâtards, nous le concevons, et cela s'est 
encore vu '. On a pu dire en faveur de ce flamand, 
qu'il facilitait la connaissance et l'emploi des deux 
langues, puisqu'il tendait à les rendre peu diffé- 
rentes l'une de l'autre. Mais c'est une erreur, 
pensons-nous, que d'attribuer ce texte à un homme 
de la haute valeur du président Ph. Wielant. 
•Quoique Ph. Blommaert le classe parmi De Neder- 
duitsche schryvers van Gent, dans le livre publié 
sous ce titre en 1862, nous nous refusons à porter 
au compte de Tauteur des Antiquités de Flandre, le 
flamand corrompu, appauvri jusqu'à épuisement, 
de la Practyke civile. Ce n'est point nuire à sa 
mémoire que de lui restituer, en échange, le texte 
français, précis et correct, un modèle de bonne 
langue juridique. 

Il y a d'autres restitutions à faire. A Wielant 
reviennent les éloges que les Britz, les De Bavay, 
les Haus, les Thonissen décernent à Damhoudere. 
Certainement les ouvrages de celui-ci ont eu un 
nombre considérable d'éditions, qui prouvent 
l'autorité dont il a joui, tandis que la Pratique 
criminelle de Wielant est restée à Tétat de ma- 



» Voir les traductions flamandes du code civil et du code de pro- 
cédure civile publiées à Gand sous l'Empire. 

26 



394 — 



nuscrit jusqu'en 1872, et que sa Pratique civile 
est presque tombée dans l'oubli. Mais à quoi Dam- 
houdere doit-il le succès de ses livres et sa célé- 
brité? Lui-même nous apprend qu'il était depuis 
seize ans étranger aux affaires civiles ' lorsqu'il 
entreprit la composition de sa Praxis rerum civi- 
lium. C'est à l'aide de livres qu'il fait son livre, et 
trouvant le travail à trois quarts fait déjà par 
Wielant, dont l'œuvre n'existe qu'à l'état de ma- 
nuscrit, il l'englobe tout entière dans la sienne. 
Ainsi tout ce que celle-ci a de meilleur est pris à 
Wielant. Dans ce qu'ajoute Damhoudere,se montre 
le compilateur, l'homme qui a des livres et qui a 
beaucoup lu, bien plus que le jurisconsulte. La 
Pratique civile de Wielant est excellente de clarté, 
de précision, de méthode. Nous ne savons point 
quel traité de procédure d'une date antérieure 
pourrait être préféré. Wielant est un vrai juriscon- 
sulte, formé par l'étude de Thistoire (voir ses Anti- 
quités de Flandre) comme par celle du droit, et qui 
s'est complété dans l'exercice des plus hautes fonc- 
tions de la magistrature. Il songe moins, en ses 
vieux jours, à produire un gros livre bourré d'éru- _ 
dition, qu'à faire profiter de son expérience les 
jeunes praticiens, en écrivant pour eux une « briève 
instruction » sur la procédure. Et ce livre a régi 
la procédure dans de nombreux tribunaux presque 
à l'égal d'un code. L'auteur qui a le mieux parlé 



1 Dans son avis au lecteur, pro purgatione sui, il écrit : « Jam 
(lecimus sextus volvitur annus, quod aulicae Financiae meam assi- 
duam impendam operam, quodque juris studiis et Praxi forensi 
propemodum valedixerini. » 



— 395 — 

de Wielant, un étranger, M. J.-A. Friiin, profes- 
seur à Utrechfc, le place, quoiqu'il n'en connaisse 
que la traduction flamande, à côté de la célèbre 
Inleyding tôt de Hollandsche Rechtsgeleerdheid de 
H. de Groot, et en fait ce magnifique éloge : « Het 
lieeft de groote verdienste dat het de beginselen 
van het procesrecht in een beknopt en logisch 
systeem te zamen vat en tevens de richting aan- 
wijst waarin wetgeving en praktijk ze verder 
hadden te ontwikkelen ' . » 

Le jurisconsulte apparaît moins peut-être dans 
la Pratique criminelle. C'est le propre du droit 
pénal, d'être en retard sur le droit civil et de ne 
produire guère de grands jurisconsultes. La Pra- 
tique criminelle de Wielant a conservé néanmoins 
un intérêt historique. Nous nous y intéressons aux 
anciennes mœurs judiciaires,- aux détails sur le 
mode d'information, l'application à la torture, la 
distribution des peines, la définition et la classifi- 
cation des crimes et délits. Encore pour cette 
œuvre, la comparaison avec Damhoudere est toute 
à l'avantage de Wielant. Le jurisconsulte brugeois, 
qui appelle plusieurs fois Philipe II notre roi très 
clément^, donne de préférence des développements, 



• Noua empruntons ce jugement à l'excellent travail dont M. Fruin 
a fait précéder, dans les Nieuwe Bydragen voor Rechtsgeleerdheid en 
Wetgeving (1874) un projet de Code pour Haarlem, rédigé par 
Wielant en 1503, sur la demande de l'empereur Maximilien. Le 
même travail a paru à part sous le titre de « Instructie voor de stad 
Haarlem ontworpen door Philips Wielant, uitgegeven en toegelicht 
door M. J.-A. Fruin. Amsterdam, 1874. » 

* Dans la Praxis rerum civ. cap. 25^; — dans la Déclamation 



— 396 — 

des explications, des essais de justification pour 
ce qui commence à être discuté, ébranlé, com- 
promis, tout ce qui est destiné à disparaître. Il a 
eu, dit-on, les préjugés de son temps. C'est trop 
peu dire. Tandis que la supériorité d'un écrivain 
consiste à ne point les partager tous, il ne les a 
pas seulement tous partagés, mais, par une préfé- 
rence très marquée, il s est particulièrement appli- 
qué à les défendre. Cela même lui a été un élément 
de succès. Nous trouvons plus de mérite dans les 
doutes de Montaigne quant aux sorciers et dans 
son exclamation : « A tuer les gens il fault une 
clarté lumineuse et nette. » 

Il n'y a pas de matières qu'il traite plus longue- 
ment et plus complaisamment que celles de la 
magie, de la sorcellerie, des maléfices, des sor- 
tilèges, des différents genres de torture. A-t-on 
songé combien tels livres, tous les jours invoqués 
devant les Tribunaux et consultés par les ma- 
gistrats, contribuent à rendre plus vivaces les plus 
stupides préjugés, combien ils multiplient le 
nombre des victimes ? 

Il est d'une remarquable crédulité et l'esprit 
d'observation lui fait défaut ; érudit avant tout et 
reprenant de toutes mains ce que d'autres ont écrit 
avant lui. Il trouve que la médecine est un art d'une 
parfaite certitude, ce qu'elle n'a jamais été, ni de 
son temps, ni du notre '. L'art des sorciers est 



contre la rongerie des procès, p. 4; — dans la Pratique judiciaire 
es causes civiles (1572), p. 313, etc. 

' Praxis rerum crim,, cap. LXXVII, 2, 



— 397 — 

également certain pour lui ; il y consacre plusieurs 
chapitres <. S'il ne donne pas d'explications encore 
plus complètes qu'il ne fait, sur leurs pratiques 
criminelles, c'est pour ne pas faciliter à ses lecteurs 
le recours à cet art diabolique -. Il affirme de bonne 
foi que, dans les bois, loin de tous regards, les mal- 
faiteurs s'appliquent récii^roquement à la torture, 
pour s'endurcir àl'avance à la souffrance, et ne point 
se laisser arracher d'aveu : sese mutuis suppliciïs 
in nemoribus excarnificant et ad omne tonnentorum 
genus forti animo 'perferendum docent, exercent et 
obdurant '\ Un siècle plus tard, Lebrun de la 
Rochette rappelle le fait pour servir d'avertis- 
sement aux juges \ Damhoudere se renseigne si 
mal et son témoignage a si peu de valeur, que 
dans des éditions successives, lui, magistrat bru- 
geois, affirme erronément qu'à Gand, au conseil 
de Flandre, les sentences sont toujours prononcées 
en français. En rien il ne devance son temps; 
et de la Pratique criminelle de Wielant à la sienne, 
il ne se découvre aucun progrès, il y a plutôt recul. 
L'homme qui trouvait Philippe II très clément, ne 



' Comparez Van Leeuwen, Rooms-Hollandsch recht, IV, 34, disant 
« dat sedert den herstelden Godsdienst in dese landen geen Toveryen 
nog spoken gevonden werden, nog eeuige Luyden meer bekent zijn, 
die haar eenige Tovery of bovennatuyrlyke uytwerkiugen vermeten, 
omdat volgens onze leer daar in geen geloof gesteld werd. Daar 
andre nagebuyren tôt straf van haar wangeloof nog tegenwoordig 
vol van zyn. » 

* Praxis rerunx C7nm., cap. LXI, n. 71. 

' Praxis rerum crim., cap. XXXVllI. « Pour pouvoir lutter 
contre la douleur, dit J.-J. Haus, les malfaiteurs se torturaient 
eux-mêmes dans les bois ou autres lieux écartés. -) 

* Le procès civil et ct'iminel, Lyon, 1658, p. 135. 



— 398 — 

pouvait être que cruel lui-même. En des temps 
cruels, qu'attendre de lui ? Pour trouver un souffle 
d'humanité dans ses écrits, on est réduit à citer 
des phrases qui sont textuellement de Wielant ' . 

Notre conclusion est que Ph. Wielant mériterait 
une étude approfondie comme jurisconsulte et 
comme écrivain, et que la biographie de son pla- 
giaire J. de Damhoudere est à refaire. Des deux 

côtés, ce sera œuvre de justice. 

, Ad. Dubois. 



• Il faut lui savoir gré cependant de l'indignation que lui inspirent 
les milliers de crimes impunis que commet la soldatesque sous le 
régime espagnol. 



— 399 



L'ÉCLAIRAGE PUBLIC A GAND. 



L'éclairage, qui a atteint de nos jours un si haut 
degré de perfection, n'a, durant de longs siècles, 
existé, même chez les peuples les plus civilisés, 
qu'à l'état rudimentaire. 

Pendant toute l'antiquité et le moyen-âge, il ne 
fut pas question d'éclairage public et l'on n'employa 
guère, comme moyen d'éclairage particulier, que 
la torche et une lampe à Thuile des plus primitives . 

Ces procédés étaient, comme on le pense bien, 
extrêmement défectueux et donnaient généra- 
lement plus de fumée et de mauvaise odeur que 
de lumière. 

Les lanternes, cependant, étaient connues des 
Romains — et, bien avant eux, des Chinois; — 
de plus, il est certain qu'au moyen-âge elles faisaient 
partie du mobilier ordinaire de chaque ménage. 

C'est ainsi que, dans l'inventaire d'une succession 
datant de 1377, on trouve la mention suivante : 
Item een latitaern icaen drie grooten vlaemsch ' . 

Pour l'éclairage des rues, la première idée paraît 

» Voir WiLLEMS. MengreWnjfgn, p. 355 et suiv. 



— 400 - 

en avoir été donnée par Louise de Lorraine. Cette 
princesse s'avisa, par dévotion, de faire brûler une 
lumière devant chaque image de saint ou de vierge 
qui, à cette époque, ornaient les rues de Paris. 

On apprécia bien vite le côté utile de cette inno- 
vation, et, en 1524, on ordonna à tous les habitants 
de j)lacer, après 9 heures du soir, une lumière 
devant les fenêtres de leurs maisons. 

Trente quatre ans plus tard, en 1558, on fit 
éclairer la ville de Paris au moyen de 2737 pots à 
poix (floklantaren, pekpotten), donnant naturelle- 
ment beaucoup de fumée et fort peu de lumière. 

Ces moyens d'éclairage étaient d'une inefficacité 
telle que, sous le règne de Henri IV, on dut 
prescrire de terminer les spectacles en hiver à 
4 1/2 heures du soir, afin de permettre aux spec- 
tateurs de rentrer chez eux avant la nuit, et que, 
jusqu'au XYIL siècle, les seigneurs de la cour du 
roi de France, lorsqu'ils sortaient le soir, avaient 
encore soin de se faire escorter par leurs laquais, 
porteurs de flambeaux. 

Il en était de même aux Pajs-Bas. Et c'était, en 
notre pays, donner à son convive une grande mar- 
que d'estime que de le ramener chez lui avec une 
sorte de cortège aux flambeaux. Albert Durer, lors 
de son voyage aux Pays-Bas, eut plusieurs fois cet 
honneur '. Cet usage persista même jusqu'à la fin 
du siècle dernier. 

Ce n'est qu'en l'année 1667 que les rues de Paris 



• Albrecht Dilrer in de Nederlanden, édit. par F. Verachter. 
Anvers, 1840, p. 38. 



— 401 — 

furent régulièrement éclairées au moyen de chan- 
delles ou de lamjjes placées dans des lanternes. 

Ce mode d'éclairage subsista jusqu'en 1766, 
époque à laquelle les lanternes furent remplacées 
par les récerbères déjà inventés par Matlierot 
de Preigney et Bourgeon de Chateaublanc, de- 
puis 1745. 

Les réverbères, comme on le sait, différaient 
des lanternes en ce qu'ils étaient munis d'un 
réflecteur qui renvoyait vers le sol la lueur des 
chandelles ou des lampes. 

Dans notre pays, il y a tout lieu de croire que 
l'éclairage public ne fut introduit qu'en 1703. 

Bruxelles fut, selon toute apparence, la première 
ville où l'éclairage des rues fut organisé. Il y avait 
en 1704, en cette ville, mille lanternes brûlant 
pendant 7 mois et dont l'entretien coûtait, pour 
ce laps de temps, 4300 florins. 



Comme on vient de le voir, jusqu'à la fin du 
XVIIP siècle, le progrès fut désespérément lent. 

Mais, dès l'avènement du XIX"" siècle, le perfec- 
tionnement des moyens d'éclairage marcha à pas 
de géants. 

Quinquet, Carcel et Franchot perfectionnent 
successivement l'antique lampe romaine. 

Chevreul invente la bougie stéarique. 

Un belge, Winkelers, professeur à l'université 
de Louvain, un français, l'ingénieur Philippe 
Lebon et un anglais, Murdoch, conçoivent ou exé- 
cutent ridée d'employer pour l'éclairage le gaz de 



— 402 — 

bois et de houille ; enfin, Humphry Davy découvre 
le 23rincipe de la lampe électrique. 

Telles sont, rappelées en quelques mots seule- 
ment — car ce n'est pas le but de ce travail — les 
principales phases historiques de l'éclairage '. 

Leur simple indication, tout au moins, nous a 
paru nécessaire avant d'exposer les diverses phases 
de riiistoire particulière de Téclairage public de la 
ville de Gand. 



Avant l'année 1762, il n'existait à Gand aucune 
espèce d'éclairage public réglementé et organisé. 

En temps de troubles cependant, on en prescri- 
vait un, d'ailleurs très élémentaire, et, générale- 
ment, assez peu efficace. 

C'est ainsi que, pendant les hivers de 1571 et 
1577, effrayée par le nomb.re extraordinaire de 
crimes et de vols nocturnes qui se commettaient, 
l'autorité prescrivit de mettre à chaque coin de 
rue une lanterne. 

Il en était de même dans tous les Pays-Bas, 
ainsi qu'en France, d'où cet usage paraît d'ailleurs 
être venu. 

On peut lire à ce sujet dans le « Dagv;erliaal der 
Beroerten van Antwerpen in 1659, » publié par 



• Voir Belgisch Muséum, tome 5, p. 328 et suiv. et le Discours 
prononcé ,à la distribution des prix de l'École industrielle, le 
9 octobre 1887, par M. Scboentjes. 



- 403 — 

la Société des Bibliophiles Gantois, ce qui suit : 
« Tusschen den sesden en de sevensten (october) en 
« hebben loij geenen nacht gehadt, door de claerheijt 
« van aile het vier dat op de straten wiet^t gemaeckt, 
« ende het Hcht dat voor aile de hiiysen uijtstack. » 
Mais, la tranquillité renaissant, les lanternes 
étaient remisées et il n'était plus question d'éclai- 
rer la rue. 



Donc, après le son de la dernière cloche {het 
luiden van de leste cloche — également appelée de 
diefklok)^ les honnêtes gens se retiraient en leur 
logis, et la rue devenait le rendez-vous de tout 
ce que la ville comptait de brigands et de mal- 
faiteurs. 

Indépendamment du danger des mauvaises ren- 
contres, les promenades nocturnes devaient, à 
cette époque, offrir bien d'autres désagréments. 

Si nous nous en rapportons à Justus Billiet ' il 
n'y avait au commencement du XYIP siècle, à 
Gand, que fort peu de rues larges et alignées, le 
pavage était en pauvre état, beaucoup de maisons 
étaient construites en bois avec un étage surplom- 
bant la rue, et une toiture en chaume, sans gout- 
tière, ce qui, dit Billiet — et nous le croyons sans 
peine — incommodait grandement les passants 
en temps de pluie {in tijt van y^eghen de passanten 
grootelicx incommodeerden) . 



• Juste Billiet, chroniqueur gantois au XVII^ siècle, par Ed. De 
BusscHER, p. 158 à 169 (tableau de Gand au XVIP siècle, 1600-1662). 



- 404 — 

A défaut d'éclairage, des mesures de sûreté et 
de police étaient nécessaires. Les ordonnances 
rendues sur cet objet prescrivaient à tous ceux 
qui voulaient sortir de nuit de se munir de torches 
ou de lanternes. 

Déjà, très anciennement, et à diverses reprises, 
le Magistrat de Gand avait publié des ordonnances 
à ce sujet. 

Au XIV*' siècle même, la défense de sortir la 
nuit, était absolue, qu'on fût muni de torches 
ou non. 

« Vort dat niemenc en wandelt naer^ dachterste 
a cloche no met lantaerne no sonder lanlaernen, 
« uteghesteken de houivetters, vroede vrouwen, sur- 
« giens ende priesters, up de boete van drien 
« ponden *. 

« Vort dat niemenc bi nachte en ga, no ghewapent 
« no onghewapent, na dachterste cloche zonder licht 
« no met lichte, ten loare ofte noetsake dade, diet 
« dade mare up de boete van iij gg, ende sine wapene 
« die men over hem vonde verbuert ^ » 

Plus tard, on put sortir de nuit en se munissant 
d'un luminaire, mais on comprend que cette pres- 
cription ne fut pas observée par les gens mal 
intentionnés. Aussi des peines assez sévères furent- 
elles édictées. 

Une ordonnance de 1624 portait que tout indi- 



' Voorgeboden der stad Gent, door Nap. DE Pauw, 5 janvier 1337 
(v. 8.) p. y. 

2 Idem, 3 mars 1337 (v. b.) p. 11. Voir aussi les « Voorgeboden » 
du 10 octobre 1349 et 6 juillet 1350 (même ouvrage p. 41 à 53). 



— 405 — 

vidu trouvé sur la rue, non muni de lumière, après 
le son de la dernière cloche, serait incontinent saisi 
et mis en prison, ce, sans préjudice de l'application 
d'une amende de dix livres parisis, s'il était sans 
armes, et de 60 livres parisis ou de correction 
arbitraire, dans le cas contraire '. 

D'autres mesures encore étaient alors en vi- 
gueur : ainsi les rues étaient barrées la nuit au 
moyen de chaînes; en outre, des patrouilles et des 
veilleurs parcouraient la ville. 

Mais enfin, tout cela ne pouvait parer à l'in- 
convénient résultant du défaut d'éclairage, les 
ténèbres empêchant toujours la police d'exercer 
sérieusement son action. 

Outre les brigands et autres malfaiteurs, il y 
avait aussi les contrebandiers ou fraudeurs {de 
fraudateurs) des droits sur le vin, la bière et 
les grains. 

Cette contrebande se pratiquait même à main 
armée et elle devait, à un moment donné, avoir 
pris une assez grande extension, car l'ordonnance 
de 1624 offre une récompense honorifique {ver- 
eerighe) de 300 florins, à quiconque arrêtera ou 
aidera à arrêter un de ces fraudeurs. 

Et, pour les gens timorés, la dite ordonnance 
avait soin de stipuler que le payement de la ré- 
compense se ferait secrètement sans que jamais 
quelqu'un put connaître le dénonciateur, quand 
bien même celui-ci aurait été complice des frau- 



* A Bruges également, et dès le XV« siècle, toute personne qui 
sortait le soir devait se munir d'une « vierpanne. » 



— 406 — 

deurs; de plus, dans ce dernier cas, l'impunité 
lui était garantie. 

Voici, du reste, les termes engageants employés 
dans cette ordonnance : (c Welcke betalinghe (de la 
« récompense) ooit zal ghedaen ivorden secrelelijck 
« zonder dat niemandt zal connen weten ivien de 
« voorzeyde aanclacht zal ghedaen hebben, ende en 
« zal daer van noyt het minste ontdekt ivorden, 
« daer op de voorseijde aenhringhers hemlieden 
« stautelick zidlen moghen betroiaoen etc. » 

Le 28 novembre 1744, nouvelle ordonnance sur 
le même sujet, mais interdisant, comme moyen 
d'éclairage pour sortir la nuit, l'emploi de mèches 
ou de bâtons résineux {lonters-brandende stocken). 
Cette ordonnance a ceci de particulier qu'elle 
prévoit, pour la première fois, l'éclairage des 
voitures, berlines, chaises, chariots et charrettes 
[koetsen, berlinen, chiesen... oock met loaegens ofte 
herren) . 



II 



Le 25 novembre 1762, l'Impératrice et Reine 
rendit la première ordonnance réglementant 
l'éclairage des rues, à Gand. 

Cette ordonnance constatait que l'éclairage 
public fonctionnait déjà avec succès à Bruxelles ' 



' Le règlement pour l'éclairage de la ville de Bruxelles est daté 
du 18 novembre 1755, mais nous avons vu qu'antérieurement déjà, 
il existait un éclairage des rues de cette ville. 



- 407 — 

et à Anvers et qu'il était le seul moyen (on s'en 
était enfin aperçu !) d'empêcher les vols et scan- 
dales de rue {stî-aetschenderijen) que, notamment 
par les nuits noires, les gardes et patrouilles 
étaient impuissantes à empêcher. 

Ce fut donc l'intérêt de la sécurité publique qui 
amena l'autorité à prendre des mesures pour 
l'éclairage des rues. 



La charge de cet éclairage incombait aux parti- 
culiers, mais pesait plus spécialement sur les parti- 
culiers riches ou aisés. 

Les petits bourgeois, hommes de métier et 
autres personnes de médiocre condition {médiocre 
persoonen) étaient, à de rares exceptions près, 
dispensés de cette charge. 

L'ordonnance indiquait avec minutie quelles 
étaient les personnes, ou associations de personnes, 
chargées de subvenir aux frais et aux charges de 
l'éclairage public. 

C'étaient, notamment, les chanoines delà cathé- 
drale Saint-Bavon et de la collégiale de Sainte- 
Pharaïlde, les curés des sept églises paroissiales, 
toutes les personnes nobles et titrées, les abbayes, 
les églises, les chapelles, couvents, hospices, écoles 
et confréries, les Présidents, greffiers et receveurs 
du Conseil de Flandre, les Echevins de la Keure et 
des Parchons; les pensionnaires, secrétaires, tré- 
soriers ; le Bailli et le Magistrat de Saint-Pierre ; le 
Grand-Bailli {opper Bailliii) et le. Magistrat du 
Yieux-Bourg; toutes personnes ayant voitures et 
chevaux; les aubergistes, cabaretiers, etc. 



.— 408 — 

Deux lanternes devaient aussi être placées à 
chaque pont communal ou provincial, aux frais de 
Tadministration de la ville ou de la province. 

En outre, les habitants non spécifiés dans les 
diverses catégories indiquées par l'ordonnance, 
devaient entretenir une lanterne par groupe de 
ménages, variant de quatre à six. Chaque ménage 
intervenait dans les frais d'entretien au prorata du 
prix de son loyer. 



Il n'était pas question alors d'éclairage pendant 
la saison estivale. 

Ce n'était que durant les cinq mois d'hiver, du 
15 octobre au 15 mars, que fonctionnait le service 
de l'éclairage public. Et encore, faut-il en défalquer 
les jours de pleine lune; ces jours, ou plutôt ces 
nuits là, que le ciel fut serein ou non, aucune lan- 
terne n'était allumée, et, comme il est à présumer 
que notre climat ne s'est pas radicalement trans- 
formé depuis cette époque, on peut en conclure 
que la ville restait, la plupart du temps, plongée 
dans la plus profonde obscurité. 

La même observation s'applique aux heures 
d'éclaii^age; celles-ci étaient également réglées 
d'après le lever ou le coucher de la lune. 

Le nettoyage des lanternes — étant donné sur- 
tout que l'éclairage se faisait au moyen de lampes 
fumeuses — ne laissait pas moins à désirer; il 
devait y être procédé seulement tous les dix jours. 



— 409 — 

Il reste à examiner maintenant quels étaient les 
moyens cVassurer rexéciition de cette ordonnance. 

Le Magistrat de la Keiire devait nommer dans 
son sein, deux commissaires et un secrétaire, 
lesquels, assistés du receveur des travaux, étaient 
chargés de dresser un état indiquant les maisons, 
abbayes, églises, etc., où des lanternes devaient 
être placées. 

Cela étant fait, les mêmes commissaires devaient 
■fixer le nombre de lanternes pour chaque rue, place 
ou quai, en indiquant, en même temps, le nombre 
de messagers qui devaient contribuer à Tentretien 
de chacune d'elles. Copie de la liste contenant ces 
diverses indications était adressée aux doyens des 
voisinages. 

Les voisinages les plus pauvres pouvaient être 
dispensés de toute charge d'éclairage. 

Les officiers, doyens, baillis et messagers 
(knaepen) des voisinages étaient chargés, concur- 
remment avec les patrouilles et les veilleurs de 
nuit, de dénoncer aux commissaires nommés 
comme il vient d'être dit ci-dessus, les contra- 
ventions à l'ordonnance , 

Les infractions étaient punies d'un à deux esca- 
lins d'amende, -selon la gravité du cas. 

La répression était toute sommaire. Le deuxième 
et le quatrième samedi de chaque mois, les com- 
missaires jugeaient, sans appel, toutes les contra- 
ventions constatées durant la quinzaine. 

Des peines spéciales et sévères étaient appli- 
quées à ceux qui éteignaient, détachaient, dété- 
rioraient ou détruisaient les lanternes. 

^7 



410 - 



Ces délits étaient punis d'une amende de 
soixante florins et, en cas de non payement, d'un 
bannissement de dix ans. 



Malgré sa netteté et sa précision, le Placard de 
1762 fut imparfaitement exécuté. 

Dès le 27 septembre 1763, le Magistrat jugea 
indispensable de rappeler à tous ceux désignés 
dans le Placard de 1762, les obligations que 
celui-ci leur imposait. 

Le travail des commissaires ne se fit pas non 
plus sans soulever bien des réclamations; et à 
ce propos, nous trouvons dans l'Inventaire des 
archives de la ville de Gand, publié par M. V. 
Vanderhaeghen (2*^ livraison XVII, p. 234) l'ana- 
lyse d'une curieuse requête adressée aux Echevins 
par la prieure du couvent de Saint- Agnès : « La 
« prieure de Saint- Agnès expose que c'est à tort 
« que les Commissaires ont imposé cinq lanternes 
« à son couvent; deux suffisent, puisqu'on ne 
« passe à cet endroit que pour aller soit à l'abbaye 
« de la Byloke, qui est fermée le soir, soit à la 
« Couptcre, où les gens sensés ne s aventurent pas 
(( V hiver (!). » 



Pour donner une idée de l'insuffisance de l'éclai- 
rage, tel qu'il était organisé par l'ordonnance de 
1762, nous nous bornerons à constater que la 
Place d'Armes {de Kauter)^q[n. était alors beaucoup 
plus vaste qu'aujourd'hui, puisqu'elle s'étendait 



- 411 - 

jusqu'au couvent des Récollets (situé à la Plaine 
des Récollets — ordinairement nommée aujour- 
d'hui place du Commerce); la Place d'Armes, 
disons-nous, était éclairée au moyen de six 
réverbères. 

Le nombre de lanternes placées aux frais de la 
ville s'élevait en l'année 1762 à trente et une ! 
Hâtons-nous cependant d'ajouter que, dès l'année 
suivante, ce nombre s'élevait à quatre vingt six. 

En 1768, des plaintes nombreuses parvinrent 
au Magistrat au sujet du mauvais état de la sûreté 
et de la tranquillité nocturnes à Gand. 

Pour faire droit à ces plaintes, une ordonnance 
prolongeant la durée de l'éclairage public d'un 
mois, fut rendue le 27 septembre 1768. 

Ce document portait, qu'à l'exemple de ce qui 
se pratiquait à Bruxelles, les réverbères seraient 
dorénavant allumés depuis le 1" octobre jusqu'à 
la fin du mois de mars, d'autant, dit l'ordonnance, 
que durant la dernière quinzaine de mars se tient 
la Foire annuelle, et, qu'à cette occasion, un grand 
nombre d'étrangers se rendent à Gand. 

Pour faire ressortir l'inefficacité qu'a dû avoir 
cette demi mesure, nous nous bornerons à faire 
observer que l'on continuait toujours à ne pas 
éclairer les nuits où « le disque d'argent de 
Phœbé » était censé éclairer la Terre. 



Quant au matériel de l'éclairage, il était des 
plus primitifs. C'étaient des lanternes ou des 



— 412 — 

réverbères contenant une ou deux mèches très 
fumeuses, et d'un pouvoir éclairant quasi nul '. 

Ces réverbères étaient suspendus à une corde, 
tendue en travers de la rue, passant sur une 
poulie et dont l'extrémité se trouvait enfermée 
dans une sorte de petite armoire en bois se fer- 
mant au moyen d'une clef. 

Les noctambules ou les malveillants trouvaient, 
paraît-il, plaisir ou profit, à faire descendre les 
réverbères, en forçant les serrures de ces petites 
armoires et en coupant les cordes. 

Il faut croire que, comme en 1624, la police de 
nuit était insuffisante ou mal faite, car le 11 février 
1779, le Magistrat promet une prime (on ne disait 
plus une récompense honorifique) de vingt cinq 
patacons à ceux qui dénonceraient ou arrêteraient 
les auteurs de ces méfaits. 

Les vingt cinq patacons furent probablement 
jugés insufiisants, car les bris de lanternes, coïn- 
cidant d'ailleurs avec de nombreux vols nocturnes, 
devinrent de plus en plus fréquents. 

Les Echevins de la Keure, pour stimuler le zèle 
des dénonciateurs, élevèrent, par acte du 17 février 
1794, la prime de vingt cinq patacons à cent 
florins. Conformément aux traditions, le plus 



* Certaines lanternes étaient hexagonales, mais la majeure partie 
étaient carrées. Les fabricants de lanternes hexagonales'prétendaient 
très sérieusement que celles-ci ayant six faces devaient néces- 
sairement projeter plus de lumière que les lanternes n'ayant que 
quatre faces, en sorte que, d'après eux, le pouvoir éclairant d'un 
réverbère devait se mesurer au nombre de faces qu'il présentait. 
Cette argumentation fut paraît-il trouvée fort peu décisive, car, 
le nombre de lanternes hexagonales fut toujours très restreint, 



- 413 - 

profond secret était toujours garanti aux dénon- 
ciateurs. 



Les dispositions de Tordonnance de 1762 durent 
être rappelées à différentes reprises. 

Nous citerons, notamment, la proclamation du 
Magistrat de Gand, en date du 11 décembre 1789, 
qui rappelle tous les règlements antérieurs relatifs 
à l'allumage et au brûlement des lanternes . 

Le même acte portait aussi que personne ne 
pourrait se trouver dans les estaminets et autres 
lieux de dépense {Huijzen van l^eir)^ après neuf 
heures du soir, sous peine d'une amende de dix 
escalins, pour le tenancier et pour chacun de ceux 
qui seraient trouvés chez lui. 

Comme spécimen du flamand employé sous le 
régime autrichien, nous nous permettrons de citer 
la formule finale de cette proclamation : <( Ende 
« op dat niemand danof en zoude preteœere cause 
« van ignorantie zal deze naar Publicatie inet den 
« Trompette geaffixeert worden als na costume. » 



En 1790, on fit un demi pas en avant. 

Une ordonnance du 2 janvier de cette année, 
émanant du Magistrat, décide que pour répondre 
au zèle que mettent les confrères et agréés {gea- 
gregeerde) des quatre chefs confréries, à veiller 
de nuit à la sûreté de la ville, les lanternes et 
réverbères brûleraient trois heures de plus, par 
jour, que le temps fixé antérieurement et, qu'en 



— 414 — 

outre, ils brûleraient également pendant tout le 
mois d'avril. 



Toutes ces prescriptions doivent cependant ne 
pas avoir été très scrupuleusement observées, car, 
très peu de temps après lïnvasion française, les 
représentants du peuple àGand, se plaignirent à la 
municipalité du mauvais état de l'éclairage public. 

Une nouvelle ordonnance fut donc prise par la 
municipalité, le 17 janvier 1793. Elle rappelait les 
pénalités comminées par les anciens édits et char- 
geait les officiers publics de. poursuivre rigou- 
reusement les contrevenants. 

Il faut cependant reconnaître, qu'à cette époque, 
l'éclairage des rues avait fait des progrès assez 
remarquables. 

La ville, en effet, était alors éclairée au moyen 
de 694 réverbères, dont 11 seulement était encore 
accrochés au moyen de cordes. 

La plupart de ces réverbères étaient à deux, 
une certaine partie même à trois lampes. Il y 
avait, en définitive, un total de quinze cent trente 
cinq lampes. 

Puisqu'en cette matière, comme en toute autre, 
on ne peut juger que par comparaison, nous dirons 
qu'aujourd'hui la ville de Gand est éclairée par 
au-delà de deux mille deux cent cinquante becs 
de gaz. 

Le 9 janvier 179-4, la municipalité redevenue, 
de par la retraite des français, le Magistrat de 



— 415 — 

Gand, rendit encore une ordonnance qui constate 
que, nonobstant le placard de Sa Majesté, en date 
du 25 novembre 1762, plusieurs habitants négli- 
gent, de plus en plus, de remplir les obligations 
qui leur incombent en matière d'éclairage, et que, 
par suite de cette négligence, plusieurs malheurs 
sont survenus. 

Il est donc ordonné, à nouveau, de placer les 
lanternes et réverbères aux endroits indiqués par 
les Commissaires et de les allumer et nettoyer en 
temps utile, le tout, sous peine d'application sévère 
des amendes prévues par le dit Placard. 



L'éclairage des rues, à cette époque, n'empêchait 
pas que, pour sortir le soir, on dut encore se 
munir de lumière. Ainsi, un arrêté du 26 Ther- 
midor an IV de la République, défend à tous les 
habitants de se trouver dans les rues sans lumière, 
après que la cloche de retraite a cessé de sonner ; 
et, l'année suivante encore, le 9 pluviôse, l'admi- 
nistration municipale du canton de Gand republie 
cet arrêté. 

La cloche de retraite sonnait alors , pendant les 
six mois d'été, à onze heures du soir, et, pendant 
les six mois d'hiver, à dix heures. Les mois d'été 
« officiels >y commençaient le 21 mars pour finir 
le 21 septembre, et les mois d'hiver commençaient 
à courir le 22 septembre pour finir le 20 mars. 

Les citoyens se trouvant en rue après Theure 
fixée, devaient être pourvus d'une lanterne garnie 
d'une chandelle allumée, qu'ils étaient tenus de 



— 416 — 

porter d'une façon visible. Une seule lanterne ou 
falot suffisait, cependant, pour un groupe de six 
personnes. 

En l'an V, on prit une grande mesure. Anté- 
rieurement, chaque voisinage réglait son éclairage, 
ce qui faisait que le coût de celui-ci était extrê- 
mement variable (il variait de trois à dix florins 
par lanterne pour une saison). 

La Révolution ayant supprimé l'existence offi- 
cielle des doyens et des voisinages, l'entreprise 
de l'éclairage de toute la ville fut mise en adju- 
dication publique. Mais le recouvrement des frais 
de l'éclairage, la surveillance, etc., continuèrent 
cependant à être organisés par voisinages. 

Les adjudicataires furent M. M. Schietz et C"'. — 
Le coût annuel s'éleva à 07ize mille huit cent cinq 
florins. 

On fut très satisfait de cette nouvelle organi- 
sation, du moins, durant la première année qu'elle 
fonctionna. 

Mais, soit que les adjudicataires eussent mal 
établi leurs calculs, soit que l'administration eût 
employé trop de mansuétude à leur égard, les 
conditions de Tentreprise furent, dès l'année sui- 
vante, très mal observées. 

Aussi, l'administration centrale du Département 
de l'Escaut fit-elle des instances réitérées et pres- 
santes auprès de Tautorité municipale, pour dé- 
cider celle-ci à améliorer son éclairage public. 



- 417 - 

Pour obéir à ces injonctions la municipalité prit 
enfin, le 27 vendémiaire an VI, un arrêté basé, 
entre autres, sur les considérations suivantes, où 
l'on trouve, par endroits, d'assez jolis spécimens 
du style emphatique et boursouiïlé de Tépoque : 
Considérant que si l&s rues d'une commune 
aussi populeuse n'étaient pas duement éclairées 
pendant le cours de Thiver, la sûreté de la voie 
publique serait évidemment compromise ^ar ^es 
brigands qui, après s'être organisés à l'ombre 
des ténèbres ne cesseraient de porter des atteintes 
aux pro2métés et à la vie mê^ne des citoyens, 
vivant paisiblement sous la surveillance et pro- 
tection de la Loi. 

« Considérant que quoique le mode d'illuminer 
cette commune adopté Taunée dernière (Fan V) 
soit avantageux en ce qu'il contribue à son 
agrément, cependant il est impossible de le 
suivre à cause de l'état délabré des Finances 
de ce canton qui ne permet pas de faire face 
à une dépense aussi considérable. » 
On finit, en somme, par décider le maintien des 
dispositions contenues dans les anciens règlements, 
sauf quelques modifications de détail. 

Ce qui mérite surtout d'être signalé dans ce 
document, c'est le réel progrès accompli par 
l'administration, dans la connaissance du flamand, 
depuis la conquête française. 

La formule finale qui a été relevée plus haut, 
est libellée, en l'an VI, comme suit : « ende op 
« dat niemand voorwende eenige reden van on- 
« wetendheyd zal het tegenwoordig besluit ge- 
« drukt, etc. )>• 



— 418 — 

Tous les arrêtés subséquents ne furent que des 
paraphrases, avec de légères variantes, de l'arrêté 
du 27 vendémiaire an VI. 



L'an XI ouvre une ère nouvelle pour l'éclairage 
public à Gand. 

Des plaintes fondées avaient surgi. Par suite de 
la suppression de la noblesse, des corporations 
religieuses (abbayes, monastères, etc.) et de diffé- 
rentes institutions, telles que le Conseil de Flandre, 
les dignitaires et membres de ces ordres ou insti- 
tutions étaient devenus de simples particuliers, et 
partant, n'intervenaient plus, pour la plus grosse 
part, dans l'éclairage public. De sorte que la 
charge de celui-ci retombait sur la masse des 
habitants. 

On décida donc que le service de l'éclairage des 
rues et places publiques se ferait désormais par 
l'administration de la ville (arrêté du Maire du 
21 floréal an X). 

Chaque citoyen devait, d'après le nouveau 
règlement, contribuer dans les frais de l'éclairage, 
au marc le franc de la contribution foncière de sa 
maison ou de ses propriétés. Cette nouvelle orga- 
nisation donna lieu à de longues études et de 
nombreux pourparlers. 

Il y eut ensuite une assez vive concurrence, pour 
obtenir la concession de l'éclairage, entre l'ancien 
concessionnaire Scliietz et un industriel parisien, 
un sieur Lepêcheur, qui, paraît-il, avait la spé- 



- 419 — 

cialité de ces entreprises, et avait obtenu, notam- 
ment, Fadjudication de réclairage à Anvers. 

Cette dernière ville était alors (comme aujour- 
d'hui, pensons-nous), beaucoup mieux éclairée que 
Gand. Bien que d'une étendue moindre, elle 
comptait en l'an X, six cents réverbères, tandis 
que Gand n'en comptait à la même époque que 
quatre cents. L'entretien des réverbères d'Anvers 
coûtait pour les 6 mois d'hiver 60,000 francs et 
l'acquisition du matériel avait coûté 55,430 francs. 

Ce coût est énorme, étant donnée surtout la 
pauvreté du résultat. Mais, il convient, d'abord, de 
remarquer que l'huile de pétrole n'était pas encore 
employée, et, ensuite, que les réverbères étaient 
construits d'une façon assez coûteuse; chacun 
d'eux revenait de 90 à 95 francs. 

Le sieur Lepêcheur voulait traiter avec la ville 
de Gand,' sur le même pied qu'avec la ville d'An- 
vers. Mais Schietz, de son côté, ne resta pas inactif 
et avait, d'ailleurs, semble-t-il, des titres à la bien- 
veillance de l'administration. C'était lui qui avait 
introduit à Gand, le système de suspension des 
lanternes au moyen de potences en fer fixées aux 
maisons, ainsi qu'il était pratiqué depuis long- 
temps à Bruxelles. Ensuite son prix était inférieur 
d'un tiers à celui de Lepêcheur. 

Ce dernier enfin, quoique citoyen de « la grand' 
ville, » voulait rétrograder et suspendre les réver- 
bères au milieu des rues, comme anciennement, au 
moyen de cordes et de poulies. 

En somme, ce fut Schietz qui l'emporta, et, à 
partir de ce moment, l'éclairage fut sensiblement 



— 420 



amélioré. Les frais qui, antérieurement à Tan X, 
s'élevaient à fr. 30,312-69, montèrent, en l'an XII, 
àfr. 39,332-23. 



Du moment où le service de l'éclairage des rues 
fut organisé par la ville, celle-ci établit une taxe 
appelée « la taxe des illuminations, » pour la 
perception de laquelle un receveur spécial fut 
nommé ' . 

La taxe d'éclairage n'était pas bien élevée. 
Ainsi, pour les années 1806 et 1807, elle ne 
s'élevait qu'à « deux centimes six millimes par 
franc du revenu net imposable dans la contri- 
bution foncière. » 

En 1808, elle ne s'élevait plus qu'à la moitié, 
soit treize millimes par franc du même revenu. 

Les aubergistes, cabaretiers, etc., étaient tenus 
d'avoir une lanterne à leur porte, mais ils étaient, 
par contre, exempts de la contribution prélevée 
du chef de l'éclairage. 



Enfin les doyens, quoique n'ayant plus d'exis- 
tence officielle, restaient toujours chargés de 
la surveillance de l'éclairage de leur quartier, 
ainsi qu'en témoignent plusieurs lettres-circulaires 
à eux adressées par le maire, et par lesquelles ils 
étaient invités à lui communiquer les plaintes 



• Le premier qui occupa ce poste fut le citoyen F. de Blaere, 
demeurant rue « Onderbergen. » Son bureau était établi à l'hôtel 
de ville. 



421 — 



qu'ils pourraient avoir à faire contre les allumeurs, 
au sujet de Tlieure de Tallumage ou de l'extinction 
des réverbères. 



L'éclairage étant entre les mains de la ville, 
tout le monde se mit à devenir plus exigeant, et, 
peu de temps après l'organisation de l'an XI, 
quantité de réclamations furent adressées à l'ad- 
ministration municipale pour améliorer encore 
l'éclairage public. Chacun prêchant d'ailleurs pour 
sa chapelle : le commandant d'armes Jolly demande 
qu'on éclaire les abords de la citadelle, Mgr. 
l'Évêque de Gand réclame l'éclairage des rues 
conduisant à l'évêché, le doyen et les voisins de la 
rue Pêcherie^ où il n'y avait que six réverbères, 
demandent qu'on augmente ce nombre, le sieur 
Ch. Neyt et deux autres personnes habitant entre 
le Pont de Voltaire (ci-devant du Jugement) et le 
magasin des vivres, près de la Coupure, réclament 
également une augmentation d'éclairage, etc. 

En ce temps-là aussi, on commença enfin à 
éclairer les rues pendant la saison d'été; cet 
éclairage était plus restreint que l'éclairage d'hiver, 
qui déjà n'était pas bien brillant, mais, recon- 
naissons-le, c'était un progrès. 



Bisons enfin, pour terminer cette partie de 
notre travail, que l'éclairage, tel qu'il fût orgar 
nisé, à cette époque, était encore des plus défec- 
tueux. Qu'il nous suffise, pour en donner une idée^ 



— 422 — 

de dire que le Marché du Vendredi comptait 
sept lanternes de trois mèches, et qu'antérieure- 
ment à l'année 1809, la Place d'Armes était éclairée 
au moyen de douze réverbères suspendus aux 
maisons entourant la place. Dans le courant de 
Tannée 1809, on plaça ces réverbères sur des 
colonnes en bois tout autour de la place. Il y en 
avait alors dix-huit. 

Ce ne fut qu'en 1820 que ces colonnes en bois 
furent remplacées par des colonnes en pierre de. 
taille, qui existaient encore il y a quelques années, 
et qui étaient conçues dans un style dont l'ar- 
chaïsme par trop sévère excita longtemps la 
verve du journalisme local. 



L'éclairage des rues continua à progresser 
très lentement : en 1808, il y avait 703 lanternes 
contenant 1757 mèches; en 1809, 765 lanternes et 
1933 mèches; en 1815, 801 lanternes et 2042 
mèches '; en 1821, 815 lanternes et 2079 mèches. 



m 

Nous arrivons ainsi à la dernière période de 
l'histoire de Téclairage à Gand, qui est celle de 
l'éclairage au gaz. Cette période sera très écourtée 

'-' En cette dernière année, la place d'Armes comptait 23 lanternes 
de 3 mèches, 



— 423 — 

parce qu'elle est trop connue de chacun pour 
devoir être décrite. 

Ce fut en sa séance du 10 février 1827 que le 
conseil communal de Gand décida, en principe, de 
faire éclairer la ville au moyen du gaz, et nomma 
une commission spéciale pour étudier la question. 

En prenant cette décision, le conseil communal 
de Gand devançait les villes d'Anvers, Lille, et 
bien d'autres de même importance. 

Il est vrai que Bruxelles était déjà éclairé au gaz 
depuis 1819, mais Anvers ne commença à adopter 
ce mode d'éclairage qu'en 1837, et ce ne fut guère 
que vers 1840 que le service y fonctionna régu- 
lièrement. 

Remarquons d'ailleurs qu'à Gand, le gaz était 
déjà fourni depuis plusieurs années aux particuliers. 

Une usine avait été établie par M. Louis Roelandt 
au petit Toquet; on y fabriquait du gaz d'huile 
(oliegaz). 

A l'origine, cette fabrication suscita même des 
plaintes très vives de la part des voisins. 

On extrayait, en effet, alors le gaz de matières 
grasses ou huileuses et cette manipulation, outre 
qu'elle offrait de sérieux dangers d'incendie, ré- 
pandait une très mauvaise odeur. 

Il y eut d'ailleurs plusieurs incendies à la suite 
desquels des mesures de précautions furent im- 
posées à l'exploitant par les États députés ; l'usine 
fonctionna, dès lors, sans soulever d'autres diffi- 
cultés. 



— 424 — 

Ce fut M. Roelandt qui obtint, assez naturel- 
lement, la concession de Y éclairage public au gaz. 

L'acte de concession fut passé devant le notaire 
Ballia, le 17 mai 1827. Le contrat commençait à 
courir le l^'juillet suivant, pour finir le 30 juin 1851 . 
Il était résiliable tous les six ans. La ville fit 
usage de cette faculté en 1844, époque à laquelle 
l'exploitation fut confiée à la Compagnie- impé- 
riale et continentale pour achever le terme de 
M. Roelandt. 

Une économie très appréciable résultait de 
l'adoption du nouveau système d'éclairage, car, 
il y a toujours lieu de ne pas perdre de vue que les 
huiles employées alors pour l'éclairage étaient des 
huiles végétales. On se rappellera, en effet, que le 
pétrole ne commença à être emploj^é que vers 
l'année 1858. 

Le nouvel éclaii'age ne fut pas appliqué d'emblée 
à toute la ville. Ce ne furent guère que les quar- 
tiers du centre qui en furent d'abord dotés. La 
plupart des quartiers excentriques continuèrent 
à jouir de l'éclairage à Thuile. 

Le nombre d'allumeurs était fixé à raison d'un 
par vingt cinq lanternes. Enfin, les réverbères 
étaient distants de cinquante mètres, leur élévation 
était de quatre mètres, la hauteur de la flamme 
devait être de vingt cinq centimètres (le bec en 
éventail n'était pas inventé). 

Voilà, exposées grosso modo, les conditions sous 
lesquelles fut octroyée la première concession pour 
l'éclairage au gaz, à Gand. 



— 425 — 

Cette révolution dans les moyens d'éclairer la 
voie publique souleva-t-elle un grand enthou- 
siasme ? On pourrait croire qu'oui. Mais, si nous 
nous en rapportons au ton des journaux de 
l'époque, nous constatons, sinon de la froideur, 
tout au moins une assez grande indifférence. 

Voici en quels termes la Gazette van Gend (n" du 
5 avril 1827) annonça l'adoption du nouveau mode 
d'éclairage : 

« Den Raed der regentie dezer stad heeft in 
« zijne zitting van voorleden maendag den voor- 
« stel aangenomen om de verlichtinge der straeten 
« te doen bij middel van den gaz, te rekenen met 
« de maend september aenstaende ; het model der 
« lanteirns en het ujtwerksel van dit licht kan 
« men zien in de Volderstraete bij het kaféhuys * , 
« alwaer reeds eenen geplaetst is. » 

On avait compté être prêt pour le 6 septembre 
1827, mais, ainsi qu'il arrive toujours en pareille 
matière, on fut loin de l'être et soixante six lan- 
ternes seulement brûlèrent la nuit d'inauguration. 

Après la mise en œuvre du nouveau luminaire, 
le diapason de Fenthousiasme de la presse monta 
d'un ton; on lit, en effet, ce qui suit dans la 
Gazette van Gend du 8 septembre 1827, au sujet 
du nouveau système d'éclaù^age : « Sedert eenige 
« dagen worden den Kauter en de straeten welke 
« deze schoone wandelinge en het stadhuys aan- 
« paelen door den gaz verlicht. Den glans, welken 
(( deze verlichtingswijze veroorzaekt, is nog ver- 

« Tenu par la V* Robert. 

2Ô 



— 42fi — 

« meerderd door de nieuwe lanteirnen, waervan 
« het maeksel zeer sierlijk is. Ailes doet ons ge- 
« looven dat deze nieuwe verlichtingswijze welke 
« den voorkeiir boven de oude zoo wel verdient 
« welhaest door de gelieele stad zal gebruykt 
« worden. » 

A dater de rintroduction de l'éclairage au gaz, 
rillumination des rues devint, si pas brillante, du 
moins convenable. 

Le coût relativement restreint du nouveau mode 
d'éclairage permit, du reste, de réaliser rapide- 
ment de nouveaux progrès. 



Comme nous l'avons déjà dit plus haut, en 1844,' 
la concession Roelandt fut dénoncée et la Com- 
pagnie continentale désignée pour achever le 
terme de cette concession qui expirait seulement 
en 1851. 

En 1851, la même Compagnie continentale 
obtint la continuation de la concession pour un 
terme de trente ans, c'est-à-dire jusqu'en 1881, 
époque à laquelle elle fut détrônée, à son tour, 
par la Compagnie actuelle. 

La Compagnie continentale réduisit les prix de 
Roelandt de près de la moitié. Au lieu de 4 '/^ cen- 
times par heure et par bec, la ville ne dut plus 
payer que 2 '/a centimes. Et l'éclairage du théâtre, 
par exemple, au lieu de coûter 130 francs par 
représentation, ne coûta désormais plus que 
yo -francs sous la Compagnie continentale. 



— 427 — - 

Ce fut pendant la durée de la concession à la 
Compagnie continentale, c'est-à-dire de 1851 à 
1881, que les progrès les plus considérables furent 
réalisés. On peut dire que, durant cette période 
de trente années, l'importance de l'éclairage fut 
portée du simple au double. 

En efPet, le coût de cet éclairage qui, en 1851, 
s'élevait à fr. 64,816, monta, en 1880, à 
fr. 114,902-41. 

Personne n'ignore que, depuis 1881 , la ville jouit 
de l'éclairage gratuit de la voie publique. Tout le 
monde sait aussi que les prix de la nouvelle com- 
pagnie concessionnaire sont encore inférieurs de 
près de la moitié à ceux de la compagnie conti- 
nentale. De sorte que le gaz coûte aujourd'hui 
quatre fois moins qu'à l'origine. 



IV 



Quelque désir que nous ayons d'abréger, il 
semble cependant que nous ne pouvons laisser de 
dire un mot des allumeurs de réverbères \ 

Cette intéressante petite corporation ne prit 
une certaine importance qu'à dater de l'époque 
où l'éclairage public fut organisé par la commune ; 



^ Lanteeren-aanstekers , l'orthographe a quelque peu varié. En 
1801, ils s'appelaient lanteim-ontstekers. En 1809 latiteirn-aen- 
stekers; en 1840 appafait une nouvelle appellation : gâte licht 
aenstehers. 



— 428 — 

c'est-à-dire, comme on Ta vu plus haut, en 
l'an XI. 

A partir de Tannée 1803, ils distribuèrent aux 
habitants, à l'occasion de la nouvelle année, ce 
qu'ils appelaient et appellent encore des « nieuw- 
jciartcenschen » ou « nieuwjaargiften. » 

Ces « nieuwjaarwenschen » furent, jusqu'en 
1867, des pièces de vers généralement assez longues, 
et chantant en alexandrins, en dizains ou en 
sixains, selon le goût du jour, les louanges des 
« lanteeren aanstekers . » 

Ce sont les « neirstige en werkzaeme w « d'iverige 
en werkzaeme » lanteirn on- ou aanstekers . 

Si la ville est éclairée, si les vols ou les brigan- 
dages sont ainsi évités, c'est grâce aux « neirstige 
en werkzaeme lanteirn onstekers. » 

Voici, à titre de spécimen, quelques extraits de 
ces morceaux poétiques. 

Époque premier Empire : 

1. Zoo haest de Guide zonn' de aerde is ontweken 
Dan zijn wij al aan 't werk en al aan 't licht onsteken. 

De stad is zoo veiiicbt in 't midden van den nacht 

Dat men niet noodig heeft nog leijdsman, nog te wacht. 

Niemand moet vreezen van wat laeter uijt te blijven. 

Geen dief,geen booswicht durft bij nachten kwaed bedrijven 

De klaerte yan de stad is overal zoo groot 

Dat niemand vreezen moet voor ongeval of dood. 

etc. etc. (1803). 

2 

Daerom zoo 't dage licht de aerde gaet verlaten 
j\Iaeken wij ons bereid en loopen zoo ter straeten 



— 420 — 

Met de Leeder op op 'tlijf en Lanteirn in d'hand 
Tôt dat de Lampen al der gansche stede brand. 
Op dat d'inwoonders al geen onheijl zou voorkomen. 
Want liet is 't lampe liclit dat den boosvvicht doet schrome ; 
En ookden Bacchus-Quant bevrijd van aile kwaed. 
etc. etc. (1809). 

3 

Men ziet ook aile jaer ons meer de stad verlicbten 
't Welk zeer nadeelig is aen aile de booswicbten, 
Dit doen wij met een vlijd voor aile de inwoonders, 
En op de klarigheijd letten wy in bezonders. 

Wij loopen dagelijks door hagel en de kouwe, 
Met eene medallie van koper aen de mainve, 
Waer op is gegraveerd 't woordeken : A Humeur. 
etc. (1811). 

Nous ne contestons pas que cela soit loin — bien 
loin — d'être brillant, mais enfin c'est écrit dans un 
flamand à peu. près avouable, tandis que ce qui 
fut produit après, sous le régime hollandais, était 
conçu dans un abominable patois gantois. Nous 
n'avons pas compétence pour donner l'explication 
de cette singularité que nous ne constatons, du 
reste, qu'en passant, et que nous nous sommes déjà 
permis de relever plus haut, à propos de la supé- 
riorité incontestable du flamand employé sous 
l'administration française, sur celui que Ton 
trouve dans les documents des dernières années 
du régime autrichien. 

Donc, de 1815 à 1827, on ne trouve rien de 
mieux que de rééditer les « nieuwjaarwenschen » 
de 1803, 1809 ou 1811. 



— 430 - 

Voici quatre vers extraits du « Nieuw-Jaer- 
Gifte » de 1828. 

Wi] loopen met den korf aan 't zij 
Erger als de slaeven in Turkije, 
M'hender nog een zwaere leere bij 
• Ja, wij zijn neirstig en abil, etc. 



De 1842 à 1865, on ne se mit pas en grands 
frais d'imagination, la même pièce de vers reparut 
pendant ces 23 années; en voici quelques extraits : 

Die nieuws wilt zien ^ 

Komt uijt bij avond of nachten 
Gij zult de gaze zien 
Die wij groot achten. 

Al die ons zien aensteken, 
Hoort men met verwondering, 
Op deze lichten spreken ; 
't Is een'schoon uitvinding. 



Het waer een botterik 

Die geen nieuwjaer zou wenschen 

Daerom is het ons pligt, 

Gelijk die aller menschen 

etc. 

A partir de 1867, c'est fini. Plus de poésie. Les 
(( lanteirn aenstekers », eux aussi, sont entraînés 
dans le courant de positivisme qui domine toute 
notre époque. Des vers ! à quoi bon ? Aussi les 
remplace-t-on par de bons et utiles calendriers 
ou par des petits cartons représentant (?) l'un ou 
l'autre monument de la ville. 



~ 431 — 

De 1876 à 1879 cependant, ils risquent encore 
deux petits quatrains, bien modestes — quatre 
pieds seulement — et humblement dissimulés, 
dans un coin du petit carton, sous une énorme 
échelle d'allumeur de réverbères. 

Ik kom wenschen 
Aan aile menschen 
't Jaar vol geluk, 
Bevrijd van druk. 

Aile dagen 
Door wind en vlagen 
Doe ik raijn plicht 
Met 't sclioone licht. 

Cette fois, c'est le chant du cygne de la muse 
du « lanteirn aensteker. » Depuis lors, dix ans se 
sont écoulés, elle est morte, bien morte, leur 
muse, et les dieux ne sont plus là pour la faire — 
ainsi que Phénix — renaître de ses cendres. 

A. CtAllet-Miry. 



432 - 



L'AUTOBIOGRAPHIE 



DE 



CTTJSTE HiIÏ^SE'. 



27 Le philologue Fulvio Orsini (Rome, 1529-1600), de 
pauvre clerc de l'église S*-Etienne, devint bibliothécaire du 
cardinal Alexandre Farnèse. La 47® lettre de la centurie 
ad Italos et Hispanos lui est adressée, ainsi que deux épitres 
des Epistolicarwn Quœstionum lihri V : II, 5; V, 2. Les 
Misoellanea de Lazzeri (Rome, 1754-1757) contiennent égale- 
ment une lettre de Lipse à ce savant. Cf. Bibliographie 
Lipsienne, t. III, p. 275. Lipse écrivit, pour les Imagines et 
elogia virorum illustrium d'Orsini, un quatrain latin, repro- 
duit dans les Musœ Errantes, p. 83. 

28 Latinus Latinius (Viterbo, 1513-1593), philologue dis- 
tingué, étudia la jurisprudence à Sienne, entra en 1554 dans 
les ordres et fut secrétaire des cardinaux Puteo, Pio, Far- 
nesio et Colonna. Benci dit, dans les lettres qu'il écrit 
à Lipse, qu'il cause avec lui de ce dernier. V. notam- 
ment, dans la Sylloge de Burmann, t. I, ep. 69 : « cum 
Latinio sene, antiqui prorsns exempli, frequens de te sermo. 
Is quam delectetur lectione operum tuorum, vel indicabunt 
pagellae, quas ejus rogatu inclusi in hanc epistolam. » Ce 

' Suite et fin. — Voir Mess, des Sciences hist., 3e livr., 1889, 
p. 318. 



— 433 — 

passage fait probablement allusion à des corrections pour le 
Tacite de Lipse. 

29 Gérôme Mercuriale (Forli, 1530-1606), étudia la méde- 
cine à Padoue, où il se livra à la pratique de cet art, jusqu'à 
ce qu'il fût appelé à Rome par le cardinal Farnèse, qui le 
nomma son médecin particulier. Dans la suite, il professa la 
médecine à Padoue, à Bologne et à Pise. Il était médecin de 
Farnèse lorsque Lipse était secrétaire du cardinal de Gran- 
velle, à Rome, et il rappelle cette circonstance au début 
d'une lettre qu'il adresse à Lipse, le 18 février 1591 : « Qui 
inter nos jamdudum Romae, dum tu apud cardinalem Gran- 
vellanum, ego autem apud tîardinalem Farnesium essemus, 
contractus est amor ; curavi quantum in me fuit, ne uUo 
temporis spatio, ullaque locorum intercapedine deleretur...» 
(BuRMANN, t. I, ep. 258). V. 5 autres lettres de Mercuriale 
à Lipse, dans Burmann, t. I, ep. 257, 259, 260, 261, 262. 
Il existe également 5 lettres de Lipse à Mercuriale : Epist. 
Cent. II. MiscelL, Al; Epist. Cent, ad Italos et Hispanos, 
1, 7, 42, 68. A la fausse nouvelle de sa mort, en 1591, Lipse 
écrit à Jean van Hout : «... ad me scripsit [Bertius] Hieron. 
Mercurialem obiisse. Quod sane doleo, et jacturam me fecisse 
scio vere amici. Invitaverat me in Italiam nuper, et exsti- 
mulaverat ad locum Pisanum capiendum, quem Dux magnus 
ofFerebat. » (Burmann t. I, ep. 81). 

Citons, à titre de curiosité, l'opinion de Scaliger sur Mer- 
curiale . « Mercurialis estoit une grande beste. Il vit encore 
aujourd'huy à Bologne; c'est un envieux. Les Italiens, mesme 
entr'eux, sont envieux et médisans; parceque Scaliger Père 
reprend Galien, Mercurialis l'appelle calomniateur. » {Scali- 
gerana, éd. de 1695, pp. 264-265). 

30 Marc-Antoine Muret (Muret, 1526-1585), le plus célèbre 
des humanistes français, écrivit à Lipse, lorsque celui était 
encore à Rome, deux lettres qui sont reproduites dans les 
Décades XIIX [Clar. vir. ad Lips., 11 et 12); ces lettres 
figuraient dans la première édition de la première centurie 
des lettres de Lipse (Leyde, 1586, in-8'') ; mais elles ont 



— 434 — 

disparu dans les éditions subséquentes de cette centurie. 
Cf. Bibliographie Lipsieune, t. I, p. 477. 

Les lettres suivantes de Lipse sont adressées à Muret : 
Cent. I MiscelL, b2, 80; cinq lettres, dont deux datées de 
Rome, 1568-1569, dans les Miscellanea de Lazzeri (Rome, 
1754-1757); cf. Bibliographie Lipsienne, t. 111, p. 275. 
Ajoutons-y les lettres suivantes des Epistolicarum Qitœs- 
tionum libri V : 1, 6; III, 14; IV, 15; V, 15. Le traité 
de Lipse De Recta Pronunciatione Latinœ Linguœ est écrit 
sous la forme d'un dialogue entre Muret et Lipse. Enfin, 
les Décades XIIX contiennent (p. 301) une petite pièce de 
vers latins de Lipse Ad M. Antonium Miiretum . « Amo virura , » 
dit-il en parlant dp Muret, en 1584, a etamavi olira, nescioqua 
inclinatione naturae; Aemulatilinculae quaedam intervenerint 
et velut fumi, quid ad rem? nunquam obscurabunt hune 
ardentem in me ignem. Nugse sunt, de quibus contendimus, et 
hoc scio judicare Muretum ipsum. » (Burmann, t. I, ep. 55). 
Ce passage fait allusion à de légers diôerends survenus entre 
les deux savants, à l'occasion du Tacite de Lipse. Scaliger 
accuse ce dernier d'avoir copié Muret : « Lipsius nihil prse 
illo [Mureto], & invidebat illi. Furatus est emendationes. » 
[Sccdigerana, éd. de 1695; p. 277). Cf. plus loin, note 41. 

Nous avons un témoignage de l'excellente impression que 
Lipse fit sur Muret, dans une lettre de ce dernier adressée à 
Corneille Yalerius, le 3 des nones d'avril 1570, peu de temps 
après que Lipse eût quitté Rome : « Redit ad te Lipsius 
tuus, redit magno meo dolore. Ita enim me devinxit sibi, 
prsestantia ingenii et doctrinae, integritate morum, suavitate 
sermonis ac consuetudinis suae, ut eo discedente, a memetipso 
mihi avelli viderer. Felicem te Corneli, cujus ex disciplina 
adolescens tam rari exempli prodiit. Equidem antea et magni 
faciebam te ex scriptis tuis et amabam pro judicio, quod 
amantissime de emendatis a me Terentii fabulis feceras. 
Nunc vero mihi crede tanta accessio propter Lipsium facta 
est et ad opinionem de te et ad amorem erga te raeum, nihil 
ut magis cupiam, quam occasionem mihi aliquam dari 



— . 435 — 

declarandi tibi re et factis, quanti apud me sis... » Cette 
lettre est reproduite dans les Décades XIIX, huitième 
feuillet liminaire. 

31 Né en 1542 à Aquapendente, Plaute Benci étudia pen- 
dant sept ans à Rome, sous Antoine Muret; il entra dans la 
compagnie de Jésus et enseigna la rhétorique à Rome. Il 
cultivait la poésie latine, et on remarquait surtout le bon 
goût et l'élégance de ses compositions, qui faisaient dire à 
Scaliger : « NuUus Jesuitarum potest bona carmina scribere, 
excepte Fr. Bencio... » [ScaUgerana, éd. de 1695, p. 53). 
Juste Lipse, après son départ de Rome, continua à entre- 
tenir avec lui des relations épistolaires. Cf. EpistoL Cent. 
Miscell. I, 52; II, 75; ad Italos et Hispanos, 11; 
Décades XIIX, ad diversos, VI, 4; Burmann, t. I, ep. 61, 
68, 71. Burmann publie également onze lettres de Benci à 
Lipse : t. I, ep. 02, 63, 64, 65, 67, 69, 70, 72, 73, 74, 75. 
En 1596, parut à Cracovie, chez l'imprimeur Lazarus, un 
opuscule intitulé : Ivsti LipsI Epistola. Qva Francisco 
Bentio, viro, ex Societate lesu, illustri, reiectam à se faisant 
recentium hœreticorum doctrinam perscribit; Juste Lipse 
annonce à Benci qu'il a quitté la Hollande et rompu complè- 
tement avec les protestants; il est à Majence et va se 
rendre chez les Jésuites de Cologne. Cette lettre a été repro- 
duite dans les commentaires sur Suétone (Offenbach, 1610, 
pp. 213-215) et dans Burmann, t. I, ep. 66. Cf. Bibliographie 
Lipsienne, t. I, pp. 293-294. 

C'était le plus intime des amis que Juste Lipse s'était faits 
pendant son séjour à Rome : « virum», dit-il de lui en 1589 
(EpistoL Cent. Miscell., II, 54), « quem ego olim et nunc amo ! 
Frater mihi fuit, nec solvi unquam possit artus ille amor. » 
Apprenant sa mort, survenue le 6 mai 1594, il écrit à 
Abraham Ortelius [Cent. III ad Belgas, ep. 16) : « Ah tristes 
mihi litteras, super Bencii mei fato! nimis me ille vir 
amavit, ego illum ; et id usque a prima juventute nostra. In 
ipso flore œtatis amicitia Romse coaluit, et paucis annis me 
praecedebat... » Cf. Cent, ad Italos et Hispanos, ep. 19. 



- 436 — 

32 Le célèbre savant Charles Sigonius (Modène, 1520-1584) 
était professeur à Bologne ; Lipse eut l'occasion de le ren- 
contrer dans cette ville, en se rendant à Rome. Il le revit 
peut-être, dans la suite, à Rome même, car Sigonius y fit un 
voyage vers 1568. 

Lui sont adressées dans les EpistoUcarum Quœstionum 
libri V, les épîtres suivantes : I, 3; II, 11 ; III, 4; V, 1. 

33 Ce discours intitulé : Utrimi Jurisprudentia, An Medi- 
cina, Plus Boni Hominibus attiderit, est le huitième du 
recueil des Orationes octo Jenœ potissimum habifœ (1607). 
V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 309 et suiv. 

Cf. sur la maladie de Lipse à Dole, EpistoUcarum, Quœs- 
tioman libri V : III, 23. 

Il est assez piquant de rapprocher de cette aventure les 
déclarations de Lipse contre les potatores et les edones dans 
une Epistola ad Contubernales [Ceyit. III Miscell., ep. 51), 
et dans une lettre à François Aerssen (Delprat, ep. 17). 

34 Ogier Ghiselin, seigneur de Busbecq, né à Commines 
en 1522, fit ses études à l'université de Louvain et les 
compléta à Paris, à Venise, à Bologne et à Padoue. Envoyé à 
Constantinople par le roi Ferdinand de Hongrie, il y fit, 
comme ambassadeur, un séjour de huit ans, et en revint 

' pour se voir confier, par Ferdinand, l'éducation des archiducs 
Albert et Wenceslas. En 1570, il conduisit ceux-ci en 
Espagne, d'où il ramena les archiducs Rodolphe et Ernest. 
Envoyé eu France en 1574, il y resta jusqu'en 1592. En 
revenant de ce pays, un accident de voyage lui causa une 
fièvre violente, qui l'emporta le 28 octobre 1592. Cf. Bur- 
MANN, t. I, ep. 23 et la note. 

Lipse a adressé deux lettres à Busbecq : Epist. Cent. I 
Miscell., 18 et 63. Il a, de plus, consacré à sa mort quelques 
vers, publiés dans VEpist. Cent. II ad Belgas, ep. 78, et 
reproduits dans ses Miisœ Errantes, p. 76; il y attribue 
faussement sa fin à une attaque de soldats ou de voleurs. 

Les Saturnalium sermonum libri duo (1582) sont dédiés 
à Busbecq. L'épitre 16 du premier livre des EpistoUcarum 
Quœstionum libri T" lui est également adressée. 



— 437 — 

Il existe de Busbecq quatre lettres adressées à Juste 
Lipse : les deux premières se trouvent dans les Episfolarum 
Décades XlIX, Clar. vir. ad. I. Lipsium, 2 et 3; ces lettres 
figuraient d'abord dans la première édition de la première 
centurie (Leyde, Christ. Plantin, 1586); mais elles ont disparu 
dans les éditions subséquentes de cette centurie. Cf. Biblio- 
graphie Lipsieyme, t. I, p. 477. La troisième est reproduite 
dans \a,Sylloge de Burmann, t. I, ep. 212, et la quatrième 
dans le Messager des Sciences historiques de Belgique, 1840, 
p. 118. 

35 Après avoir fréquenté plusieurs universités d'Italie, de 
France et d'Allemagne, Jean Sambuc (Tyrnau, 1531-1584) 
vécut, en qualité d'historiographe et de conseiller, à la cour 
des empereurs Maximilien II et Rodolphe II. Juste Lipse 
lui a adressé deux lettres : Cent. I MiscelL, 36; Décades 
XIIX, ad I. Dousam V, 1 ; de plus, il lui a dédié son 
édition du De Oratoribus attribué à Tacite, dans l'édition 
générale de Tacite {Anvers, Christ. Plantin, 1574). Cf. Biblio- 
graphie Lipsienne, t. III, p. 113. 

Dans les Epistolicariim Quœstionum libri V, l'épître 2 
du livre IV est adressée à Sambuc. 

36 Jean Crato von Crafftheim (Breslau, 1519-1585) étudia 
d'abord la théologie, mais l'abandonna pour se livrer à la 
médecine, sur le conseil de Luther, auprès duquel il vécut 
six ans. Il fut le médecin des empereurs Ferdinand I, 
Maximilien II et Rodolphe II ; ce dernier le nomma comte 
palatin. Il existe de lui une lettre adressée à Juste Lipse, 
reproduite dans la Sylloge de Burmann, t. I, ep. 232. Dans 
une autre lettre du recueil de Burmann (t. I, ep. 322), un 
correspondant de Lipse lui dit que Crato offrait aux libraires, 
moyennant quelques exemplaires, d'écrire des épîtres limi- 
naires pour les ouvrages qu'ils éditaient : « Nosti Germa- 
norum ingénia, libenter impétrant epistolas liminares, imo 
etiam emendicant, ut suis libris prœfigantur; Crato contra, 
etiam non rogatus, typographis eas offerebat sponte, sed ea 
couditione, ut quaterna aut sena exemplaria impetraret in 



— 438 — 

suum usum, aut aliorum : is merito librarius muscus diei 
poterat.. » 

L'épître 7 du troisième livre des Epistolicarum Quœs- 
tionum libri V lui est adressée. 

37 Etienne Vinand Piglie (Kempen, 1520 [?]-1604), biblio- 
thécaire et secrétaire du cardinal de Granvelle (1555-1569), 
est surtout connu par la collection d'inscriptions et de dessins 
de monuments antiques qu'il avait formée et qui est désignée 
sous le nom de Codex Pighianus. Lipse lui adressa les lettres 
suivantes : Cent. I Miscell., 5; Cent, ad Italos et Hispanos, 
31 ; Décades XI IX, ad diverses I, 8 ; et une lettre en tête de 
l'édition de Valère-Maxime publiée par Pighe, en 1585, chez 
Christophe Plantin, à Anvers. Pour cette édition, Juste 
Lipse, sur l'invitation de Plantin, mit à la disposition de 
Pighe ses notes personnelles sur Valère-Maxime; elles con- 
sistent surtout en conjectures. Cf. Bibliographie Lipsienne, 
t, m, pp. 204-205. Dans les Epistolicarum Quœstionum 
libri V, les lettres suivantes sont adressées à Pighe : I, 9; 
III, 22; IV, 5; V. 21. En 1599, Lipse écrit à Jacques 
Uwenus qui lui avait donné des nouvelles de Pighe : 
« .. quamtetigit meettitillavitsuaviterPighii nostri mentio ! 
Ergo valet, vivit immortalitate ille dignus senex? valeat 
et scribat, plane alterLivius, indefessicalami et stili. Mirabilis 
vigor in illa setate, et quem ego nec voto adspirem. » 

Il existé une lettre de Pighe à Lipse, reproduite dans 
la Sylloge de Burmann, t. I, ep. 1, et relative au départ 
précipité'd'Iéna. 

Outre Busbecq, Sambuc, Crato et Pighe, Lipse fit encore 
la connaissance de Nicolas Biesius, médecin de Maximilien II 
[Bibliographie Lipsienne, t. I, p. III), ainsi que celle d'André 
EUinger [Cent. I Miscell., ep. 2). 

38 « D'après son autobiographie, les offres faites dans le 
but de le retenir ne lui avaient pas manqué, mais, poussé 
par le désir de retourner dans sa patrie, il les avait refusées. 
Était-ce là le véritable motif de son brusque départ ? Nous 
hésitons à le croire; car, quelques jours après, il accepta, avec 



— 439 - 

le modique traitement de 100 florins par an, la place de 
professeur d'histoire et d'éloquence à l'université d'Iéna, qui 
lui avait été ofl'erte par le duc de Saxe, Jean-Guillaume de 
Weimar. On est donc fondé à supposer qu'il éprouva à Vienne 
certaines déceptions qu'il n'a pas jugé à propos de consigner 
dans son autobiographie. » [Bibliographie Lipsienne, t. I, 
p. IV). 

39 Sur le séjour de Lipse à léna, v. Bibliographie Lip- 
sienne, t. I, pp. IV-VII, 250-252 et 484-485; t. III. 363-367. 
Les auteurs de la Bibliographie Lipsienne me paraissent 
avoir négligé de relever une lettre de Juste Lipse à Abraham 
Ortelius, datée de février 1592, et qui donne des rensei- 
gnements sur cette période obscure et pleine de controverses, 
de sa biographie : « ... An te annos viginti circiter, cum 
fugerem patriae mese turbas, opidulum illud veni. Oblata pro- 
fessioest, accepi. Docui Historias et Eloquentiam cum fructu, 
ut spero, juventutis; ut scio, cum applausu. Ea res mordere 
collegas meos alios, nos celebrari, coli, in ore etlaudibusesse, 

Ipsos in tenebris volvi cœnoque queruntur, 

ut dicam cum poeta. Erupit is aflectus, cum ex more scholae, 
decanus facultatis Artium (utamur receptis et lenibus verbis) 
creandus essem ; coeunt et se opponunt, Negant magistrum 
Artium me esse, nec per leges creari, nisi talem. Ego adse- 
rere, illi testimonium poscere. Protuli de baccalaureatu in 
utroque jure, quod prsevalei'e etiam censebam, et prsepon- 
derare titulo magisterii. Illi ridere et rejicere, Quid te 
teneam ? ad Principem itur. Is publicis imperiosisque 
literis jubet pro raagistro me esse, et haberi, et creari illico 
decanum. Factum est : atque eo jure magistros pro more 
nostri sévi creavi. Quod crimen hic admissum ? Nam, quod 
ad titulum ipsum pertinet, sciant me Colonise Ubiorum légi- 
tima spatia Philosophise decurrisse, ad ipsum titulum ad- 
motum fuisse, examinatum jam et admissum, nisi quod 
grandis illa et sseva pestis anni LXIII (si memini) me fugavit ' , 

* Ju3te Lipse a assigné plus haut, dans son autobiographie, uit 
tout autre motif à son départ du collège des jésuites de Cologne, 



— 440 — 

et honore illo, nihil volentem aut sitientem ejus, spoliavit. 
Hsec Veritas est. Aliud si quid dicent, a se dicent. Atqui 
discessum etiam meum ab eo loco culpant. Qui possint, 
miror. Non sane diu ibi egi, et invita et lacrimante juventute 
illinc abii. Sed tamen honeste petito commeatu, honeste 
impetrato. Literse ejus rei exstant. Etiam convivium sol- 
lemniter collegis meisdedi, etmaxima frequentia studiosorum 
abeuntem me deduxit. » (Burmann, t. I, ep. 158). V. la note 
de Burmann, à l'endroit cité, p. 162. 

40 II n'est pas certain que l'union de Lipse avec Anne 
vanden Calstere < ait toujours été très heureuse; en 1582, 
il conseille le célibat à Théod. van Leeuwen [Cent. I 
MiscelL, ep. 31); en 1594, il écrit à son ami Boisot : « fruere 
longum, mi Boisoto, beato cselibatu » [Cent. Il ad Belgas, 
ep. 17); eu 1598, il se plaint à Martin Del Rio du déran- 
gement que lui ont causé les noces d'un de ses neveux, que 
sa femme a voulu faire célébrer chez lui, ce qu'il a dû accor 
der [Cent. Il ad Belgas, ep. 36). 

Notons cependant que, dans une lettre antérieure, adressée 
au môme Del Rio, il rend hommage au sens des affaires que 
possède sa femme [Cent. II ad Belgas, ep. 3). Celle-ci, d'autre 
part, était l'instrument des jésuites, et, au rapport de 
Scaliger, extrêmement superstitieuse. V. Delprat, p. 4. 

41 V. Bibliographie Lipsienne, t. 111, pp. 113-115. 

« Lipsius insignia plagia commisit in Tacito a Mureto 
edoctus sed juvenis multa sibi tribuit tanquam propria, sed 
amicus meus est... », dit Scaliger [Scaligerana, éd. de 1695, 
pp. 242-243). L'article des Scaligerana sur Lipse est fort 
intéressant. 



^ « Anna vandeu Castre, vidua Henrici Jottin (fîlii Jottin & Bar- 
barœ van Tongeren) nupsit Just. Lips. », dit une note inédite en 
regard de la page 280 de l'exemplaire des Fasti Academici de Valère- 
André, appartenant à la bibliothèque de l'université de Gand. Les 
notes de ce volume, dues à J. Van Langendonck, ont été copiées, en 
1833, par J. -F. de Laval, sur l'exemplaire des /aiYi appartenant à 
Vandevelde, bibliothécai:'e de l'université de Louvain. 



— 441 — 

42 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 47-49. 

43 Lipse aimait beaucoup la campagne, et prenait plaisir à 
cultiver lui-même son jafdin.V., notamment, Cent.I Miscell., 
8, 27, 73; Cent. II Miscell., 15; Cent. I ad Belgas, 68; 
BuRMANN, t. I, ep. 33 et 718. 

A Leyde, les bourgmestres lui concèdent, en 1586, l'usage 
d'un jardin spacieux situé au milieu de la ville. V. Delprat, 
p. 82. 

44 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 479-482. 

45 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 63-65. La décla- 
ration de Lipse renverse la supposition de C. Ruelens et 
A. Pe Backer, qui conjecturent que les Leges regice furent la 
thèse inaugurale de Lipse, lorsqu'il prit ses grades de droit à 
Louvain {Annales Plantiniennes , p. 173, n° 14). 

46 Cf. Cent. I Miscell., ep. 27. 

47 Sur le séjour de Lipse en Hollande, v. l'excellent recueil 
de Delprat, cité plus haut. 

48 V. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. 235-237. 

49 V. Bibliographie Lipsienne, t. Il, pp. 545-548. 

50 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 515-517. 

51 V. Bibliographie Lipsienne, t. III, pp. 123-126. 

52 V. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. 73-76. 

« Raphelengius croit que, de tous les livres que Lipse a 
escrits, le seul de Constantia aura la vogue fort long-temps : 
de aliis silebitur, ut hodie de multis aliorum scriptis. » 
{Scaligerana, éd. de 1695, pp. 333-334). 

53 V. Bibliographie Lipsienne, t. I, pp. 29-32. 

54 V. Bibliographie Lipsienne, t. III, pp. 203-205. 

55 V. Bibliographie Lipsienne, t. I. pp. 245 et suiv. 

56 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 7-8. 

57 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, p. 463. 

58 V. Bibliographie Lipsienne, t. III. pp. 19-20. 

59 V. Bibliographie Lipsienne, t. III, pp. 255-256. 

60 V. Bibliographie Lipsienne, t. II, pp. 335-339. 

Au chapitre 25 du livre premier de ses Essais, Montaigne 

parle de Lipse et du « docte et laborieux tissu de ses Poli' 

tiques », 

29 



— 442 — 

61 V. Bihliographie Li-psienne, t. II, pp. 487-488. 

62 Sur la maladie de Lipse, v. Cent. I MiscelL, 86; 
Cent. III ad Belgas, 18, 43, 50, 68. Cf. de Reiffenberg, 
De Justi Lipsii vita et scriptis (Bruxelles, De Mat, 1823; 
in-4"), p. 30. 

Vers 1600, son état de santé était assez satisfaisant, et il 
écrivait, à la fin de cette année, à Erycius Puteanus : 
« Sum, ut ita dicam, médius sanitatis et mortis. » {Cent. II 
ad Belgas, ep. 69). Ainsi qu'il ressort d'une lettre adressée 
au greffier des États Généraux à La Haye, Aerssens, Lipse 
consulta, en 1591, le célèbre empirique et astrologue fran- 
çais, de la Rivière, qui jouit d'une vogue extraordinaire et 
fut attaché à Henri IV, en qualité de premier médebin. 
V. Delprat, ep. 29. 

63 La même pensée se trouve exprimée dans une lettre 
à Jacques Carondelet, en 1592 : « Destino quieti et firmse 
mansioni nostrae hanc sedem [Lovanium'], nisi aut publici 
aut privati hostes interpellent. » [Cent. I MiscelL, ep. 14). 

Cependant, au commencement de 1600, Lipse voulut 
entreprendre un voyage à Rome, afin de prendre enfin une 
légère distraction après trente années d'un labeur incessant 
[Cent. II ad Belgas, ep. 4) ; au mois de mai, il s'occupe déjà 
de son itinéraire et de l'argent qui lui sera nécessaire 
(BuRMANN, t. II, ep. 745) ; enfin, vers le mois de juillet, son 
voyage paraît décidé (Cf. Cent. II ad Belgas, ep. 50). Mais, 
peu de jours après, il écrit à Uwenus : « Sed vereor ut verbo 
suscepta [peregrinatio], re non reprsesentanda. Ut tibi aperte 

dicam, valetudo et vires mese abnuunt » [Cent. II ad 

Belgas, ep. 51). Sa santé est le seul motif qui le lui fasse 
remettre, écrit-il encore à François Hovius, au mois d'oc- 
tobre : « Quod ad iter meum omissum, valetudo Ifeola est in 
causa; » et il ajoute, avec une insistance singulière, « nec 
aliam tu aut alii quasrite, non reperietis. » {Cent, ad Italos et 
Ilispanos, ep. 76). En effet, la véritable cause de l'inaccom- 
plissement de son projet, c'est qu'il se vit refuser, contre son 
Mtente [Cent. II ad Belgas, ep. 44), l'autorisation oflîcielle 



— 443 — 

qu'il avait sollicitée. Burmann nous a conservé sa requête 
(t. Il, ep. 761). Voici l'explication, assez peu claire, du refus 
de Philippe II, que nous fournit le traducteur du Traité de 
la Constance, Lucien Dubois : « Ce monarque commençait à 
se lasser des longues luttes qui avaient marqué son règne. Il 
sentait la vie lui échapper, et, comme son père, il éprouvait 
ce profond dégoût des hommes, cette satiété du pouvoir qui 
avaient conduit Charles-Quint au monastère de Saint-Just. 
Il voulait réparer les maux qu'il avait faits à la Belgique, 
panser les plaies de ce pays si malheureux, et lui ouvrir 
une ère nouvelle de paix et de prospérité. Il entrait donc 
dans ses vues d'encourager les lettres et tous les arts de 
là paix, et cette circonstance explique son refus persistant 
d'accorder à Juste Lipse le congé que celui-ci sollicitait. » 
{Ouvr. cit., pp. 68-70). 

Le cardinal Sforza avait invité Lipse à loger dans son 
palais, pendant son séjour à Rome (Burmann, t. II, ep. 752). 

V. encore sur ce projet de voyage à Rome : Cent. II ad 
Belgas, ep. 45, 46, 47, 49; Cent, ad Italos et Hispanos, 
ep. 61, 64, 65, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75. 

64 V., notamment. Cent. III ad Belgas, ep. 3 : « Ipse Pon- 
tifex, caput nostrum, recenter nunc me Romam invitavit : 
sed excusamus verissimo illo valetudinis prsetextu. » (1592). 

65 En 1594, le roi de France eut le désir d'avoir Juste Lipse 
à Paris; v. une lettre de Casaubon à Lipse (Burmann, t. I, 
ep. 358); lettre de Bongars, du 12 octobre 1594 : a Sa 
Majesté m'a recommandé de vous en escrire, et d'aprendre 
de vous-mesmes vostre volonté. 11 vous offre telle profession 
à Paris, que bon vous semblera : et six cents escus de gages, 
avec moyens de faire le voyage. S'il vous plaist d'y entendre, 
vous aurez incontinent un Gentilhomme pour vous conduire. 
J'ay ouy le Roy parler et discourir de vous, avec tel feu, qu'il 
estoit aysé à juger, qu'il brusloit au dedans d'un désir de 
vous voir et honorer. » (Burmann, t. I, ep. 49). 

Le roi de France répète ses offres en 1603, par la bouche de 
la Doderie : «... [Le roi] m'a commandé de scavoir de vous, 



— 444 — 

si vous auriez point agréable de changer de séjour, et venir 
favoriser de vostre présence ce rovaume, qui vous honore 
tant... dès maintenant il vous donnera douze cents escus 
d'entretement [sic], qui ne seront néantmoins qu'un commen- 
cement de gratification... Le principal service, qu'il dési- 
reroit de vous, seroit d'estre garde de la Bibliothèque... » 
(BuRMANN, t. II, ep. 824); en faisant part de cette offre à 
Denis de Villers, Lipse dit à son ami qu'il l'a refusée, à cause 
de son état de santé : « Rex Gallise scribi ad me j assit bene 
serio, ante duas tresve septimanas, et in suum regnum, loco 
et conditione quibus vellem, invitari. Excusavi, et gratias egi. 
Iterarunt tamen,et vel ad otium, quale in Batavis Scaliger, 
vocarunt. Ego in sententia mansi, id est abnui : nec lubet 
peregrinari ultra ; lubet, ut dixi, ad metam ire. Melancholia 
est, inquies. Nosti veterem meum malum, corporis tamen 
adhuc magis quam animi... » {Cent. V Miscell., ep. 17). 

66 « Yeneti non cessant me non dicam compellare sed 
psene compellere, ita litteris aliis aliisque urgent etsi palam 
et sine exceptione negavi. » [Cent. Il ad Belges, ep. 14). Cf. 
Cent, ad Italos et Hispanos, ep. 15 et 16. (1594). 

67 V. Cent. ad. Italos et Hispanos, 1 : « De magni ducis 
Etrurife honesta conditione, quam mihi defert, nihil adhuc 
accepi, prseter ea quse litterse tuse strictim delibant. Tamen, 
ut nunc valetudo et res mese sunt, parère et obsequi vix pos- 
sum, etsi benignissime vocanti. « Cf. Ceyit. III ad Belgas, 
ep, 3. (1591-1592). « Lipsius Lovanii 1000 florenos habet pro 
stipendio, vix credibile est vocatum Patavium noluisse eo 
ire & 1200 coronatos récusasse... [Scaligerana, éd. de 1695, 
p. 243). 

68 V. Cent, ad Italos et Hispanos, ep. 17, 18, 20, 24, 25, 
27, 28, 29, 31, 33, 35; Cent. III ad Belgas, ep. 20; Bur- 
MANN, t. I, ep. 553, 686, 696. 

Lipse fut aussi appelé par la ville de Milan. V. Cent. II 
ad Belgas, ep. 14. 

Une lettre curieuse, conservée par Burmann (t. II, ep. 786) 
nous montre qu'en 1602, Lipse fut invité à se rendre en 



— 445 — 

Autriche : « en laquelle [maison d'Autriche] elle [la personne 
de Lipse] sera entièrement avecque toute sa famille fort 
noblement entretenu et nourri, sans despendre une maille; 
deffrajé ju.sques ici : avant bouger dillec luy seront délivrés 
comptant de don deux mille tallers : et les gaiges ordinaires 
monteront jusques à quinze cents Reychsdakîres, sans dons 
présents ordinaires, lesquels excéderont le tout... » L'auteur 
de cette singulière épitre, qui se donne le nom de « Philibert 
Meurier alias Maulpergher, gentilhome de la Maison de sa 
Majesté Césarée et Maistre d'Hostel du Illustrisme [sic] Sieur 
de Liechtenstain », joint à sa missive un envoi de « Lancke- 
letten Stôckriibell [?] lesquels j'espère que V. Excellence 
trouvera bon tant crues, que accoustrés entières, au mou- 
ton » ; il dit aussi qu'on lui a promis un « pot-de-vin » de 
mille ducats, s'il réussit dans sa mission : « si sçaurai si 
bien jouer mon perssonage d'esmovoir la persone do vostre 
Excellence, de venir en laditte maison [d'Autriche]. » 

Burmann ajoute, après avoir reproduit cette lettre, la note 
suivante : « Hanc epistolam, antiquato et fere barbare ser- 
mone conscriptam, edidi, quia nusquam, nisi in illa, vidi 
Lipsium ab Austriacis vocatuni, tam luculenti stipendii spe 
ostentata. Quare dubito, an ex publico Jecreto talia vere 
potuerit promittere hic aulicus; nec credam, nisi aliunde 
constet. » 

69 Dans sa correspondance, nous voyons plusieurs fois 
Lipse se plaindre de l'insuffisance de ses ressources. Dans une 
lettre adressée à Pierre Oranus, il écrit en 1594 : « Fui 
Antverpiae ut mea quaedam ederem, quo tamen hodie fructu? 
Plaudunt, laudant, ut pueri Junonis avem, ait ille ; et hîec sunt 
prœmia nostra. » {Cent. III ad Belgas, ep. 15). L'année sui- 
vante, il se plaint à Christophe d'Assonville de la modicité 
de son traitement : « Psene trienniura hicjam egi, in exiguo 
stipendie, et quod alendo mihi non fuerit, nisi vêtus parci- 
monia aliquid suppeditasset... » [Cent. II ad Belgas, ep. 18). 

70 V. Bibliographie Lipsienne, t. 1, pp. XI-XI I. 

71 V. la lettre de remerciments de Lipse, Cent, ad Italos et 



— 446 — 

Hispayios, ep. 41. Lipse lui dédia plus tard ses Physiologiœ 
Stoïcorum lihri très (1604). Cf. Bihliographie Lipsienne, 
t. 11, p. 554. 

72 Sur Lipse historien, v. Bibliographie Lipsienne, t. II, 
pp. 78-79. 

Voici ce qu'il dit de sa nomination d'historiographe, dans 
une lettre à Nicolas Micaultius, d'octobre 1600 : « Historio- 
graphi quidem titulo ea [subsidia] mihi data : sed reipsa valut 
pensatio aut prsemium niansionis, cum Itali, ut scis, majora 
longe ofFerrent... Sed tamen quod ad historias, nec ab lis 
scribendis fugimus (levé nobis opus) si qusedam ante pere- 
gerimus jam concepta, et tempora si campum aperient liberse 
scriptoni '. Blandiri, laudare, insultare, non est meum, nec 
eorum quos melior fama aut posteritas amet... » (Cent. II 
ad Belgas, ep. 66). 

73 V. Bibliographie Lipsienne, t. 1, pp. 181-186. 

74 V. Bibliographie Lipsienne, t 11, pp. 113-111. 

75 V. Bibliographie Lipsienne, t. 11, pp. 319-324. 

76 V. Bibliographie Lipsienne. t. 1, pp. 3-5. 

77 V. Bibliographie Lipsienne, t. 1, pp. 223-224. 

La dissertatiuncula est la leçon que Juste Lipse donna, 
le 7 des calendes de décembre 1599, en présence des archi- 
ducs Albert et Isabelle. 11 raconte cette leçon dans une lettre 
à Nicolas Oudart, Cent. II ad Belgas, ep. 57. 

78 « Imperialis raconte que Juste Lipse avoit une si forte 
aversion pour la musique, que la symphonie lui causoit une 
mélancolie extrême. » (De Vigneul-Marville, Mélanges d'His- 
toire et de littérature (1701), t. 11, p. 74). 

Paul Bergmans. 



1 Faute d'impression, pour scriptioni (éd. de Wesel , t. II, 
p. 912, 1. 24). 



— 447 



LES 

SEIGNEURIES DU PAYS DE MALINES 



KEERBERGEN 



ET 



SES S E I G- nsr E XJI^ S 



Le 31 janvier 1427, nous rencontrons « Domina 
Margareta relicta quondam domini Johannis de 
Berlaer, Domini de Helmont » (K. & S., n" 98). 

La mort de Jean de Berlaer donna lieu à une 
lutte véhémente au sujet de sa succession. Le 
22 octobre 1427, « Johannes dictus Bonté » fut 
investi, en vertu d'un acte passé par le défunt 
le 25 novembre 1417, des biens de la maison de 
Berlaer, avec l'obligation de payer à la veuve de 
Jean une rente viagère de 250 couronnes d'or 
(ib., n" 101). Nous devons, toutefois, faire remar- 

' Suite. Voir Messager des Sciences histor., 2« liv. 1889, p. 189. 



• - 448 — 

quer que la seigneurie de Keerbergen ne figurait 
pas parmi ces biens. Le 8 août 1431, Guillaume 
Buijs, fils de Gisbert, fit, à Tervueren, par suite 
de la mort de « heren Jans van Berlaer, hère van 
Helmont, » le relief de la ville et château de Hel- 
mond (B. 396, p. 234 v^). De son côté, Jean de 
Cuijck, seigneur d'Hoogstraeten, fils du premier 
lit de Gertrude Cotrel précitée, éleva des préten- 
tions sur Topulente succession de son beau-père. 
Il céda, toutefois, ses droits, le 4 janvier 1434, à 
maître Arnould van Weilhusen, en faveur de 
Thierry de Lu (K. & S. , n° 106). Celui-ci se désista, 
le 9 juin 1436, en faveur de Jean de Cortenbach, 
seigneur de Helmond, « tôt hehoeff jouffrouwe Katha- 
« iHne sijnre gesellinnen... lotgenomen ende hierop 
« hehouden ' Goijarden die Lu ende der vrouwen 
a sijnre gesellinnen allen hoeren rechte. . . » (K. & S. , 
n'' 107). Le mariage de Catherine de Berlaer avec 
Jean de Cortenbach avait été conclu, à nous en 
rapporter à lautorité de M. A. Sassen {Heeren 
van Helmond) ^ en 1433. — C'est en septembre 
ou en octobre 1431, que cette dame fut investie 
des biens suivants 'il" château et village (dorp) 
de Helmond ; 2° une rente annuelle de 72 muids 
d avoine sur les biens de « Nijenkuijck; » 3"^ 27 bon- 
niers « so beemde so weijde » dans la forêt de 
d'Oirschot; 4° trois « hoeven » de terre à Uden- 
hout (B. 396, p. 236). Quant à Keerbergen, cette 
seigneurie devint lapanage d'un des frères bâtards 



• L'acte de relief la qualifie : « Jouffrouwe... van Helmont ; » le 
prénom est laissé en blanc. 



- 449 — 

de Catherine, Waleran de Helmond. En effet, le 
12 février 1438, Arnoldus de Eken et Baldiiinus 
de Papenbroeck, échevins de Duffel, déclarent que 
le drossard de Duffel a adhérité (adducere) « Wal- 
ramum de Helmont, Domixum de Keerbeeghen » 
d'une ferme, dite « Spruijt-Hoeve, » appartenant 
à Arnoul van der Donck, attendu que celui-ci était 
resté redevable audit Waleran de 300 deniers d'or, 
dits « rijders » (abbaye de Roosendael, carton II). 
Le 28 avril 1430, Marguerite de Helmond, fille 
naturelle de feu Jean de Berlaer, seigneur de Hel- 
mond, assistée de son mari et momboir, Walter 
de Quaderebbe, releva, pour Henri, Gisbert, elle- 
même, Gertrude et Agnès, tous enfants dudit sei- 
gneur de Helmond et procréés avec « vrouioe 
Margriete sijnen wittigen wive, » le bien dit 
« tgoet ten Broecke, » à Boucliout, et divers cens 
à Herenthout. Ces cens s'élevaient à un total 
de 19 livres 15 sols et 3 deniers, monnaie de 
Louvain. Tous ces biens, devaient être partagés 
par lesdits enfants à l'époque où ils seraient tous 
majeurs (B. 396, p. 202). Ten Broecke fut attribué 
à l'un de ces enfants : « Henrick van Helmont, die 
men heit Stakenborch, natuerlic soen » (Specht- 
boek, B. 4, p, 173) et dont nous avons déjà parlé 
plus haut ' . 

Avant de continuer l'histoire de la seigneurie 
de Keerbergen, il convient d'ouvrir ici une paren- 



• Au sujet des bâtards de Jean de Berlaer, on pourra consulter les 
Trophées de Brabant, 



- 450 — 

thèse. Comme nous l'avons vu par Tanaljse de 
son testament, Jean de Berlaer ne disposa pas 
dans cette pièce de sa fortune immobilière. Nous 
inférons de ce fait que des donations entre vifs 
avaient précédé cet acte de dernière volonté, 
quoique, il est vrai, les reliefs aient été faits après 
le décès de Jean. Mais, malheureusement, les 
registres de la cour féodale de Brabant, de cette 
époque reculée, sont des plus laconiques. Ils ne 
fournissent guère de détails sur l'origine des 
droits de ceux qui réclamaient l'investiture. Dans 
la plupart des cas, on doit donc s'en rapporter 
à ses propres inductions. 

Dans son testament, Jean de Berlaer désigne 
ses filles Marie, Thierrette et Elisabeth expressé- 
ment comme « filiae Jiatiwales. » Il les dote de 
rentes « pure in elemosinam et simpliciter propter 
Deum. » En parlant de sa fille Catherine, il la 
nomme sa fille tout court, sans la dire issue d'un 
mariage légitime, comme on aurait dû s'y attendre, 
par opposition à ses- filles naturelles. Il ne désigne 
pas non plus comme sa femme la mère de cette 
fille Catherine. Or, s'il avait été réellement marié, 
le jour de la confection du testament, avec cette 
« Margareta filia cuiusdam Huberti, » cet acte 
n'aurait pas été daté de la maison aiiparte^iant à 
cette Marguerite, mais de la maison appartenant 
aux deux époux, respectivement habitée par eux. 
Dans son travail intitulé : « De Heeren van Hel- 
mond, » M. Aug. Sassen dit, sur un feuillet 
ajouté après l'impression de la brochure, que, 
d'après des actes authentiques, la première femme 



— 451 — 

de Jean de Berlaer, Gertrade Cotrel, était morte 
le 23 septembre 1418. Butkens place le décès 
de cette dame à la même date. — En supposant 
que Jean se fût remarié immédiatement après 
et que Catherine eût vu le jour dans le délai 
le plus bref possible, c'est-à-dire vers la fin de 
juin 1419, elle se serait trouvée, en 1433, lors de 
son mariage, dans sa 14'"'' année ! Elle n'aurait 
donc pas encore eu 17 ans le 9 juin 1436, jour où 
nous l'avons rencontrée dans un acte authentique. 
— Mais, Jean de Berlaer avait déjà procréé avec 
Marguerite un certain nombre de bâtards, dont 
quelques-uns ont été cités plus haut, et nous 
sommes d'avis que Catherine était également une 
fille naturelle, née avant 1419. Pour régulariser 
la situation de Catherine, probablement son enfant 
de prédilection, Jean de Berlaer aura épousé in 
extremis la mère, Marguerite. Car, nous possédons 
plusieurs documents qui prouvent que ce mariage 
a eu lieu. Si, cependant, nous voyons le bâtard 
Louis de Helmond nommer (dans l'acte de 1426, 
analysé plus haut) Catherine « mijne loittige 
suster, » ce n'est pas, à notre sens, de la fille 
légitime, mais de la fille légitimée de ses j)arents 
qu'il parle. 

Nous ne doutons pas que l'on ne découvre, tôt 
ou tard, des documents qui établiront à quel point 
nos déductions à ce sujet sont exactes. 



Par le décès de Jean de Berlaer, la branche 
masculine et légitime des Berthout, seigneurs de 



— 452 — 

Berlaer, Keerbergen et Helmoncl était éteinte. Le 
nom de Berlaer continua, toutefois, à être porté 
par un grand nombre de personnes. Nous avons 
rencontré aussi plusieurs porteurs du nom de 
Berlaer, des siècles précédents, qui semblent être 
de la même souche que la branche qui nous occupe 
ici. D'autres encore qui pourraient appartenir à 
une famille antérieure à l'époque où les Berthout 
commencèrent à se nommer d'après leur terre de 
Berlaer. Voici, par ordre chronologique, la liste 
des différentes personnes sur lesquelles nous avons 
fait des annotations. 

1223. Bastinus de Berlaer, témoin, à Lierre, à 
la charte par laquelle le duc Henri de Brabant et 
Godefroid f?É? Scoten conviennent que le château 
et pays de Breda constituent un alleu brabançon, 
à tenir en fief du duc de Brabant (Tr. I, Pr. p. 69). 

1235. Henri de Berlaer, prêtre, cité comme 
témoin d'une donation d'Égide Berthout, en faveur 
de l'abbaye de Saint-Bernard (voyez ci-dessus). 

1270. c( Wilhelmus et Walterus fratres, filii quon- 
dam Henrici dicti de Berlaer et Ode eius uxoris » 
font connaître que leur père Henri et eux-mêmes 
ont donné à différentes personnes et à l'hôpital (de 
Sainte-Elisabeth) d'Anvers « omnia bona dicta de 
Berlaer. . . in parochia Mortensele, » qui est Morlsel 
(Stookmans, Geschiedenis van Mortseï). 

1288. Thierry de Berlaer, armé chevalier par 
le duc Jean V' le jour de la bataille de Woeringen 
(van Heelu). 

1328, 31 mai. Guillaume de Berlaere, clerc et 
drossard de Florent Berthout, seigneur de Malines 



— 453 — 

(B'"^ DE Saint-Genois , Invent, anahjt. des chartes 
du comté de Flandre). 

1343, clominica qua cantari solet judica ; Arnol- 
dus dictus Xout van Berlaer et Beatrix eius uxor » 
vendent à Elisabeth de Bersele, béguine, une 
rente de 30 sols (abbaye de Roosendael, carton I). 

131 ly 1372. « Venerabilis et discretus vir Egi-. 
dius de Berlaer, presbyter, prepositus et canonicus 
regularis professus monasterii Santi jNIichaelis 
Antverpiensis (CartuL S. Michel, Arch. Génér. 
du R., 77 j. f" 387; voy. aussi 77h f^ 144 v°). 

1380. Franck van Ballaer ' donne sa maison 
sise, à Lierre, dans la rue de Berlaer, pour une 
infirmerie de vieilles femmes (A. Bergmaxn, Ge- 
schiedenis der stad Lier). 

1420, 15 janvier; l'abbé de Saint-Michel, à 
Anvers, cède à Arnould de Barlair une propriété, 
sise, à Malines, dans la Blocstraat (Cart. S'-Michel, 
77, f.,f'^26). 

1454, 1457, 1459. Dominus Egidius de Barlair % 
canonicus ecclesie sancti Gaugerici cameracensis 
et curatus ecclesie de Ermbodeghem » fait des 
fondations pieuses en faveur de l'abbaye de Groe- 
nendael. Il décède le 31 janvier 1459 (nécrologe 
du prieuré de Groenendael ; Annales de l'Acad. 
d'A7xhéol. de Belg., XI, p. 257). 

1474, 14 septbr. ; Yranck van Berlair, fils de 
Rombaut, relève, par suite d'un partage avec ses 
frères et sœurs, tous héritiers de leurs grandes- 

' Du XVIe au XVIII« siècle, on nommait la commune de Berlaer 
presque exclusivement Ballaer, aussi quelquefois Balder, 

• 11 appartenait peut-être à cette famille qui a emprunté son nom 
à la localité de Benlaere, en Flandre. 



— 454 - 

tantes Elisabeth et Catherine van den Bossche, 
une foresterie héréditaire {erfvorsterié) dans la 
ville de Louvain (B. 344, p. 92) *. 

1415, 1 décbr. ; le chevalier Pierre van Brimey 
et sa femme, Madeleine van Vriessele, fille de 
« Jonffr. Gertruijt van Barlaer, des heeren van 
Helmont dochtere, » sont investis d'une seigneurie 
avec majeur, tenanciers, etc., à Contich et à 
Waerloos (C. 17837). 

1416, 16 novbr. ; les mêmes relèvent, par retrait 
lignager, le quart d'une seigneurie à Contich 
(ibidem). 

1483, 26 juin; Elisabeth van Berlaer, assistée 
de son mari Rombaut Willemair le jeune, et sa 
sœur Marguerite van Berlaer, font, en qualité 
d'héritières de leur frère Yranck, le relief de la 
susdite erfvorsterié (B. 345, p. 197). 

1493, 10 juin; Dorothée Wilmaerts, son mari 
Jacques van Halmale, sa sœur Elisabeth Wilmaerts 
et le mari de celle-ci Gérard van Lambroeck, 
transportent à leur tante Marguerite van Berlaer 
la moitié de cette « erfvorsterié » (B. 346). 

1493, 11 juin; Marguerite van Berlaer précitée 
relève, comme héritière de sa sœur Elisabeth, 
l'autre moitié de ce fief (ibid.). 



* La foresterie, ou sergenterie, était un droit de police qu'on don- 
nait quelquefois à ferme ; parfois aussi elle constituait la récompense 
de services rendus au prince ou à ses courtisans. Barthélémy Schel- 
kens, fermier de la foresterie de Turnhout, ayant exposé qu'à cause 
de la peste il n'avait pu profiter de ses fonctions, want rnen aldair 
egheen redit noch justicie gedaen noch versocht en heeft en is noch 
gescajpen zekeren langen -tijt dair af nijet vêle te j^roffijteren, fut dis- 
pensé de la ledcvance d'un semestre, soit 10 livres de gros, m. de ¥\. ) 
10 septembre 15iy (C. 5204', p. 43 v»). 



— 455 -- 

1571, 14 juin; les États de Brabant vendent 
une rente à Jean van Ballaer, prêtre et chapelain 
de la paroisse de la Chapelle, à Bruxelles (Cart. 
de S. Michel, 77, g., f" 209). 

i597, 4 février ; Gaspard van Ballaer, fils de feu 
Chrétien, à Ouwen, vend une rente à l'abbaje de 
Saint-Michel (ibid., f° 212). 

1600, 2 mars ; acte passé devant les échevins du 
sire de Mérode, dans sa seigneurie d'Echelpoele, 
à HerenthoLit; Janneken Smets (fille de Jean 
et de feu Marie van Ballaer, fille de Chrétien), 
son mari Guillaume van Meroijen (de Merode [?]) 
et consors vendent à Gaspard van Ballaer (fils de 
Chrétien, frère de ladite Marie) et à sa femme 
Catherine van Eijnde (!) leur part d'une rente 
provenant de Jean van Ballaer, prêtre et chape- 
lain à Bruxelles. Cet acte cite : Anne, Catherine 
et Barbe van Ballaer, filles de Corneille, Elisabeth 
V. B., fille de feu Pierre, frère des trois sœurs pré- 
citées (ibid., f' 210).- 

Jean de Cortenbach, seigneur de Cortenbach \ 
le mari de Catherine de Berlaer, était fils de 



» Cortenbach était une seigneurie entre Maestricht et Aix-la- 
Chapelle. Elle appartint plus tard aux Lamberts qui se nomment 
de nos joura^ai-ons de Lamberts-Cortenbach. Les de Cortenbach, 
qui étaient aussi seigneurs de Voerendael, Cortessem et Blankenberg, 
ont produit plusieurs tréfonciers de Liège et fait de nombreuses 
fondations pieuses (Fahne, die Bynasten etc. von Bocholtz; Serrure, 
Histoire de la Sonveraineté de 's Heerenherg). Gossuin de C. scella 
le traité entre le Brabant et le Limbourg, du 15 novbr. 1415 
(MiRAEUs, Not. Ecclesiar, Belgii, p. 688). Jean de C. fonda l'église 
de Fauquemont (Ann. de VAcad, d^Archéol. de Belg., VI, p. 244). 



456 — 



Gossuin, seigneur dudit lieu, lieutenant des fiefs 
du pays de Fauquemont et de Bella Huijn d'Ara- 
stenraedt (qui testèrent en 1427), et petit-fils de 
Gérard, seigneur de Cortenbacli, et de Lijsa de 
Cartils, qui testèrent en 1406, à la Saint-Lambert, 
et furent enterrés à Voerendael, dans la chapelle 
dont ils étaient les fondateurs (Sassen). 

Les armes étaient : d'or à trois bandes de 
gueules ; cimier : le buste d'un homme barbu, de 
carnation, vêtu de l'écu et coiffé d'un chapeau de 
cardinal de gueules, galonné d'or. 

La seigneurie de Keerbergen, après avoir appai'- 
tenu temporairement au bâtard Waleran de Hel- 
mond, ne tarda pas à échoir à Catherine de 
Berlaer et à son mari. Il est probable que les 
époux ont racheté les droits de leur frère et beau- 
frère respectif. Le 18 juillet 1441, « Jan van Cor- 
tenbach heer ende Jouifrouwe Katherine van 
Berlaer, sijne gesellijne, vrouwe tôt Helmont » 
firent avec le couvent de Binderen et les héri- 
tiers d'Ysbout van Asten un accord au sujet de la 
« gruit )) de Helmond (K. & S., n'' 111). Le 2 sep- 
tembre suivant, Jean de Cortenbach reçut du duc 
Philippe de Brabant une rente héritable de 30 
vieux écus de France, hypothéquée sur la sei- 
gneurie de Mierlo (ib., n'^ 112). Le 13 mars 1446, 
il conféra quelques droits aux habitants de Hel- 
mond (ib., n" 114). Six ans plus tard, il eut des 
différends avec Guillaume de Gheut, seigneur 
d'Aarle, Beek, Rixtel, Stiphout, etc., au sujet de 
la haute juridiction d'Overbrug. Un accord inter- 
vint le 29 octobre 1452 (ib., n°« 121 & 122). En 



— 457 — 

1460, Jean de Cortenbach prit un arrangement 
avec la ville de Helmond au sujet de la confection 
des rues (ib., n°® 123 et 124). Par lettres-patentes 
du 10 juin 1463, le duc Philippe lui octroya l'auto- 
risation d'établir une cour de tenanciers (laathof), 
afin de sauvegarder ses droits censaux dans les 
villages de Saint-Oedenrode, Leende, Son, Aarle, 
Lieshout, Stipbout, Bakel, Deurne, ^^ierden, 
Someren, Lierop, Tongelre, Xunen, Erp, etc. 
(ib., n° 128). 

Dans les documents que nous venons d'analyser 
succinctement, Jean de Cortenbach est qualifié 
quelquefois de « Joncker; » le plus souvent, on ne 
lui attribue aucun titre. Il ne fut donc pas che- 
valier * . 

Au château de Wemmel, on voit, au-dessus 
d'une cheminée, l'inscription suivante avec seize 
écussons : 

« Messire Jacques Taye, chevaher, seigneur de Wemmel, 
Goyck, Sart, Steen, Elewijck, Wilnierdouck, Bierges, 
Straelen, Kierberghe, Herenthout, Relegem, Ham, Bevere, 
chambellau de l'Empereur Maximilien en 1451, épousa 
Dame Isabella d'Enghien, fille de Jean, chevalier, seig'" 
d'Enghien et de Kestergat. » 

Les armes sont : . 

Rochefort, Bertliout, Bouchout, Taye, Ligne, de Fosseu, 
Liekerke, Moriames, Enghien, Liere, Mol, Bourgoigne, 
Montfort, ]\Ielun, Rotselaer, Hameide. 



< Ceci est parfaitement prouvé par l'acte de son fils de 1468 où 
ce dernier est dit être tils « domicelU » Jean de Cortenbach, etc. ; 
celui de 1469, etc. 

80 



— 458 — 

Si ces armes doivent représenter des quartiers, 
leur ordonnance est absolument irréguliere. L'in- 
scription ci-dessus que nous empruntons à VHisioi7-e 
des Environs de Bruxelles, fut placée, comme le 
suppose M. A. Wauters, à une époque postérieure. 
Au dire de ce même auteur, Jean d'Enghien n'a 
jamais été seigneur d'Enghien '. N'en serait-il pas 
de même de Jacques Taye quant à « Kierherghe ? » 
Si tant est qu'il ait jamais possédé Keerbergen, 
cela n'a pu être que peu de temps. 

Il était fils de Henri Taye, mayeur de Louvain, 
puis amman et, ensuite, bourgmestre de Bruxelles 
(qui remplaça ses armes : d'or à trois lions de 
sable, accompagnés en abîme d'une tour de 
gueules, par celles -de Crainhem-Boucbout) et de 
Marguerite de Boucliout, fille d'Egide. Sa femme 
Isabelle d'Enghien était fille de Jean précité et de 
Marie de Mol. (E. B.) 

Jean de Cortenbach et Catherine de Berlaer 
eurent trois enfants, savoir : 

1" Jean II ; 

2° Ivain, qui devint seigneur de Keerbergen; et 

3° Catherine, femme de Jean van den Horricke, 
et qui mourut avant le 14 décembre 1469. 

Catherine de Berlaer, la mère de ces enfants, 
décéda avant le 22 août 1447. Ce fut, en eftet, 
ce jour que, par le trépas de sa femme, Jean (I) 
de Cortenbach releva pour ses deux fils la rente 

» Voyez Ernest Mathieu, Histoire d'Enghien, et, pour de plus 
amples détails sur les Taye, VHist. des Env. de Brux, 



— 459 — 

de 50 muids de seigle sur Waalre, Aalst et Yal- 
kenswaard (B. 344, p. 1). 

Jean II : « generosus et circumspectus ^J^r DOMT- 
CELLVS Johannes de Cortenhach, fUius legitimus 
DOMICELLI Johannis de Cortenhach, domini si- 
quidem temporalis opidi de Helmont et de KEER- 
BERGHEN, « céda, le 28 juin UfjS, à Gérard de 
Cortenbach, chanoine de Liège, une rente en blé, 
en faveur de la chapelle castrale, fondée par son 
père Jean, rente dont il avait hérité du chef de sa 
grand'mère Marguerite, veuve du chevalier Jean 
de Berlaer ' (K. & S., n° loi). L'évêque de Liège, 
Louis de Bourbon, avait donné, le 20 du même 
mois, au chanoine de Cortenbach, l'autorisation 
nécessaire à la fondation de cette chapelle (ib., 
n° 130). 

Jean II était, en 1468, comme on vient de le 
voir, « domicellus, » c'est-à-dire il n'avait pas 
encore le rang de chevalier. L'année suivante, 
nous le rencontrons revêtu de cette dignité. Par 
contrat du 14 décembre 1469, il épousa Jeanne 
Hinckaert. Cet acte fut passé dans la maison de 
Nicolas de Saint-Gérj (Claes van Sinte-Guericx), 
chevalier, à Louvain. Comparurent messire 
{Joncher) Jean de Cortenbach, seigneur de Hel- 
mond, veuf, accompagné de ses amis Louis 
Pennock, seigneur de Velp, conseiller et cham- 
bellan du duc et mayeur de Louvain, messire 

* Cet acte prouve que Marguerite était iille <i quondam Huberti 
filii quondam Pétri dicti van den Vehuijze, » 



— 460 — 

Libert, seigneur do Meldert, et maître Lambert 
van der Ee, licencié en droit, secrétaire du duc, 
d'une part, et Philippe Hinckart, chevalier, 
conseiller du duc, chambellan et grand-veneur 
de Brabant', accompagné de ses amis, le chevalier 
de Saint-Géry précité, Jean Hinckart, chevalier, 
seigneur d'Ohain, et Guillaume Hinckart, écoutète 
de Bois-le-Duc, d'autre part. Ils convinrent d'un 
mariage légal entre « Edelen heere Jan van Corten- 
hach, riddere^ » fils légitime dudit Jean et de feu 
(( Joncvrouwe ^ » Catherine de Berlaer, et, Jonck- 
frouwe » Jeanne Hinckart, fille légitime dudit 
Philippe" et de feu « vrouwen » Gaspardine de 
Witthem, dite de Beersel, aux conditions sui- 
vantes. Le père du "fiancé promet de servir aux 
futurs époux une rente annuelle de 400 florins du 
Rhin et, après la mort de sa belle-mère, Mar- 
guerite, veuve de Jean de Berlaer, seigneur 
de Helmond, une autre rente de 100 florins. Le 
père de la fiancée assure aux futurs une rente de 
200 florins et un capital de 200 couronnes d'or 
à 25 sols, monnaie de France. Jean de Cortenbach 
s'engage, ensuite, à laisser aux époux ou à leurs " 
hoirs, après sa mort, une autre rente au moins 
500 florins. De son coté, Philippe Hinckart 
promet, de concert avec son oncle Guillaume 
Hinckart ^, de leur laisser, après sa mort, une 



' 11 était aussi vicomte de Tervueren et de Duesbourg. 

* Qualifiée ainsi, et non pas « vroinve, » puisque son mari n'était 
pas chevalier. 

•' On ne lui attribue pas le titre de « heer; » il n'est donc pas 
chevalier. 



— 461 — 

autre rente de 200 florins. Dans le cas où Jean de 
Cortenbach, le père, viendrait à se remarier, il 
s'engage à payer immédiatement aux époux ou à 
leurs hoirs, un capital de 1000 florins. Dans la 
même éventualité, Philippe Hinckartleur paierait 
la somme de .350 florins. Si Jean de Cortenbach, 
le fils, j)assait de vie à trépas sans laisser d'enfants, 
sa veuve jouirait immédiatement d'un douaire de 
400 florins par an, et, après la mort de Margue- 
rite, dame de Helmond, d'une rente supplémen- 
taire de 100 florins. Si, par contre, Jeanne Hinc- 
kart mourait avant son époux sans progéniture, 
celui-ci aurait l'usufruit d'une rente de 200 florins. 
Il est stipulé expressément que les époux ne 
pourront vendre, ni aliéner, ni grever leurs biens 
du vivant des pères respectifs, sans le consen- 
tement de ceux-ci, et que les biens acquis durant 
le mariage appartiendront en commun aux ' con- . 
joints (K. & S., n^ 132). 

Jean II de Cortenbach, mineur, avait été investi 
de la seigneurie de Helmond, après la mort de sa 
mère, le 22 août 1447. Son père exerçait, toute- 
fois, les droits seigneuriaux jusqu'à sa mort. 

Jean II décéda environ 2 1/2 ans après son 
mariage. Son frère Ivain releva Helmond, le 
5 septembre 1472, pour le fils du défunt, Jean III 
(K. &S.,p. 2). 

Jeanne Hinckart convola, en secondes noces, 
avec Constantin (Costen) de Berchem, chevalier', 



' Ce second mariage avait eu lieu avant le 10 juin 1477 (voyez 
Navorscher XXXVII, p. 394). 



— 462 — 

qui devint par sa femme vicomte de Tervueren et 
de Duesbom'g. Le 11 octobre 1510, ces époux 
furent investis, par la mort, de Jean Hinckart, 
grand-père de Jeanne, de maisons et de rentes 
à Lierre * (B, 25. p. 135). 



Ivain (Ivan, Yewaen, Ivo etc.) de Cortenbach 
prit la tutelle de son neveu Jean III et administra 
pour lui la ville de Helmond. Le 18 février 1482, 
« Joncher Yeicaen van Cortenhach^ heer tôt Keee- 
BERGEX, en mombair Jongen Jans sijns neven » 
agréa un accord concernant Tentretien des rues 
de Helmond. Il est qualifié « ons Joncker » dans 
deux actes de cette ville de la même année et 
figure, ensuite, dans une charte du magistrat du 
13 janvier 1484 (K. & S., n«« 135-138). 

Le 21 Juin 1490, Ivain de Cortenbach, seigneur 
de Keerbergen, et Jean III de Cortenbach, seigneur 
de Helmond, partagèrent, devant la cour féodale 
d'Anvers, les biens de leurs parents et grands- 
parents respectifs, Jean I de Cortenbach et Cathe- 
rine de Berlaer. Jean III reçoit le château, ville et 
seigneurie de Helmond, avec haute, mo^^enne et 
"basse justice, et les moulins à eau et à vent, la 
seigneurie de AVaalre, Valkenswaard et Aalst, une 
ferme, différentes rentes et d'autres revenus. La 
part d'Ivain comprend la haute, moyenne et basse 
juridiction du village de Keerbergen^ avec toutes 
ses ap- et dépendances, et les autres biens qu'Ivain 



' Ce fief fut relevé, le 16 sept. 1524, par les frères Jean et Josse 
de Cortenbach, héritiers de leur gi-and-mère Jeanne Hinckart (B. 25). 



— 463 — 

tient en fief d'après la coutume du pays de 
Malines; les moulins de Keerbergen, le château de 
Co)^t€7iback, la ferme de Papenlioven, à Brecht, 
ainsi que des terres, rentes, cens, etc., à Huissen, 
Oirschot, Udenhout, Scheepstal, Mierloet Dinther. 
Ivain est chargé de payer à Jean van den Horricke, 
respectivement à Thierry de Halle et à Herman de 
Randerode, époux de Marie et d'Elisabeth van den 
Horricke, nièces d'Ivain, la rente promise par 
contrat de mariage à feu Catherine de Cortenbach, 
femme dudit Jean van den Horricke (K. & S., 
n° 140). 

La possession de la seigneurie de Waalre, 
Valkenswaard et Aalst, qui avait été attribuée 
aux Cortenbach pour cause de non-paiement d'une 
rente, leur fut disputée par Michel de Croy, sei- 
gneur de SemjDy, en qualité de mari d'Elisabeth 
de Rotselaer. Le procès fut interloqué le 15 
octobre 1519. Les Rotselaer, ayant su se maintenir 
dans cette propriété, en dépit de luttes acharnées, 
la vendirent plus tard à Hubert de Clusis (van der 
Cluysen), secrétaire del'évêque de Cambrai (Procès 
plaides devant la Cour féod. de Br. 670-352). 

Le 3 mai 1497, « Joncker Yewaen, Heer tôt 
Keerbergen n déclara, devant les échevins de Bois- 
le-Duc, que son neveu Jean UI ne lui était rede- 
vable d'aucune « recompense ofl vergeldingen » du 
chef de Tadministration de sa fortune et qu'il lui 
abandonnait même ses propres meubles (huysraet) 
restés au château de Helmond (K. & S., 145). Le 
27 juillet 1499, il promit de payer à son neveu la 
somme de 50 florins du Rhin en or (ib., n'' 151). 



— 464 — 

De son mariage avec Marguerite de» Ghistelles, 
Jean III eut postérité qui posséda la ville de 
Helmond pendant plusieurs générations ' . 

Ivain, seigneur de Cortenbach et Keerbergen, 
eut deux femmes ; 

1" Barbe Sclioofs, dame de Swyvegem (f le- 
30 juin 1488), pour laquelle il releva, le 10 juin 
1482, « dat schrij fambachi van denen Schepenen 
hrieven der meijerien van Pedelant ende een jjleecke 
heijden mitten moer geleghen bij der moelen ter Coe- 
neringen » (B. 20 p. 166}. Elle fut mère de quatre 
enfants: a) François, noyé dans le Rhin, à Cologne 
(Sassen, Heeren van Helmond) ; b] Guillaume, 
pour lequel Ivain releva, le 12 juin 1490, le 
schrij fambacht, etc., et qui était déjà mort en 
1513; c) Jean IV, qui suit, et d) Catherine, 
femme de Guillaume de Berlo, dont il sera égale- 
ment question plus tard. 

2" Philippine Hinckaert (fille du chevalier Jean, 
seigneur d'Ohain, et de Catherine van derBorght), 
avec laquelle Ivain fonda, à Anvers, dans l'église 
des Falcons, une verrière ornée de leurs armes. 
Celles de Philippine sont : un écusson en losange, 
parti; au l*"" de Cortenbach; au 2^ Hinckaert : de 
sable semé de billettes d'argent et au lion de 
même, couronné, armé et lampassé d'or, portant 
sur l'épaule un écusson de sable au lion d'or 
(Inscr. funér. d'Anvers). 

Nous connaissons de cette dame cinq fils : Louis, 



J Voyez son contrat de mariage, du 28 novembre 1493, dans Krom 
et Sassen, n° 143. 



- 465 - 

Philippe, Jacques, Maximilien et François, dont 
nous aurons encore occasion de parler plus loin . 

Dans le registre féodal établi, en 1473, par Jean 
van Voorspoel, lieutenant de la cour féodale de 
Malines, nous lisons ce qui suit : 

« Ywane van Cortenbach bout te leene dat clorp ende heer- 
licheijt van Keerberghen met sijnen beerlijcken bedrive, an 
chjinsen, reijnten, vervallen, reijnten, opcoraminghen, ende 
allen anderen sine toebeboorten van lande, coren, broken, 
pontghelt, lantpacbt, beijpacbt, toi opt die rivière, vogel 
water, viscli water, meijerie, preterije ende scutterije, mét- 
ier molen, jaerlijcs weert sijnde XXV ponden groten. » 
(M. 45, p. 63). 

Tenaient, alors, des arrière-fiefs de Keerbergen : 
Pierre de Rijcke, Arnould Scluns, maître Alexandre 
van Beringlien, prêtre, Jean Wissenack, le jeune, 
Jean Wissenack, le vieux, Guillaume, Jean, Henri 
et Arnould van Bollo, Jean van den Eijnde, Jean 
Gheijer, Guillaume Reijers, Zeglier Waghemans, 
Michel van Loofenne, Arnould de Vleeshouwer, 
Henri Van Haecht, Vrancke Cleijmans, Jean 
Cupere, Pierre van Calstren et Louis van Haecht 
(ib. ; voyez Toriginal de la déclaration d'Ivain : 
Aveux et dénombrements de la Cour féod, de Br., 
n« 3880). 

Lorsque le 18 janvier 1476, Jacques, comte de 
Hornes, seigneur d'Altena, assura un douaire à sa 
fiancée, Jeanne van den Gruijthuij se, fille de Louis, 
seigneur de Gruijthuijse, comte de Wincester et 
d'Orskamp, messire Ivain de Cortenbach, seigneur 
de Keerbergen, fonctionna comme remplaçant du 



- 466 — 

lieutenant de la cour féodale de Brabant. Il fut 
écoutète de Malines, du 18 août 1493 à 1503, puis 
majeur de Louvain jusquen 1510. Il fut aussi 
conseiller et chambellan du roi «, Dans les années 
1484 à 1502, on le rencontre fréquemment parmi 
les hommes de fiefs de la cour féodale de Malines . 

Le 15 août 1492, il engagea sa seigneurie de 
Keerbergen à Josse Prant, en garantie d'une 
somme de 2400 florins du Rhin en or (C. 17837). Le 
9 juin 1497, il constitua à Jean de Bourgogne, fils 
naturel de Jean de Bourgogne, évêque de Cambrai, 
et de Lucie Brants, une rente qui fut hypothéquée 
sur Keerbergen (ibid.). Le 13 décembre 1497, ledit 
bâtard de Bourgogne, son frère Philippe, sa sœur, 
dame ^Marguerite de Boschhuijsen (tous enfants 
naturels de Tévêque de Cambrai et de Lucie Brant, 
ou Brants) le chevalier Jean de Herlair, égale- 
ment bâtard de Tévêque, procréé avec Marguerite 
Absolous, déclarèrent avoir été remboursés, par 
Ivain, du chef d'une rente constituée jadis sur 
Helmond par Jean de Cortenbach (B. 347, p. 234). 
Le 12 avril 1500, Lambert Spierinck fut investi 
d'une rente héritable à charge de la seigneurie de 
Keerbergen (C. 17837). 

Ivain avait acquis, pour sa 2'*'' femme et ses fils 
Louis % Philippe, Jacques et Maximilien de Cor- 

• Tableau chronol. des écoutètes de Malines, par AuG. van den 
EijNDEN ; Répertoire des Commissions de la Chambre des comptes ; 
C. n° 17837. 

* Ce Louis de C. devint chanoine de Saint-Lambert, à Liège. 
Héritier de son frère François, il releva, le 11 juillet 1530, les biens 
(lits « de Farendeijs » à Hoeijlaert, d'une étendue de 29 bonniers 
(B. 352, p. 470). 



— 467 — 

tenbach, de Louis Pijnnock, chevalier, mayeiir de 
Louvain et maître d'hôtel de Tarchiduc Philippe, 
les seigneuries de Nieuwenhorst, Cortelke ou Cort- 
rijk, Ehode-Saint-Pierre et Yelpen (reliefs du 
16 mars 1499 et du 8 novembre 1502). Plus tard, 
il fit un procès à Pijnnock en annulation de cette 
vente et en remboursement des fonds payés. On 
avait trouvé que les biens étaient grevés de 
charges que le vendeur n'avait pas indiquées dans 
le contrat de vente. En outre, Pijnnock n'avait pas 
tenu les engagements pris par lui. Le procès fut 
décidé le 28 décembre 1501 (B. 348, pp. 98 et 
233 ; procès 656-207). Le 17 août 1505, maître 
Léonard Cottreau, conseiller de Brabant, fut 
investi, en vertu d'une sentence du 20 juillet pré- 
cédent, et par suite de transport d'Ivain de Cor- 
tenbach, majeur de Louvain, de îa seigneurie de 
Velpen (B. 348, p. 363). Le 18 décembre 1511, 
Ivain reconnut avoir été remboursé par Gertrude 
de Vucht, veuve de Philippe Hinckaert d'un 
capital hypothéqué sur Horst, Rhode-Saint-Pierre 
et Cortelke (B. 349, p. 295). 

Ivain de Cortenbach mourut le 25 décembre 1523. 
Il gît, à Malines, dans l'église de Xotre-Dame-au- 
delà-de-la-Dyle auprès de sa première femme. 
Voici leur épitaphe : « Hier leet begraven die 
Edele — ende wel geboren Heer — Yewaen van 
Cortenbach — Ridder, Heer van Keerbergen — 
Raedt ende Kamerlinck der K. M. — Schautet 
deser Stede van — Mechelen die sterf an" — 
XV*^ XXIII den xxv Decembris. » 

En marge : « Hier leet begraven Jonckvrouwe 



— 468 - 

Barbelé Schoof — wijlen wettighe huijsvrouwe 
was mijns Jonckers — Yewaens van Cortenbach, 
heere tôt Keerbergen — sij sterf in 't jaer ons 
heeren MCCCCL — XXXVIII op den lasten dach 
van Junii. — Bidt voor de Ziele'. » 

J. Th. de Raadt. 

(A continuer.) 



• Provincie, Stad, etc., van Mechelen, I, p. 175, et J. LE RoT, 
Marchionatus , p. 372. 



— 469 — 



VARIÉTÉS 



RÉCOMPENSE PUBLIQUE ACCORDÉE A RyHOVE PAR LE 

Magistrat Gantois (31 mai 1581). — On ne possède pas 
encore d'histoire impartiale des troubles religieux du 
XVIe siècle à Gand. Hembyze et Ryhove restent des per- 
sonnages en quelque sorte énigmatiques sur lesquels le 
jugement de la postérité n'est pas définitif. Inutile de dire 
qu'ici comme partout le dernier mot appartiendra aux 
documents de nos archives, qui seuls peuvent servir de 
guides sûrs au milieu des affirmations passionnées des 
contemporains et des historiens postérieurs, dont beaucoup 
épousent trop souvent des querelles vieilles de plusieurs 
siècles. 

Mr Victor Vander Haeghen, archiviste de la ville de 
Gand, a découvert récemment dans son riche dépôt une 
série intéressante de pièces concernant François de la 
Kethulle, seigneur de Ryhove, et il les a réunies en liasse 
sous le titre de Stuks Ryhove. L'un de ces documents 
mérite surtout d'attirer l'attention; aussi croyons-nous 
utile de le publier in extenso ci-après. 

On sa;it que Ryhove a joué un rôle prépondérant dans 
l'arrestation des seigneurs catholiques (nuit du 28 octobre 
1577); qu'il a établi à Bruges la domination calviniste 
à la suite d'un audacieux coup de main (19 mars 1578); 
que par l'odieuse exécution de Hessels et de Visch (4 octobre 
1578) il a révolté la postérité encore plus que les contem- 
porains, blasés en fait de cruautés par Fincpiisition et le 
duc d'Albe; enfin qu'il a été longtemps le bras droit d'Hem- 



— 470 — 

byze dans la tyrannie calviniste de Gand. Mais tout à coup 
Ryhove, cédant à l'ascendant que le Prince d'Orange sut 
prendre sur lui, se sépara avec éclat des ultra-calvinistes 
et de leur chef Jonker Jan, et se mit à la tête d'un parti 
plus modéré, appuyé surtout sur les échevins des parclions et 
sur les notables, qui avaient compris, comme le Taciturne, 
que l'intolérance des protestants gantois, si elle se prolon- 
geait, amènerait la ruine du pays et la perte de l'indépen- 
dance nationale. 

A partir de ce revirement dans son attitude, Ryhove 
soutint une lutte acharnée contre son ancien ami Jean 
d'Hembyze. La rivalité de ces deux hommes remplit toute 
l'histoire de Gand depuis la fin de 1578 jusqu'à la prise de 
la ville par Alexandre Farnèse (1581). Grâce à l'intervention 
directe du Prince d'Orange, qui s'était exprès rendu à 
Gand, la Paix de religion y fut ratifiée par la Collace le 
IB décembre 1578, malgré Hembyze, les pasteurs protestants 
et les ultra-calvinistes, et solennellement publiée à l'hôtel 
de ville le 27 du même mois. Mais on reprit bientôt les 
persécutions contre le clergé catholique et ses fidèles. De 
son côté, Hembyze, se croyant assez fort, accomplit, le 
28 juillet 1579, son coup d'état, par lequel il procéda lui- 
même, avant l'époque régulière, au renouvellement du 
magistrat. Quoiqu'il ne fût pas rééligible, il se fit continuer 
dans la charge de premier échevin. Le Taciturne accourut 
, à Gand le mois suivant, déposa Hembyze et ceux qui 
étaient entrés en fonctions avec lui, et força le chef des 
ultra-calvinistes à s'exiler en Allemagne, à la cour de l'élec- 
teur palatin, oîi le fougueux pasteur Pierre Dathenus 
l'avait déjà précédé. Ryhove alors resta maître de la 
situation; il fut nommé grand bailli de Gand par le Prince 
d'Orange et pendant une couple d'années il joua le premier 
rôle dans la ville et dans toutes les parties de la Flandre 
que les Malcontents catholiques n'avaient pas encore rame- 
nées à l'Espagne. C'est à l'époque de sa pi us grande puissance 



— 471 — 

que les éclievins des deux bancs et les grands doyens, 
composant le magistrat de Gand, lui décernèrent, par leurs 
lettres patentes du 31 mai 1581, une récompense publique 
à laquelle on associait ses deux fils et ses deux filles. 

Voici le texte de ces lettres patentes (copie authentique 
du temps) : 

Scepenen van beede de bancken ende beede de dekenen 
der stede van Ghendt, allen den gbenen die dese jeglien- 
woordighe letteren zullen zien ofte hooren lesen, saluut, 

Doen te wetene dat wy, aenmerckende de bysondere 
groote diensten ende weldaden den ghemeenen lande van 
Vlaenderen ghedaen ende bewesen by edele ende weerde 
Joncheer Franchois vander Kethulle, heere van Rijhoue, 
hoochbailliu deser stede, gheduerende de oorloghe jeghens 
den Spaignaerden ende huerl.adherenten,dieby viandtlicke 
middelen gepooclit bebben te benemen de vryheijt, rechten 
ende priuilegien vanden zeluen ende andere gheunierde 
landen, daerjeghens den voorn. heere van Rijhoue altyts 
vromelick hem ghestelt heeft, hebbende onder andere 
merckelicke debuoiren ghedaen om te houden ten dienste 
ende over de zyde vanden Generaele Staten de duytsche 
knechten ligghende in garnisoene binnen der stede van 
Deudermonde ten tyde tcasteel van Ghendt beleghert was 
van weghen de Generaele Staten, belettende midts dien den 
Spaignaerden duer de zelue stede niet en conden passeren, 
cause ende oirsaeke (naest Godt) dat binnen der stede van ' 
Ghendt ende ander plaetsen van Vlaenderen niet gheschiet 
en zyn de grouwelicke moorden, roouen ende plunderin- 
ghen, diemen binnen der stede van Antwerpen ende elders 
heeft weten ghebueren ; soo oock duer zijn beleet ghe- 
houden zijn in eenicheyt vanden Staten meest aile de 
steden van Vlaenderen, boven vêle ander treôelicke 
exploicten ghedaen tôt crencken vanden viandt ende zijne 
aenslaghen, in grooten dangiere vanzynen eijghenen lyfue, 
twelck hy tôt voorderinghe vander gheiueene zaeke niet en 



— 472 — 

heeft gheducht tadueutueren; daerduere zijnen persoon 
ende kinderen wel dienen vereerdt, te meer vut dien ende 
omme te bet gaede te slaene de polliticque zaeken deser 
stede van Ghendt, te vreden es gheweest hem te verdraghen 
vanden superintendentie ende laste vanden volcke van" 
oorloghe, volgliende de begheerte ende versoucke vanden 
drie leden deser stede ten diuerschen stonden in vorme van 
coUatie daerup ghedaenondertconsent vangoeden eerlicken 
traictemente ; 

Soo eyst dat wy den voorn.heere van Riihoiie ghegheuen 
ende ghejont hebben, gheuen ende jonnen by desen onse 
lettren tôt eerlicken traictemente ende pensioene van 
zynen persoon ende den zijnen, eene rente van vijf duusent 
drie liondert driendertich guldens ende vijf stuuers van 
veertich grooten elcken guldene tsjaers losselick den pen- 
nynck achte, glierepartiert ende verdeelt tzijnen versoucke 
ende by onsen consente : tzynen eijghenen lijfue, twee 
duusent guldens; ten lyfue van Joncheer Philips vander 
Kethulle, zynen oudtsten zone, oudt entrent twintich 
jaeren, een duusent guldens; ten lijfue van Joncheer 
Louijs vander Kethulle, zijnen tweeden zone, oudt entrent 
zesthien jaeren, een duusent guldens; ten lijfue van 
Joncurauwe Catheline vander Kethulle, ghesellcnede 
vanden heere van Hesecques, zijne eerste dochtere, oudt 
outrent neghentien jaeren, drie hondert driendertich gul- 
dens ende vijf stuuers; ten lyfue van Jonckvrauwe Johanna 
vander Kethulle, zijne tweedde dochter, oudt vyfthien 
jaeren, duusent guldens by jaere, innegaeude den ellefsten 
ougste eenentachtentich, staende te betalene ten vier égale 
payementen int jaer als van drie maenden te drie maênden, 
dauof deerste payement vallen zal den xj"" Nouembris, 
ende alsoo voort van payemente te payemente gheduerende 
tleucn vande voors. respectiue persoonen totter lossinghe 
van diere, diemen zal vermoghen te doen midts tseffens 
uplegghende tcapitael van elck deel vander voors. rente 



— 473 — 

zoo die hier vooren bycle lijftochters gherepartiert es, 
metten verschenen croise naer raete van tyde, welcke 
voors. rente van v™ ii]*^ xxxiii guldens ende vijf stuuers 
tsjaers inder manieren voorscreuen bezedt ende gheas- 
signeert wesen zal upde gheestelicke goedinghen byde vier 
leden slants van Vlaenderen angesleglien' ende dies ghe- 
expediert behoorlicke briefuen volghende de repartitie 
ende voet die besloten wesen zal inde vergaderinghe vanden 
leden nu ghehouden te Brugglie, dies \vy t'effect by onse 
ghedeputeerde in aider .neersticheyt zuUen doen ver- 
uolghen ; 

Ende up dat, hanghende dien, den voorn. heere gheen 
faulte en hebbe van betalinghe, lasten ende ordonneren 
van alsnu ende byden inhoudeti van desen l[etteren] dheer 
Lucas Deijnaert, commis generael vanden gheestelicken 
goedinghen int quartier van Ghendt, den zelven heere van 
Rijhove ende zyne voorn. kinderen te betalene tjaerlicx 
crois vanden voors. rente, dwelck hem valieren zal up zyne 
rekeninghe midis overbringhende dese ofte copie auten- 
ticque daervan met behoorl. acquict, ende dit zoo langhe 
ende ter tyt toe byde vier leden upde voors. constitutie 
ende repartitie van rente anders gheordonneert zij. 

Ghegheven in kennessen der waerheden onder den zeghel 
van zaeken der voors. stede van Ghendt, den xxxj^° Maij 
xv'^ eenentachtentich. 

Upden ploij ghescreven ende gheteeckent : 
L. Heylinc. 

Ende was gheseghelt met groenen wasse up dobbelen 

perchemijnen steerte vuthanghende. 

Accordeert met d'origineele lettren 

ghedateert ende gheteeckendt alsboven 

hy my L. Heylinc. 

(Archives de la ville de Gaiid, série 94W» n° 27, 
Liasse : Stuks Ryhove), 

3i 



— 474 — 

Cette liasse dite Stuks Ryhove contient plusieurs quit- 
tances en flamand et en français, se rattachant au paiement 
des trimestres de ces pensions accordées à Ryhove et à ses 
enfants. On y trouve plusieurs signatures autographes de 
François de la Kethulle, de son fils aîné Philippe et de sa 
fille Catherine-Jacqueline, femme du seigneur Jean de 
Fiennes. 

Ces pensions furent naturellement supprimées après la 
reddition de Gand au Prince de Parme. Ryhove s'était 
retiré dans les provinces septentrionales peu de temps 
auparavant. Ses biens furent confisqués et la vente en fut 
publiquement affichée à Gand aux portes du Château des 
Comtes, de l'hôtel de ville et des principales églises. Les 
biens des autres fugitifs subirent le même sort (16 mai 
1585). M'' Kervyn de Lettenhove a publié S il y a quelques 
années, un document qui n'a pas été assez remarqué et qui 
jette un jour tout nouveau sur Ryhove. C'est U Apologie 
de Franchoys vander Kethulle, seigneur de Ryhove, par 
luy-mesme composée. Ce manuscrit, tiré du British Muséum 
(Fonds Cotton, Galba, C.X), porte en marge du titre : 
« Comme tyré hors la copie escripte de la propre main du 
S'' de Rihove, 1586. » A la fin de cet incohérent et pitto- 
resque mémoire justificatif, écrit par lui en Angleterre 
au moment où il sollicitait l'appui de la reine Elisabeth 
pour lui-même et pour les Pays-Bas, il se représente avec 
amertume comme « ayant faict perte de tous ses biens, 
« sans avoir le moyen de s'entretenir avecq sa femme et 
« enfants qui ont suivy son party, et par plusieurs blasmé 
« à tort... Mais il loue Dieu qui l'a préservé, et il vit 



* Dans ses ï)ocuments inédits relatifs à Vhistoire du XVI' siècle, 
\^^ partie, p. 314-369 (publication de l'Académie royale de Bel- 
gique, 1883). — Voir aussi, dans la Biographie nationale (tome X, 
p. 708-735), l'article Kethulle (François de la) que j'y ai publié 
en collaboration avec M*" Herraan Vander Linden, étudiant, 



— 475 — 

« encore, quel povre et affligé qu'il est, en despit de ses 

« ennemis, grâces à Dieu. » 

Paul Fredericq. 



Le Maître des hautes-œuvres a Bruxelles, au siècle 
DERNIER. — Voici un document inédit relatif à une exé- 
cution de la peine capitale. Si la lecture n'en est pas très 
amusante, on sera d'accord avec nous pour dire qu'elle est 
très instructive : 

« M. Plubeau rapporta que le Prévôt de l'hôtel et le 
Drossard de Brabant ont porté plusieurs fois des plaintes 
sur l'incapacité du Maître des hautes-œuvres de cette ville 
pour l'exécution des criminels condamnés à mort pour l'un 
ou l'autre de leurs offices : Que le Drossard de Brabant 
vient encore tout récemment de- se plaindre de l'exécution 
qui a été faite au village de Keerbergue dans la personne 
de Jean-Jacques d'Arbusier, Archer de sa Compagnie, 
condamné à avoir la tête tranchée, en informant, que la 
veille de l'exécution le Maître des hautes-œuvres avoit fait 
connoitre par une déclaration par écrit qu'il ne se trouvoit 
pas en état de faire cette exécution, mais que son tils le 
feroit à sa place, qu'il disoit être capable ; que cependant, 
selon le Rapport qui en a été fait, cette exécution fut si 
meurtrière, qu'après que le premier coup fut manqué, il 
revient avec le valet plusieurs fois à la charge pour séparer 
la tête du corps, ce qui fit frémir tous les spectateurs, qui 
détournèrent les yeux pour ne pas voir une si horrible exé- 
cution. Comme l'humanité est intéressée à prévenir de 
pareilles cruautés, capable de mettre au désespoir le 
Patient, le Conseil en portant ces circonstances à la connois- 
sance de S. A. R., estime qu'il pourroit lui plaire de charger 
ceux' du Magistrat de cette ville, qui établissent les Maîtres 
des hautes-œuvres, à pourvoir de telle manière qu'ils croi- 



— 476 — 

r 

ront convenir, à ce que de tels abus n'arrivent plus désor- 
mais. Le Conseil joint ici le projet de lettre qui résulte du 
présent Extrait de Protocol pour qu'il plaise à S. A. R. de 
l'honorer de sa signature, si Elle l'agrée. » 

(Protocoles du Conseil Privé, n» 219 F., 14 mars- 
14 mai 1774, p. 130. Archives générales du 
Koyaume, à Bruxelles). 

Fe. De Potter. 



PiEFUS DU ^IaGISTRAT DE GaND ET DU OoNSEIL PeIYÉ 
d'autorisée l'ouverture d'un CABARET DANS CETTE VILLE. 

— « Le comte Philippe de Neny fit rapport de la requête 
de Guillaume Van der Eecken, bourgeois de Gand, tendant 
à obtenir la permission de pouvoir ériger en cabaret une 
maison qu'il possède en la dite ville. Les Echevins de la 
Keure de Gand, entendus sur cette demande, s'y opposent, 
et disent que la maison, ni son emplacement, ne conviennent 
pas pour cette destination. Le Conseil, qui sur les objets de 
cette nature s'en rapporte à l'avis des Magistrats Muni- 
cipaux, résolut d'éconduire le suppléant. » 

(Protocoles du Conseil Privé, n» 218 F., 23 dé- 
cembre 1773-12 mars 1774, p. 94-95. Archiv. 
générales du Royaume, à Bruxelles). 

Fe. De Potter. 



A PROPOS d'un préjugé. — L'avis suivant du Conseil 
Privé fait voir de quelle manière on envisageait au siècle 
dernier la situation morale d'une famille, qui avait eu 
le malheur d'avoir un membre condamné à une peine 
infamante : 

« Le comte Ph. de Xeny fit rapport d'une représentation 



. - 477 — 

des États de Limboiirg, par laquelle ils exposent Tinjustice 
et les ihconvéniens du préjugé qui attache une note dinfa- 
mie aux Parens de ceux qui ont subi quelque supplice pour 
crimes, et ils demandent qu'il soit émané une ordonnance 
qui, en condamnant ce préjugé, statue des grosses peines 
contre ceux qui faisoient quelque reproche ou objections 
fondées sur cette prétendue note d'infamie. Ceux du Cttnseil 
de Brabant, entendus sur la matière, observent qu'en 
publiant une loi qui prescriroit le préjugé, dont on se 
plainct, on ne rempliroit point le but que se proposent les 
remontrans, puisqu'on sait assez que les fautes sont person- 
nelles, et que personne ne peut être noté d'infamie ni puni 
pour les forfaits d'aut'rui, mais que les hommes, accoutumés 
à se prévaloir des honneurs et du mérite de leurs Parens et 
de leurs ancêtres, considèrent de l'autre l'infamie et le sup- 
plice d'un criminel comme une tache qui se communique 
à toute sa famille. Ils citent enfin ce texte de Montesquieu, 
que V Empire des préjugés est plus fort que' celui des Loix. 
Quant à la commination des grosses peines contre ceux qui 
feront aux Parens d'un supplicié quelques reproches ou 
objections de ce chef, les avisans observent qu'il seroit très 
aisé de les éluder, et que d'ailleurs ceux qui ont le malheur 
d'essuier des reproches de cette espèce, sont les. maîtres de 
se pourvoir par action d'injure, selon le droit et la pratique 
usités dans ce Pais. Ceux du Conseil de Ri'abant ajoutent 
que si, malgré ces observations, on jugeoit qu'il fut possible 
de déraciner un ancien préjugé par une loi nouvelle, ils 
soumettent à la considération de S. A. R. s'il ne convien- 
droit pas que cette loi fat générale pour toutes les provinces 
du Païs. Le Conseil aiant délibéré, convient de la justice 
de l'observation que le Conseil de Brabant a faite d'après 
Montesquieu, qu'on ne peut détruire l'opinion par des loix, 
mais il croit que des loix qui flétrissent d'injustes préjugés, 
peuvent au moins quelquefois les affoiblir. Et il est de 



— 478 — 

sentiment qu'il n'y auroit aucun inconvénient à donner 
une déclaration telle que les demandent les États de Lim- 
bourg, en l'étendant même à toutes les provinces. Mais il 
pense qu'Elle doit être bornée à déclarer que le supplice 
d'un criminel ne fait rejaillir aucune note d'infamie sur ses 
Parens, et ne les rend inhabiles à aucun emploi ni dignité, 
et qu'il convient d'émettre les peines que les Remontrans 
voudroient qu'on statuât contre ceux qui feroient aux 
Parens d'un supplicié quelque reproche sur cet objet, vu 
qu'il seroit trop facile de les éluder. » 

En marge de cet avis est écrit : 

a S. A. R. aiant déclaré qu'avant de disposer sur l'objet 
de cet extrait, c'étoit son intention d'entendre les Tribunaux 
supérieurs de la justice, en conséquence de quoi les lettres 
circulaires ont été expédiées le 28 août 1773. » 

Cette pièce est enregistrée au registre des Protocoles du 
Conseil Privé (août 1773). 

Nous appelons l'attention de nos écrivains sur l'impor- 
tante collection des avis du Collège précité ; elle renferme 
notamment un très grand nombre de documents intéres- 
sants non seulement pour l'état politique de notre pays, 
mais aussi au point de vue des lois, mœurs, usages et idées 

de nos ancêtres. 

Fr. De Potter. 



La Poste aux Lettres, a Gand, en 1 755. — Voici un 
autre avis du Conseil Privé, d'un autre genre, mais égale- 
ment curieux : 

« }sl. Plubeau a fait rapport de la Requête d'Isabelle 
Mahieu, Directrice du Bureau des Postes aux Lettres, en 
la ville de Gand, par laquelle, après avoir exposé que 
depuis 32 ans la Maison, que sa Mère et Elle habitent suc- 
cessivement, a servi de Bureau de Poste aux Lettres, et que 



— 479 — 

le Propriétaire voudroit les faire sortir au Mois de Mars 
prochain, terme de TExpiration de son Bail, à moins 
qu'elle ne voudroit payer désormais 90 livres de gros de 
Loyer ; Elle demande qu'eu égard que cette Maison est bien 
située pour servir au Bureau, et à la difficulté qu'il y auroit 
d'en trouver une aussi propre à cet Effet, dans le centre de 
la ville; Il plaise au Gouvernement de déclarer qu'Elle 
pourra 'continuer d'habiter cette Maison pour le terme 
d'une, deux ou trois années, et pour la somme et aux condi- 
tions stipulées par le contrat de Bail, qui doit expirer le 
1 5 Mars de cette année, ou pour telle autre somme à fixer 
par les Estimateurs publics et sermentés. La suppliante 
appuie sa Demande sur l'article 8 de l'Ordonnance du 
2 Décembre 1755, qui ordonne aux Gens de Loi des Villes 
ouvertes au Plat Pays, où il y a des Bureaux et Postes 
établis pour la perception des Droits de S. M., de faire 
donner aux Emploies de Logemens convenables pour pou- 
voir remplir leurs fonctions, moiennant qu'ils payent un 
Loyer juste et équitable. Le Conseil, chargé par décret de 
S. A. R. du 2 de ce Mois de Tinformer de son sentiment sur 
"cette demande, observa pendant sa délibération que la 
demande de la suppliante n'est appuie d'aucun motif fondé 
en droit ; que le Propriétaire de la Maison, dont il s'agit, 
étant le Maître d'en disposer, comme il le trouvera conve- 
nir, on ne peut l'empêcher de s'en resaisir, le Bail étant 
expiré; que lui aiant été libre de la louer, il lui est égale- 
ment de la reprendre. Il observe au surplus que l'Ordon- 
nance du 2 Décembre 1755, dont la Suppliante voudroit 
se prévaloir, n'est pas applicable au cas dont il est 
question etc. D'après ces Observations, le Conseil résolut 
de proposer à S. A. R. d'éconduire la Suppliante de sa 
demande. » 

{Protocoles du Conseil Privé, n° 218 F., 23 dé- 
cembre 1773-12 mars 1774, p. 129u. Archives 
générales du Royaume, à Bruxelles). 



— 480 -- 

Tout le monde sait qu'on emploie actuellement des demoi- 
selles dans les bureaux de la Poste, comme au Télégraphe 
et au Téléphone. La direction même du service des Postes, 
dans notre bonne ville de Gand, en 1755, étant confiée à 
une dame, il y a, encore une fois, lieu de répéter ici le mot 
célèbre du roi Salomon : « rien de nouveau sous le soleil. » 

• 

Fr. De Potter. 



L'Introduction de l'Imprimerie a Paris. — On sait que 
l'imprimerie fut introduite à Paris, en 1469, par Guillaume 
Fichet et Jean de la Pierre. Ces deux docteurs ouvrirent, 
dans les bâtiments de la Sorbonne, un atelier typogra- 
phique où ils installèrent trois ouvriers allemands, Ulric 
Gering, Michel Crantz et Martin Friburger. Le nouvel 
établissement signala ses débuts par la publication d'un 
volume in-quarto, contenant les lettres de Gasparin de Ber- 
game; l'ouvrage se termine par quelques vers qui laissent 
voir toute la confiance qu'ouvriers et patrons avaient dans 
la réussite de leur entreprise : 

Ut sol lumen, sic doctrinam fundis in orbem, 

Musarum nutrix, regia Parisius. 
Hinc prope divinam, tu, qumn Ger'inania novit, 

Artem scribendi suscipe promerita. 

Primos ecce lihros quos hœc industria ftnxit 
Francorum in terris, œdibus atque tuis, 

Michael, Udalricus Martinusque magistri 
Hos impresserunt ac facient alios. 

Un des monuments les plus précieux qui rappellent cet 
événement, est la lettre que Guillaume Fichet adressa, de 
la Sorbonne, le l^r janvier 1472, à Robert Gaguin, et où il 
célèbre la renaissance des. lettres dans l'université de 



— 481 — 

Paris, l'arrivée des premiers typographes clans cette ville, 
et les avantages d'une orthographe régulière. Elle devait 
servir de préface à l'édition du traité de l'Orthographe de 
Gasparin de Bergame, qui sortit des pi'esses de la Sorbonne, 
en 1472; mais elle a été, on ne sait pour quel motif, sup- 
primée dans tous les exemplaires connus de cet ouvrage, 
sauf celui qui appartient à la bibliothèque de Tuniversité de 
Bâle, et qui provient de Jean de la Pierre lui-même. 

Découverte par le savant conservateur de ce déjîôt, 
Mï" Louis Sieber, cette épître a été publiée par lui, en 1887, 
en un élégant opuscule ', puis réimprimée dans le Bulletin 
de la Société de Vhistoire de Paris et de l 'Ile-de-France ^. 
Enfin, cette société vient d'en donner une superbe repro- 
duction héliographique, pour laquelle M'" Léopold Delisle, 
l'éminent administrateur général de la Bibliothèque Natio- 
nale, a écrit un intéressant avertissement '. Voici le passage 
capital de l'épître, emprunté à la traduction de M^' Delisle : 

« ... Il s'agit uniquement de la restauration des études 
de l'humanité, qui devront un puissant foyer de lumières à 
cette nouvelle espèce de libraires sortis de la Germanie, 
comme des flancs d'un cheval de Troie, pour se répandre 
sur tous les points' du monde civilisé. C'est, en effet, aux 



* Guillermi Ficheti, Parisiensis theologi, quam ad Rohertum 
Gaguinum de Johanne Gntenberg et de artis inipressoriœ in Gallia 
priniordiis necnon de orthographiée utilitate conscripsit, Epistola. Ad 
exemplar, ut videtur, unicum in œdibus Sorbonœ anno MCCCCLXXIl 
itnpressum, nitnc in bibliotheca Basiliensi asservatum, denuo edidit 
Ludovicus Sieber, Kniversitatis Basiliensis bibliothecarius . — Basileae, 
ex typographia Schweighauseriana. M DCCC LXXXVIl. Jn-8°, 15pp. 

» Juillet-août 1887, t. XIV, pp. 106-110. 

^ Êpitre adressée à Robert Gagidn le 1^'^ janvier I47S par Guillaume 
Fichet sur l'introduction de f imprimerie à Paris. Reproduction 
héliographique de V exemplaire unique possédé par V université de 
Bâle. — Paris, H. Champion, 1889. In-8°, 4 pp. pour le titre, 5 pp. 
et 3 pp. blanches, plus 12 pp. (dont 1 i. blanc) pour la reproduction. 



- 482 — 

environs de Mayence, dit-on, que vivait ce Jean surnommé 
Gutenberg, qui a le premier inventé l'art de l'imprimerie, 
grâce auquel, sans emploi de roseau ou de plume, mais au 
moyen de caractères métalliques, des livres sont fabriqués 
rapidement, correctement et élégamment. Un tel homme 
mérite d'être porté aux nues par les muses, par les arts et 
par la langue de tous les amis des livres, lui qui a rendu 
un si grand service aux lettres et aux hommes d'étude. On 
a bien divinisé Bacchus et Gérés pour avoir appris à l'huma- 
nité l'usage du vin et du pain. Mais l'invention de Gutenberg 
est beaucoup plus agréable, beaucoup plus divine, puisqu'elle 
nous a donné des caractères à l'aide desquels tout ce qui se 
dit ou se pense peut être immédiatement écrit, récrit et 
livré à la mémoire de la postérité. Ici je ne dois pas laisser 
de côté nos ouvriers [parisiens], déjà supérieurs au maître, 
dont les principaux sont Ulric, Michel et Martin; ils ont 
commencé par imprimer les lettres de Gasparin de Bergame, 
dont le texte avait été revisé par Jean de la Pierre, et les 
voici qui s'apprêtent à publier l'Orthographe du même 
Gasparin, soigneusement corrigée par le même Jean de la 
Pierre, pour le plus grand profit de la jeunesse, et aussi 
pour la commodité des savants. » 

A la fin de l'avertissement. M"" Delisle fait une conjecture 
qui mérite d'attirer l'attention des bibliographes. En exa- 
minant des pièces de procédure des années 1462-1464, qui 
ont servi à former les cartons d'une ancienne reliure, il a 
remarqué un texte, d'où il résulte qu'en 1463 ou 1464, un 
habitant de Toul a profité du voyage d'un de ses com- 
patriotes à Paris pour en faire venir un almanach : Item 
rapporte le dit frère Pierre ung almanach de Paris pour 
Jehan Aubertin. « H me paraît peu vraisemblable, dit 
Ml" Delisle, qu'un tel almanach ait été écrit à la main. Je 
croirais plutôt que c'était un produit xylographique, et je 
serais porté à supposer qu'antérieurement à l'arrivée d'Ulric 



- 483 — . 

Gering et de ses compagnons, Paris devait posséder quelques 
ateliers dans lesquels on gravait sur bois des images accom- 
pagnées de textes explicatifs, telles peut-être que la suite 
des Neuf preux, avec légendes françaises, dont un exem- 
plaire est entré dans la composition de l'Armoriai du 
héraut Ber'ry [Ms. français 4985 de la bibliothèque Natio- 
nale], telles peut-être aussi que les almanachs dont les 
habitants de Toul venaient s'approvisionner à Paris au 
commencement du règne de Louis XI. » 

Paul Bekgmans. 



AeTISTES et marchands de tableaux FLA5IANDS A RoUEN 

AU COMMENCEMENT DU XYii® SIECLE. — Le Messager a bien 
voulu insérer en 1885 une note que nous avions rédigée, 
d'après le travail du docteur E. Giraudet, sur les Artistes 
des Pays-Bas, ayant habité Tours ou y ayant travaillé '; 
nous pensons aujourd'hui intéresser également ses lecteurs 
en analysant une communication faite à la Commission 
départementale des Antiquités de la Seine-Inférieure, par 
M. Ch. de Beaurepaire, correspondant de l'Institut, archi- 
viste du département, sur des artistes et marchands fla- 
mands, fixés à Rouen au commencement du XVIP siècle '. 
Rouen paraît avoir été, dans les j^remières années du 
XVIIe siècle, un entrepôt dans lequel des artistes-marchands 
d'objets d'art, originaires des Pays-Bas, centralisaient les 
œuvres exécutées par leurs compatriotes qu'ils faisaient 
venir par mer et réexpédiaient avec leurs produits person- 
nels, soit sur Paris, soit sur les provinces du centre et du 
midi de la France, soit enfin sur l'Espagne. 

' Tome LIX, 1885, p. 329. 

' Bulletin de la Commission, tome VII, p, 382-388 (séance du 
12 mai 1887). Koueu, imp. Cagniard, 1888, 



— 484 — 

Dans les documents qu'il a mis en œuvre et qui paraissent 
empruntés aux archives de la Seine-Inférieure, bien que 
la source n'en soit pas indiquée, M. Cli. de Beaurepaire 
nous fait connaître d'abord Henri Tillens ', « maistre 
paintre en ceste ville de Rouen, demeurant en la paroisse 
Saint-Lô, » qui, au mois de novembre 1606, faisait charger 
devant les quais de Rouen, pour les porter à Séville, deux 
caisses, dont la désignation faite par deux experts jurés 
nous fera connaître les principaux objets que Tillens exé- 
cutait dans « sa fabrique » ou faisait venir d'Anvers. Elles 
renfermaient « tableaux et paintures, tant en huille que 
destrampe, et autres d'albate et une douzaine et demye de 
platz-fontz de tableaux, non paints, avec les encastillemens, 
estans lesd. tableaux en huille de la façon et manufacture 
dudit Tillens et autres ouvriers domiciliiez en sa maison, 
et lesd, tableaux de destrempe, albate et petiz tableaux en 
pappier imprimez, lavez et dorez, fait et manefacture d'An- 
vers, comme aussi lesd. platz-fontz sans painture, mane- 
facture d'Anvers. » 

Les deux experts Ezéchel De Caen et Guill. Baudoyn, 
marchands et jurés, certifient avoir vu Tillens, travaillant 
aux dits tableaux avec ses ouvrier^. 

Mais ces tableaux ne nous semblent guère artistiques; 
un autre envoi fait deux ans après au même marchand de 
Séville, Jean-Baptiste Carett ou Caruel, et dont l'expédition 
est constatée également par experts, est indiqué d'une 
manière un peu plus explicite. Il y avait dans la « casse » 
confiée à maître Michel Sognet, de Dieppe, et pleine de 
tableaux de peinture, » d'abord trois tableaux, « l'un de la 
descente de croix de N. S., autre de Vierge et figure de 

• Siret ne donne pas le nom de ce peintre, mais cite un Jean ou 
Hans Tilen ou Tilens, peintre de paysages, vers 1650, dont il existe 
des œuvres à Berlin et à Vienne et, en 1634, un Jean ThielenSf 
d'Anvers, 



- 485 — 

N. S. et uu troisième, visage ou figure de N. D. enchacez de' 
bois de noyer » — ensuite un « tableau gravé en assier de 
mesme encastillement. Plus huit coupples de tableaux de 
l'effigie de N. S. et de la Vierge sacrée. Item un tableau 
image de N. S. Item ung tableau ymage de sainte Véro- 
nique, Item ung tableau ymage de N. U. tenant N. S. Item 
deux tableaux en toille sur l'un desquels est paint un 

.cruchefix de N. S. et a l'autre ung saint Jhérosme. Item, 
ung tableau, ymage de saint François » le tout sortant de 
la maison dudit Tyllen, et y ayant été fait, fabriqué et mis 
en caisse. A ces produits rouennais et à d'autres analogues 
qui remplissaient une seconde caisse, il faut encore ajouter 
pour compléter ce chargement « deux tableaux en albastre, 

• avec treize douzaines de petiz tableaux enluminez, faict 
venir par led. Tillen, en la ville de Rouen et une douzaine 
et demye de tableaux, non paints, fabrique d'Arras. » 

A la même époque vivait également à Rouen un autre 
marchand de peintures de la ville d'Anvers, Jean Goynart*, 
résidant paroisse Saint-Martin-du-Pont. Celui-ci bien 
qu'étranger, avait réussi à obtenir une faveur fort recher- 
chée, il était « marchand privilégié, suivant la Cour » et il 
avait pour associé un de ses compatriotes, valet de Chambre 

■ du Roi, Pierre Le Brun ou De Brun, M. de Beaurepaire 
nous le montre de 1607 à 1617, figurant dans de nombreux 
actes et contrats ; grâce à lui, nous savons enfin que Goynart 
possédait à Saint-Germain-des-Prés, « une grande loge 
consistant en quatre loges et demye... assises où l'on tient 
la foire ordinaire. » En 1618, Goynard céda, par un acte du 

■ 17 janvier ces loges à un de ses compatriotes Guillaume 
Van Zurandvie, ou Vanzooruiden -, autre marchand privi- 



* 11 faut peut-'êlre lire Goyvaert ou Crovaert. (N. d. 1. R*) 
' Quelle est exactement l'orthographe de ce nom, dont M. de Beau- 
repaii*e donne plusieurs variantes?- 



— 486 — 

légié suivant la Cour, moyennant la somme considérable 
de 2,100 livres. 

Goynard et De Brun ne se bornaient pas à vendre des 
tableaux, ils tenaient aussi une blanque ou loterie; en 1612 
Louis XIII ayant accordé à Goynard des lettres patentes 
dans ce but, celui-ci en recède l'exploitation à De Brun 
moyennant une somme qui, d'après diverses quittances, 
semble s'élever à plus de 8,600 livres ', 

La même année, ils donnent 2,700 livres à un banquier 
pour payer à un joaillier un collier d'or avec perles et 
diamants et éviter ainsi un procès. Ce collier était très, 
vraisemblablement le gros lot de la blanque '^ 

A la fin de décembre 1617, Goynart vendit à un autre 
compatriote André de Gruitre (Gruutere), établi aussi 
comme marchand à Rouen, son fonds de commerce « c'est 
assavoir toute la marchandise de peintures, tableaux, etc., 
qu'il a de présent en ceste ville de Rouen, pour, par le dit 
de Gruitre, en faire et disposer ainsy qu'il advisera bien 
estre, comme de chose à lui appartenant, au moyen que le 
dit de Gruitre se soumet et oblige l'aquiter, garantyr et 
descharger et ydempniser, etc., le sieur Guillaume Van 
Zurandvie. 

M, de Beaurepaire cite encore un acte du 13 avril 1612, 
qui mentionne, mais pour une affaire commerciale ordi- 
naire, le nom du sieur François Vandique (Van Dyck) 
marchand à Anvers, et dont il se demande s'il y a lieu de 
rechercher la parenté avec le peintre; on voit aussi dans 
cette pièce qu'il y avait alors un messager ordinaire d'An- 



» Le 16 mars 1672, De Brun avait, dans la blayique, pour associé 
Gonzalve d'Algado (Delgado), autre marchand établi à Rouen. 

« Ce procès n'était pas le seul qu'ils aient eu à supporter en- 
semble car le 31 octobre 1617 ils donnent une procuration à un 
procureur de Bourges pour plaider et occuper dans le procès qu'ils 
ont avec la municipalité de cette ville, 



— 487 - 

vers à Rouen, demeurant à Anvers et qui répondait au 
nom d'Eustache Druel. 

Dans cette pièce et dans d'autres, on rencontre encore 
plusieurs noms flamands mais très dénaturés, ceux de 
Pitresson (Peterson), Ferdinand Redeaux (de Middelburg), 

Jacques Classe (Claeys), Yan Règle Bruque (Van Re ) * 

et Jehan Bultel et antérieurement, en 1585, un marchand 
de Delft, Hans van der Veeke, demeurant à Rouen, recon- 
naissant devoir à Corneille de Rosendal, d'Anvers, une 
somme de 12 écus, 50 sous, « pour marchandise de peinture. » 

En terminant cette analyse, signalons aussi à nos lec- 
teurs une autre étude de M. Ch. de Beaurepaire sur le 
Vieux-Château de Rouen, comprise dans une des livraisons 
précédentes du même recueil et qui renferme de curieux 
renseignements biographiques sur les prisonniers espagnols, 
dont plusieurs de nationalité flamande, conduits à Rouen, 
soit à la suite de la bataille de Rocroy, soit pendant les 
autres campagnes jusqu'au traité des Pyrénées. 

Comte DE ]\1aesy. 
* ProLablément van Regelbrugghe. (N. d. 1. R.) 



— 488 — 



CHRONIQUE. 



Cartulaire de l'hôpital de Saint-Jean-en-l'Estrée, d'Arras, 
publié avec d'autres documents et une étude sur le régime intérieur 
de cette maison et des hôpitaux d'Hesdin et* de Gosnay dans la 
première moitié du XIV^ siècle, par Jules-Marie Richard, ancien 
archiviste du Pas-de-Calais. > — Paris, Champion, éditeur, 1888 
(XXXVIII — 154 pp. in-8°). 

Le Comte de Flandre, Philippe d'Alsace, et Isabelle de Verman- ■ 
dois, sa femme, fondent cet hôpital : < et totum fossetum quod inter 

< portam Sancti Salvatoris_ et portam rotundam est, usui domus 
« assignavit. > Le droit d'asile est conféré à tout ce territoii-e : 

< ut nullus legislator aut secularis justicie executor, nec aliquis 
« in colore furoris sui, cuicumque malefactori infra terminum 

< loci illius tanquam in templum Christi fugienti manus violentas 
« injicere debeat aut audeat. > Notre hôpital de la Byloke 
jouissait du même privilège. Les statues en pierre des fondateurs 
Philippe d'Alsace et Isabelle de Vermandois, ornaient encore, au 
siècle dernier, le portail de Thôpital. La bibliothèque royale, à 
Bruxelles, en possède un dessin fait par Antoine de Succa, en 1602. 

En 1191 Philippe-Auguste confirme les donations des comtes de 
Flandre. En 1204, l'archevêque de Rheims écrit aux évèques de 
Soissons, de Laon, d'Amiens, de Tournay, de Terouaune, de Cam- 
brai, et à Tévêque élu d'Arras, leur recommandant l'hôpital Saint- 
Jean d'Arras, et accordant dix jours d'indulgence à ceux qui feront 
aumône à cette maison. En 1218 le pape Honorius III prend sous sa 
protection les biens des frères de Thôpital et exempte de la dîme la 
nourriture de leurs animaux : < nequis de veslrorum animalium 

< nutrimentis a vobis décimas exigere vel extorquere présumai. > 
En 1285 le maire et les échevins d'Arras constatent que le personnel 
desservant l'hôpital s'est augmenté démesurément, au détriment deg 



— 489 — 

malades, comme en bien d'autres institutions hospitalières voir 
TiELEMANS. Répertoire de l' Administration, VIII, v" Hospices ; que 
l'hôpital est grevé d'un si grand personnel, que ses revenus sont 
détournés de leur destination : « Gouvertebantur in usus contrarios 

< et infirmi ac pauperes fraudabantur. » Il est donc ordonné que le 
personnel, à mesure des extinctions, soit réduit à quinze frères et 
trente sœurs, et que les domestiques et servantes inutiles soient 
immédiatement expulsées. Cette charte importante est omise au 
cartulaire de l'hôpital ; mais l'auteur l'a trouvée aux archives du 
Département. Une autre réforme est opérée en 1338 : il ne peut 
plus y avoir que huit frères et douze sœurs. Mais quel était le 
nombre des malades recueillis? Les chiffres nous manquent; l'on ne 
possède que ceux des décès pendant une vingtaine d'années de la 
première moitié du XIV" siècle. En 1309, la mortalité est exception- 
nellement élevée : on a 208 décès. Année moyenne, le chiffre n'at- 
teint pas 100. En 1309 le nombre de décès est de 34. Il est difficile 
de dire, d'après ces chiffres, quel était le nombre de malades 
recueillis. Enfin, en 1438, Philippe, duc de Bourgogne, constate 
que l'hôpital est ruiné par les guerres, que ses revenus « peuvent 
« à peine souffire pour furnir les pains et provendes des frères et 

< seurs dudit hospital qui sont au nombre de seize personnes, 
« assavoir huit frères et huit seurs, sans les autres gens et servi- 

< teurs d'icelui; les aucuns desquelz frères et seurs, après quilz 

< y ont obtenu lesdits pains et provende, plus pour vivre à leur aise 

< des biens dudit hôpital, que par dévotion ou voulonte de servir 

< Dieu et sesdiz povres membres, et qu'ilz y ont vescu longuement, 
« ont souventes fois vendu iceux pains et emporté hors dudit 

< hospital tout ce qu'ilz y avoyent de meubles et Jîiens sans y laisser 
« ou donner quelconque choze, lesquelz meubles et biens de droit et 

< raison commune dévoient estre et demourer audit hospital. » La 
nouvelle réforme i-éduit le personnel à trois hommes, dont deux 
prêtres, et à sept femmes, et trace des règles pour l'administration 
de l'hôpital et de son patrimoine. 

L'auteur s'arrête à ce document, qui est le plus récent de ceux 
qu'il reproduit; il y joint quelques comptes de l'hôpital, du XIV* siècle, 
doublement précieux pour nous, et comme renseignements sur l'or- 
ganisation intérieure, et pour la comparaison 'des valeurs. 

Au compte de 1313, il est porté cent sous comme salaire payé 
f au prestre qui cante a le capele emrni le sale > et au barbier 

3i 



— 490 — 

XXVin sous; pour le « clerc des capeles, LX sous; pour le painne 
don boucher qui a tue ceste anée CIIII pourchaus » XXXIIII sous, 
\IU deniers. L'usage existait déjà de répandre de la verdure sur le 
pavement des temples : « Pour herbe eparse es capeles a plusieurs 
haus jours, XXX d. » Une des fortes dépenses est le coût de toile 
de lin : au compte de 1311 nous trouvons 320 aunes de toile « dont 
on a fait linceul a malades » au prix de neuf deniers l'aune ; d'auti-es 
somniL's sont portées pour canevas, c'est à dire toile de chanvre. 

L'auteur nous donne également divers extraits de comptes de 
l'hôpital d'Hesdin au XIV" siècle. Ceux relatifs aux « despens de 
bouche » nous sont particulièrement intéressants. Ils sont dressés 
par semaine, et nous renseignent au sujet du régime alimentaire de 
la maison, en indiquant le nombre des malades. Il y manque toutefois, 
comme le rédacteur des comptes le dit (p. 128), les choses dont il a 
fait provision et qui sont portées aux comptes en gros, qui sont 
perdus. De ce nombre sont le « char de bacon » les pois, les fèves, 
le verjus, le vinaigre, les épices, etc. Aux comptes hebdomadaires 
figurent la viande de porc, qu'on mange le plus fréquemment, de 
mouton, de bœuf plus rarement; le poisson (on dit déjà : de douche 
yaue p. 122); les œufs; le pain blanc; le vin; « le claré pour la 
maîtresse » p. 129 ; des pommes, figues, noix, cerises ; la moutarde 
toutes les semaines; le fromage exceptionnellement; la goudale 
(bière) ; parfois des oies, des lapins, un lièvre, des bécasses (appelées 
witecoke); plusieurs fois des harengs. 

Détail intéressant : au compte de 1340, pour la semaine commen- 
çant le 25 mars, on lit : « Pour pissons et herens cakes XXVIII s. 
I d. » Ceci réfute une fois de plus la légende qui a attribué à 
Guillaume Beukels de Biervliet la découverte, au cours du 
XV» siècle, de l'art d'encaquer les harengs. Beukels n'a été, selon 
toute apparence, que l'importateur dans la petite ville de Biervliet, 
de cette industrie déjà ancienne, et qui se déplaçait par suite 
d'ensablement de partie des bouches de l'Escaut. 

Nous avons aussi les comptes du jardinage. Les pépiniéristes et 
rosièristes existaient déjà en ces temps, 18 pommiers et 23 néfliers 
coûtent, en 1324, 30 sous. Et l'on paie la même année « Pour IIII cens 
de rosiers à Pieron Prier, pour lacat et pour le planter III sous. > 

Coutumes du Duché de Limbourg et des Pays d'Outre-Meuse, 
par Constant Casier et Louis Grahay, conseillers à la Cour de Cas- 



— 491 — 

sation, membres de la Commission pour la publication des anciennes 
lois et ordonnances de la Belgique (Bruxelles, 1889. Un vol. in-4o, 
LXXIV, 462 pages). 

Une pi'éface historique de M. le conseiller Grahay signale les 
caractères distinctifs et les dispositions les plus remarquables 
des textes recueillis. Le premier est le texte des « Coustumes, 
ordonnances et usances du duché de Limbourg, ainsy que les esche- 
vins saulvent et gardent et ont apprins de leurs antécesseurs (p. i 
à 92;. » Les éditeurs donnent ensuite les « coustumes et règlements 
du duché de Limbourg de 1696 » d'après le Coustumier Général et 
les Placards de Brabant; puis les coutumes du comté de Daelhem, 
de la seigneurie de Fauquemont, et des pays d'Outre-Meuse. Une 
table par oi'dre de matières, très soigneusement dressée, termine le 
volume. Les documents en langue flamande sont accompagnés de 
traduction. 

Nous remarquons que les auteurs n'indiquent pas toujours où 
sont pris les textes reproduits. Nous avons rapproché celui qu'ils 
donnent du règlement des États-Généraux sur le mariage, du- 
18 mars 1656, de celui qui est inséré dans le Groot Placaet-Boech 
de Gau (1664) et nous avons été surpris de trouver les deux textes 
assez différents. MM. Casier et Grahay font précéder les divers articles 
de ce long document, de résumés intercalés, qu'ils publient en 
italiques et qui, d'après le recueil de Gau, ne feraient point partie 
du texte. Au sujet des formes de mariage, il est dit dans le texte de 
MM. Grahay et Casier, après que le secrétaire a interpellé le fiancé 
d'abord, la fiancée ensuite : « Debruid antwoord ja. Den sekretaris 
spreekt : Geeft elhander de regter hand. De heeren burgmeesters, 
scheepenen en commissarissen wenschen haer geluk. » Le texte du 
Groot Placaet-Boeck ne contient pas les mots que nous soulignons; 
et les félicitations s'adressent à la mariée seulement (wenschen haer 
geluk', tandis que la traduction donnée par MM. Grahay et Casier 
porte : « Le secrétaire parle : Donnez vous chacun la main droite. 
Les seigneurs bourgmestres, échevins et commissaires leur sou- 
haitent bonheur. » Le texte du recueil de Gau nous paraît mériter 
ici plus de confiance que la publication belge. 

A l'adresse de l'imprimeur nous ajouterons cette remarque qu'une 
teinte jaune dans le papier ne déplait point, mais à la condition 
que tout le volume soit de la même teinte; ce qui n'est pas le cas du 
volume dont nous parlons. 



- 492 - 

Les Micault Belges, leurs portraits et leur histoire, par 
J. Th. de Raadt et E. de Munck, Bruxelles, 1889. — Cette notice 
est consacrée à la desci'iption de deux tableaux du Musée de 
Bruxelles qui formaient les volets d'un tryptique, dont le panneau 
centi'al ne se retrouve plus. Sur l'un des volets Jean Micault est 
représenté avec ses trois fils, sur le second on voit sa femme Livine 
de Welle dite de Cats avec ses filles. L'un des auteurs de la notice, 
M. de Munck, après avoir fait une description de ces tableaux, au 
point de vue artistique, examine les attributions qui en ont été faites, 
discute leur origine et retrace l'histoire de cette peinture qui se 
trouvait primitivement dans la chapelle du Saint-Sacrement du 
Miracle dans l'église de Sainte-Gudule, à Bruxelles. 

M. de Raadt dans la seconde partie de la notice nous fait connaître 
les personnages qui y sont représentés ; il donne des détails pleins 
d'intérêt sur eux et sur leur descendance ; cette famille Micault 
était une des nombreuses familles Bourguignonnes qui vinrent se 
fixer dans les Pays-Bas à la suite des ducs de Bourgogne; on a pu 
• établir leur identité grâce aux indications fournies par les armoiries 
peintes sur les tableaux. Il existe encore au musée de Bruxelles 
quelques autres tableaux avec des armoiries qui n'ont pas été déter- 
minées, il y en a qui proviennent des familles Brugeoises, les Van 
Riebeke, les Van de Velde, il serait intéressant de faire sur les 
personnages qui y sont représentés des recherches qui pourraient 
aider à découvrir l'origine et la provenance des tableaux. 

Le petit travail dont nous nous sommes occupé est extrait des 
Annales de la Société archéologique de Bruxelles ; cette publi- 
cation, grâces aux travaux intéressants qu'elle contient, a au con- 
quérir une place distinguée parmi les revues archéologiques de la 
Belgique. L. St. 

Histoire de Nieuport '. — M. Vlietinck, l'auteur de cet opuscule 
s'occupe de la pêcherie de Nieuport, du siège que cette ville soutint 
en 1489 et de la procession de Saint-Jean. L'occasion de ce petit 
livre est l'anniversaire quati'e centenaire du siège, qui fut l'origine 
de la décadence de Nieuport. 



< 1489-1889. — Eene bladsyde uit de geschiede^iis der slad 
Nieupoort, etc., door Edw. Vlietinck. — Oostende, J. Vlietinck, 
1889, pp. 129. 



— 493 — 

Ce petit livre est extrêmement intéressant et dans un volume 
restreint contient l'indication de nombreux événements. 

M. Vlietinck a puisé aux bonnes sources : les archives de Nieuport, 
d'Ostende, de Bruxelles, de Gand et de Bruges, ainsi que les 
meilleurs écrivains, sont les documents sur lesquels il s'appuie. 

Signalons encore un détail qui n'est pas à. dédaigner, c'est que ce 
livre est fort bien exécuté ; l'imprimeur Van Mullem s'est montré 
le digne collaborateur de l'écrivain. E. V. 

Manuscrits Hamilton. — A Londres, on vient de terminer la 
vente des quatre-vingt-onze manuscrits provenant de la collection 
Hamilton. 11 y a six ans, cette collection avait été acquise en bloc 
par la bibliothèque royale de Berlin, afin d'y choisir quelques 
manuscrits qui lui manquaient. Ensuite, l'administration de cette 
bibliothèque rétrocéda au British Muséum les manuscrits relatifs 
à l'histoire d'Ecosse; c'est le restant de cette collection qui a été 
vendu aux enchères. Cette vente a produit 378,000 francs, et plusieurs 
des manuscrits précieux à conserver comme spécimens uniques de 
miniatures françaises ont été acquis par la Bibliothèque nationale, 
par le duc d'Aumale et par M. Gustave de Villeneuve. Voici les 
manuscrits qui ont obtenu les principales enchères. 

Evangelia quatuor, latine, manuscrit sur vélin pourpre, 
142 feuilles, écrites en lettres onciales d'or parun scribe anglo- 
saxon pour l'archevêque Wilfrid d'York, entre 670 et 680. Les 
armes de Henri VIII, peintes en or et en couleurs sur le revers du 
l*""" feuillet, sont attribuées à Hans Holbein. Belle reliui'e en maro- 
quin rouge à gaufrures d'or ; 37, .500 francs. Bestiarius, De creaiione 
mundi, etc., manuscrit sur vélin par un scribe anglais du douzième 
siècle : 120 feuillets réliés en maroquin vert, contenant 104 minia- 
tures représentant des animaux et des scènes de la création, peintes 
en couleurs vives sur fond d'or; 12,750 francs. Evangelistariuni 
grœce, manuscrit sur vélin, spécimen de l'art byzantin, onzième 
siècle, orné de cinq grandes miniatures entourées d'ornements en 
bleu et vert sur fond d'or et de huit miniatures plus petites ; 
378 feuillets reliées en velours pourpre, à fermoir d'argent repercé : 
12,000 francs. 

Saint Augustin, la Cité de Dieu, traduite en français par Raoul 
de Praelles. Manuscrit sur vélin en deux volumes in-folio ; belles 
peintures rehaussées d'or, bordures fleuries, 967 initiales ; travail 



— 494 - 

flamand du quatorzième siècle, relié par Meyer, 13,100 fr. Boc- 
caccio, les Illustres malheureux, etc., traduit par Laurens de 
Premierfait, clerc du diocèse de Troyes ; magnifique manuscrit du 
quinzième siècle, orné de 84 miniatures, bordures et initiales par 
vin artiste bourguignon. Titre spécialement écrit pour ce volume 
en 1712 par L. Gilbert, le fameux calligraplie ; relié en maroquin 
rouge par Padeloup, 43,000 fr. 

Ofjicium beatœ Mariœ, beau manuscrit sur vélin de 134 feuilles, 
écrit et orné de 17 miniatures avec bordures, par Gérard David, 
pour la femme de Charles-Quint ; 28 prières écrites en or sur fond 
pourpre et en rouge sur fond bleu aux armes impériales (1520', 
relié en maroquin vert par Derôme le Jeune : 13,600 fr. — Diodore 
Sicilien : les trois premiers livres des Antiquités, etc., traduits par 
maistre Anthoine Macault, manuscrit sur vélin écrit et orné de 
miniatures par Geoffroy Tory, pour François I"''; une grande 
miniature représente François I"!' assis, entouré de ses trois fils et 
de ses courtisans; beau travail français : 2.5,300 francs. 

Officium divinœ Mariœ, très beau manuscrit sur fin vélin ; 
16 belles peintures, 29 miniatures, bordures et capitales , par 
Geoffroy Tory (1524); 117 feuillets reliés en vieux maroquin rouge, 
à dentelle d'or, par Derôme, 31,000 francs. 

Horœ beatœ Mariœ, manuscrit richement orné d'élégantes bor- 
dures et de belles miniatures ; travail français du quinzième siècle ; 
belle reliure en maroquin olive, portant les armes du duc de Guise, 
par Pierx'e Roffet, dit Le Faucheux, 12,500 francs. 

(L'Impartial.) 

Fouilles et Découvertes. — Un cultivateur d'Ettelbruck (grand 
duché de Luxembourg), en labourant son champ, a mis au jour 
différents pots en grès, tous remplis de pièces de monnaie du temps 
des Romains. 

Elles sont bien conservées et portent les noms des empereurs 
Gallienus, Glaudius Gothicus, Aurélianus, Probus, Carus, Nume- 
ranius, Dioclétianus, Maximilianus I et Gonstantius Ghlorus. 

Ges pièces sont des années 254 à 310 de notre ère. 

Il y en a en or, en argent et en bronze. Ces dernières sont les 
plus nombreuses. On les évalue à plus de 2,000. Déjà, il y a quelques 
années, on avait trouvé entre Ettelbruck et Feulen une assez grande 
quantité de monnaies romaines en argent, datant du IIP siècle. 



^ 495 — 

— Des fouilles viennent d'être pratiquées à Rome près de VArco 
de Pantani, seul reste du Forum d'Auguste, joint à la muraille 
formée d'énormes blocs de travertin qui constituait l'enceinte du 
Forum. 

Ces travaux ont fait découvrir une quantité d'objets d'art antique. 
Mais la découverte la plus importante a été celle du grand égoùt 
collecteur de l'ancienne Rome, vulgairement nommé Cloaca 
Massima. 

La Cloaca antique, destinée par Tarquin l'Ancien et Tarquin le 
Superbe à recueillir les eaux stagnantes W Velabre et les eaux 
chargées d'immondices de la cité pour les déverser dans le Tibre, 
avait vu son cours interrompu au travers du Forum par la construc- 
tion de la Basilica Ginlia, et dans les riches quartiers de la ville, 
tels que la Suburra et le Forum de Trajan, par les guerres et les 
révolutions. 

L'histoire ne donnait aucune lumière sur le prolongement de 
cette voie souterraine. 

M. Narducci, ingénieur des fouilles, vient de restituer à Rome la 
Cloaca Massima sur une longueur de 200 mètres. La voie souter- 
raine a 3 mètres 50 de large sur près de 5 mètres de hauteur et 
s'étend du Forum d'Auguste jusqu'au Forum romain actuel. 

— Tombes découvertes a Bruxelles. — La Société d'Archéologie 
de Bruxelles a commencé, à l'ancien palais de justice, des recherches 
pour retrouver les sépultures des Jésuites, enterrés aux XVIP et 
XVIII« siècles dans les souterrains qui se trouvent actuellement 
sous la cour intérieure du palais. 

L'ancienne église des Jésuites, bâtie par l'architecte Francart aux 
frais des archiducs Albert et Isabelle et achevée en 1621, occupait 
l'emplacement actuel de la statue de Gendebien et son chevet se 
terminait un peu en arrière du portique actuel, élevé de 1818 à 
1823 par Tilman Suys. 

C'est en arrière de ce chevet que se trouvent les sépultures dans 
des caveaux dont l'escalier d'accès devait partir de la chapelle 
accolée, de ce temps, à la rue de Ruysbroeck actuelle. Les sépul- 
tures connues jusqu'à présent sont au nombre de quarante environ, 
et parmi elles on signale celle du fameux Guillaume Hesius, jésuite 
brugeois qui bâtit l'église Saint-Charles, à Anvers, longtemps attri- 
buée au talent de Pierre-Paul Rubens, et à celui de François 



— 496 — 

d'Aiguillon, le recteur du collège des jésuites contemporain de la 
construction. 

On possède dans les ai'chives de cette église de nombreux dessins 
dûs à cet architecte de haut mérite qui bâtit la superbe tour de 
ce même temple. 

Les travaux entrepris par la Société d'archéologie ont, en outre, 
fait connaître les tombes de Ansonnius (1696), Zeghers (1695), Arn- 
hauts (i701), puis celles de van der Straten, Van Schelle, Gogels, etc. 

— Une importante découyerte archéologique vient d'être faite à 
à Villefs-devant-Orval. En creusant des trous pour une plantation 
à faire dans un jardin appartenant à M. Héren, les ouvriers mirent 
au jour une série de squelettes rangés en ordre non loin l'un de 
l'autre. Dans chaque sépulture, à côté des ossements, se trouvent 
une petite urne en poterie et des débris de glaive. L'un de ceux-ci 
est agrémenté d'ornements en cuivre ciselé grossièrement. La bêche 
a fracturé plusieurs objets et disjoint les ossements. Fort heureu- 
sement, le propriétaire, prévenu de cette trouvaille, fit cesser les 
travaux afin de les reprendre au dégel et de procéder à des fouilles 
prudentes. 

— En creusant les fondations, pour construire un nouveau bureau 
de poste, on a trouvé, à Spandau, une poterie blanche émaillée à 
l'intérieur. 

Le vase, datant à peu près du XVe siècle, contenait du blé et l'on 
suppose, pour ce motif, que cet objet fut enteri-é par superstition, 
pour éloigner les maléfices des personnes et des bestiaux et aussi 
pour porter bonheur à la maison. 

Au même endroit l'on trouva, une monnaie satirique, frappée en 
Hollande en 1742 à l'effigie de Marie-Thérèse. 

Sur l'une des faces quatre monarques, ecclésiastiques et séculiers 
montrent la carte du Sud-Ouest de l'Allemagne, comme s'ils vou- 
laient en faire le partage. 

Sur l'autre face Marie-Thérèse est représentée tenant son fils 
entre ses bras et pour exergue : « de Pragmatique Sanctie belooft 
en nou van mijn ervelande berooft. > 

— A Arad, en Hongrie, on vient de découvrir un tableau de 
Rubens, représentant Saint-Laurent et donné jadis, en présent, au 
général Zoritsch par l'impératrice de Russie Catherine H, 



— 497 — 

— Dans l'une des chapelles de l'église Saint-Sulpice, à Paris, 
l'on joua le 21 novembre dernier, d'un vieil orgue ayant appartenu 
à la reine Marie-Antoinette. 

Cet orgue s'est trouvé pendant plusieurs années, dans une autre 
chapelle ; il vient d'être i-estauré. 

Gliick et Mozart se firent entendre jadis, à Versailles, sur le 
même instrument. 

— Dans la Galerie Nationale, de Londres, l'on a placé derniè- 
rement (novembre 1889 , un petit tableau allégorique de Guillaume 
de Poorter, présent de M. Humphry Ward, représentant un homme 
debout devant un autel, sur lequel se trouvent : une sphère, deux 
couronnes et plusieurs documents. 

L'homme a la tête ceinte d'une couronne de laurier, il porte 
la cuirasse et un riche vêtement brodé qui lui descend des épaules. 
Sa main gauche est étendue, et dans sa main droite il tient un 
sceptre dont la pointe repose sur le globe. Devant l'autel sont des 
armes jetées en désordre et les débris d'une armure. Près de l'autel 
pend une bannière blanche et jaune. La lumière tombe d'en haut, 
à gauche, sur le globe et sur la- figure, avec un eff'et digne de 
Rembrandt. 

Guillaume de Poorter était membre de la Gilde de Saint-Luc, à 
Harlem; ses oeuvres datent de 1635 à 164.5. Il affectionnait les sujets 
allégoriques; outre celui cité plus haut on en conserve au musée 
Boymans, à ceux de Brunswick, de Copenhague et d'Augsbourg. 

Il peignit aussi des gujets bibliques; ainsi on voit à Amsterdam : 
Salomon sacrifiant aux faux dieux; à Munich : la Résurrection de 
Lazare; à Dresde : Esther devant Assuérus, la femme adultère 
devant le Christ, puis une copie de Rembrandt, Siméon au temple ; 
à Berlin : la prise de Samson; à Cassel : la Circoncision. 

En tout il n'y a qu'une vingtaine de tableaux connus de ce peintre. 

— Un des plus précieux manuscrits français : les Chroniques de 
Froissart, vient d'être vendu 45,000 francs, par un libraire de Paris, 
à un amateur étranger. 

— New-York pour 120 francs. — Les journaux anglais, se sont 
occupés d'une trouvaille précieuse que vient de faire, à Amster- 
dam, le général Grant Wilson, littérateur américain bien connu. 
Il s'était rendu en Hollande pour y faire des recherches archéolo- 
giques relatives à sa famille, qui a émigré en Amérique en 1642, et 



— 498 — 

en fouillant dans des archives d'Amsterdam, il y a trouvé l'acte de 
vente authentique, à la Compagnie hollandaise des Indes occiden- 
tales, de l'Ile Manhattan, sur laquelle est bâtie la ville de New- York, 
pour la somme de 24 dollars, soit 120 francs. Ce marché a été conclu 
le 7 novembre 1626. Une île de onze mille acres pour un peu plus 
de 10,0 francs! Le document est la propriété d'une famille d'Amster- 
dam de laquelle le général Grant espère l'obtenir pour en faire 
cadeau aux archives communales de New- York. 

Les journaux hollandais calciilent que le prix d'achat primitif, 
mis -à intérêt composé, représenterait aujourd'hui un capital de 
55,500,000 francs, ce qui ne serait encore que la valeur d'une bien 
faible partie du terrain de la ville de New- York. 

— Une feuille allemande, raconte que l'on a découvert une villa, 
près d'une ruine, dans le voisinage de Kaufering. La villa se com- 
posait de douze appartements, dont quatre dallés de marbre et de 
mosaïques et pouvaient être chauffés. On a trouvé aussi des pein- 
tures murales, des piliers ainsi qu'un certain nombre de monnaies 
de temps de Nerva, Antonin le Pieux et autres. Le côté important 
de cette trouvaille est que les murs sont restés debout à un mètre 
et demi de hauteur. 

— La Bibliothèque de Gand vient de s'enrichir, par legs de feu 
M. B. Christiaenssens, d'une œuvre manuscrite du défunt, qui est 
un véritable objet d'art. 

Il s'agit d'un superbe album in-folio consacré à la conquête de 
l'Algérie par les armées françaises. Il renferme une série de pages 
retraçant les principaux faits d'armes de cette conquête, le tout 
magnifiquement calligraphié et entouré d'enluminures et d'encadre- 
ments d'après les meilleurs manuscrits anciens. C'est une œuvre 
de patience, de travail acharné, et en même temps de goût et de 
talent. On y rencontre des cartes, des plans, des culs-de-lampe, 
dessinés par M. Christiaenssens, qui sont d'une -finesse admirable et 
la plupart des feuilles sont oi^nées de jolies aquarelles représentant 
des faits d'armes de la guerz'e ou des vues de villes d'Algérie. Ces 
aquarelles, seules, ont été faites par un artiste français dont nous 
ignorons le nom. Le volume est, en outre, très richement relié et 
les plats supportent les portraits ainsi que les initiales en or des 
princes d'Orléans qui ont pris part à la conquête de l'Algérie. 



— 499 — 

— Parcourant la dernière livraison de la Bibliothèque de l'École des 
Chartes, nous y lisons, au sujet du moine chroniqueur de l'abbaye 
de Saint-Denis (L, p. 8; qu'il « était allé, au moins à deux reprises, 
dans les Flandres, notamment à Hal et à Utrecht > on pourrait 
mieux connaître la géographie, dans une publication qui s'intitule 
Revue d'éruditio)i. Plus loin, nous trouvons un relevé des Manus- 
crits relatifs à l'histoire de France, qui sont conservés dans la 
bibliothèque de sir Thomas Phillips à Gheltenham. On y men- 
tionne (p. 95) un « Gode de procédure criminelle promulgué en 
Hollande par Jérôme-Napoléon avec sceau et signature autographe 
(19 août 1808). > Or, si étendu que fût l'empire français en 1808, il 
ne comprenait pas la Hollande, et Jérôme-Napoléon n'a pas été roi 
de Hollande, mais bien de Westphalie. li'on n'a fait sans doute que 
copier ici le catalogue de sir Thomas Phillips, mais une note rectifi- 
cative n'eût pas été de trop. 



500 



NÉCROLOGIE. 



BossuET (François), né à Ypres, le 22 août 1798, décédé à S'-Josse- 
ten-Noode (Bruxelles), le 28 septembre 1889; artiste peintre. Pro- 
ducteur fécond, il s'est adonné surtout aux vues de villes et laisse, 
notamment, une série intéressante de vues du vieux Bruxelles. 

BuRBURE iGhevalier Léon de , né à Termonde, le 16 août 1812, 
décédé à Anvers, le 8 décembre 1889; compositeur de musique, 
archéologue et littérateur distingué. Gomme archéologue, il fit 
d'intelligentes recherches dans les divers musées de l'Europe, dans 
les archives et les bibliothèques, et prit une part active aux travaux 
des sociétés savantes et des congrès artistiques. Ses principaux 
ouvrages sont: Notice sur Jan Van Ocheghem (1856; 2" éd. en 
1868] ; Aperçu sur l'ancienne corporation des musiciens instrume^i- 
tistes d'Anvers dite de Saint Job et de Sainte Marie-Madeleine 
(1862); Recherches sur les facteurs de clavecin et les luthiers 
d'Anvers depuis le seizième jusqu'au dix-neuvième siècle (1863); 
Deux virtuoses français à Anvers (1879); Charles Luy thon, com- 
positeur de la cour impériale (1880). Il était membre de l'Académie 
royale de Belgique et officier de l'ordre de Léopold. 

Cans (Léon), né à Bruxelles, le 10 janvier 1803, et y décédé le 
28 avril 1889. Il avait fondé, avec Méline, la fameuse maison Méline, 
Cans et G'*' qui donna Une si grande impulsion à la librairie belge, 
au temps où la contrefaçon des livres étrangers n'était pas inter- 
dite par les lois. Membre de la Chambre des représentants (1845- 
1854), directeur de la Caisse générale d'épargne et de retraite, il 
était grand-officier de l'ordre de Léopold. 

Chalon (Renier^, né à Mons en 1802, décédé à Ixelles (Bruxelles), 
Je 23 février 1889; membre de l'Académie royale de Belgique, 



— 501 — 

• 

Savant numismate, possesseur d'une des plus riches collections 
de monnaies et de médailles de la Belgique, bibliographe érudit, 
homme de beaucoup d'esprit, Glialon était doublé d'un mysti- 
ficateur émérite qui joua plus d'un tour à ses contemporains. 
Son chef-d'œuvre, sous ce rapport, fut le fameux catalogue de la 
bibliothèque imaginaire du comte de Fortsas. Dans un genre plus 
sérieux, il faut citer, parmi ses nombreux et importants travaux 
numismatiques : Recherches sur les monnaies des comtes de Hai- 
naut (1848-1857;; Recherches sur les monnaies des com,tes de 
Nam,ur (1860-1870); les Seigneurs de Florenne, leurs sceaux et leurs 
m,onnaies 1868' ; Histoire de la fabrication des monnaies (1873). 
Il a aussi publié, pour la Société des Bibliophiles de Mons, la 
chronique de Gilles de Ghin (1837) et les mémoires de Jean de 
Haynin (1842). 

Christiaenssens (Bruno , né à Gand et y décédé, le 11 mai 1889, 
à l'âge de soixante-dix-huit ans. Agent général de la compagnie 
d'assurances les Propriétaires réunis, il consacrait ses loisirs à 
la calligraphie et à l'ornementation des manuscrits. On lui doit 
quelques ouvrages remarquables, tels que la Chronique de Flandre, 
offerte au roi Léopold I""", et les Orléans pendant la campagne 
d'Algérie; il a légué cette dernière œuvre à la bibliothèque de 
l'Université de Gand. 

Clesse Antoine , né à La Haye, le 30 mai 1816, décédé à Mons, 
le 9 mars 1889. Chansonnier patriotique et populaire, il avait été 
surnommé le Béranger belge. On peut discuter le mérite littéraire 
de ses chansons qui sont d"uiie inspiration facile et sans prétention; 
mais il faut reconnaître qu'elles respirent toutes l'amour du pays, 
le culte de la tolérance et du bon sens. Clesse était officier de l'ordre 
de Léopold. 

Delcour (J.-B.-C.-G), né à Dolhain-Limbourg, en 1811, décédé à 
Bruxelles, le 28 novembre 1889; professeur à l'Université de Louvain' 
membre de la Chambre de représentants; ministre d'État. C'était 
un jurisconsulte de mérite, dont on peut citer quelques rapports et 
quelques ouvrages de droit. 

Dutrieux-Bey (Pierre- Joseph', né à Tournai, le 19 juillet 1848, 
décédé à Pai'is, le 30 janvier 1889; médecin oculiste. Il passa 
plusieurs années en Egypte, où il se distingua brillamment par son 



— 502 ~ 

courage dans une épidémie de choléra, el fut chargé, par Léopold II, 
de la direction d'une de premières missions coloniales dans l'Afrique 
centrale. Il a publié plusieurs ouvrages de médecine. 

Gravrand (Ferdinand:, décédé à Bruges, le 9 août 1889, à l'âge de 
soixante et onze ans ; professeur à l'Athénée de Bruges. Éciùvain de 
talent et critique judicieux, il a publié plusieurs ouvrages de mérite, 
notamment des traductions de l'italien, et collaboré à la Revue 
Trimestrielle et à la Revue de Belgique. 

La Garde Marcellin), né à Sougnez-Ayvi'aille, décédé à Saint- 
Gilles (Bruxelles), le 28 octobre 1889, à l'âge de soixante-dix ans; 
homme de lettres. Cet écrivain estimé, à qui on doit les Légendes 
de l'Amblève et de la Salm, a dirigé V Illustration Européenne; il 
était chevalier de l'ordre de Léopold. 

Lambrecht (Henri-Charles;, né à "S\'elden, près d'Audenaerde, le 
26 janvier 1848, décédé à Denderleeuw, le 2 juillet 1889. Consacré 
évêque de Gerra en 1886, il fut nommé auxiliaire de Mgr. Bracq, 
puis promu au siège épiscopal de Gand, le 17 juin 1888. On lui doit 
quelques ouvrages théologiques. 

Leclercq (Mathieu-Nicolas- Joseph , né à Hervé, le 30 janvier 
1796, décédé à Bruxelles, le 15 mars 1889. Avocat en 1817, conseiller 
à la Cour d'appel de Liège en 1825, membre du Congrès en 1830, 
il entra, en 1832, à la Cour de cassation et y resta jusqu'en 1871. 
En 1840, il fut ministre de la justice: proclamé membre de l'Aca- 
démie l'oyale de Belgique en 1847, il reçut, en 1859, le grand cordon 
de l'ordre de Léopold. Ses travaux juridiques, ses conclusions 
d'audience forment un corps d'études et de science d'une grande 
valeur. Au Congrès, ses discussions furent fermes et patriotiques. 
Gomme ministre, il fut lutteur vigoureux, appelé à défendre des 
positions ditliciles. A l'Académie, il fut trois fois président, cinq fois 
directeur. Enfin il présida longtemps des conseils d'instruction 
publique ainsi que des jurys diplomatiques et universitaires. 

Meersch (Emile Yander), né à Gand et y décédé, le 18 avril 1889; 
docteur en médecine ; médecin chef de service à l'hôpital civil ; 
secrétaire de la commission d'hygiène de la Flandre-Orientale. Il 
a publié diverses notices dans les Annales de la Société de Bota- 
nique de Belgique et dans les Annales de la Société de Médecine 
de Gand. 



— 503 — 

MiRY Charles', né à Gand, le 14 août 1823, et y décédé, le 3 octobre 
1889; compositeur de musique; sous-directeur du Conservatoire de 
de Gand; inspecteur des écoles de musique du i"oyaume; officier de 
l'ordre de Léopold. Gomme compositeur, il laisse un œuvre consi- 
dérable, où l'on remarque de nombreux opéras, des cantates de 
circonstance, des romances et des compositions enfantines qui ont 
obtenu beaucoup de succès. Parmi ses opéras, il convient de citer : 
la Lanterne magique (1854); Charles-Quint (1857); Bouchard 
d'Avesnes (1864) ; Maria van Bourgondië (1866) ; De Dichter en zijn 
droombeeld (1872). 

PuLS (Jacques;, né en 1827, décédé à Gand, le 14 janvier 1889 ; 
pharmacien. Entomologiste distingué, il réunit une remarquable 
collection d'insectes ainsi qu'une bibliothèque spéciale des plus 
riches. Il s'occupait aussi de botanique, et publia de nombreux 
articles dans le Bulletin du Cercle d'Arboriculture de Belgique. 

Rtckers (Mgr.), né en 1822, décédé à Wyk, près de Maestricht, le 
21 avril 1889 ; camérier secret du Pape et avocat de Saint-Pierre. 
Il s'est adonné à la culture de la poésie française et s'est essayé dans 
tous les genres, depuis l'épigramme jusqu'à l'épopée. 

Stroobant Eugène-Edouard), né à Turnhout, le 30 janvier 1819, 
décédé à Bruxelles, le 4 mai 1889 ; membre de la Chambre des repré- 
sentants; membre de l'Académie royale flamande. Il a donné quelques 
recueils de vers, notamment une traduction des Ballades de Victor 
Hugo (1845) ; mais il s'est surtout consacré au théâtre, et a produit 
quelques pièces qui ont eu du succès sur les scènes néerlandaises : 
De Wishitnstenaers, d'après P. Langendijk (1850); Rue des 
Pierres, n° 60 (1852) ; Raed en daed(i8ô2) ; Willems Beuhels (1853) ; 
De Veldwachter (1853). 

Thiry (Victor', né à Dînant, le 31 juillet 1817, décédé à Liège, la 
4 octobre 1889; professeur de droit civil à l'Université de Liège. 
Il a fait partie du Conseil de perfectionnement de l'enseignement 
supérieur, et il a été secrétaire du Conseil académique, puis recteur 
de l'Université de Liège. Il a publié de nombreux articles traitant 
de question juridiques, dans des revues belges et françaises. 

Verboeckhoven (Louis;, né à "Warneton en 1802, décédé à Schaei'- 
beek (Bruxelles), en septembre 1889 ; peintre de marines. Deux fois 
médaillé au Salon de Bruxelles, en 1833 et en 1836, il eut deux 



— 504 — 

tableaux admirés et remarqués à la première exposition universelle 
de Paris, en 1855. 

Warlomont Maurice', connu dans le monde littéraire sous le 
pseudonyme de Max Waller, né à Bruxelles et y décédé, le 6 mars 
1889, à l'âge de vingt-neuf ans ; homme de lettres ; directeur de la 
Jeune Belgique. Il a écrit des vers, des nouvelles, telles que la Vie 
bête (1883, Greta Friedmann (1884), et Lysiane de Lysias (1885); 
des comédies, telles que Jeanne Bijou (1886) et Poison (1888), etc. 
C'était un esprit primesautier et un écrivain d"avenir. 

WiTTE Joseph-Antoine-Marie, baron de , né à Anvers, le 24 février 
1808, décédé à Paris, le 29 juillet 1889. Membre de TAcadémie royale 
de Belgique depuis 1851, il avait été élu correspondant de l'Académie 
des insci'iptions et belles-lettres de France, en 1842, et associé 
étranger, le 2 décembre 1864. Il laisse d'importants travaux sur 
l'archéologie et la numismatique, dont les principaux sont : Élite 
des monume7iis céramographiques , avec Gh. Lenormant 1837-1861'; 
Études sur les vases peints (1865); Recherches sur les empereurs 
qui ont régné dans les Gaules au troisième siècle de l'ère chré- 
tienne (1868'. Il a fait paraître, en outre, un très grand nombre d'ar- 
ticles dans les publications de l'Académie royale de Belgique, des 
Commissions royales d'art et d'archéologie, de l'Académie d'ai*- 
chéologie de Belgique, de l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres de Paris, de la Société des antiquaires de France, de l'Institut 
de cori'espondance archéologique de Rome, etc., ainsi que dans la 
Revue numismatique, la Revue archéologique et d'autres recueils 

spéciaux. 

P. B. 



— 505 



TABLE DES MATIÈRES 



ANNEE 1889 



NOTICES ET DISSERTATIONS. 

Les armoiries des registres scabinaux de Gand. — Par ViCT. 
Vander Haeghen 1 

Histoire de la Gilde souveraine et chevalière des Escrimeurs, 
dite Gtief-confrérie de Saint-Michel à Gand. — Par Prosper 
Glaeys 19, 158, 245 

Jan van Monkhoven, capitaine flamand au service de la Suède. 

— Par Ch. Delgobe 45 

Les arcliiducs Albert et Isabelle et la relique du saint Clou 

vénérée à Soleilmont ; documents inédits précédés d'un 
aperçu historique sur la même relique. — Par l'abbé Van 

Spilbeeck 57, 210 

Archives gantoises. — V. — L'hôtel de ville de Gand achevé. 

— Par 'VicT. Vander Haeghen 77 

Les Seigneuries du pays de Malines ; Keerbergen et ses 

Seigneurs. — Par J. Th. de Raadt 81, 189, 447 

Erratum au sujet de L'article intitulé : « De l'office du Grand- 
Bailli au XIV» siècle, à Gand. > — Par Maurice Heixs . . 108 
L'autobiographie de Juste Lipse. — Par Paul Bergmans. 

133, 318, 432 

Note sur le < Watermolen > de Gand. — Par Agh. G 217 

Un philologue Gantois inconnu, du XVII^ siècle. — Par Paul 
Bergmans 270 

33 



— 506 — 

Notice sur le local de la Confrérie de Saint-Georges à Gand, 

de 1381 à 1796. — Par Paul Yoituron 278, 361 

Ph. Wielant et J. de Damlioudere. — Par Ad. Dubois. . 301, 380 
L'éclairage public à Gand. — Par Ach. Gallet-Miry . . . 399 



VARIETES. 

Ordonnance du XVI" siècle fixant le prix de la main-d'œuvre 

et du salaire. — P. G 112 

Bruxelles en 1842. — P.\ul Bergmans 118 

Maison où esl né Quetelet. — A. D 121 

Carillon d'Audenarde 122 

Dons faits par les évêques belges, à l'occasion de leur sacre 

(XVIII« siècle) 125 

Époque de l'établissement des voisinages. — P. C 227 

Proclamations de victoire. Époque française.) — P. C 230 

L'hôpital de la Byloke à Gand. — A. D 234 

Charte de S'«-Pharaïlde, 30 mars 1596, relative à l'achat d'une 

cloche et aux conditions de cet acte. — R. S 238 

Comment on écrit l'histoire. — P. G , . 341 

Papiers conservés dans les combles de Thôtel de ville de Gand. 

— Victor V 344 

Le peintre Louis Van Blaremberghe. — D 348 

Autel de la chapelle dédiée à Saint Liévin dans la cathédrale 
de Saint-Bavon à Gand, sculpté par Hubert Hanicq. — Jules 

COLENS 349 

Fabrication de la bière au XVII siècle. — - W. D. H 353 

Récompense publique accordée à Ryhove par le Magistrat 

Gantois 1^31 mai 1581). — Paul Frederigq 469 

Le Maitre des hautes-œuvres à Bruxelles, au siècle dernier. — 

Fr. De Potter 475 

Refus du Magistrat de Gand et du Conseil Privé d'autoriser 

l'ouverture d'un cabaret dans cette ville. — Fr. De Potter 476 

A propos d'un préjugé. — Fr. De Potter 476 

La Poste aux Lettres, à Gand. — Fr. De Potter 478 

L'introduction de l'Imprimerie à Paris. — Paul Bergmans. . 480 
Artistes et marchands de tableaux flamands à Rouen an com- 
mencement du X^"l^■ sièlce. — Comte de M.\rsy 483 



507 — 



CHRONIQUE. 

Curiosités 129 

Vente Juste 129 

Ventes, Fouilles et Découvertes 130, 356, 494 

Académie royale de Belgique. — Classe des lettres. — Concours 

pour 1890 131 

Inventaire des archives de la ville de Gand. — Emile V 240 

Archéologie. — Bien Public) 241 

Maes-Canini. — Emile V 241 

Le dernier manuscrit de Jacques Meyer. — Emile V 242 

Le pays de Waes à l'époque du mammouth. — Émilk .... . 242 

L'art polychrome 243 

Koninklijke vlaamsche Académie voor taal- en letterkunde. — 

Letterkundige wedstrijden voor 1890 244 

Monnaies de Tlnsulinde. — [Indépendance: 355 

La Rijmkronijk van Vlaanderen et ses sources. — Vict. V... . 359 

L'évolution topographique d'une grande ville. — D 359 

Cartulaire de l'hôpital de Saint-Jean-en-l'Estrée, d'Ai-ras . . 488 

Coutumes du Duché de Limbourg et des Pays d'Outre-Meuse . 490 

Les Micault Belges, leurs portraits et leur histoire .... 492 

Histoire de Nieuport 492 

Manuscrits Hamilton 493 

NÉCROLOGIE. 

Bossuet (Françoisj 500 

Burbure ^Chevalier Léon de] 500 

Cans (Léon) 500 

Chalon (Renier) 500 

Christiaenssens (Bruno) 501 

Clesse (Antoine) 501 

Delcour(J.-B.-C.-G.) 501 

Dutrieux-Bey (Pierre- Joseph) 501 

Gravrand (Ferdinand) 502 

La Garde iMarcellin) .502 

Lambrecht Mgr.) 502 

Leclercq Mathieu-Nicolas- J.' 502 

Meersch 'Emile Vander^ -, 50? 



— 508 — 

Miry (Charles) 503 

Puis (Jacques) 503 

Ryckers (Mgr.). . 503 

Stroobant (Eugène-Edouard) '. . 503 

Thiry (Victor) 503 

Verioeckhoven (Louis) 503 

Warlomont (Maurice) 504 

Witte (J^seph-Antoine-Marie, baron de) 504 

Planches. 

Armoiries L^. l'échevin. De Leu (chromo) 1-1, 

^Planche d'armoiries Echevinales (noir) > w 

» 2> » > » 

Les armes de la conft-érie de St-Michel (5 planches) .... 19 

Portrait de Juste Lipse 133 

Nieuw-jaer-wensch 259 

Formation du local de la Confrérie de Saint-Georges à Gand 

(plan) 361 

Le local de la Confrérie de Saint-Georges à Gand (plan). . . > 



GETTY CENTER LINRARY 

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